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dimanche, 01 mars 2009

Mutatis mutandis

lebanese expatriates.jpgIl y a deux jours, j’ai rencontré Elie. 41 ans, marié avec deux enfants, sympa, sosie de Benoît Poelvoorde mais ce n’est pas où je veux en venir.
Elie est arrivé à Beyrouth en décembre avec sa petite smala, laissant derrière lui une Australie plongée dans la récession mais où il avait passé 18 années finalement gratifiantes. Parti de rien, il avait fini directeur de la concession à Sydney d’une grande marque automobile allemande. Aujourd’hui, il espère monter sa petite entreprise à Beyrouth. Il a le savoir-faire, l’expérience, les fonds et surtout l’envie.

Eh oui! Comme nombre de Libanais expatriés, Elie a su s’intégrer dans un pays aux antipodes du Liban, tout en rêvant, quelque part au fond de lui-même, de retourner vers sa terre natale. Non pas que cette intégration ait été simple: ayant fui la fameuse confrontation Aoun/Geagea de 1990, il avait débarqué chez une lointaine cousine avec son sac et sa bonne maîtrise de la langue anglaise, mais sans diplôme, sans argent et surtout sans autre passeport que celui portant la mention «Libanais». Certes l’Australie avait ouvert grand ses portes aux Libanais, mais le refus de s’intégrer que manifestaient de plus en plus nettement beaucoup des nouveaux arrivant, commençait déjà à déplaire aux autorités. A tel point que plus tard, cette politique d’ouverture en sera complètement remise en question.

C’est par un phénomène surprenant qu’Elie est commencé à s’intégrer. D’abord parce que dans son entourage professionnel, de nombreux Australiens le crurent juif, confondant son prénom avec le «Eli» hébreu. Ensuite parce que les habitants juifs de son quartier – très nombreux – l’accueillirent à bras ouverts en apprenant qu’il était Libanais chrétien. Quand à la communauté immigrée libanaise elle-même, Elie l’a d’abord fuie, la trouvant enfermée dans ses éternelles disputes et mesquineries. Depuis, il a relativement fait la paix avec ses compatriotes, revenant tous les deux ans dans son pays pour voir la famille, faire du tourisme, consommer. Elie envoyait aussi beaucoup d’argent à ses proches restés au Liban, ces fameux transferts de la diaspora grâce auxquels l’économie locale ne s’essouffle pas autant qu’elle le devrait. Et puis il est revenu, comme beaucoup d’autres – ils seraient entre 10 et 15000 selon les estimations raisonnables .
Mais voilà. Elie est abasourdi. Là où il pensait que son retour serait apprécié, facilité, soutenu, il ne rencontre que découragements, obstacles et rejet. «Ce qu’ils veulent, c’est notre argent, pas nous!», résume-t-il avec stupéfaction.

Vous l’avez deviné, cela fait une semaine que je travaille à un article sur le retour des expatriés fuyant la récession globale. Et tous mes interlocuteurs me donnent le même son de cloche, à quelques variations près. Les expatriés sont les bienvenus s’ils acceptent de ne surtout rien changer. Je ne parle pas que d’argent. Il est évident que les entreprises libanaises ne pourront pas leur payer des salaires équivalents à ceux qu’ils touchaient à l’étranger, en dépit de l’expérience ou des compétences particulières qu’ils ont pu y acquérir. Mais là n’est pas le problème: ce qu’on leur demande de mettre de côté, c’est aussi tout ce qu’ils ont appris et ce qu’ils sont devenus sur le plan humain, et civique aussi. La question n’est pas seulement économique, elle est aussi et surtout politique.

Notre caste dirigeante se crêpe le chignon autour de la question des immigrés, elle ressasse à l’envi l’urgence de mettre fin à la fuite des cerveaux et la nécessité d’impliquer les expats dans les enjeux nationaux. Les employeurs s’apitoient sur leurs difficultés à recruter du personnel qualifié. Mais lorsque ces expats reviennent et ne demandent qu’à répondre à ces appels, ils trouvent porte close. Cadres supérieurs qui n’obtiennent aucun poste, leurs potentiels employeurs redoutant que la balance de pouvoirs au sein de l’entreprise ne s’en trouve modifiée. Et aussi parce que le népotisme reste de vigueur au Liban. Entrepreneurs auxquels on refuse de fournir la liste des formalités nécessaires à l’établissement d’une société tant qu’ils n’auront pas payé un dessous-de-table conséquent, mais que l’on arnaquera joyeusement car ils ne connaissent pas bien les rouages tordus de l’administration libanaise. Propriétaires de terrains auxquels leurs propres avocats mentent sur la valeur de leur bien afin de pouvoir le récupérer eux-mêmes… Les exemples pullulent.

Si, pour de simples questions de gestion quotidienne, on donne autant de fil à retordre aux quelques expatriés qui ne demandent qu’à prendre part à la remise sur pied de leur pays, inutile de s’étonner qu’un enjeu aussi fondamental que leur droit de vote soit perpétuellement remis aux calendes grecques. Inutile non plus de s’attrister du fait que la majorité de ces expats se désintéressent de leur terre natale. Car entre le souvenir idéalisé qu’ils en ont et l’effarante réalité, le fossé semble infranchissable. Ce qui, en fin de compte, arrange bien tous ceux qu’un quelconque progrès au Liban laisse indifférents dans le meilleur des cas, ou gêne dans le pire.

samedi, 21 février 2009

Welcome to the real world

Bienvenue sur le vol ME212 à destination de Beyrouth. La température extérieure est de 3ºC, et nous atterrirons à 19h, heure locale. Nous vous rappelons que ce vol est non-fumeur.

Peu après le décollage, et  maintenant que la Middle East Airlines dispose de beaux avions flambant neufs, les écrans individuels de l’Airbus s’allument et diffusent un premier clip vidéo promouvant le tourisme national. Ici, pas d’animation à deux sous, montrant un gros moustachu dont les sourcils se rejoignent, en train de vous expliquer comment attacher votre ceinture comme sur Egypt Air. Non. La MEA, c’est la classe.  En quelques minutes, toutes les images d’Epinal sur le Liban se succèdent à l’attention d’éventuels touristes occidentaux: colonnades de Baalbeck, vieux port de Byblos, station de ski de Faraya, souks de Tripoli et de Saïda et tutti quanti. Mais le réalisateur n’a pas oublié les hommes d’affaires. On nous parle des banques (la Bank Med des Hariri en tête), de la stabilité financière du pays, le tout cautionné par une allocution de Riad Salamé, big boss de notre Fort Knox local. Le chaland mal informé se dit: «Waouh, la classe! Incroyable ce pays, je pensais pas que…» Et puis, la promenade de santé reprend. Après un détour par le tourisme médical (après tout, plein de gens font le déplacement rien que pour une petite lippo pas chère), le clip s’attarde sur l’exception libanaise: restaurants et mezzé à rallonge, mais surtout alcool coulant à flot, boîte de nuit, miss Liban par milliers et roulettes du Casino. Au milieu de ce vertigineux étalage, on s’attend presque à voir les petites culottes des Slaves de Maameltein. Les Arabes du Golfe se rengorgent en pensant qu’ils vont certainement passer de bonnes vacances, tandis que Monsieur Dupont de Charleville-Mézières – qui vient pour la première fois rendre visite à son fiston de l’ambassade de France – n’en croit pas ses yeux. Bienvenue au Liban, pays de bonne chère, de mœurs libérées et de déconnade.

Dans la foulée, un second clip déboule sur les petits écrans digitaux. Là, c’est la MEA qui fait sa propre promo avec une chanson de Hani el-Omari. Le clip de presque six minutes, à l’intérêt plus que limité, est en réalité un spot de pub trop long: si le logo de la compagnie aérienne nationale est omniprésent – c’est de bonne guerre –, la production a cumulé les placements de produits. Fallait bien financer le film et chacun sait combien la MEA se saigne pour assurer aux nombreux Libanais de la diaspora soucieux de rentrer chez eux plusieurs fois par an, les billets les moins chers possibles. Défilent donc dans le désordre un téléphone Nokia, une Lexus de location (Hertz), une station service Wardieh-Mobil-Esso, un passage par un hôtel Intercontinental, des bijoux je-sais-plus-quoi, des cacahuètes Al-Rifaï, de l’eau minérale Rim et tutti quanti. Bienvenue au Liban, pays de luxe, de consommation et de show-off.

nicolas cage.jpgAprès ces doux moments de marketing d’Etat à gros sabots, arrive enfin le moment de choisir un film. Dans le meilleur des cas, vous aurez même le temps d’en voir deux. Ce jour-là, dans la rubrique «films occidentaux», les options sont assez limitées. Vous pianotez sur l’écran tactile, sélectionnez le dernier film avec Nicolas Cage, et le synopsis s’affiche: «Joe un assassin, devient un mentor à la criminalité, il s’est dévoué à une jolie femme, pendant que ces distractions s’emballent, il devient dangereux pour sa besogne et à sa vie.» Faut bien avouer, ça donne envie. Bienvenue au Liban, pays de culture et bastion de la francophonie.

Voilà, il est 18h40. Vous allez bientôt atterrir après un vol somme toute agréable. Les jolies hôtesses sont généreuses en whisky, les plateaux-repas comestibles. Vous vous dîtes que la vie est belle, tandis que par les hublots de gauche, vous observez la montagne dans un travelling accéléré. Bienvenue au Liban, pays des belles brunes et de la nature préservée.

Dans le hall de l’aéroport, les familles sont agglutinées pour retrouver leurs proches. 19h, c’est l’heure de pointe. Vous vous extirpez de la foule, montez dans un taxi et filez vers la ville. Au premier embranchement, vous tombez sur ça:

route aeroport 1.jpg

300m plus loin, mademoiselle Promod a disparu… Et vous tombez sur ça:

route aeroport 2.jpgroute aeroport 3.jpg

Monsieur Dupont de Charleville-Mézière, pour lequel cette autoroute coupant la banlieue sud en deux est le premier contact « live » avec le Liban, se dit alors qu’on l’a trompé sur la marchandise. Une heure plus tôt, on lui vendait les machines à sous et les longues gambettes des Levantines. Mais une fois les pieds sur terre, seuls saint Moughniyeh, saint Moussawi et leurs potes s’imposent à lui, la bouille accueillante et le regard amical. Bienvenue au pays des martyrs, du décorum jaune, des barbes et des turbans, noirs ou blancs.

L’Office du tourisme libanais a beau se démener et produire les films les plus aguicheurs qui soient, c’est par ces images que le visiteur lambda prend contact avec ce pays. Quand bien même il ne compterait se promener qu’entre Jiyeh et Batroun, le voilà assuré que le Liban n’est pas seulement ce qu’on a voulu lui vendre.
C’est une réalité, diront certains convaincus qu’il faut rendre compte de la diversité libanaise et que le Liban n’est pas qu’un lieu de débauche. C’est affligeant, penseront d’autres à l’idée qu’un parti politique se soit approprié l’arrivée à Beyrouth, transformée en trip de propagande à l’iranienne.

Bienvenue au Liban, le pays qui n’entre jamais dans une seule case, mais que chacun aimerait pouvoir mettre dans la sienne.

vendredi, 13 février 2009

Jours tranquilles à Beyrouth

jours tranquilles a beyrouth.jpgVoilà, voilà, voilà… Bon, ce n’est pas dans les habitudes de la maison, mais on va faire un peu d’auto-promotion sur cette page. Voici donc la jolie couverture d’un livre sur Beyrouth, sorte de prolongement en cellulose de nos chroniques numériques. Jours tranquilles à Beyrouth est le second opus d’une collection éditée par Riveneuve (après Jours tranquilles à Ramallah de Gilles Kraemer, dont nous conseillons vivement la lecture) et doit sortir officiellement le 5 mars prochain.

JTAB (c’est moins long à écrire) consiste en une sélection de textes (peaufinés et enrichis) parus ici même entre juillet 2006 et août 2008 ainsi qu’un certain nombre d’inédits.

Bref, si le cœur vous en dit, vous pouvez profiter d’une offre préférentielle à durée limitée (jusqu’au 10 mars): pour trois exemplaires commandés, vous en recevrez un cadeau et dédicacé par… nous (évidemment). Pour le bon de commande, ça se passe ici.

Voilà, voilà, voilà… C’est dit et le trac commence à se faire sentir pour nous. Et puis, puisque l’un d’entre vous parlait d’un groupe Facebook, c’est par ici pour les «friends».

jeudi, 12 février 2009

Au pays de Tanguy

tanguy liban.jpgNous en connaissons tous. Ils roulent dans de grosses voitures, ils ont des postes à responsabilité dans des sociétés importantes. Ils sont trentenaires, voire quadras. Ils ont des iPhone 3G désimlockés ou des Blackberry, ils déjeunent tous les midis au restaurant. Et quand ils n’ont pas le temps de traîner chez Casper & Gambini ou au Sushi Bar, ils débarquent le matin au bureau avec le petit casse-croûte que leur maaamy a préparé. Les Tanguy vivent – par définition – chez paaapy et maaamy, et trouvent cette situation tout à fait normale, même passée la trentaine.

Le Tanguy, évidemment, est célibataire. Car le Tanguy ne quitte pas le jupon maternel tant qu’une Tanguette n’a pas pointé le bout de son nez (en trompette bien sûr, naturel ou non peu importe). Seulement voilà, il arrive souvent que la Tanguette se fasse désirer. Du coup, le Tanguy attend, attend mais au moins il économise. Car habiter chez paaapy-maaamy jusqu’à 35 ou 40 ans a quelques avantages: pas de loyer à payer, pas de linge à laver ou à repasser, pas de petits plats à préparer… Si bien que le Tanguy – même s’il a assuré l’essentiel c’est-à-dire son confort matériel – est souvent très mal préparé à voler de ses propres ailes. Du coup, il prend encore plus son temps.

Alors, quand Tanguette entre dans sa vie, Tanguy place la barre très haut: Tanguette (et/ou la future employée de maison) doit avoir mille cordes à son arc, et surtout ne pas avoir le même âge que lui. En effet, chez Tanguette, il y a un petit truc qui fait tic-tac-tic-tac-tic-tac. Passés 25 ans, Tanguette attire les regards réprobateurs de ses proches (genre «Haram! Elle va bien trouver à se marier, elle est bien faite pourtant! Quand est-ce que je vais devenir tétâ, moi?»). Dans la France du XVIe siècle, on affublait du surnom de Catherinette ces femmes de 25 ans encore célibataires. Au Liban, ce sont les Tanguette qui sont pointées du doigt. La société libanaise est en effet bien plus cruelle pour les Tanguette que pour les Tanguy qui, eux, peuvent se permettre de faire traîner les choses: même octogénaires, ils pourront toujours se reproduire. Pourtant, ce sont bien eux les coupables: rien ne les empêche de prendre un appartement ou d’imposer leur volonté d’indépendance, de dire à leurs aïeux que «bon, là, ça suffit, je ne suis plus votre piou-piou…», de casser le moule et de couper le cordon. Blah blah blah. Mais non. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? D’un autre côté, si les Tanguette n’attendaient pas de trouver le mari qui pourra remplir les quotas syndicaux leur garantissant la maison (300m2 minimum), la voiture (4x4 V8 minimum), la «Philippinaise» (18 heures de travail par jour minimum) et le coiffeur (2 fois par semaine minimum) – enfant en option –, cela faciliterait aussi les choses.

Finalement, comme dans un conte de fée, tout est bien qui finit bien: Tanguy – qui a gagné quelques kilos à la ceinture avec les années, les restos et les sandwiches de maaamy mais perdu quelques poils sur le caillou entre temps – finit par se marier avec une Tanguette toute floutée et auréolée sur les photos de mariage publiées dans les magazines mondains. Une fois la meringue de Tanguette étalée sur papier glacé, Tanguy n’a plus que neuf mois à attendre pour entendre brailler puis voir grandir Tanguy Jr (oui, un fils de préférence sinon «haram»). On en croise parfois à la sortie des maternelles, de ces Tanguy devenus pères à 45 ou 50 ans. Ils ont souvent l’air gauche et soucieux. Peut-être sont-ils en train de se dire qu’à leur tour, ils en ont pris pour 45 ans.

lundi, 09 février 2009

Allah ma3k

Tout ou presque a déjà été écrit sur les chauffeurs de taxi libanais. Sur leur bagou, leur hochement de tête dédaigneux quand votre destination ne leur revient pas, leur gentillesse aussi (parfois), leur sens souvent bizarre de l’itinéraire en ligne droite… Lorsqu'ils se lancent dans une conversation qui tourne régulièrement au monologue, il faut savoir faire le tri entre leurs vérités et leurs baratins. L'expérience a un caractère presque folklorique et elle est souvent drôle.

Hier, je devais me rendre à Hamra. Je me suis pointé sur le boulevard près de chez moi pour alpaguer l'un de ces bolides à plaque rouge, et le premier d’entre eux fut le bon…

Bonnet vissé sur la tête, sourire ancré sur le visage, rides taillées au cutter autour des yeux, un vieux chauffeur me lance le fatidique «Tla3».

taxi beyrouth.jpg

Extraits de la conversation avec mon chauffeur du jour, à 20km/h dans une vieille Mercedes 200, quelque peu cabossée.

«Vous allez à Hamra? Ah, Hamra! Quand j’étais jeune, nous y allions pour voir les filles en mini jupes… Aujourd’hui, c’est bien difficile d’en voir. C’était quelque chose, Hamra! Moi, j’ai été dans une école d’éducation française et mixte, à l’Ouest. Et de mon temps, nous ne faisions pas le sexe. Nous restions simplement amis avec les filles, et c'était très bien comme ça.»

«Au début de la guerre, en 1976, un petit Palestinien m’a tiré dessus. J’ai dû partir aux Etats-Unis pour me faire opérer. J’ai passé 20 ans en dehors du pays à travailler dans des services d’immigration, où je m’occupais de tous les Arabes voulant immigrer en Amérique du Nord. Mais quand je suis rentré au pays, les moukhabarats [syriens] m’ont arrêté à l’aéroport, m’ont fait asseoir à une table et m’ont dit: “Maintenant, tu vas nous raconter des histoires sur tous nos frères arabes que tu as vu défiler.” Heureusement, depuis, les Syriens sont partis. Nous avons retrouvé un peu de liberté d’expression.»

«Quand j’étais à Los Angeles, j’ai travaillé pour le plus grand juge de l’Etat. Il y avait une stagiaire très dynamique qui s’appelait Condie. Un jour – elle était enceinte d’une petite fille à l’époque –, elle nous a dit: “Je pars pour travailler à Washington.”»

«J’espère que cette année, le Hezbollah donnera ses armes à l’armée. Ce serait bien que toutes ces roquettes soient pour l’armée. Elle ferait bonne figure comme ça. Mais il faudrait aussi que l’armée libanaise fasse le ménage un peu chez elle. Moi, je connais trop de généraux qui boivent et qui dilapident leur argent au jeu.»

«Quel malheur ce qui arrive au Liban! Moi, j’aimerais que les juifs puissent vivre à Beyrouth comme ils le faisaient avant. Regardez, [il montre du doigt le quartier de Wadi Abou Jamil en contrebas]. Ils vivaient là, et tout se passait très bien entre nous tous. C’était ça la magie du Liban! Moi, je suis orthodoxe. Vous, vous êtes sûrement latin [le client à l’arrière glisse «Moi, je suis maronite»]. Pour moi, nous sommes tous pareils.»

«Je suis en train d’écrire un livre sur la stupidité humaine. La stupidité des hommes vient des religions. Quelle religion peut se prétendre intelligente quand elle demande de haïr, de prendre les armes et de tuer? Au Liban, les hommes sont des moutons, ils suivent bêtement ce qu’on leur dit et leurs leaders le savent et en profitent. C’est la pire des choses, de ne pas réfléchir par soi-même. Pour commencer, il faudrait bannir la religion de ce pays.»

En me lâchant au carrefour de la rue de Rome, le sexagénaire me lance: «Allah ma3k!» On ne se refait jamais totalement.

dimanche, 31 août 2008

A bout de souffle

Jeudi, la petite goutte de trop est arrivée. Nous sommes simplement consternés de la hargne, voire de la rage exprimée dans un nombre croissant de commentaires, ici même et ailleurs.

Nous avons pensé ce blog comme un lieu d’échange convivial, ou tout du moins respectueux d’un minimum de correction. Certainement pas comme une arène où les uns et les autres viendraient régler leurs comptes et/ou exprimer, sous couvert de l’anonymat, tout ce qu’ils ne se permettraient pas de dire face à face.

Or, depuis quelque temps, le ton et les propos se radicalisent trop souvent. Que faire? Nous avons envisagé de modérer les réactions, ce que nous avions toujours pu éviter. Modérer n’est pas censurer. Il s’agissait de ne pas laisser la porte ouverte aux insultes et autres menaces qui se multiplient sur la blogosphère libanaise. Le procédé est fastidieux et, de toute façon, ne servirait qu’à se cacher derrière son petit doigt, nous nous en sommes très vite rendu compte.

En effet, nous avons rapidement reçu des messages outranciers, non mis en ligne. En voici un spécimen, qui reste relativement «modéré» par rapport à d’autres mais qui nous a paru d’autant plus révélateur que paradoxalement, cette commentatrice prônait quelques minutes plus tôt l’ouverture, le dialogue et le respect d’autrui, et n’avait jamais été censurée:

"je suis horriblement déçue! je ne croyais pas que le fléau de la censure allait vous atteindre. je ne croyais pas que les indépendants étaient à ce point gênants: je ne veux être ni atlantiste ni talibane, ni hezb, ni opposition ni majorité! réveillez-vous, vous devenez staliniens, ceux qui ne vous lèchent pas le cul et n'acquiessent pas à tous ce que vous dites ne sont pas bons pour être publiés, ils dérangent, ils salissent! démocratie mon cul, oui! je corrige donc, vous êtes des agents de division et de haine. faut que vos lecteurs tapent sur tous ce qui gène les usa-israel sinon vous les envoyez aux oubliettes. je vous dis merde, vous ne nous aurez pas et dans ce putain pays on est beaucoup trop nombreux et beaucoup plus lucides pour que votre "nouveau proche orient" à la sauce neo-CONS passe je ne vous salue pas"

Notez l’évolution du propos entre le début et la fin du texte! Parce qu’elle n’a pas compris qu’une modération implique un délai entre l’envoi du commentaire et sa publication, cette commentatrice en a tiré ces conclusions hasardeuses et insultantes. Ceux qui nous suivent depuis longtemps savent combien ces «accusations» sont vides de sens, mais cet exemple parmi d’autres illustre la facilité avec laquelle chacun verse désormais dans l’excès au Liban. Il est symptomatique.

N’ayant ni envie de fliquer en permanence ce qui se dit ici, ni d’entrer dans de vaines discussions, nous préférons fermer complètement la petite case blanche. Nous ne voyons pas l’intérêt de continuer ainsi.

Merci de nous avoir lus pendant deux ans.

jeudi, 28 août 2008

Zeebrugge-Beyrouth

8886357.jpgVers 13h30 hier, une frégate belge a accosté à Beyrouth en provenance de Zeebrugge. Sa mission: prendre part à la surveillance des eaux territoriales dans le cadre de la Finul, et traquer d’éventuels contrebandiers d’armes en vertu de la résolution 1701. Sur le quai numéro 5 du port, l’imposant bâtiment de guerre se reposait tranquillement en attendant d’effectuer des rotations en mer d’une dizaine de jours chacune. A 50m, une embarcation de la marine libanaise flottait, pavillon au vent. Une image magique. Le ministre belge de la Défense était là pour l’occasion (c’est la première fois que son plat pays envoie un navire de guerre sur un théâtre des opérations étranger), et pour vendre à l’Etat libanais une quarantaine de tanks, des transports de troupe et des munitions à gogo (faudrait peut-être vendre des bateaux vu la pauvreté de l’équipement actuel). A la fin de son petit discours, le ministre a salué le «rôle stabilisateur du Liban dans la région» et s’est félicité du «climat politique local apaisé» depuis l’accord de Doha. Le grand bonhomme, sorte de croisement entre Dominique de Villepin et Philippe de Villiers, avait certainement dû abuser de l’arak lors du déjeuner. Car au moment même où les marins belges écoutaient leur ministre de tutelle, la tension montait un peu partout, de Tayyouneh à Basta en passant par la Bekaa et Nabatiyeh à coup de bombes sonores et autres joyeusetés, sans parler des empoignades verbales (voire plus) au Parlement. Tout va donc bien au Liban, merci monsieur le ministre.

Mais depuis hier midi, le Liban s’est remis en marche: la justice a condamné à mort le président libyen dans le cadre de la disparition de Moussa Sadr; le ministre des Télécoms a déclaré que les tarifs du cellulaire chuteraient bientôt; et notre président a appelé de ses vœux à un retour en grâce de la Syrie sur la scène diplomatique (gloups!). Un vibrant appel à la séculaire amitié libano-syrienne d’ailleurs précédé par l’annonce du voyage de Sarkozy à Damas les 3 et 4 septembre prochain. Et puis une dépêche de l’AFP vient d’arriver: un hélicoptère de l’armée a été touché par des tirs d’origine inconnue dans le Sud-Liban (1 mort). Tout va donc bien au Liban, merci messieurs.

Seule ombre au tableau dans ce panorama idyllique: le ciel de Beyrouth est gris-blanc depuis une bonne dizaine de jours.

vendredi, 22 août 2008

«Tu sais comme je t'aime le Liban»

podcast

Retour en 2008, même si ça ressemble plutôt à du 1988. Voici la pub la plus hilarante que l'on ait entendue depuis longtemps. Et comme nous sommes des gens sympas, on vous offre même la version anglaise en bonus.
podcast

jeudi, 21 août 2008

2049 après la chute de Beyrouth

220287374.2.jpgJ’écris ces lignes à la lueur d’une bougie. L’eau de pluie ruisselle sur les murs autour de moi, créant un son métallique ininterrompu. Cela fait dix jours maintenant que je me terre dans le sous-sol d’un immeuble carbonisé près de ce qui devait être le port de la ville. Nous sommes le mercredi 3 février 2049 et il ne reste rien de Beyrouth. Juste un tas de ruines visqueuses qui ne fument plus depuis longtemps.

J’ai mis trois semaines pour arriver ici. Je suis parti le 11 janvier de Cork où je vis depuis treize ans. Avant cela, je passais de camp de réfugiés en camp de réfugiés. C’est d’ailleurs dans l’un d’entre eux que je suis né. Ma mère avait dû fuir le Proche-Orient, tout comme des millions de personnes. Enceinte, elle avait atterri dans un camp, quelque part au nord de la Turquie. C’était en 2022. Quand j’étais gamin, elle me racontait sa vie au Liban et celle de mes grands-parents que je n’ai jamais connu. Ils ont disparu un jour, victimes de la dictature. Personne n’a jamais su ce qui leur était arrivé exactement. Ma mère est sûre d’une chose: ils écrivaient des choses ne plaisant pas aux maîtres du pays. Et en ce temps-là, les gens comme eux disparaissaient purement et simplement, sans laisser de traces. C’est pour eux que je suis venu ici, pour trouver des traces de mes racines, même si personne en Irlande n’a compris ma démarche.

J’ai réussi à atteindre la côte du pays sur un hydroglisseur naviguant en toute illégalité sur cette mer intérieure qui n’abrite plus aucun signe de vie. Trop d’acide et de radiations ont annihilé la faune sur tout le front sud de l’Europe. Le capitaine, que j’ai dû payer grassement pour faire cette traversée, m’a pris pour un fou: «Pourquoi venir ici?, m’a-t-il demandé. Il n’y a plus rien, l’air est irrespirable et tout le rivage est encore chargé de radiations. Les derniers survivants ont fui la zone il y a plus de quinze ans!» Moi, je m’étais toujours promis de venir ici, malgré tous les obstacles, pour retrouver une trace de vie de ma mère et de mes grands-parents. Et je suis là aujourd’hui…
Dans mon périple, j’ai rencontré un mercenaire asiatique à la forteresse de Catane. Il m’a assuré avoir vu quelques survivants dans les ruines de Beyrouth, il y a peut-être quatre ou cinq ans. Mais en dix jours, je n’ai rencontré personne, pas même un chien errant. Juste des cafards dans le trou à rats où je me trouve.

Ce matin, j’ai enfin atteint mon but. Je suis sûr maintenant d’avoir trouvé l’emplacement de l’immeuble où ma famille habitait au début du siècle. Dans les décombres sordides, j’ai retrouvé des fragments de vie: des bouts de photos, dont un où j’ai clairement reconnu ma mère enfant sur les genoux d’une femme que je devine être ma grand-mère.

J’ai retrouvé ça aussi, dans une caisse rouillée:
1265366232.jpg

J’ai lu plusieurs récits contradictoires sur les différentes catastrophes des années 20: la chute des républiques, les guerres venues du Sud, de l’Est ou de la mer… Et surtout ceux relatant l’explosion de 2023. J’avais un an. Sur le plan du métro que j’ai retrouvé, j’ai reconnu des noms évoqués par les anciens. Je me souviens de ce vieil homme, à Paphos, qui m’a raconté la révolution libanaise, et les multiples contre-révolutions… Les hommes se servaient des tunnels du métro pour conserver leurs armes et leurs butins de guerre… Il m’a surtout raconté l’avant-guerre, la mise en place du puzzle qui a mené à tout ça. Même à 60 ans passés, il avait encore la haine contre tous ceux qui n’avaient pas voulu voir le danger venir, contre ceux qui disaient «il ne faut pas dramatiser», contre ces pays d’Europe qui ne voulaient surtout pas faire de vagues… Je n’ai pas connu ce monde-là, moi, mais je me suis senti responsable, sans savoir vraiment pourquoi.

Maintenant que cette réalité m’a rattrapé, je ne sais pas ce que je dois faire. Essayer de repartir vers une île du nord, quelle qu’elle soit, puisque ce sont les seuls bouts de terre encore habitables de nos jours? Est-ce que je dois rester ici, pour trouver des survivants? Est-ce tout simplement inconscient de rester une minute de plus ici alors que l’air me brûle les poumons?

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Merci à tous pour vos messages des derniers jours.

lundi, 04 août 2008

On tourne en rond, merde, on tourne en rond, merde, on tourne en rond. Merde!

Il y a une qualité que l’on ne peut ôter à l’intelligentsia du Hezbollah, c’est la patience. Même si de temps en temps on constate quelques poussées de fièvre, les têtes pensantes du parti sont en passe de réussir leur coup. L’objectif paraît simple, et les événements de mai dernier l’ont bien montré: à défaut de pouvoir/vouloir prendre le contrôle du pays (ce qui n’est pas possible par un coup de force), il faut continuer d’affaiblir au maximum ce qui reste de l’Etat libanais, de dévitaliser les institutions du pays comme un dentiste annihile les nerfs d’une molaire douloureuse.
Comme l’a dit Nasrallah lui-même lors d’un de ses derniers discours, l’idéal du Hezb est celui qui a prévalu pendant l’occupation syrienne: l’Etat fait tourner la machine en termes économiques, mais c’est au Hezb que revient la véritable autorité. Celle de la force militaire, de la décision de guerre, de la véritable diplomatie (pour négocier l’échange de prisonniers, par exemple). La nouvelle déclaration ministérielle, accouchée aux forceps ces derniers jours, n’est que l’aboutissement d’un énième processus, celui qui nous intéresse ayant commencé au printemps 2006.

955627570.gifSouvenez-vous de ce fameux dialogue national qui paralysait le centre-ville tous les quatre matins, durant lequel le dossier des armes divines devait être abordé. Souvenez-vous des promesses faites alors. Depuis, on a eu une guerre avec Israël, puis un sit-in de 18 mois et une mini guerre civile de 10 jours en mai dernier (le Liban devrait faire breveter ce concept). Cette tartufferie a donc duré plus de deux ans, deux ans durant lesquels le pays a fait du surplace à tous les niveaux. Et comme le veut la physique, qui n’avance pas, recule.
Pour aboutir à quoi finalement? A l’élection d’un président dont il ne faut pas attendre des merveilles (ô surprise) et à la formation d’un gouvernement de (dés)union nationale déjà réclamée il y a 30 mois. Ce cabinet, dont la durée de vie programmée n’excède pas 10 mois, ne servira à rien (si ce n’est à offrir une pension à vie à ses membres ou à augmenter celle des récidivistes). Les dossiers à traiter ne manquent pourtant pas, mais tous les regards sont maintenant fixés sur la nouvelle valse électorale de mai 2009... et sur l'élection présidentielle américaine, bien sûr. Car en fin de compte, c’est bien à ce changement de «régime» aux Etats-Unis qu’est suspendu l’ensemble des développements régionaux.

De toute façon, que faut-il attendre des prochaines législatives? Rien, car attendre quoi que ce soit du système électoral et politique du pays reste très mauvais pour les nerfs. De plus, et c’est le plus important, les sujets qui fâchent déjà abordés il y a deux ans ne sont même plus au point mort; ils sont littéralement bloqués. Début 2006, le fameux dialogue national ambitionnait de traiter de la question des armes du Hezbollah. Aujourd’hui, rebelote: dialogue il y aura de nouveau, avec une différence de taille. Désormais, le parti de Dieu clame haut et fort qu’il ne désarmera jamais (et a montré vigoureusement ce qu’il adviendrait si quelqu’un essayait de toucher à son arsenal) et que la résistance EST le Liban. Belle promesse d’avenir.

Par ailleurs, les «figures politiques» locales ont ouvertement salué l’intervention d’une partie non institutionnelle (le Hezbollah) dans une négociation dont l’Etat a été sciemment exclu (l’échange de prisonniers), cautionnant ainsi l’absence absolue d’autorité légale nationale. Pire, la déclaration ministérielle par le biais de formules dignes d’une vierge effarouchée fournit un blanc-seing à la «résistance», la légitimant et légitimant ses procédés aux yeux du monde entier, en dépit d’une guerre coûteuse à plus d’un niveau et des événements sanglants de mai dernier. Et en prenant le risque qu’un tel baissage de froc implique la nation toute entière derrière l’aventurisme d’un parti dont les intentions dépassent l’intérêt national bien compris. Autant de régressions qui ressemblent à un grignotage dans les règles de la notion même d’Etat, à un nivellement par le bas de ce qu’il lui reste de potentiel pouvoir, à une transformation en institution-fantôme, ces «failed states» qui offrent le meilleur des terreaux pour l’épanouissement des organisations autoproclamées «nationales» (ce qui fera l’objet d’un prochain post). Dans ces conditions, inutile de se donner la peine d’un coup d’Etat aussi nuisible en termes d’image que délicat à parachever en réelle prise de pouvoir. Un peu de patience suffit, avec quelques coups de pouce pour aider au sabordage d’un Etat en pleine déliquescence.

Le Liban ressemble à une machine à remonter le temps, permettant à son peuple de revivre en boucle les épisodes les plus inutiles ou les plus déplorables de son passé. Malheureusement, personne n’a pensé à équiper cette belle machine de la «marche avant», ce qui aurait pu permettre à ce peuple de se projeter vers l’avenir.

On tourne en rond, merde, on tourne en rond, merde, on tourne en rond. Merde!

dimanche, 03 août 2008

Ces délicieuses amandes fraîches

871977906.jpgMon premier été à Beyrouth avait été parsemé de jolies petites joies pour mes papilles. Tout frais débarqué de Paris où Tricatel avait pris le pouvoir depuis trop longtemps, j’étais en train de (re)découvrir le plaisir des fruits de saison. Il y avait eu les mûres grosses comme mon pouce, les cerises au jus pigmenté comme de l’encre de Chine, les pastèques généreuses, les pêches blanches de Bikfaya, les tomates cœur de bœuf, les melons-ananas, les figues vertes caramélisées par le soleil, puis mi-août les pistaches fraîches, engoncées dans leur peau rouge et noire… Chacun d’entre eux étaient disponibles sur les étals colorés des primeurs quelques semaines seulement, le temps pour ces fruits de la terre d’être consommé selon le calendrier de Dame Nature. Mais avant la dégustation, il y a un autre plaisir: celui de pouvoir choisir, tâter, sentir ces fruits que l'on va acheter. Lorsque la mère de Nat avait débarqué en France, c'est avec stupeur qu'elle avait entendu un commerçant en primeurs la rembarrer parce qu'elle tripotait ses produits comme elle en avait l'habitude ici. Au-delà du choix de la tomate la plus ferme ou de l'abricot le plus mûr, c'est un véritable bonheur dont elle se sentait privée mais qu'ici, nous apprécions pleinement.

Hier soir, je suis passé chez mon marchand de légumes pas loin de la mosquée Beydoun, la seule du quartier chrétien de Beyrouth. Cet homme sans âge, rarement rasé de près, m’accueille toujours par des «ahlan raïs» accompagnés de 40 secondes de salamaleks imbriqués les uns dans les autres et tout aussi flatteurs pour moi que pour mes descendants. Quand je suis arrivé devant sa boutique bricolée dont l’éclairage est assuré par des guirlandes de Noël 365 jours par an, il y avait un jeune homme qui faisait comme moi. Je ne sais pas pourquoi, mais ce jeune homme m’a fait penser à un ami d’enfance qui m’est très cher. Peut-être à cause de son profil bien marqué. En finissant ses emplettes, l’inconnu a demandé «kilo loz». Je me suis dit que j’allais l’imiter.

En repartant en voiture, j’ai commencé à croquer mes «loz» à moi, une à une, en écartant la bogue verte et duveteuse, puis la fine peau amère. En pleine euphorie gustative, je me suis aperçu que mon ami de France n’avait jamais goûté ces délicieuses amandes fraîches du début de l’été.

lundi, 28 juillet 2008

Feux d'artifices

Hier soir, Beyrouth et la place des Martyrs ont retrouvé le goût de la fête XXL, avec le concert de l'enfant prodigue, Mika. C'était énorme, il y avait 15000 personnes selon les organisateurs, et parmi elles beaucoup d'enfants. Tout le monde est reparti le sourire aux lèvres après des feux d'artifices plus que généreux...

Et pendant ce temps-là, à Tripoli, il y avait d'autres feux d'artifices... Le bilan s'alourdit de jour en jour entre sunnites et alaouites. On se sent vraiment en sécurité depuis que tout va bien dans notre république, avec un président (à titre honorifique) et un gouvernement d'union nationale qui ne servent pas à grand chose.



Et voilà, c'est l'été au Liban.

mercredi, 23 juillet 2008

Shooting dogs

Comme tout Français moyens, il nous arrive de faire les courses en famille. De retour en terre libanaise, nous étions investis d'une mission facile à accomplir: remplir le frigo. Direction donc le Géant de Jdeidé, ne serait-ce que pour voir si cette enseigne (liée à Monoprix) était toujours ouverte.
Premier constat: oui, Géant et Monoprix sont toujours là, vu que le vendeur libanais et l’acheteur du Golfe sont maintenant en procès. Ouf pour mon ambassade de France à moi.
Second constat: les rayons ont néanmoins perdu une bonne partie des produits maison «made in France».
Au rayon jardinage (on aime bien le jardinage), Nat voulait s’acheter de grosses cisailles. Soit. Mais à côté desdites cisailles, bien en évidence à 20cm du sol (soit la hauteur parfaite pour des gosses), de magnifiques cure-dents géants brillaient sous les néons. En voici un...
957384773.jpg
Des machettes au rayon jardinage, pourquoi pas? Après tout, l’usage premier de cet ustensile est de couper des lianes en pleine jungle ou de touffus bambous. Le truc, c’est qu’au Liban, on a ni jungle (au sens propre) ni forêt de bambous. Le second usage de cet ustensile, certains pays des Grands Lacs en ont malheureusement fait les frais.
Alors de quatre choses l’une: l’importateur prévoit que le Liban se recouvre d’une jungle luxuriante d’ici la fin de l’été (probabilité: 0,1% au vu des feux de forêts en cours dans notre belle montagne); ou cet importateur prévoit une pénurie de AK-47 (probabilité: 49,9%); ou encore un container s’est perdu en chemin et a été débarqué au port de Beyrouth par erreur (probabilité: 30,7%); ou enfin c’est un cadeau de l’ambassade de Chine au Liban, très dynamique commercialement (probabilité: 19,3%).
Dernier détail de taille: la machette «made in China» ne coûte que 2500 livres libanaises (même pas 2 dollars). Du coup, j’ai failli en prendre quatre, une pour chaque membre de la famille. Et même cinq: quatre pour nous et une cinquième pour Samir Kantar. Nous n’avons pas les moyens de lui offrir un M-16 comme Hassouna, mais une machette lui irait à ravir.

mardi, 22 juillet 2008

Atterrissage

Nous voici donc rentrés de vacances, accueillis par un véritable feu d’artifice, au sens propre comme au figuré.

372190783.jpgL’impressionnant panache de fumée qui s’élève au-dessus de Borj Hammoud et s’étend en une longue corolle malodorante jusqu’à devant chez nous ne résulte ni d’une éruption volcanique (il n’aurait manqué plus que ça), ni d’un attentat. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de pneus en train d’être brûlés, comme cela s’est déjà produit en dépit du bon sens et de l’environnement, mais non. Selon certains sites web, la chaleur aurait en fait provoqué un incendie dans l’une de ces cuves de pétrole rassemblées en bord de mer comme de néfastes champignons tachetés de rouille. D’autres assurent qu’il s’agit de l’inénarrable décharge de Dora qui est en train de brûler à tous vents. Toujours est-il que cela fait bien une heure que les boucles noires se déroulent dans un ciel d’un bleu limpide. Faut-il y voir un symbole?

Bref. Nous avons raté le retour glorieux de Samir Kantar, promu depuis haut responsable dans les rangs du Hezbollah, et potentiel candidat lors des prochaines législatives. Le Liban n’est plus à un assassin près pour peupler ses hautes sphères politiques, mais tout de même.

Nous avons aussi manqué le triomphe parisien de Bachar le 14 juillet, couronné par la visite hier de Walid Moallem et son terrible «Ils ont attendu 30 ans, ils peuvent bien attendre encore quelques semaines», monstre de cynisme à l’adresse des familles de détenus libanais en Syrie. Qu’on se rassure, Moallem a renouvelé ses vœux d’échanges d’ambassades entre la Syrie et le Liban. Ce qui serait tout à fait dans l’ordre des choses, maintenant qu’au Liban, on a repris les bonnes habitudes du temps de la tutelle, avec ces mêmes familles de détenus repoussées sans vergogne ni pincettes par des soldats trop zélés.

Nous avons encore raté le mariage de la fille Sleimane à Beiteddine, pour lequel, il y a déjà plusieurs mois, la date du concert de la cantatrice Karima Skalli, dans le cadre du festival de Beiteddine donc, a dû être repoussée. En effet, Sleimane n’était pas encore élu qu’il prévoyait déjà l’événement dans la résidence d’été des présidents libanais. Et tant pis pour l’artiste qui, par bonheur, a accepté de modifier ses dates. Sleimane est prévoyant, ça rassure.

Nous avons loupé enfin la constitution de ce gouvernement d’union nationale dont la seule fonction sera de préparer les législatives de 2009. Législatives pour lesquelles toute la classe politique s’écharpe déjà. J’avoue qu’à mon sens, le principal point positif de l’affaire est le choix de Ziad Baroud au ministère de l’Intérieur. J’apprécie le bonhomme et espère que le pouvoir ne le corrompra pas comme cela arrive presque toujours. En revanche, nous sommes rentrés juste à temps pour les pétards et autres joyeusetés qui célébraient les résultats d’examens tard dans la nuit.

Prendre (très) rarement des vacances a ceci de particulier qu’on en a si peu l’habitude que cela paraît irréel. Jamais l’image de la parenthèse ne m’a paru si pertinente. Cette brève parenthèse est déjà refermée et nous n’avons pas l’impression d’être partis. Nous revenons simplement de ces 10 jours à Sharm el-Sheikh avec le sentiment non seulement d’avoir été exclusivement perçus comme deux portefeuilles ambulants (mais c’est le jeu du tourisme après tout), mais surtout d’un dramatique gâchis pour le Liban. Imaginons un peu le bord de mer beyrouthin – allez, au hasard, à Ramlet el-Baïda – mis en valeur et exploité intelligemment comme l’est celui de Naama Bay. Oui, alors, on pourrait parler du Liban comme d’une véritable destination touristique et de son ministère du Tourisme comme d’une institution ayant une véritable politique en la matière. Je sais, pour cela, il faudrait régler mille et une questions de politique intérieure et étrangère. Il faudrait la paix aussi.
Mais après un bref séjour parisien fin juin et après ce court épisode égyptien, je ne constate tristement qu’une chose: le Liban se croit à la pointe de tout alors qu’il ne fait que cumuler les retards sur tous les plans. Y compris commerciaux, touristiques, culturels, environnementaux. Y compris.
Bien sûr, en Egypte (et ailleurs), ce sont les «artistes» libanais (les Haïfa, les Nawal el Zorghbi, les Nancy Ajram…) qui passent en boucle sur les chaînes de télé, ou en tout cas sur Rotana. Bien sûr, les Libanais peuplent le monde arabe et au-delà, exportent leurs talents, s’adaptent comme ils savent si bien le faire et parfois se distinguent même. Mais qu’en est-il du Liban lui-même ?
A notre retour, j’ai réceptionné les magazines de Dubaï pour lesquels je travaille. Et, une nouvelle fois, un courrier des lecteurs – sélectionné comme courrier du mois, je ne sais pourquoi – se plaignait de la place accordée au Liban dans ces pages et espérait que, maintenant que la «situation» s’est stabilisée, on passerait à des choses plus importantes. Non seulement le Liban est à la traîne, mais en plus il lasse…

[...]

En exclusivité, voici la prochaine version de la fiche signalétique concernant le Liban qui sera publiée sur le site letatdumonde.fr.

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mercredi, 09 juillet 2008

Leaving Beirut

vendredi, 04 juillet 2008

Flower power

1334623503.jpgL’été s’est tranquillement installé sur Beyrouth. Les avions déversent les Libanais de la diaspora par brouettes entières, les prix s’envolent, les bars branchouilles sont pleins à craquer, les peaux bronzées s’exhibent, le gouvernement n’est toujours pas formé, le club de foot de Mabarra a remporté la Coupe du Liban pour la première fois de son histoire, le Hezbollah s’apprête à accueillir ses prisonniers… La vie s’écoulerait presque tranquillement dans notre belle république bananière.

Devant cette actualité sans grand relief, je me réfugie dans mon cocon. Ce cocon, nous le regardons s’épanouir année après année. L’été arrive et les fleurs de la terrasse se dressent fièrement sous le soleil. Aux quatre points cardinaux, bougainvilliers, rosiers, frangipaniers, citronniers, gardenias, jasmins, bignones et autres lavandes nous offrent leurs touches de couleurs. Caresser un pétale, humer une corolle et discerner les variations d’oranges ou de jaunes dans un bouquet sont autant de rites propres à nous relaxer et qui nous font oublier quelques minutes ces petites choses qui ne tournent pas rond. En regardant toutes ces plantes et toutes ces fleurs, je me dis que nous sommes bien mieux ici que dans un 30m2 avec vue sur cour à Bagneux. C’est un choix. La vie à Beyrouth n’est pas toujours rose, mais elle sera toujours au cœur de mes pensées.

lundi, 23 juin 2008

« On pensait que ça s’était calmé au Liban »

1659145432.jpgSi cet homme sonne à votre porte, ne lui ouvrez pas. Si cet homme insiste lourdement, cela voudra dire qu’une petite goutte d’eau aura fait déborder le vase du côté sunnite. Cela fait trois semaines que je propose le sujet aux rédactions étrangères concernant la tension entre sunnites et chiites (surtout entre sunnites et alaouites à Tripoli)… Il a fallu quelques morts ce week-end dans ce qui reste l’une des principales poudrières du pays pour que je reçoive un «OK, on prend, mais on pensait que ça s’était calmé au Liban». Eh oui… ça s’est calmé légèrement en surface. Mais alors, juste en surface…

Comme les chefs de file de la majorité et de l’opposition font traîner en longueur leurs discussions sur la composition du gouvernement d’union nationale, les abadays de chaque camp ont ressorti les pétoires de leurs matelas. Tripoli a vécu au son des tirs ce week-end, Taalabaya et Saadnayel ont fait de même au début du mois, sans parler les camps palestiniens… Ce bon cheikh Omar Bakri nous avait dit que les salafistes attendaient la goutte qui ferait déborder le vase pour qu’Al-Qaïda se manifeste avec tambours et «pizza delivery» à gogo. Je me demande s’il parlait d’une goutte de Zam Zam Cola…

mercredi, 18 juin 2008

33200 LL

1440870662.jpgSe déplacer en voiture à Beyrouth revient parfois à faire des calculs d’épicier. Le Liban n’étant pas à l’abri de la hausse du prix des produits pétroliers, les tableaux d’affichage des stations sont régulièrement mis à jour. Et toujours à la hausse. Il y a onze ans, quand je faisais le plein de ma vieille Coccinelle, je m’en tirai pour 20 dollars grand maximum: les 20 litres oscillaient entre 11 et 13000 livres libanaises. Fraîchement débarqué de France où utiliser sa voiture en ville commençait à devenir un luxe, je me prenais pour le roi du pétrole. Et puis cela a grimpé, jusqu’à se stabiliser pendant un bon bout de temps à 23000 LL et quelques gouttelettes. Et puis l’Etat a lâché la bride au rythme d’une valse renversante. Aujourd’hui, je n’ai plus de Coccinelle mais une voiture un peu plus gourmande. De 20 dollars, le plein est passé à 50.
Le prix à la pompe, les professionnels de la conduite urbaine l’ont bien évidemment répercuté sur le prix de la course. Nos chers «taxis service» sont passés en quelques mois de 1000 à 2000LL (avec une pause de 6 mois à 1500LL). Et encore, les courses en question ont tendance à rétrécir, les chauffeurs disant allégrement «servicein!» dès que l’on vise un peu trop loin.

Du coup, quand un rendez-vous se profile à l’autre bout de la ville, une question se pose souvent: est-ce que je prends la voiture ou un service? Est-ce que je dépense de l’essence et très probablement le prix du parking (entre 1500 et 3000LL selon les endroits) ou est-ce que je paye un aller-retour à un vieux bougre de taxi? Quelle option me coûtera le moins cher, en termes d’argent et d’énervement? Car les deux situations ont leurs avantages et leurs inconvénients: la voiture permet d’aller d’un point A à un point B plus rapidement et sans passer par C, D et E, mais il faut subir les embouteillages et tourner 20 minutes afin de trouver une place avant de se résoudre à payer un parking; le service, lui, est parfois agaçant car il m’arrive d’en laisser passer une demi-douzaine me réclamant une double course, mais c’est parfois bien agréable de se laisser conduire en ville ce qui donne l’occasion d’admirer les bougainvilliers et autres arbustes en fleurs. Voiture ou taxi: la réponse n’est donc pas toujours la même, et c’est un pari à prendre à chaque fois.

Alors vivement le retour du tramway à Beyrouth… Il y a deux ans, l’idée de relancer un tramway ou un métro dans la capitale était à l’étude, en partenariat entre la municipalité de Beyrouth et la région Ile-de-France. Depuis, on en a plus trop entendu parler…

lundi, 16 juin 2008

Rendez-vous

1154498840.jpgCool, cool, cool, les revoilà! Les comédiens de Axis of Evil reviennent au Liban, les 9 et 10 août prochain au Forum de Beyrouth (avec trois nouveaux mais sans le Palestinien Aron, pour ceux qui s'en souviennent. Ils sont brouillés depuis). Quelques chanceux les avaient découverts en décembre dernier sur la scène du Casino du Liban. Pour reprendre l'expression d'un copain, Axis of Evil est «un spectacle de salubrité publique pour le Liban et le monde arabe». A ne pas rater donc... Rien que pour cette fameuse réplique, concernant les Libanais qui se moquent des guerres et du chaos politique: «We party! We party!»

[…]

155311245.jpgCôté festival, on ne va pas faire la liste complète ici même. Mais on peut quand même mettre en valeur quelques coups de cœur. Si Baabeck n'a pas encore dévoilé sa programmation complète (mis à part le concert de Mika en partenariat avec Beiteddine et 2you2see, la boîte de prod de notre copine Hala), c'est bien dans la jolie cité du Chouf que quelques petits bijoux se préparent. Je pense surtout à l'immense saxophoniste américain Branford Marsalis pour les amateurs de jazz le 15 juillet (petit plaisir personnel pour moi). Il y aura aussi de la musique brésilienne (le 19 juillet avec Gilberto Gil), du tango (du 23 au 25 juillet) ou encore l'inoxydable Kazem es-Saher (le 1er août). Allez jeter un coup d'œil sur le programme, vous trouverez certainement votre bonheur.

[…]

1513714251.jpgVous l’aurez peut-être compris, ici, on a quelques petites fixettes. Alors comme tout le monde n’a pas pu venir vendredi soir à Ajram Beach voir la première vraie prestation scénique de Lumi à Beyrouth, deux autres salves de beats et de guitares sont prévues. La première est organisée à Paris lundi 23 juin, au Klub (métro Châtelet, 14 rue Saint-Denis). Le duo formé par Marc «Max la bidouille» Codsi et Mayaline «Debbie Harry» el-Hage sera accompagné pour l’occasion de Jade (le DJ du Basement) et de Shoot Shoot dont nous parlions il y a peu ici même (c’est toujours la même petite bande). La seconde aura lieu à Londres, chez Madame Jojo à Soho, le 7 juillet prochain. Bref, ça vaut doublement le coup alors ne vous privez pas!
Sinon, toujours dans le même genre musical, notons la belle soirée prévue dans le cadre du Festival international de Byblos, la «Nuit blanche 2008» (samedi 12 juillet) avec pour commencer Lumi (c’est pas de ma faute, ils sont partout!), Sébastien Tellier, Mouse on Mars, différents DJ’s et petit déj’ servi sur le vieux port vers 4h30.

[…]

A part ça, Lebanese Mobbers organise un nouveau flashmob dimanche 22 juin. Un mail sera envoyé (par qui et à qui exactement, on ne sait pas) vendredi prochain contenant un lien vers un fichier mp3 à télécharger, en vue d’un rassemblement dimanche après-midi (les mobbers devront être équipés d’un lecteur mp3 le jour J). Le seul début de piste (de ce jeu de piste justement) que j’ai pu avoir, c’est qu’il ne s’agira pas d’un «silent rave» comme en mai (faudra-t-il crier tous en même temps?). La dernière fois, ça avait donné ça au City Mall...

vendredi, 13 juin 2008

Pizza delivery

Le Sky Bar a rouvert ses portes, les plages sont couvertes de chair fraîche prête à rôtir, les ouvriers virevoltent sur les innombrables chantiers comme sur la scène d’un opéra, les places pour le concert de Mika se sont arraché dès 10h du matin hier… Cette frénésie donne vraiment le tournis. Juste pour mémoire, il y a un mois jour pour jour, nous en étions au Day 7 d’un début de guerre civile. Et puis les miliciens, tout heureux d’exposer leurs biceps durant quelques jours, ont rangé leurs pétoires sous les matelas.
Depuis donc, le Liban a fêté un énième accord signé à l’étranger (celui de Doha, dernier d'une trop longue liste), et la politique libanaise a repris son train-train lénifiant. Un président a été élu, allelujah. Toutes les parties en présence ont juré leurs grands dieux qu’il fallait coûte que coûte protéger la saison touristique à venir. En attendant, ces mêmes parties se crêpent le chignon sur la formation du prochain gouvernement. Amen, bravo et cotillons.

1817307758.jpgSur le terrain, les choses ne sont pas si roses. Ça chauffe dans et autour des camps palestiniens, Chaker el-Abssi a fait une petite sortie téléguidée en début de semaine et l’ouest de Beyrouth – où les tensions sont encore perceptibles – reste sous surveillance. Et puis il y a nos amis salafistes au nord. Juste après la mini guerre du mois de mai, nous avions interviewé le cheikh Omar Bakri (ci-contre à gauche), dans le quartier d’Abou Samra en banlieue de Tripoli. Jovial comme d’habitude dès qu’il s’agit de parler à la presse étrangère, ce prédicateur extrêmiste nous avait dit (en bref car l’interview a duré trois plombes) qu’Al-Qaïda n’était pas encore vraiment active au Liban mais qu’il en faudrait très peu (après l’humiliation subie par les sunnites à Beyrouth) pour que cette situation ne change. D'autant que, selon lui, le Hezbollah ne fait vraiment pas peur à Al-Qaïda puisque leurs techniques de combat sont radicalement différentes. Pour reprendre sa formule toute faite, les salafistes (les vrais, les purs, pas ce que lui considère comme des amateurs en parlant du Fatah al-Islam) feront tout péter grâce à un concept magnifique: le pizza delivery. Un indice concernant la garniture de la pizza: les ceintures d'explosifs se digèrent très mal.

Mais il fait beau, les mini jupes sont de rigueur, l’atmosphère est à la fête, on attend 1,5 million de touristes… Les orages, pourtant, sont imprévisibles et ultra violents, et l’on préfère souvent s’abrutir devant des matchs de foot étrangers et décorer nos voitures de drapeaux italiens et allemands plutôt que d’ôter nos œillères (moi compris, sauf pour les drapeaux). La dernière fois que la nation entière était sous opium footballistique (avec comme shoot ultime la finale France-Italie du 9 juillet 2006), la redescente a été dure pour tout le monde. A Dahiyeh, les drapeaux étaient encore omniprésents quand des F-16 israéliens avaient tout fait sauter…

Souvenez-vous, ça donnait ça. Nettement moins glamour que le Sky Bar.

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En 2006, personne n'avait vu arriver la menace et encore moins sa concrétisation. Cette année, personne n'est dupe et tout le monde sait que l'édifice est branlant. Difficile donc de savoir sur quel pied danser, mais la vie doit continuer. 

 
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