Avertir le modérateur

samedi, 07 juin 2008

Garden party au Sarkozoo

1546597428.jpgIl est venu, il a vu, ils ont bu. Ça ressemble toujours à ça les réceptions à la Résidence des pins. Que ce soit pour le 14 juillet ou pour la venue du président de la République, les Français du Liban adorent ces rendez-vous (surtout pour le buffet). «Oh, comme je suis contente d’aller là-bas, et puis y a des petits fours», me disait hier une représentante de ce que l’on appelle les «Français du Liban».

Bref, nous avons eu droit à une garden party à Beyrouth, avec des milliers de petits fours et de coupes de champagne. Sarkozy est sorti sur le perron à 13h45 pour faire un petit speech (bourré de fautes de français, on a l’habitude maintenant, lui qui parle de sauver la francophonie!) sur l’amitié franco-libanaise, sur la culture, sur les assassinats, sur le rôle de la communauté française du Liban (il lui devait bien ça puisque elle avait voté à 89% pour lui)… sans oublier un petit mot à l’attention de l’ambassadeur (et surtout de sa femme qui se tenait droite comme un «i» à ses côtés et qui ne l'a pas laissé indifférent).

A la fin, il a remercié les membres de la délégation française (Hollande, Bayrou, Buffet…), en disant que ceux-ci représentaient la diversité française. En espérant surtout que cette diversité française se reflète dans le parterre des invités pour que, le moment venu (celui de la rencontre avec les vrais gens), aucun membre de cette délégation ne se retrouve tout seul.

1039242038.jpgSarko, sans talonnettes, est donc descendu dans la foule deux petites minutes montre en main. Hollande aussi, pour un flop relatif et prévisible. Bayrou a fait son petit effet, tout fier de poser en photo avec tous ceux qui le lui ont demandé (voir la photo ci-contre). Ce qui a fait grincer des dents les dizaines de militants de l’UMP-Liban (tout heureux d'avoir à leur boutonnière un pin's très moche) qui ne se sont pas fait prier pour se moquer du Palois. Mais bon, Bayrou avait l'air content, et tout particulièrement au moment où le pasteur des Casques bleus français est venu lui dire «Je suis l’un de vos plus fidèles soutiens, vous irez loin en politique!» Quid des autres? Copé a fait du PR comme d’hab, Raffarin avait l’air d’avoir trop mangé lors du repas à Baabda... Tout le monde s’est finalement jeté sur le buffet et pas la Buffet qui aurait bien aimé vu qu'elle s'est retrouvée toute seule ou presque.

Finalement, Sarkozy a choisi de changer un peu le programme, prenant de court le service de presse de l’ambassade. Rencontre illico avec les journalistes dans les salons de la Résidence des pins (elle est belle quand même la piaule de l'ambassadeur…). «Certains ont été étonnés de mon coup de fil à Bachar el-Assad, s'est lui-même étonné le président. Je ne vois pas pourquoi la France ne pourrait pas le faire, alors que même Israël a entamé des discussions avec Damas. Et puis à la fin du mois, je dois aller en Israël. J’y parlerai de Chebaa.» C’est con, mais le problème de Chebaa ne doit pas être résolu à Tel Aviv mais à Damas. Passons.

L’après-midi était belle, le troupeau de journalistes suivant le périple présidentiel attendrissant, fait de vieux briscards blasés et de jeunes filles aux dents longues… La réception de l’ambassadeur était parfaitement prout-prout, fidèle à elle-même. Comme quoi il y a des choses immuables au Liban. Il manquait juste les Ferrero Roche d'or.

jeudi, 05 juin 2008

Lumi, The Garden Show et autres réjouissances

1510263490.jpgBon, bon, bon... la saison estivale s'annonce chargée en matière de concerts importés (Mika et consorts). Alors parlons un peu de ce qui se fait localement, avec le concert «baladé» de Lumi, un duo que l'on aime bien par ici. Ça se passe à l'Ajram Beach (la plage réservée aux femmes à Aïn el-Mraisseh), vendredi 13 juin à partir de 22h (20000LL l'entrée). Marc et Mayaline en profitent pour lancer leur premier album, et on leur dit merde. Après le concert, Jade du Basement se chargera de prolonger la soirée.

Pour ceux qui ne connaissent pas Lumi, voici deux petits rappels ici et surtout (avec les tous premiers titres du groupe en ligne). Sinon, ils peuvent aller écouter les nouvelles chansons (très new wave) ici. Et en vidéo, ça se passe ci-dessous...


[...]

A part ça, voici un faire-part de naissance: Zeid de New Governement (et ex-Soap Kills) vient de lancer une nouvelle formation, Shoot Shoot, avec deux membres des Scrambled Eggs. A suivre, donc...


[...]

1393310644.jpgEt dans un autre registre, n'oublions pas le Garden Show, genre de salon en plein air un peu mondain à l'hippodrome de Beyrouth (du 10 au 14 juin) où l'on peut dégoter de belles plantes et autres produits du terroir libanais. J'aime bien ce rendez-vous annuel où l'on peut voir un peu de verdure en plein Beyrouth, et des gens qui aiment ça. Comme quoi il n'y a pas que des «adorateurs des kleenex par la fenêtre de la BMW» dans ce beau pays.


[...]

Sautons du coq à l'âne. Juste un petit lien vers un nouveau site d'infos (Akel hawa!) sur ce que le monde arabe a enfanté de plus terrible depuis des siècles: les stars de variétés. Et surtout sur ce billet concernant Nancy Ajram, avec un stupéfiant avant/après. Du grand art. Bravo messieurs les chirurgiens.

mardi, 03 juin 2008

The lost world

1129325701.jpgLe Sarcosuchus Imperator est l’un des dinosaures les plus impressionnants qui soient: cet ancêtre du crocodile mesurait 12 mètres et pesait 9 tonnes. A l’époque du crétacé, c’était une véritable bête de guerre (la grosse bébête ci-dessus). Rien ne lui faisait peur et, adepte de la vie en eaux troubles, il croquait ses rivaux à la pelle.

Plusieurs millions d’années plus tôt, au jurassique, vivait le Stégosaure, un animal cuirassé, bardé de plaques hérissées sur le dos (sans autre utilité que de faire peur). Le genre de dinosaure sympa et consensuel qui ne mangeait que des feuilles. Lent et maladroit, il était très vulnérable face aux prédateurs du cru. Malgré sa grande taille (9m de long, 4 de hauteur et 2 tonnes) et en raison du volume de son cerveau (pas plus gros qu’une noix), il ne faisait de l’ombre à personne.

Cent dix millions d’années plus tard, ces deux espèces vont enfin se rencontrer. Ce face-à-face «historique» aura lieu samedi prochain, sur les rives orientales de la Méditerranée. Du côté de Baabda, pour être précis. Le Sarcosuchus UMPerator, paraît-il accompagné du Diplodocus Hollandosaure, du Galliminus Bayrouchus et de la Gastonia Buffetosaure, est donc attendu. A l’ombre d’un grand cèdre (c’est pour la carte postale car les cèdres se comptent sur les doigts de la main au Liban), le Sarcosuchus UMPerator – toutes griffes et tous crocs dehors à son état naturel – a promis de venir saluer le Stégosaure Sleimanus. Que vont-ils se dire (en langage de dinosaures, faut-il le préciser)? Personne ne le sait. Le Stégosaure Sleimanus ne compte pas faire de conférence de presse commune avec le Sarcosuchus UMPerator. En fait, notre Stégosaure traîne une réputation de dinosaure un peu timide et sans grand charisme. Car, bien qu’équipé de plaques colorées sur son dos, il ne fait peur à personne (rappelons que c’est un herbivore sympatoche).

Et puis dans sa contrée planent de trop nombreuses menaces pour qu’il ose agiter sa lourde queue garnie de piquants: il y a le Tyrannosaure Washingtonus, le Triceratops Damascus, le Spinosaure Persus, le Ptérosaure Israélus, le Pachycephalosaure Bédouinus et les très nombreux Velociraptors Palestinus qui ne demandent qu’à mettre leur grain de sel dans le royaume du Stégosaure Sleimanus. Du coup, la rencontre de samedi ne revêt que peu d’intérêt: le Sarcosuchus UMPerator vient marquer un territoire qui, depuis l’envoi en éclaireur du Kouchnerophysis l’an dernier, est devenu le terrain de chasse d’autres prédateurs. A l’ombre du grand cèdre, il ne se passera donc rien.
Le seul spectacle dont nous pourrons tirer une quelconque joie consistera certainement en une nuée de Microraptors Journalistus qui suivent par instinct de conservation toutes les migrations – et elles sont nombreuses – du Sarcosuchus UMPerator.

[...]

Devinette Comment s’appelle la femelle du Sarcosuchus UMPerator?

jeudi, 29 mai 2008

Sowar

1517876770.jpgPetit passage à la librairie Antoine, à Sin el-Fil. J’attends à la caisse, et mon regard tombe sur une manchette que je ne connaissais pas, sur le présentoir des magazines libanais. Je tire un exemplaire. Ça s’appelle Sowar. J’ouvre, et un grand sourire commence à illuminer mon visage: un magazine 100% photo, édité au Liban. Je n’ai jamais entendu parler de l’éditeur, mais je me dis que ce gars-là gagne à être connu. 68 pages, 4 pubs seulement (économiquement non viable a priori, même vendu à 7500LL). Mais des belles images, certaines déjà connues, mais le principal est là: la presse libanaise s’est enrichie d’un titre intéressant. Et pour moi, c’est un beau cadeau.

Je profite également de l’occasion pour dire un petit mot d’un autre magazine de photo, édité à Dubaï celui-là et avec beaucoup plus de moyens: Soura. Une pure petite merveille pour les amateurs d’images.

dimanche, 25 mai 2008

Michel Sleimane ou le charme discret du funambule

1233524357.jpgAlors voilà. Nous devrions être les heureux propriétaires d’un président tout neuf, d'ici la fin de ce dimanche 25 mai 2008. Enfin, tout neuf, façon de parler, le modèle que l’on devrait récupérer à quelques milliers de kilomètres au compteur.
Depuis le retour de nos pontes de Doha, la joie et l’allégresse se lisaient sur tous les visages des colleurs d’affiches (et des imprimeurs aussi). Les murs de Beyrouth sont recouverts de portraits, englués par dizaines. C’est beau, ça fait un peu déco urbaine nouvelle tendance. Ça sent aussi à plein nez le culte de la personnalité. Mais ne jugeons pas l’homme (ou le militaire, pardon) alors qu’il n'a pas encore franchi les grilles de Baabda. Le plus dur reste à faire pour lui:
• Ne pas décevoir les attentes d’une population lassée par 18 mois de guéguerre institutionnelle.
• Faire des risettes à toutes les délégations étrangères attendues à Beyrouth: les Iraniens (les mentors de son ami Hassan), les Syriens (ceux qui l’ont placé à la tête de l’armée en 1998) et les Américains (les mentors de l’actuelle majorité) en premier lieu.
• Commencer la semaine prochaine par des consultations pour le poste de Premier ministre (pas le plus dur), mais surtout pour la constitution du gouvernement. Aoun a déjà affiché ses préférences, avec des portefeuilles comme ceux de la Justice ou des Finances (ben voyons). Et les autres de devraient pas tarder à faire leur lettre au père Noël également. Ce matin, Geagea a profité de cette journée de «fête» pour accuser Aoun d’avoir sacrifié les intérêts des chrétiens au profit du Hezbollah. La semaine prochaine s’annonce rock n’roll.

En conclusion: souhaitons lui bonne chance pour le job le plus ingrat à pourvoir dans ce pays.

[…]

Hasard du calendrier (?!), le 25 mai, c’est aussi l’anniversaire de la libération du Sud par le Hezbollah en l'an 2000. Une belle occasion pour célébrer l’omnipotence spatio-temporelle du sayyed.


mercredi, 21 mai 2008

Sit-in de Beyrouth : « Ils se cassent, enfin! »

Nous reviendrons prochainement sur Initiative Liban, mais vous pouvez continuer de laisser vos messages et idées ici.

900765276.jpgBon, je reviens du centre-ville. Là-bas, il y a presque autant de journalistes et d'hommes en vert de Sukleen que de protestaires: les premiers attendent que les troisièmes s'en aillent. Ça a commencé timidement avant midi, sous un soleil de plomb. Quelques tentes sont en train d'être démontées, les drapeaux décolorés par le soleil sont détachés des palissades métalliques... Ça commence seulement, il faudra certainement un peu de temps pour faire table rase totalement de cette ville dans la ville (à l'image de l'Etat dans l'Etat?): il reste toutes les commodités, les cuves d'eau... Dans les allées, on croise les commerçants qui ont continué à travailler malgré la fréquentation réduite. A la Maison du Café, une vendeuse m'a dit: «Ils se cassent, enfin! Un an et demi que ça dure, il était temps!» Ah bon?

Place des Martyrs, j'accoste un militant du CPL. Je commence à discuter, je veux le prendre en photo, et un gars débarque, engueulant mon aouniste (je connais quelques insultes en arabe, mais j'avoue ne pas avoir compris sur le coup). Interdit de parler aux journalistes, interdit de prendre des photos à moins de montrer patte blanche au service de presse du Hezb (installé sous une tente place Riad el-Solh). Je m'en vais, mon Hezbollahi fait de même, pistolet automatique à la ceinture (lui, pas moi).

Plus tôt dans la matinée, Nabih Berri a appelé à la levée du sit-in, suite à l'accord trouvé entre majorité et opposition à Doha. Qui vivra verra, mais je ne crois pas que cette accalmie soit une trève de longue durée. 

vendredi, 16 mai 2008

CBistes du monde entier, unissez-vous

Amis lecteurs, ouvrez bien vos esgourdes et vos mirettes.

Suite à diverses propositions sur CB – et en particulier à l'initiative de Pascal2Nice pour ceux qui suivent – nous vous informons que nous sommes en train de plancher sur la création d'un espace de travail et de discussion virtuel dont la forme est encore à voir (page dédiée dans les Chroniques, forum, etc.) mais dont l'objectif consisterait à établir des liens entre amoureux du Liban du monde entier, en vue d'une ou de plusieurs actions communes défendant une certaine idée du Liban. Cette démarche impliquera de se mobiliser sur divers plans, virtuels et sur le terrain, de façon volontaire et bénévole. Nous ne pourrons pas faire cela tout seuls, votre aide sera indispensable.

Le mode de fonctionnement (en réseau ou en comité, mode de décision, etc.) et une charte de travail devront être établis mais d'ores et déjà, certaines règles de base seront claires. Il s'agira de:

• exclure les considérations religieuses et/ou politiques;

• ouvrir cet espace aux Libanais comme aux étrangers, aux résidents du Liban comme ceux vivant ailleurs;

• procéder en plusieurs langues, dans la mesure du possible (le Finlandais poserait problème à tout le monde je pense);

• respecter les règles de courtoisie élémentaires;

• partir du principe que l'idée est d'aboutir à des actions concrètes. 

Je propose d'appeler cette action Lebanon Project (LP) ou Projet Liban (PL). 

Cela peut paraître prétentieux, et il y aura beaucoup de pain sur la planche, mais on ne perd rien à essayer.

Nous vous informerons rapidement de la mise en place de cet espace et de son mode de fonctionnement, sachant que la première étape consistera à faire circuler l'information  et à réfléchir à des propositions structurées et praticables. Ceux qui trouvent que c'est une bonne idée peuvent faire passer le mot par mail à leurs «amis du liban», pour qu'ils mettent un petit mot sur la page de commentaires (afin qu'on répertorie leurs adresses). Bon courage.

... bon sang, je n'arrive pas à croire qu'on va se rajouter ça sur les épaules :)

Pour info, voici les origines géographiques des visiteurs des Chroniques. Comme quoi ça couvre la planète, même s'il n'y a personne en Alaska et au Kamchatka...
429544267.jpg

jeudi, 15 mai 2008

Liban, oiseau...

254160366.jpg...à la blanche robe
Dans l'enfer des villes
Sous mes pieds tu te dérobes
Tu es vraiment le plus fragile (docile?)

mercredi, 14 mai 2008

Day 8

23h20

• Ça fait 10 minutes que ça tire dans tous les sens. Les partisans de l'opposition célèbrent à leur façon la révocation des deux décisions du gouvernement. Les balles traçantes arrivent jusqu'à chez nous, de l'autre côté d'Achrafieh. Sans commentaire. C'est de la folie furieuse... Ça donnait ça de chez nous, mais on distingue à peine les balles traçantes, dommage.


 
16h25

• Outre Fawzi Salloukh (le ministre des Affaires étrangères démissionnaire mais qui travaille quand même), un autre personnage était là pour accueillir la délégation arabe à l'aéroport: Wafic Choucair. Comme quoi le gouvernement pisse dans un violon dès qu'il ose prendre une décision. A ce niveau, on ne parle plus de tiers de blocage, mais de quart de décision. La situation est d'ailleurs assez comique. Parmi les entretiens que la délégation a eu aujourd'hui, elle a évidemment rencontré Nabih Berri (personnage central de la politique libanaise quoique dépourvu de tout pouvoir de décision). Ce dernier a redit: «L'opposition arrêtera sa campagne de désobéissance civile si le gouvernement rétire ses deux décisions.» Comme si l'opposition respectait la moindre de ces décisions, alors que dans les faits, Choucair est de nouveau au service de la patrie (laquelle?).
• Damas soutient sans réserve l'initiative arabe en cours à Beyrouth (ils sont en train de prendre le café chez Walid à Clémenceau). Il faut donc se méfier.
• Les bulldozers sont arrivés à Masnaa. Enfin.
• Hier soir à 18h, il y a eu une manif organisée par le 14 Mars devant l'ambassade iranienne à Paris. Ci-dessous, l'interview de Rima Tarabay, membre du Courant du Futur et assistante très particulière de feu le président-martyr-tycoon. En étant à Paris, son discours est bien différent de celui de Siniora qui est lui à Beyrouth.


 

11h45

• La route de l'aéroport a été partiellement rouverte pour laisser passer les membres du comité arabe. Amr Moussa doit avoir un permis de séjour permanent au Liban vu le nombres de visites effectuées ces derniers mois. Mais à part faire du tourisme, que fait-il exactement?
• Manchette du quotidien Al-Akhbar, ce matin, en faisant référence à l'initiative arabe: «Dernière chance pour un compromis ou pour le chaos». Plutôt mauvaise signe.
• Le député Marwan Farès (PSNS): «Les armes de la Résistance sont sacrées, et celui qui le nie est un traître israélien.» L'utilisation du mot «sacré» me fait autant sourire que celle de «martyrs». Pourquoi toujours mélanger le vocabulaire religieux au vocabulaire politique? Est-ce une fatalité: ces deux aspects de la vie publique libanaise ne peuvent-ils pas divorcer? Ces propos sont d'autant plus pathétiques qu'ils sortent de la bouche d'un député appartenant à un parti qui se veut laïc.
• Hier, un député français a interpellé Kouchner sur le Liban. Et on a rien appris.


 
7h10

1947799011.jpg • A Beyrouth, le printemps hésite encore à laisser sa place à l'été. Les gardenias – nous en parlions hier – commencent à fleurir, ça embaume un peu partout. Dommage que la télé, la radio ou internet ne se fasse pas en odorama, on vous en aurait volontiers envoyé un petit échantillon.
• Aujourd'hui, le programme de la journée se joue surtout dans les coulisses diplomatiques.
• Et en parlant de coulisses, j'aimerais bien être une petite souris pour voir ce qui se passe du côté de l'armée et de l'Etat major en ce moment.
• Abdel Amir Kabalan, le vice-président du Conseil supérieur chiite, l'a dit: ce qui s'est passé cette semaine est un «différend entre tribus». Nous devrions donc rebaptiser ce pays la République tribale du Liban.
• Je viens de retomber sur une chanson tout droit sortie de mon adolescence. Le montage vidéo est un peu craignos, mais j'avais envie de vous la repasser quand même.

mardi, 13 mai 2008

Day 7

21h35

• Nouvelle démonstration que les médias jouent un rôle essentiel dans tout conflit, y compris le nôtre: après une attaque en règle (qu'on les aime ou pas, cela reste inadmissible d'un point de vue symbolique et éthique),  les supports de Hariri ont cependant recommencé à émettre (c'est beau, la magie du pognon) à partir d'une zone plus sûre, à savoir Sin el-Fil. Mais la chaîne satellitaire panarabe Al-Arabiya a confirmé avoir reçu des menaces de la part du Hezbollah. Sans doute parce que selon une de leurs analyses toutes récentes, le Hezbollah a déjà perdu la guerre sur le plan médiatique. Ça n'a pas dû plaire. Mais à malin, malin et demi: le Hezb n'est pas content parce que, suite à des pressions, les prestataires de câble dans le nord du Liban ont arrêté de diffuser Al-Manar, NBN et OTV. «Une atteinte au droit de la presse et des médias», selon Al-Manar. Si, si.
• Toujours dans la catégorie «on croît rêver», la Finul a fait savoir que pour elle, tout se passait normalement, ou presque. Son commandant en chef Graziano, qui avait envisagé un moment de revoir ses règles d'engagement (ce qui aurait de toute façon pris des lustres, dans les méandres de l'administration onusienne), a annoncé ce matin que la Finul ne se mêlerait pas des «questions politiques intérieures» du Liban. Il me semblait pourtant qu'elle avait pour mission d'empêcher le réarmement du Hezbollah. Mais sans doute était-ce seulement au sud du Litani. Et puis, il est déjà réarmé, le Hezbollah. Elle n'a donc plus rien à faire.
• De toute façon, la Finul est tranquille. Le chargé d'affaires français au Liban André Parant vient de confirmer qu'aucune résolution concernant le Liban n'est prévue à l'ONU.
• Sinon, au cas où vous ne le saviez pas, la cavalerie arrive demain, à l'exception de la délégation qatarie qui a clairement snobé les autres dishdashamen en faisant voyage à part aujourd'hui. Etant données les relatons très particulières que le Qatar entretient avec l'Iran et consorts, on imagine qu'elle aura des choses à dire en privé au Hezbollah, avant l'arrivée des autres trublions.
• L'inénarrable Nasser Qandil, un pro-syrien de la plus belle eau (boueuse), nous a annoncé que la mission arabe de demain est celle de la dernière chance, avant que le Liban ne «parte en enfer». Il a le sens de l'image le Qandil qui, comme l'adipeux Wi'am Wahhab, est la voix de son maître. Aurement dit, la Syrie fait des pronostics et se frotte les mains. Ben oui, franchement, quelqu'un s'attend à ce que la visite de santé (ha, le parfum du pneu brûlé) arabe débouche sur quelque chose? Ce serait historique!
• Pour finir sur une note positive: tout va bien, les transports pour sortir du Liban sans passer par l'aéroport s'organisent. Quand je vous disais que les Libanais avaient une faculté d'adaptation extraordinaire... Là, cela ne leur aura même pas pris une semaine.
• Et pour la route, une petite vidéo illustrant les graffitis et autres marquages de territoire (politiquement parlant), à Beyrouth. Et depuis que ces images ont été tournées, c'est bien pire...


18h49

• L'héritier du clan Hariri au charisme proche de celui du champignon de Paris, a l'air d'avoir mangé du lion ce soir. Voir sa conférence de presse ici. Seul bémol: selon lui, Sleimane reste le candidat de consensus. Mouais.
• Et maintenant, c'est ce bon Mahmoud à Téhéran qui s'en mêle. Mais mon Dieu, qu'a fait le Liban pour mériter tant d'attentions de la part de ses bienveillants voisins?
• Wi'am Wahhab (alors lui, je peux vraiment pas) considère que Joumblatt est responsable de ce qui s'est passé au Chouf. Et Arslane, il s'est tourné les pouces? Pendant que les ténors druzes d'écharpent, leur chef spirituel, cheikh Naïm Hassan, a déclaré: «Aujourd’hui, l’armée libanaise est invitée, plus que jamais, à faire respecter l’ordre dans toutes les régions libanaises». Ça veut dire quoi «faire respecter l'ordre»? Compter les points? Regarder les gamins du Hezb et d'Amal faire des châteaux de sable sur les autoroutes? 

 
14h55

1868330833.jpg • De retour d'une virée à l'Ouest. Bon, les constats se bousculent: l'armée fait semblant de filtrer la zone ouest, au début de Hamra ou de l'autre côté vers Raouché; l'armée a bouclé certains quartiers comme Qoreytem; les commerces de Hamra – resto, boutiques... – ont rouvert... mais surtout, j'ai assisté à une grande leçon de marquage de territoire. Quasiment tous les quartiers ont vu pousser des drapeaux tout neufs et des portraits. Et une troïka se dégage de tout ça: Hezbollah/Amal/PSNS (voir cette photo prise devant l'hôpital américain). A Ras Beirut et à Manara, dans les petites rues, les miliciens sont toujours là. Les armes au placard en attendant qu'elles refroidissent. Et les scooters sont toujours omniprésents, leurs conducteurs ne se gênant plus du tout avec les contre-sens. Cessez-le-feu certes, mais farwest quand même.
• En rentrant, je suis passé par le ring. Toujours barré. Des enfants jouaient au foot dessus, ça leur fera des souvenirs, alors que les grands (armes au placard toujours), scrutent les véhicules qui tentent de trouver une sortie par les petites rues de Zoqaq el-Blat et de Bachoura. Concrètement, on peut circuler, mais faut savoir par où passer.
987624581.jpg

 
12h10

• Le PDG de la France, Nicolas Sarkozy, vient de s'apercevoir qu'il se passait quelque chose au Liban. Il vient de demander officiellement l'arrêt des combats dans notre beau pays. Je suis sûr que notre bon Hassan suivra à la lettre les desiderata de celui dont il a écorché le nom lors de sa conférence de presse la semaine passée. Nous sommes donc sauvés. Hallelujah!
• On va aller faire un tour du côté de Beyrout-Ouest pour voir si les miliciens se sont bien retirés. Hmm...
• Il y a 10mn, il y a eu deux ou trois "boom" lointains.

 
7h40

• Ça fait longtemps que je n'ai pas vu le drapeau libanais brandi quelque part. Partout, dans les villages de la montagne du Chouf ou ailleurs, les étendards partisans ont remplacé le rectangle de tissu portant deux bandes rouges et un cèdre vert. Ce serait bien de revenir à l'essentiel.
• Le nord a encore connu des combats cette nuit. L'armée a promis de désarmer les milices (sauf le Hezb bien sûr). Encore une blague, quoi.
• Ce matin, l'autocar scolaire était en rendez-vous. Un peu de normalité fait du bien en ce moment.
• Samedi soir, sur la route et en écoutant une vieille chanson «typiquement libanaise», Nat a eu ce mot, à peu de choses près: «J'ai l'impression que même le vernis de nostalgie fout le camp.» Je crois qu'on se demande simplement vers quoi file le pays. Tiens, voici une vidéo qui n'a rien à faire là...

lundi, 12 mai 2008

Day 6

21h05

• Nabih Berri a reporté le scrutin présidentiel au 10 juin (la 20e session, non? je m'y perds moi-même). Le Liban va sûrement entré dans le Guinness Book avec ça. Y a-t-il encore quelqu'un que cette élection intéresse?
• Souhaid accuse le Hezb d'imposer ses perspectives au Liban. Ah bon? Je trouve pas, moi. C'est la démocratie à la sauce tehiné qui s'exprime, comme l'a si humblement souligné monsieur Aoun.
• Voici un bon sujet d'Al Jazeera (en anglais), sur la situation aujourd'hui à Tripoli.

 
19h10

• Les grandes vacances sont terminées (provisoirement). Les écoles rouvrent demain.
• Joumblatt rencontre l'envoyé de l'administration US: il va encore se faire traiter de collabo celui-là!
• Aoun vient de prévenir ses partisans: «Attention aux hariristes s'ils viennent dans vos régions!» (sous-entendu, «ils viendraient manger vos enfants la nuit», ou «moi aussi, je peux avoir mes milices de quartiers»).
• C'est beau la démocratie consensuelle.

 
16h14

• Le point en vitesse parce que là, ça devient risible: le Prince Talal Arslane (ben oui, pour ceux qui ne sauraient pas, Arslane est un émir druze qui se crêpe le chignon depuis des années avec Joumblat, l'heure de la revanche a donc sonné), se posant en porte-parole de l'opposition, a lancé toutes sortes d'ultimatums. En vrac, il veut récupérer le matériel militaire du PSP (qui le fait bien saliver) AVANT de le remettre lui-même à l'armée. Et ce aujourd'hui même. «Ce jour est décisif. Ou nous réussissons, ou tout s'effondre.» Et comme il avait précisé avant que «si le Chouf explose, tout le Liban explose avec lui», on imagine combien Joumblat doit avoir la pression. Accessoirement, nos amis de l'opposition, comme ils en ont l'habitude, remettent la barre un peu plus haut: après que Nasrallah a affirmé que seule l'annulation des fameuses décisions du gouvernement mettrait fin à la «désobéissance civile», Arslane (porte-parole de l'opposition pour les étourdis) vient de corriger le tir. Il faut la démission du gouvernement pour que quoi que ce soit s'arrête. Ils ont raison de continuer sur leur lancée, pourquoi s'arrêter en si bon chemin, même si cela revient à se dédire? Comme Berri vient aussi de se prononcer pour la démission de Siniora (en tant que chef d'Amal, pas que président du Parlement, c'est pratique les casquettes), il semble que la prochaine étape soit d'avoir la tête du bonhomme. Politiquement bien sûr.



• Cela clashe de nouveau à Tripoli, épisodiquement.
• Une délégation de la Ligue Arabe arrivera mercredi à Beyrouth (ouf, on est sauvés), et à l'aéroport s'il-vous-plaît. Ils y tenaient beaucoup, ils ne seraient pas venu sinon. Sans doute pour vérifier de visu que le Hezbollah sait faire de très jolis chateaux de sable.
• Depuis mercredi dernier, les combats ont fait 81 morts. Je sais, ça aurait pu être pire mais c'est déjà trop. 


15h00

• Je n'ai jamais vu aussi peu de trafic routier sur la route de Damas qu'aujourd'hui, mis à part les camions frigorifiques de Tanmia qui arrivent sur Beyrouth pour remplir les supermarchés, et les minibus qui partent vers la Syrie.
• A Chtaura, les minibus libanais arrivent donc chargés. Surtout des ouvriers syriens.
• Sur la route de Masnaa et de Majdel Anjar, je suis passé entre les gouttes, les combats avaient cessé dans la matinée.
• Quelques kilomètres plus loin donc, à Masnaa, la route est barrée 300m avant le poste frontière par un large monticule de terre. Les chauffeurs syriens attendent les pigeons (entre 120 et 150 dollars pour l'aéroport de Damas, tout de même), et les font passer à pied par une petite barrière. Les soldats de l'armée libanaise fument des cigarettes en s'abritant du soleil (ça cogne dans la Bekaa). J'te mettrais un coup de bulldozer là-dedans...
• En tout cas, les transports de marchandises entre les deux pays ne fonctionne plus. Entre l'aéroport fermé et cette frontière, tout cela ressemble de plus en plus à un blocus.345814418.jpg

 
12h11

• Seul sur une route déserte, tel un cow-boy dans le couchant, David se rend maintenant à Masnaa pour voir de quoi il en retourne, l'armée devant actuellement procéder au déblocage du coin, après les échauffourées de Aanjar et Majdel Aanjar (le village d'à-côté, habité par de sérieux énervés en termes de fondamentalisme sunnite).
• Ce matin, à Masnaa justement, le poste-frontière a été endommagé par des tirs et des grenades lancés depuis... le côté syrien. Et oui.
• Dans le Chouf, l'armée se déploie massivement alors que les notables de la Koura (un district pauvre du Nord Liban) l'appellent urgemment à venir assurer la sécurité. Ben oui, ils doivent se dire que mieux vaut prévenir que guérir, vu comment ça s'est passé ailleurs.
• Enfin, dans la rubrique people, Saad Hariri dément avoir quitté le Liban et assure qu'il restera à Beyrouth. Dans le fond, on s'en fout un peu, parce que ça ne changera pas grand chose. Les seuls qui seront embêtés seront ce couple d'aounistes résidant à Qoraytem en face de la casa Hariri, et dont ils regardaient l'attaque avec enthousiasme, comme d'autres vont au cinoche. Ce serait dommage des les priver de cette saine distraction.


9h54

• Après la mise au pas du Chouf, des heurts se produisent à Masnaa, principal point de passage à la frontière syrienne, et vers la localité voisine de Aanjar, où réside une importante communauté arménienne.  Cela va compliquer les choses pour ceux qui veulent sortir du pays par là-bas.
• A propos de ceux qui essaient de quitter le pays, les bonnes habitudes reprennent: après les 50000LL pour faire l'aller-retour entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest la semaine dernière, il faut maintenant compter 500$ minimum pour prendre un taxi Beyrouth-Damas (contre 10$ en temps normal). Encore plus fort (et plus nostalgique pour certains), vous pourrez débourser 2000$ pour faire le trajet Jounieh-Chypre par les bons soins de propriétaires de petits bateaux (qui vont sur l'eau). Au moins, vous avez l'embarras du choix.
• David part tout de suite à Naba es-Safa, petit village du Chouf où vivent chrétiens et druzes. Mais selon un habitant du coin, il va devoir s'accrocher pour trouver des chrétiens sur place parce qu'ils sont tous en train de mettre les voiles.

 
8h20

• Vous connaissez la dernière blague à Beyrouth? Non? Et bien la voici: la Ligue arabe se réunit pour trouver une solution à la crise libanaise. Je n'avais pas autant ri depuis... depuis quand?
• La nuit dernière, vu de chez nous, une activité étonnante régnait au port de Beyrouth. A part Amal, quelqu'un s'occupe-t-il du site? La Finul? Ouh la! Qu'est-ce qu'il y a comme blagues aujourd'hui...
• Bilan des derniers jours: 42 morts. Plus tous ceux de la nuit.
• Et ça, c'était Choueifat hier (sur Otv).

dimanche, 11 mai 2008

Day 5

21h10

• Juste pour le plaisir! Ils sont vraiment forts en géo chez France 2...



• Demain matin, direction le Chouf.

 
19h15

• Universités et écoles fermées demain lundi. Et hop, les grandes vacances s'annoncent vraiment grandes cette année!
• Plus un yaourt au supermarché. D'autres rayons sont largement clairsemés.

 
19h00

• Pour ceux que la géographie intéresse, voici les combats du jour vers le Chouf, qui se sont même rapprochés de Beyrouth, il y a quelques minutes du côté de Hadath.
1113933610.jpg

 
17h44

• Je suis allé passer deux heures au parc Sioufi avec les mouflettes, histoire qu'elles se dépensent et de garder un air de normalité à leur vie. De ce côté de la colline d'Achrafieh, on entendait de gros "boom" lointains, ceux de Aley. Vu la distance, les déflagrations devaient être très lourdes sur place. Et puis dans les bacs à sable et sur les balancoires, tous les gamins s'amusaient. Les parents, eux, étaient pendus au téléphone et demandaient des nouvelles à leurs voisins.
podcast
• Il se pourrait que les écoles rouvrent demain. On verra bien.
• La montagne druze va-t-elle s'embraser? Si c'est le cas et vu le relief et les zones environnantes, elle risque de devenir très rapidement une enclave assiégée.
• Cessez-le-feu annoncé pour 18h.

 
13h40

• SMS du consulat de France: «Malgré l'accalmie actuelle, il convient de rester prudent et de limiter ses déplacements. Ne pas chercher à se rendre à l'aéroport toujours inaccessible.»
• Mai 2007: on a eu Nahr el-Bared. Mai 2008: on a les portraits de Bachar – qui est formidable – de nouveau à Beyrouth. Juillet 2008: on pourrait se retaper une petite guerre avec les voisins du sud. Y'a tout pour. Et puis cette fois, l'armée ne pourra pas se cacher.
660377014.jpg• Une chose en passant, mais qui a son importance pour moi. Je tiens vraiment à saluer le boulot réalisé par les photographes d'agences (surtout ceux de l'AFP) qui ont travaillé ces derniers jours dans des conditions assez difficiles et qui ont sorti d'excellentes images de Beyrouth-Ouest. Comme celle-ci par exemple qui montre une chose: les armes en circulation actuellement dans les forces armées de l'opopsition (y'en a qui prennent mal qu'on les appelle 'milices') viennent de sortir des cartons.

 
12h00

• Un truc totalement futile. Je viens de voir sur Now Lebanon un appel à respecter une minute de silence maintenant, à midi pile.
• Les miliciens d'Amal, du Hezb et du PSNS se retirent timidement de Beyrouth-Ouest.
• Hassan a gagné, Sleimane a les dents qui rayent le parquet.
• Que se passe-t-il à l'aéroport en ce moment? Qu'est-ce (et qui) transite?
• Et puis au nord...

samedi, 10 mai 2008

Day 4

19h05

• Bon, il semblerait que les hommes du Hezb commencent à se retirer de quelques rues de Beyrouth-Ouest, mais ça barde à nouveau à Tripoli.
• Souhaid avait raison hier: «L’armée joue la carte de la patience en attendant de se présenter comme sauveur.» Super, nous sommes sauvés!
• Extinction des feux.

 
18h15

• Le Hezb fait sa mijaurée. Le gouvernement s'humilie un peu plus.
• On est reparti pour un tour. Combats au nord.

 
17h00

• L'armée libanaise vient de planter une hallebarde dans le dos de Siniora: elle vient de révoquer les décision du gouvernement. On attendait que l'armée bouge, mais pas dans ce sens. Y doivent bien se marrer au Hezbollah. Ça évitera peut-être un bain de sang dans les heures qui viennent, mais on recule pour mieux sauter. Dans les faits, le pouvoir vient de changer de mains.
• Souvenons-nous que Sleimane est l'un des derniers héritages de la tutelle syrienne.
• Je vais me coucher après ça. 1118276215.jpg

 
16h20

• Pour les étourdis qui ont raté les 3 premiers épisodes de «Guerre civile au Liban» Saison 2 (disponible bientôt en DVD pirates), voici un petit résumé ici.
• Qu'est-ce que c'est calme à Achrafieh! On se croirait presque au mois d'août à Paris.
• Et ça, c'était l'ambiance à Beyrouth-Ouest hier. Y paraît que c'est la même ville. Les gens d'Achrafieh et du Kesrouan ne doivent pas avoir la télé, les pauvres, les temps sont durs.



15h50

• Les combats au Chouf ne ressemblent pas à une promenade de santé pour le Hezb, les druzes de Joumblatt savent un peu mieux se battre que les sunnites de Beyrouth. Le Hezb accuse même le PSP d'avoir «exécuté» deux de ses combattants.
• L'ambassade de France, contactée au téléphone: «Aucune évacuation des Français n'est prévue pour l'instant. Pour les vacanciers de passage, on traite les dossiers au cas pas cas, mais de toute façon, il n'y a pas moyen de quitter le territoire pour l'instant, à cause des barrages vers la Syrie ou à la frontière nord.»
• Siniora se veut fédérateur: «Israël reste le seul ennemi du gouvernement libanais.» Y a-t-il un homme politique digne de ce nom dans ce pays?

 
12h30

• Le Hezbollah dit que ce qui se passe depuis 4 jours n'est pas un coup d'Etat. Cool.
• Après la Future, le Mustaqbal, ce sont des stations de radio qui sont brûlées. Les journalistes pro-Hariri sont chassés. Reste à brûler les livres et on sera en plein régime fascite (sur la vidéo qui suit, ce sont les bureaux de Future qui flambent).



• Les lignes de fracture héritées de la guerre de 1975 sont encore bien présentes. Nous sommes entrés dans une période de statu quo où une moitié de la capitale est occupée, tandis que l'autre fait comme si de rien n'était. A Beyrouth-Est, les ouvriers continuent de travailler sur les chantiers ce matin. Pas beaucoup de solidarité citoyenne, si ce n'est une marche ce matin à Tabaris pour condamner la fermeture du Mustaqbal. Faudrait que ça bouge plus.
• Voici la carte de Beyrouth ce matin, ça vous rappelle rien?

2140042638.jpg
• Questions "carte", NowLebanon en a mise une intéressante également. C'est ici.
• Ça cartonne au pied du Chouf et dans le Akkar.
• Les portraits de Bachar el-Assad refleurissent dans Beyrouth-Ouest.
• Les médias occidentaux risquent de se lasser bien vite de ce qui se passe ici: ce n'est qu'un conflit entre sunnites et chiites de plus. On est tellement habitué.
• Le 14 Mars est-il mort?

Day 4 (bis)

1321392943.jpgJe suis en colère.

Je suis en colère contre ce gouvernement qui a voulu jouer les gros bras sans en avoir les muscles et qui, aujourd’hui, vient geindre dans le giron de la communauté internationale et arabe, sans se rendre compte que ce qui se passe aujourd’hui au Liban n’est pas perçu autrement que comme un énième conflit entre sunnites et chiites. Entre deux familles aux mêmes racines, qui se tapent dessus depuis la nuit des temps, et dont les frottements ne présentent plus guère d’intérêt depuis l’Irak et ses 35 morts quotidiens, en moyenne. Les chiites et les sunnites, ça lasse l’opinion depuis longtemps, c’est leur problème en fin de compte. Peu importe que depuis hier soir, la montagne druze paraisse figurer en bonne place dans les velléités expansionnistes du Hezb. Qui sait ce que sont les druzes à l’étranger de toute façon? Peu importe qu’une bonne part des hommes qui traînent dans les rues de Moussaytbé, Mazraa ou Hamra soient payés et armés par Nabih Berri, accessoirement président du Parlement et à ce titre gardien de l’unité nationale. C’est une honte.

Je suis en colère contre cette armée, heureuse de recevoir des lauriers populaires il y a moins d’un an pour avoir mis des mois, et au prix de destructions monstrueuses, à rabattre le caquet à un «groupuscule» dont elle n’a même pas su arrêter le chef. Cette armée flétrie par la honte depuis qu’al-Arabiya diffuse en direct des images de soldats, nos soldats en principe, combattant aux côtés de miliciens prenant d’assaut une bonne moitié de la capitale. Quelle logique permet d’expliquer, sans parler de justifier, que l’armée accepte que des hommes en arme lui livrent d’autres hommes en arme ? Qui oserait encore se voiler la face en prétendant que le Hezbollah n’est pas une milice, que c’est la «Résistance» et qu’en tant que telle, cela lui donne le droit de dépasser toutes les lignes rouges, au nez et à la barbe de cette grande Muette supposée défendre les citoyens en toute neutralité? Que penser de ces soldats qui prennent le café avec ceux qu’ils ont pour mission d’arrêter? Je me fous des excuses – l’armée est trop fragile pour s’opposer au Hezbollah –, des prétextes – elle n’a pas le droit de lancer une opération offensive sans en recevoir l’ordre du président de la République exclusivement –, des stratégies – Sleimane attend son heure pour se présenter en sauveur… L’armée regarde passivement des Libanais (dont je doute désormais de la libanité) mettre le feu à des médias, accrocher des photos d’un président étranger, pourchasser des citoyens jusque chez eux, interdire la circulation, et j’en passe. C’est une honte.

Je suis en colère contre les Libanais, en particulier ceux que l’on appelle les chrétiens libanais, ces Libanais qui vivent à Achrafieh, dans le Metn, le Kesrouan et qui ne semblent pas affectés plus que ça par ce qui se passe. Oui, ils ont peur. Peur que la contagion ne gagne leur quartier, leur région. Peur que cela ne soit pas bon pour leurs affaires. Peur de ne pas pouvoir aller à la plage cet été. Mais ont-ils seulement peur pour leur pays? Peur pour leurs concitoyens, ces sunnites qui, de toute façon, «n’ont jamais su se battre» (comprenez «c’est leur problème, nous, ça ne se passerait pas comme ça»)? Se rendent-ils seulement compte que, en quelques jours, les lignes de fracture qui ont scindé ce pays pendant plus de 15 ans se sont reformées, que la ligne verte est de nouveau en vigueur et que les voilà de nouveau cantonnés à ce fameux «réduit chrétien» qui a bercé mon adolescence? Les chrétiens se sont glissés en douceur dans cette nouvelle/ancienne configuration, comme dans des pantoufles. Ce qui laisse à penser que les lignes de démarcation restaient bien vivaces dans les esprits et que les Libanais n’ont rien appris. Il ne s’agit pas d’aller combattre le Hezbollah les armes au poing dans un combat perdu d'avance. Il s’agit de manifester une quelconque solidarité, ne serait-ce que dans les cœurs, dans la dignité des discours. Combien ont été manifester ce matin à Tabaris? Combien iront cet après-midi rejoindre Offre-Joie? Bien peu, j’en ai peur, parce que bien peu se sentent concernés, en fin de compte. Comme pendant la guerre de 1975-1990. On est gêné par l’inconfort, mais combien se sentent réellement impliqués par ce qui est en train d’arriver à leurs compatriotes? Sur les chantiers d’Achrafieh, les travaux se poursuivent comme si de rien n’était. A Jounieh, les bars et resto font le plein. La vie continue et doit continuer, certes. Mais un peu de solidarité serait bienvenue. Elle serait décente. Mais là encore, les Libanais n’ont rien appris. Ils reproduisent les mêmes schémas et se reprendront les mêmes claques. L’aéroport est inaccessible? On reprendra le bateau de Jounieh vers Chypre. L’ambiance est pas cool à Gemmayzé? On sortira dans le Kesrouan ou à Broumana. Le Hezbollah fait la loi à Beyrouth-Ouest? Il verra bien s’il ose s'approcher de chez nous (c’est ça ouais).

Cette espèce d’indifférence un peu anxieuse, tellement égoïste, est non seulement indigne, elle est suicidaire. Au lieu d’espérer naïvement, comme si l’Histoire ne nous avait rien appris, que le Hezbollah soit poussé à la faute (euh, ce qui se passe n’est pas suffisant?) et qu’Israël ou un état lambda intervienne, sauvant ainsi la veuve et l’orphelin, les Libanais de toutes confessions – du moins ceux qui ne sont pas d’accord avec ce vendu de Michel Aoun pour qui il s’agit d’une «victoire nationale» – devraient descendre dans la rue et crier leur solidarité à la face du monde. Crier que non, il ne s’agit pas de heurts sunnites-chiites mais d’une agression contre une nation toute entière par un parti fasciste qui refuse que l’on touche à sa capacité militaire (j'allais écrire "de nuisance"). Crier que la fermeture de médias, quels qu’ils soient, est un signe extrêmement inquiétant de ce fascisme. Crier que les Libanais refusent que leur destin soit dictés par quelques uns, plus armés que les autres, si tant est qu’ils croient encore à leur prétendue démocratie. Crier qu’ils ne veulent plus être pris en otage, que ce soit enfermés dans leur maison à Beyrouth ouest, ou engoncés dans leur région pour Beyrouth-Est. Seul cela forcerait le reste du monde à regarder ce qui se passe réellement au Liban. Ils ont su le faire en 2005 mais là, parce qu’ils ne sont pas directement concernés, ils ne bougent pas; ils s’adapteront, si tant est que le business va bien. Et pour moi, ça, c’est la plus grande de toutes les hontes.

vendredi, 09 mai 2008

Day 3

19h25

• Les rafales d'armes automatiques dans les rues de Beyrouth-Ouest, ça donne ça. Soit on se carapate, soit on se planque, c'est au choix.

• Et ça, c'est l'orage délirant de la nuit dernière, tourné depuis la maison, vers 2h30. Désolé pour l'autofocus un peu foireux.



 
17h19

• L'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Koweit et l'Italie annoncent ou étudient l'évacuation de leurs ressortissants. Côté Français, on dit "pas encore". Jusque là tout va bien donc.
• L'Egypte et l'Arabie Saoudite (encore elle) ont demandé une réunion d'urgence des ministres des affaires étrangères arabes. Ouahahahahaha! On a déjà annoncé qu'elle se tiendrait "dans les deux jours". C'est l'urgence vue par les Arabes. Re-Ouahahahahaha!
• L'ancien siège de la Future flambe à Raouché.
• Des centaines de civils passent la frontière syrienne, pour sortir du Liban, pas besoin de le préciser.
• En dehors des bris de verres, des poubelles qui puent et des morceaux de parpaing, des branches jonchent aussi les rues, suite à la monstrueuse tempête d'hier soir dont j'espérais, à tort, qu'elle calmerait un peu les ardeurs.
• Des portraits de Bachar el Assad refleurissent dans Beyrouth Ouest.
• Le calme semble revenu à l'exception de tirs sporadiques, signe soit que les combattants font la sieste (probabilité 0.33/10), soit qu'un camp a gagné (probabilité 9.99/10) et qu'un nouveau statu quo est en vigueur. Le 14 Mars proteste aussi inutilement que faiblement, mais dans une politique du fait accompli, ils l'ont dans l'os. Le Hezb a désormais des cartes supplémentaires, Hariri & co ont reçu l'humiliation du siècle. On attend le prochain round. Quoique. On a déjà vu ce genre de statu-quo durer 15 ans au Liban.


15h10

• De retour de Beyrouth-Ouest.
• C'était calme quand on y est passé, mais c'est reparti de plus belle depuis.

118485596.JPG
• Visiblement, sur le terrain, chacun campe sur ses positions (voir cette photo à la Marina de Beyrouth, pas loin du Phoenicia): Le Hezb et Amal tiennent leurs quartiers, l'armée et les FSI les encerclent, et protègent les bâtiments officiels: les ministères du centre-ville et de Hamra, et surtout la Banque du Liban.
• Si, rue de Damas, les employés de Sukleen continuent de travailler, dans Ras en-Naba et Mazraa, les bennes à ordures (qui n'ont pas été brûlées) dégueulent.
• A Mazraa et Mar Elias, ce sont les jeunes de Amal qui font la circulation, avec la Kalach en bandoulière. A un carrefour, on a demandé notre chemin à un gars tout gentil (mais le doigt sur la gâchette), la voix douce. On lui aurait donné le bon Dieu sans confession.
• A Qantari, en redescendant vers le centre-ville et la banque Audi, je m'arrête pour prendre une photo. Un mec à scooter débarque et me dit que c'est interdit de photographier (!), car c'est une zone touristique (re !).
• J'ai eu un ami photographe indépendant au téléphone, qui s'est fait piquer toutes ses cartes mémoires à Hamra. «C'était des mecs du Hezbollah, des vrais, ceux avec lesquels tu discutes pas.»
• Note pour plus tard: c'est décidé, je vais me reconvertir dans l'importation de scooters.
• Sans commentaire...



 
12h50

• Toujours pas sortis, mais on file tout de suite. Compliqué de tout gérer.
• Farès Souhaid (secrétaire général du 14 Mars), joint par téléphone: «Ce que l’on essaie de présenter comme un conflit entre deux courants politiques est en fait un putsch militaire mené par une organisation terroriste soutenue par l’Iran. Les députés de la majorité arrivent au fur et à mesure à Meerab, et dès qu’ils seront présents, nous verrons quoi faire. L’élection d’un président à la majorité simple est une possibilité, c’est très probable. L’armée joue la carte de la patience en attendant de se présenter comme sauveur. Je ne crois pas que le Hezbollah entrera dans les régions chrétiennes.»
• Joumblatt n'a pas été évacué, il est toujours à Clemenceau.
• Marwan Hamadé (bras droit de Joumblatt), par téléphone également: «Il s’agit d’un coup d’Etat milicien, l’Iran réédite le coup de Gaza et cette tentative est pratiquement réussie, si ce n’est qu’ils n’ont pas de gouvernement légal. L’Iran a établi une nouvelle tête de pont sur la Méditerranée. Personnellement, je reste à Beyrouth, je suis habitué aux invasions. J’ai vécu celle israélienne de 1982, et aujourd’hui celle iranienne de 2008. Toutes les options sont ouvertes, y compris l’élection d’un président à la majorité simple. Toute la question sera de savoir quel président élire. Car, vis-à-vis du laxisme de l’armée, nous comptons bien demander des explications au général Michel Sleiman. Pour l’instant, les druzes ne réagissent pas car ils sont encerclés dans le Chouf et ils sont extrêmement peu nombreux à Beyrouth. Mais il est évident qu’ils ne laisseront pas faire si quelqu’un s’attaque à la montagne du Chouf.»
• Le téléphone de Hajj Hassan ne répond pas.

 
11h30

• Une roquette tirée sur Qoreytem, la résidence de Hariri.
• Le bâtiment du journal Al-Mustaqbal pris pour cible. J'arrive pas à joindre un copain journaliste sportif dans ce canard.
• Joumblatt évacué de Clemenceau par l'armée.
• Le port bloqué (facile, c'est les copains d'Amal qui le contrôlent d'ordinaire).
• Je viens d'avoir au téléphone le député du Courant du Futur Ammar Houry, dont la résidence a été prise par le Hezb. Voix d'outre-tombe lui qui est d'ordinaire si enjoué. Complètement flippé: «I'm fine, sorry, I can not tell anything else right now.»
• Un copain arménien habitant à Ras Beirut: «On reste à la maison, on bouge pas.»
• On va sortir.
45172357.jpg

jeudi, 08 mai 2008

Day 2

23h35

• Ça tonne.
• Tiens, un petit sujet sur Euronews. De l'info très conventionnelle, mais ça donne une idée.

 
21h10

• Je viens de rentrer. Beyrouth ville morte. Tabaris et Sodeco bouclés. Pleut quelques gouttes. Ça tire de partout.
• Les militaires sont partout sauf là où ça chie. Sleimane a perdu l'occasion de montrer qu'il en avait.
• Le halloum a remplacé les yaourts importés au supermarché.
• J'ai 45 minutes pour pondre 4 colonnes. Hmm...

 
19h20

• Les gars du Hezb et du Futur s'en mettent plein la tronche dans Beyrouth-Ouest.
• Il y a toujours du courant.
• Les "boom boom" sont revenus.

 
19h00

• Les SMS vers l'étranger ne passent pas. Ou difficilement.
• Tiens, ça fait bien 2 minutes qu'il n'y a pas eu de "boom boom".
• Cellulaire en rade: plus de réseau. Hmm... Ah si, ça vient de revenir.

 
18h30

• SMS de l'ambassade de France: «Les consignes transmises hier restent valables jusqu'à nouvel ordre. Elles s'appliquent également en dehors de Beyrouth.» Sans blague? Et à l'ambassade, ils sont en première ligne pour les tirs de Ras en-Naba!
• Selon notre «correspondante sur le flan sud d'Achrafieh», des hélicos se sont posés à l'aéroport.
• Qu'est-ce que ça canarde! Si c'est pas la guerre, ça y ressemble drôlement.

 
17h40

• Le Sayyed vient d'inventer une nouvelle politique: celle de la petite carotte et du gros bâton. Il rigole, il compte sur ses doigts, demande au gouvernement de revenir sur ses décisions (pour une fois qu'il en prend!), et propose le dialogue. Hmm...
• Pas touche aux armes, sinon on coupe les mains. Hmm...
• Le Sayyed ne veut pas que la CIA et le FBI contrôle l'aéroport. Hmm...
• Ça pétarade grave, ils sont contents! Youpi! Hmm...
• Le généralissime va parler ce soir. Hmm...

 
15h35

81769147.jpg • Les vieux réflexes sont en train de refaire surface. Je suis allé faire le plein des réservoirs, et les pompistes étaient bien débordés. Idem pour les supermarchés. A la station près de chez nous, les 20 litres sont vendus à 29100LL. Une petite étiquette sur la pompe même fait mention d'autres tarifs pour "ARMY": 26800LL.


13h30

• Les médias français commencent à sortir de leur torpeur, tout occupés qu'ils sont avec le mariage de Jamel et Mélissa.

• Ça clashe fort à Tripoli.


12h40

• Comme j'aime beaucoup les cartes géographiques, je me suis «amusé» à voir ce que cela donne à Beyrouth, vu d'en haut. Voilà le résultat. C'est clair, non?

43697935.jpg

 

11h50

• Ça, c'est Tayouneh hier, là où a été prise la photo plongeante du post précédent. Vous pourrez y voir les fameux scooters...

• Et là, c'est au Sud, à Nabatiyeh, Tyr et Marjayoun.

• Pendant ce temps, Orange TV passait un feuilleton. Logique.
• Aujourd'hui, c'est bis repetita. Et ça bouge beaucoup du côté de la Bekaa. La route de Dahr el-Baïdar vient d'ailleurs d'être fermée, et le passage de Masna complètement bloqué par des tas de terre. On file vers l'isolement total.
• Je me disais ce matin que la dernière fois que l'aéroport a été mis hors service, c'était à cause des bombardements israéliens. L'histoire peut être ironique parfois.
• Rappel des faits: la grève a tourné en désobéissance civile car le parti de Dieu voudrait que le gouvernement fasse machine arrière sur le limogeage du responsable de la sécurité de l'aéroport et sur l'enquête concernant le réseau téléphonique parallère. C'est vrai quoi, il a du culot ce gouvernement fantôme de vouloir lever le petit doigt.

mercredi, 07 mai 2008

Day 1 : le Hezbollah fait la pluie, le beau temps et les nuages noirs

23h59

• Devra-t-on se souvenir du 7 mai 2008 comme du 13 avril 1975?
• La Bekaa est aussi le théâtre d'affrontements entre partisans du Futur et du Hezb.
• Pour Slimi (Frangieh), ce qui s'est passé aujourd'hui n'est pas la faute du Hezbollah car il a été provoqué, le pauvre.
• Toujours silence radio du côté de Rabieh.
• Le mufti de la République (cherchez l'erreur) a fait savoir que "les sunnites en ont assez".


19h10
 

• On attend sagement l'annonce du couvre-feu sur Beyrouth.
• Les écoles risquent de fermer leurs portes jusqu'à lundi minimum.


18h25

• Il semblerait qu'un début de coup d'Etat soit en cours.
• Côté Hezbollah, la désobéissance civile commence. Y sont où les aounistes?


17h45

• SMS reçu sur mon portable: «En raison des incidents graves de ce jour, il est fortement déconseillé de circuler dans Beyrouth et notamment de tenter de se rendre à l'aéroport qui est inaccessible.» Signé: le Consulat de France. Merci, c'est trop sympa de prévenir.
• Les FSI vont-ils intervenir sur le sit-in bis? Il semblerait... que non.
• Un autre petit point vidéo, à Ras en-Naba (dans Beyrouth, juste à côté de l'ambassade de France), et au Sud.


17h30

• On va avoir droit à un sit-in sur l'autoroute de l'aéroport (où est coincée Fayruz), à l'image de celui du centre-ville.
• Le gouvernement baisse son froc et a annoncé qu'il ouvrirait l'aéroport de Qleiaat pour remplacer l'autre que les partisans du Hezb veulent rebaptiser "Aéroport Hassan Nasrallah".
• File-t-on vers la partition de fait?


16h50

• Tenez, voici un petit résumé de la situation en images...

 


16h30

• Des bus déversent des hommes en armes du côté de Mazraa.
• Les ados du Hezbollah comptent installer des tentes sur l'autoroute de l'aéroport. Envoyez la cavalerie!


Bilan de cette journée à
15h30 (heure locale)

1337631919.2.jpg• Les jeunes partisans du Hezbollah, extrêmement mobiles sur les scooters, tiennent les principaux axes de Beyrouth. C’est donc la révolution par le scooter. A Jnah, près de l’ambassade du Koweït, on a vu un essaim de 200 scooters débouler sur un rond-point pour prendre la route longeant l’autoroute de l’aéroport. On aurait dit des insectes.
• Ces jeunes sont extrêmement bien encadrés par des militants plus expérimentés, avec talkie-walkies et tout le tralala.
• Sur le rond-point de Tayouneh (à la lisière des quartiers de Chiyah – chiite – et Aïn el-Remmaneh – chrétien, voir la photo ci-dessus), les manifestants ont brûlé des voitures. Des camions déversent des tas de terre pour bloquer tous les boulevards. Les militaires en faction restent les bras croisés: «Qu’est-ce qu’on peut faire?», lance l'un d'entre eux.
• L’autorité de ce qui reste de l’Etat libanais est bafouée une fois de plus.
• L’accès à l’aéroport international est totalement bloqué: par l’ancienne route, par la nouvelle, par le bord de mer.
• A Achrafieh comme dans les régions chrétiennes périphériques (Metn, Kesrouan...), les gens continuent comme si de rien n’était. Les ouvriers syriens travaillent toujours sur les chantiers d’immeubles sortant de terre.
• La fumée noire des pneus, ça pollue. Faut voir nos visages et nos narines.
• Pour la première fois, la route du port, en bas de la place des Martyrs (où l’opposition poursuit son p#$*&n de sit-in depuis décembre 2006) a été bloquée (mais dégagée par l'armée). J’avoue que voir ça, ça fait réfléchir, car couper le centre-ville jusqu'aux rives de la Méditerranée veut dire beaucoup de chose, d'autant que le port est une zone tenue par Amal…
• La ligne verte a repris du service.
• Des infos (à prendre avec des pincettes) font état de tirs de RPG, de grenades… en tout cas, on entend très bien les rafales d’armes automatiques un peu partout.
• Le Hezb a réussi son coup en montrant qu'il peut tenir la capitale.
• Michel Aoun, lui, devrait tirer les conclusions qui s’imposent devant l’absence totale de mobilisation dans son camp. Pathétique.
• L’accès à l'aéroport international restera fermé jusqu’à nouvel ordre.
• Au moins huit blessés pour l'instant.
• C’est bon pour le tourisme tout ça.

mardi, 06 mai 2008

Hassan, Walid et miss Météo

792286487.jpgBonjour, vous êtes bien sur MétéoLiban, et voici les prévisions pour demain: les brumes de pollution matinales devraient se dissiper rapidement, et nous devrions avoir un temps globalement ensoleillé, mais couvert en milieu de journée par d’épais nuages noirs de fumée émanant de tas de pneus brûlés. Les températures devraient monter largement au-dessus des moyennes saisonnières. Bonne soirée et restez chez vous demain!

[…]

Elle est chouette la speakerine de MétéoLiban, elle a tout compris: la météo libanaise est recouverte d’une brume de manipulation bien épaisse. Il y a vraiment de tout en ce moment, les déclarations incendiaires bourgeonnent comme les gardenias et les jacarandas des cours d’école.
Tiens, parlons-en de l’école. Il y en a une juste à côté, et c’est plutôt folklorique. Dans la cour, Walid accuse Hassan d’avoir un pistolet à eau et de terroriser tous les petits camarades avec, Hassan rétorque que Walid n’est qu’un américhien; Walid dénonce le réseau de talkie-walkies Playschool de Hassan, Hassan lève les yeux au ciel en disant que Walid fait le jeu du complot chioniste (il a pas bien compris ce que disait son papa à table la veille); Walid ne comprend pas ce que faisaient trois élèves d’une école étrangère pas loin de la maison de son pote Samir, Hassan, lui, se dit qu’il ne fallait pas faire tout un fromage de cette histoire… Ça se chamaille sec entre Walid et Hassan ces derniers jours, et dans la cour d’école, un autre gamin essaie de montrer qu’il a des muscles, en vain. C’est le petit Michel. Lui, il aimerait bien que tout le monde l’écoute, mais il n’est pas aussi populaire qu’il le croit à la récré. Pendant ce temps, les nuages promis par miss Météo s’accumulent, s’accumulent… Alors Walid et ses potes se fâchent fort, car aucun d’entre eux ne comprend ce que veut vraiment Hassan. C’est vrai, quoi, il veut quoi ce petit Hassan? Il a déjà toutes les billes de ses copains, un lance-pierre, une fronde (quoique non, il a jeté sa fronde, ça fait trop «David» à son goût), il pique les casse-croûtes de Michel (c’est leur deal depuis le CP), et ses copains de CM2 (les grands, quoi) bloquent toutes les sorties de la cour de l’école afin qu’Hassan soit sûr que tout est sous son contrôle. Et comme il n’y a plus de directeur dans leur école depuis 6 mois, Hassan, Walid et tous leurs petits copains de jeu font n’importe quoi. Mais bon, à l’école, aucun gamin n’ose plus trop approcher Hassan car personne ne sait ce que ce garçon à la bouille trop gentille a réellement dans la tête. Prendre le contrôle de l’école par la force? Eliminer les garçons aussi populaires que lui? Lancer une bataille de bombes à eau avec les voisins de l’école d’à-côté sans prévenir ses petits copains?
Du coup, comme tout ça est très confus et que la majorité des enfants de cette école n’a aucune prise sur les agissements de nos caïds en culotte courte, ces derniers en rajoutent des couches quotidiennement. Jour après jour, Walid et surtout Hassan brouillent les pistes (pas la 17 de l’aéroport, je vous vois venir…). Peut-être qu’il a une enfance malheureuse pour se comporter comme ça, celui-là.

[…]

Ah, miss MétéoLiban veut reprendre l’antenne: il a plu ce matin à l’Université libanaise de Fanar, et il pourrait pleuvoir du côté de Mazraa, de Basta et de Jdeidé demain. Sortez couverts!

[…]

Cool, l'électricité vient de revenir, voici la météo en live: 


envoyé par viliendelabarbe

mercredi, 30 avril 2008

Beyrouth, capitale mondiale du livre en 2009

1679205510.jpg
Tiens, voici un truc qui ressemble à une bonne nouvelle. Oyez, Oyez, Beyrouth sera la capitale mondiale du livre en 2009! Le ministère de la Culture et la Municipalité de Beyrouth vont marcher main dans la main pour promouvoir le livre douze mois durant. L’initiative est belle. Des cafés littéraires, des salons spécialisés, des colloques, des ateliers d’écriture et des focus sur les écrivains libanais sont prévus au programme. En 2006, j’avais rencontré la responsable du bureau du livre du CCF, et elle devait monter un dossier sur ces fameux écrivains libanais à l’attention des ministères des Affaires étrangères et de la Culture en France: elle m’avait regardé, l’air franchement ennuyé. «Mais qui je vais mettre dedans?, me demanda-t-elle. Encore Elias Khoury et Alexandre Najjar? Y’en a marre de toujours retomber sur les mêmes!» J’espère que l’année 2009 nous réservera autre chose que ces auteurs maintes fois rabâchés… L’année passée, les Belles étrangères avaient en tout cas prouvé que c’était possible. Bref, réjouissons-nous: Beyrouth fera parler d’elle au niveau international pour autre chose que sa non-politique, c’est déjà ça de pris.

lundi, 28 avril 2008

Tue l’amour

11f216e119c31015edb8893ad8e78a95.jpgCe week-end a quelque peu donné l’impression que le Liban nous hurlait un grand «Foutez le camp!!!». En vrac: un grand supermarché que je ne nommerai pas mais qui a d’ores et déjà l’air de se débarrasser de ses stocks, nous a refilé à prix d’or une viande avariée qui puait tellement trois heures après l’achat que mon frigo s’en souvient encore. A croire qu’en fait, sa fermeture prochaine ne serait finalement pas une mauvaise chose. Le soir même, j’ai bravé les embouteillages dantesques de Mar Mitr – ben oui, y a pas d’heure pour fêter Pâques – afin d’aller rendre mes steaks tout pourris à une responsable clientèle qui, fine commerçante, n’a rien trouvé de mieux à me répondre que: «Oh, mais nous en avons vendu plein aujourd’hui!». Si une vague d’intoxication sévit à Beyrouth ces jours-ci, ne soyez pas surpris. Le lendemain, réveillée aux aurores par le doux son des cloches, des prêches et des pétards – ben oui, y a décidément pas d’heure pour fêter Pâques – j’ai eu la surprise de tomber sur un trio de mes voisins qui discutaient dans l’impasse derrière notre immeuble, la Kalachnikov à la main. Apparemment, ça rigolait pas mal. Moi, j’ai à peine souri. L’après-midi, nous avons voulu profiter du soleil et des températures agréables pour emmener nos gamines au parc, histoire qu’elles profitent d’un (tout petit) peu de verdure plus grise que verte, qu’elles fassent des châteaux de sable décorés de bris de verre, qu’elles se défoulent sur les balançoires rouillées et qu’elles grimpent à la corde sur les chaînes des dites balançoires qui n’ont pas été réparées depuis le début de la guerre, au moins… Bon, évidemment, présenté comme cela, vous devez vous demander pourquoi nous emmenons nos filles au parc Sioufi; la réponse est simple : parce qu’il n’y en a pas d’autres, en tout cas pas d’autres dont la surface dépasse les 40m2 et où l’on peut effectivement voir des PLANTES. Allez, nous ne sommes pas regardants, le parc Sioufi est joli à cette saison, si on fait abstraction des sacs poubelles, des canettes et des paquets de chips vides qui traînent ça et là. Il est tellement joli sous le soleil, le parc Sioufi, qu’on a même eu envie de prendre des photos des enfants au milieu des fleurs. Au Liban, ce genre de clichés, c’est collector, vu que les arbres sont arrachés en moins de temps qu’il n’en faut au PSG pour perdre un match. Sauf qu’un vigile (au parc Sioufi, il y a plus de vigiles que de promeneurs), d’une société privée chargée de sécuriser ce jardin public, est rapidement intervenu pour me dire qu’il était interdit de filmer ou de prendre des photos. Ordre militaire, m’a-t-il asséné. On ne sait jamais, il pourrait y avoir des armes du Hezbollah planquées dans les primevères et des espions Israéliens déguisées en paisibles mamies. Et puis, on ne sait vraiment jamais, mes filles font peut-être du renseignement pour le compte d’un service occulte et malfaisant… Sioufi, c’est secret défense, donc. Un peu comme le bain militaire de Raouché devant lequel un bon copain avait eu la mauvaise idée, il y a 10 ans, de prendre sa fiancée en photo; le pauvre garçon s’était retrouvé embarqué manu militari au poste et il avait fallu l’intervention de l’ambassade de France (la vraie, hein, pas le supermarché qui vend des steaks tout pourris) pour le faire sortir. D’ailleurs, ça tombe bien, c’est ce qui est arrivé hier à un délégué du PS français venu participer à la grande kermesse internationale. Il était mal accompagné, le bonhomme. Son chauffeur et néanmoins ami libanais ne l’avait pas prévenu que prendre des photos au Liban, cela peut être mauvais pour la santé. Surtout si c’est dans la banlieue sud. Surtout si quelques sbires zélés du Hezbollah sont dans les parages. C’est l’office du tourisme libanais qui va être content (ha! on me dit dans l’oreillette que l’office du tourisme libanais a démissionné depuis un moment déjà). Kouchner a même demandé une enquête et des résultats rapides, boukra, Bernard, boukra… En attendant, ce même dimanche a commencé pour nous en feu d’artifice et moi je me suis réveillée en pétard. Au propre comme au figuré, puisqu’à 6 heures du matin, nos chers voisins de Mar Mitr ont fait péter la baraque, à grand renfort d’explosions qui ont eu le sympathique effet de nous rappeler l’été 2006 et autres joyeusetés de ces trois dernières années. Mais bon, en constatant que le célébrant poursuivait son office vaille que vaille en dépit des pétarades, quitte à faire des larsens au micro tant il avait poussé ses baffles, on s’est dit que tout était normal – ben oui, y a vraiment pas d’heure pour fêter Pâques – et qu’il n’y avait pas lieu de s’alarmer. David a pu tranquillement se rendre au déjeuner d’adieu d’un copain pour lequel j’ai une affection et un respect tout particuliers, mais dont le nom vient s’ajouter cette semaine à la longue liste de tous ceux qui mettent les voiles, jettent l’éponge, baissent les bras… (trouvez la métaphore qui vous plaira pour dire qu’ils se CASSENT). Et puis, ce matin, après ce week-end reposant, je suis repartie de bon matin à la radio faire une émission que personne n’a écouté puisque tout le monde dormait. Aujourd’hui, c’est le lundi de Pâques orthodoxe donc, férié donc, tout le monde ou presque chôme donc. Sauf que dans ce beau pays, le droit du travail, il y en a beaucoup qui s’assoient dessus (en général ceux qui en font le moins, d’ailleurs) et que, vu le taux de chômage galopant, je vais aller gagner ma croûte sans moufter et sans me plaindre ni des horaires, ni du salaire, parce que j’ai de la chance.

A part ça, tout va bien au pays du lait et du miel. Sauf que j’ai comme l’impression que le lait a tourné et que le miel est en train de prendre en sucre.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu