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vendredi, 27 décembre 2013

Trêve des confiseurs: coupure momentanée des programmes

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Beyrouth, ce sont ces petits gestes quotidiens, comme saluer Saïd en bas de chez moi alors qu'il enfourne ses manouchés, pester contre les camions de livraison du supermarché voisin, enrager 30 minutes plus tard à cause des embouteillages à l'autre bout de la ville... Et, pour d'autres, balayer les éclats de verre sur les trottoirs. 

Je me souviens que Nathalie avait noté ce détail dans son post post-attentat contre l'ABC en 2007, avec la voisine qui avait elle aussi sorti illico son balai et sa petite pelle bleue pour "effacer" les traces les plus visibles de l'attentat qui venait d'avoir lieu, le jour du 4e anniversaire de l'une de nos gamines. Et puis ce matin, en tournant le dos à la scène de l'explosion qui a emporté Mohammad Chatah à Bab Idriss, j'ai vu ce gars au restaurant L'Avenue du Parc. Refaire ce même geste anodin. Balayer les éclats de verre.

Cela faisait "presque longtemps" que le 14 Mars n'avait pas été visé de la sorte (après avoir bien encaissé entre 2004 et 2008, remember la fameuse carte). Les derniers attentats – ceux de 2013 en tout cas – ont eu lieu dans la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Un Hezbollah qui, directement pointé du doigt ce midi, a dénoncé un acte de "haine". Le truc avec les démentis du Hezb, c'est qu'on ne sait jamais vraiment s'ils sont sincères (qui sait?) ou s'ils se foutent ouvertement de notre gueule.

2013 s'achève donc sur ça. Des voitures calcinées, des marres de sang et des façades éventrées. 2014 débutera par autre chose, histoire de boucler la boucle. Le 16 janvier s'ouvrira le procès au Tribunal spécial pour le Liban. Je me demande avec la plus grande candeur s'il n'y aurait pas de lien entre ces deux histoires...

vendredi, 19 octobre 2012

Achrafieh pleure ce soir

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Ce soir, pas besoin de gouttes de pluie pour simuler les larmes. A 14h48, gros boom. Colonne de fumée noire qui monte dans le ciel d'Achrafieh. Attentat. Voiture piégée. Bombe. Morts et blessés. Parmi eux le chef des renseignements des FSI, Wissam al-Hassan. J'espère que nous n'aurons pas à refaire de cartes comme celle-ci. Mais j'ai des doutes. De gros doutes.

Ce matin, je discutais avec un copain, on parlait Syrie, Liban et tout le tralala. Ça faisait plusieurs semaines que je m'étonnais que le Liban n'ait pas connu d'épisodes plus violents que les heurts du printemps à Tripoli. Bein voilà, c'est fait. Samaha est en prison, les autres lâches en liberté; Al-Hassan au paradis aux côtés de Wissam Eid. Je me demande ce qu'ils se racontent tous les deux.

samedi, 04 décembre 2010

La crise autour du Tribunal spécial pour le Liban (pour les nuls)

Tic tac, tic tac, tic tac... Non, ce n'est pas le son menaçant d'une future décharge explosive quelque part, sur un boulevard quelconque, attendant le passage d'un convoi. Mais plutôt celui de la bombe à retardement que tout le monde attend: l'acte d'accusation dans le cadre du Tribunal spécial pour le Liban, chargé de faire la lumière sur la série d'attentats entamée en octobre 2004. Et surtout celui ayant visé Rafic Hariri, ex-Premier ministre, un matin de février. De février... 2005! Soit il y a presque 6 ans. Quand même.

 

Que s'est-il passé en 6 ans d'enquête?

Commençons par le jour de l'attentat de la Saint-Valentin et ceux qui suivirent. N'importe quel Pinot-simple-flic vous le dira: la principale chose à faire en cas d'attentat est de garder inviolée la scène du crime. Résultat: deux heures après, on se serait cru à Disneyland un jour férié! Les forces de l'ordre de l'époque ont clairement piétiné tout ce qui aurait pu servir l'enquête, les premières heures étant toujours cruciales pour la collecte d'indices. Des voitures ont été vite emportées à l'abri des curieux... Bref, l'enquête partait mal (sciemment?). La première équipe d'enquêteurs internationaux, menée par Peter Fitzgerald, n'est arrivée à Beyrouth que onze jours plus tard...

Ensuite, une trentaine d'attentats a laissé sur le carreau une dizaine de figures politiques ou médiatiques, et de nombreux citoyens ayant eu la malchance d'être là au mauvais moment, au mauvais endroit. Pour rappel, voici la dernière carte postée sur le blog, en janvier 2008, le jour de l'assassinat de Wissam Eid. Souvenez-vous...

attentats20080125.jpg

Presque 30 attentats, vous en conviendrez, ça secoue un pays.

Pendant ce temps-là, l'Onu a diligenté une pelleté d'enquêteurs, dont les patrons successifs n'ont pas été exempts de reproches. Cela a commencé avec l'Allemand Detlev Mehlis, dont les rapports préliminaires pointaient du doigt la Syrie que tout le monde accusait alors. Puis Mehlis a jeté l'éponge au profit du Belge Serge Brammertz qui n'a pas laissé un souvenir impérissable. Est alors entré en scène le Canadien Daniel Bellemare, actuellement en charge du dossier et qui a déclaré récemment: l'acte d'accusation sera publié quand il sera prêt, pas un jour avant, pas un jour après. Super intéressant.

Les Syriens poussés dehors au printemps 2005 sont finalement revenus au Liban par la fenêtre de derrière. Via leurs alliés locaux et parce que la politique du dos rond est une spécialité damascène depuis les années 70. Washington et Paris ont remis Damas dans le jeu, les impératifs de la diplomatie régionale répondant aux voix impénétrables de je-ne-sais-quel Seigneur.

Après le déluge de fuites sous l'ère Mehlis, l'équipe d'enquêteurs s'est mise un bâillon. Jusqu'aux fameuses révélations du journal allemand Der Spiegel, pointant du doigt le Hezbollah. Considérée comme une farce au début, cette hypothèse a pris forme depuis, jusqu'au récent documentaire de la chaîne canadienne CBC. Pour ceux qui l'auraient raté, c'est juste en dessous.

Dernière rumeur en date lancée par le journal russe Odnako – car tout ceci n'est que rumeur tant qu'aucune preuve irréfutable n'est apportée – et relayée par ce bon Réseau Voltaire, pointant du doigt un missile de fabrication allemande dont se seraient servi les méchants assassins. Aucune preuve encore, beaucoup de suppositions, d'affirmations péremptoires (quoi que pour une fois, Baudis n'a pas été accusé d'être le représentant du Groupe Carlyle en France, y'a du progrès).

 

Revenons un peu en arrière. En 2005, à qui profitait le crime, «à première vue»?

assadharirisuicide.jpgLe bon sens écartait a priori les pistes menant aux services français et américains. Difficile de se dire que les rédacteurs de la résolution 1559 se soient tirés une balle dans le pied en effaçant Hariri. Deux pistes s'imposaient donc, toutes deux extérieures: une menant à Damas, l'autre à Tel Aviv.

Depuis des mois, Hariri était en plein bras de fer avec Assad à cause de la prorogation du mandat présidentiel d'Emile Lahoud. Le vote de la 1559 a rajouté une couche au divorce entre l'homme fort du pays et le régime de tutelle de l'autre côté de l'Anti-Liban. Sur le moment, la culpabilité de la Syrie semblait (trop?) évidente. Si Damas était bel et bien le commanditaire, se pouvait-il que le pouvoir syrien ait si mal calculé son coup au point de perdre sa vache à lait financière? Et comment les Syriens – qui avaient des yeux partout – n'auraient-ils pas été au courant que quelque chose d'aussi énorme se tramait dans les rues de la capitale libanaise?
Ensuite, cela a été la saison des «suicides», avec celui de Ghazi Kanaan par exemple, ex-homme fort des SR syriens au Liban. Sans compter sur la disparition d'Imad Moughnieh en plein Damas: facile d'accuser le Mossad, facile aussi d'accuser les Syriens d'éliminer l'éventuel exécutant d'assassinat(s) politique(s) au Liban. En gros, personne ne sait ce qui se passe dans cette région du monde, pas même Wikileaks.

Evidemment, le voisin israélien a été pointé du doigt pour les crimes perpétrés au Liban en 2005 et 2006, même si cette accusation n'a pas eu beaucoup d'écho sur le moment. Israël ne s'est jamais gêné pour organiser des éliminations physiques. Alors pourquoi pas? Mais pourquoi vouloir déstabiliser à ce point un front nord plutôt calme depuis le retrait de 2000?

Et puis outre les profiteurs potentiels que l'on cherche forcément parmi les acteurs régionaux de la partie d'échecs qui se joue ici depuis 60 ans, il y a aussi un autre prisme à prendre en compte: la fortune de Rafic mort est bien moins gênante (et puissante) que celle de Rafic vivant. Avec une tire-lire personnelle évaluée à un peu plus de 16 milliards de dollars avant sa disparition, Hariri père était un vrai poids lourd. Disloquée en six parts (sa veuve et ses cinq enfants), cette fortune (utile en période électorale) pèse beaucoup moins dans le subtil jeu d'équilibre qu'est notre saine et belle vie politique. Du coup, l'héritier politique, Saad, a du mal à boucler les fins de mois. Si, si, c'est possible, même pour lui. Alors, qui aurait pu avoir intérêt à affaiblir financièrement (et donc politiquement) le clan Hariri? Hum?

 

Depuis 2005, que s'est-il passé sur la scène locale?

Juste après l'explosion du 14 février 2005, nous avons eu droit à la fausse revendication d'Ahmed Abou Adass (tiens, en parlant de faux témoins, faudrait commencer par celui-là... mais il aurait disparu en Syrie, flûte), l'avion australien... Un bel écran de fumée dont plus personne ne parle (et qui s'en souvient vraiment?). Quatre généraux libanais fidèles au tuteur syrien ont été arrêtés (puis relâchés sans être innocentés l'an dernier faute de preuves). Geagea est sorti de prison après 11 ans passés derrière les barreaux, Aoun est revenu au pays après 15 ans d'exil. Lahoud est resté en place, payé par le contribuable pour ne surtout pas signer le moindre papier que le gouvernement lui présenterait. Le pays a subi une guerre dévastatrice en 2006, un sit-in durant 18 mois, une paralysie politique insensée, le siège du camp de Nahr el-Bared au Nord, un mini putsch en mai 2008, le réarmement des milices, des élections inutiles dont les vainqueurs réels sont les perdants des urnes (vive les leçons de démocratie!)... Et puis un Taef bis à Doha (entérinant cette terrible politique du ni vaincu/ni vainqueur), un gouvernement d'union nationale bancal, la mise à jour de réseaux d'espionnage israéliens (surtout dans le secteur des télécoms), le retour en scène très théâtral de Jamil Sayyed... En fait, la liste est longue et il serait bien vain de vouloir être exhaustif.

 

Aujourd'hui, qui accuse qui?

Ce qui reste du 14 Mars s'accroche au TSL, disant que la justice internationale doit prévaloir. Ce camp politique (en ruine depuis le désistement de la girouette choufiote et le choc provoqué par le baise-main du fiston à Damas) espère encore que les pays occidentaux et l'Arabie saoudite ne le laisseront pas tomber. Officiellement, le 14 Mars attend l'acte d'accusation pour se prononcer, ne voulant accuser personne ouvertement.

De l'autre côté de l'échiquier, la donne est plus simple. Le Hezbollah menace quiconque souhaitant le mettre au banc des accusés de trancher des mains. Quand Nasrallah prend la parole, tout le monde écoute. Selon lui et ses preuves (tout ce qu'il y a de plus discutables), ce sont forcément les Israéliens, le TSL étant un instrument américano-sioniste pour parvenir à annihiler le parti de Dieu (ce que la guerre de 2006 n'a clairement pas fait). Surprenant, non? Les aounistes – qui accusaient avec véhémence Damas en 2005 – sont à fond derrière, tout comme différents chefs de clan comme Frangieh, Karamé... L'opposition toute entière s'appuie sur différents vices de forme: l'affaire des faux témoins a fait la une des journaux récemment, mais aussi la naissance même du TSL. A l'époque, le gouvernement était passé en force alors que le Parlement aurait dû ratifier le texte. Problème: le Parlement était fermé, son président ayant perdu les clés pendant de très longs mois. Le serpent se mord la queue [note pour plus tard: il faudrait changer le cèdre du drapeau libanais en serpent se mordant la queue].

En dehors du Liban, les choses sont assez claires également – et peu surprenantes: les Iraniens (et son proxy) accusent les Israéliens, les Américains (et leurs proxies) pointent du doigt les Syriens et les Iraniens... La diplomatie française, elle, tente de revenir dans le jeu, les pontes du 8 et du 14 Mars défilant à Paris ces dernières semaines. La France se veut impartiale... tout en avouant en coulisses avoir de fortes présomptions sur l'identité de l'exécutant et du (ou des) commanditaire(s). Mais entre cette vérité et le chaos promis, elle peine à choisir.

 

Quelles solutions?

Le 8 Mars souhaite que l'Etat libanais se désolidarise du TSL. Impossible, même si le Parlement décide d'arrêter de le financer (le texte prévoit que le Liban prenne en charge 49% du budget du TSL). Le personnel politique joue la montre, poussant un 'ouf' de soulagement à chaque annonce du report de la publication de l'acte d'accusation. Syriens et Saoudiens sont chargés de trouver une issue à la crise. Damas et Riyad s'activent pour trouver une solution éliminant les failles dans la procédure d'une enquête décrédibilisée. Mais le temps presse... Et le parapluie syro-saoudien pourrait n'être que temporaire (en fonction de la ligne politique que suivra le "nouveau régime" à Riyad car tout le monde là-bas est malade, les têtes risquant de changer bientôt). Côté 14 Mars, aucune solution en vue. Après de multiples concessions, Hariri fils n'a plus beaucoup de lest à lâcher.

 

Guerre civile or not?

Les plus pessimistes voient déjà le pays sombrer dans un conflit civil, chiites contre sunnites, avec les chrétiens bien divisés au milieu. Peu probable dans un premier temps car, même si les rumeurs de réarmement et de réorganisation des Forces libanaises se font entendre, aucune force n'est à même d'entrer en confrontation directe avec le Hezbollah. Et ce dernier fera tout pour l'éviter: selon certains analystes, il a peur pour son image, se voyant encore reprocher dans les talk-shows télévisés d'aujourd'hui d'avoir retourné ses armes vers l'intérieur en mai 2008. Et avant d'en arriver là, il a d'autres armes à sa disposition, politiques celles-là. Si d'aventure l'acte d'accusation pointait des doigts le Hezbollah ou certains de ses membres, ses ministres pourraient démissionner dans la seconde, paralysant le pays encore plus qu'il ne l'est déjà. Et cela aurait comme un air de déjà-vu. Le serpent qui se mord...
podcast

 

[SCOOP] Un nouvel espoir pour sortir de la crise!

Dernière option, inspirée par celle du patriarche Sfeir concernant les feux de forêt et la pluie qui se fait cruellement attendre: prier. Mais je laisse ça à d'autres. Si les prières de tout bord pouvaient sauver le Liban, cela fait bien longtemps que le pays aurait dû être tiré d'affaire. Vu l'histoire des 40 dernières années, j'ai comme des doutes sur la recette du chef cuisinier de Bkerké.

 

Et si vous n'avez toujours pas compris...

...voici un résumé réalisé par d'illustres inconnus, mais assez explicite de la situation libanaise. Si après ça vous ne comprenez toujours pas, y'a plus d'espoir...

Allons-nous vers une solution au conflit? Nous sommes maintenant, en droit, de l'espérer.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

vendredi, 13 juin 2008

Pizza delivery

Le Sky Bar a rouvert ses portes, les plages sont couvertes de chair fraîche prête à rôtir, les ouvriers virevoltent sur les innombrables chantiers comme sur la scène d’un opéra, les places pour le concert de Mika se sont arraché dès 10h du matin hier… Cette frénésie donne vraiment le tournis. Juste pour mémoire, il y a un mois jour pour jour, nous en étions au Day 7 d’un début de guerre civile. Et puis les miliciens, tout heureux d’exposer leurs biceps durant quelques jours, ont rangé leurs pétoires sous les matelas.
Depuis donc, le Liban a fêté un énième accord signé à l’étranger (celui de Doha, dernier d'une trop longue liste), et la politique libanaise a repris son train-train lénifiant. Un président a été élu, allelujah. Toutes les parties en présence ont juré leurs grands dieux qu’il fallait coûte que coûte protéger la saison touristique à venir. En attendant, ces mêmes parties se crêpent le chignon sur la formation du prochain gouvernement. Amen, bravo et cotillons.

1817307758.jpgSur le terrain, les choses ne sont pas si roses. Ça chauffe dans et autour des camps palestiniens, Chaker el-Abssi a fait une petite sortie téléguidée en début de semaine et l’ouest de Beyrouth – où les tensions sont encore perceptibles – reste sous surveillance. Et puis il y a nos amis salafistes au nord. Juste après la mini guerre du mois de mai, nous avions interviewé le cheikh Omar Bakri (ci-contre à gauche), dans le quartier d’Abou Samra en banlieue de Tripoli. Jovial comme d’habitude dès qu’il s’agit de parler à la presse étrangère, ce prédicateur extrêmiste nous avait dit (en bref car l’interview a duré trois plombes) qu’Al-Qaïda n’était pas encore vraiment active au Liban mais qu’il en faudrait très peu (après l’humiliation subie par les sunnites à Beyrouth) pour que cette situation ne change. D'autant que, selon lui, le Hezbollah ne fait vraiment pas peur à Al-Qaïda puisque leurs techniques de combat sont radicalement différentes. Pour reprendre sa formule toute faite, les salafistes (les vrais, les purs, pas ce que lui considère comme des amateurs en parlant du Fatah al-Islam) feront tout péter grâce à un concept magnifique: le pizza delivery. Un indice concernant la garniture de la pizza: les ceintures d'explosifs se digèrent très mal.

Mais il fait beau, les mini jupes sont de rigueur, l’atmosphère est à la fête, on attend 1,5 million de touristes… Les orages, pourtant, sont imprévisibles et ultra violents, et l’on préfère souvent s’abrutir devant des matchs de foot étrangers et décorer nos voitures de drapeaux italiens et allemands plutôt que d’ôter nos œillères (moi compris, sauf pour les drapeaux). La dernière fois que la nation entière était sous opium footballistique (avec comme shoot ultime la finale France-Italie du 9 juillet 2006), la redescente a été dure pour tout le monde. A Dahiyeh, les drapeaux étaient encore omniprésents quand des F-16 israéliens avaient tout fait sauter…

Souvenez-vous, ça donnait ça. Nettement moins glamour que le Sky Bar.

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En 2006, personne n'avait vu arriver la menace et encore moins sa concrétisation. Cette année, personne n'est dupe et tout le monde sait que l'édifice est branlant. Difficile donc de savoir sur quel pied danser, mais la vie doit continuer. 

mercredi, 13 février 2008

[SCOOP] Moughnieh assassiné à Damas: c'est Malko qui a fait le coup!

SAS_beyrouth_malko_imad_moughnieh.jpgLa dépêche AFP vient d'arriver, la voilà telle quelle:

Liban-Hezbollah-assassinat LEAD
Le Hezbollah annonce l'assassinat d'un de ses dirigeants, accuse Israël
BEYROUTH, 13 fév 2008 (AFP) - Le Hezbollah chiite libanais a annoncé mercredi que l'un de ses dirigeants militaires, Imad Moughnieh, a été assassiné et a accusé Israël de ce meurtre.

Selon un responsable du Hezbollah, le dirigeant a été tué dans l'explosion d'une voiture piégée à Damas mardi, mais la télévision officielle du Hezbollah Al-Manar qui a annoncé l'assassinat n'a pas précisé le lieu de l'assassinat.

"Un grand jihadiste de la résistance islamique au Liban a rejoint les grands martyrs (...) Le leader Imad Moughniyeh est mort en martyr assassiné par les Israéliens sionistes", indique le communiqué d'Al-Manar.

"Il était la cible des sionistes depuis 20 ans", selon le communiqué.

Les autorités israéliennes ont refusé de faire le moindre commentaire officiel à l'assassinat d'un des chefs militaires du Hezbollah chiite libanais, Imad Moughnieh. "Nous ne faisons pas de commentaires", a déclaré à l'AFP Mark Regev, le porte-parole du Premier ministre Ehud Olmert.

Les télévisions et les radios en israël ont interrompu leurs programmes dès l'annonce de la mort de Moughnieh en le présentant comme le "terroriste le plus dangereux au Moyen-Orient depuis trente ans".

"Le compte est réglé : Imad Moughnieh a été liquidé à Damas", a titré le site internet Ynet du quotidien Yédiot Aharonot, le plus fort tirage d'Israël.

Imad Moughniyeh, dans la clandestinité depuis la fin des années 1980, est accusé par les médias occidentaux et les Etats-Unis d'avoir dirigé la plupart des enlèvements d'otages occidentaux durant la guerre civile au Liban dans les années 1980.

Il est notamment soupçonné d'avoir été l'auteur de l'enlèvement de William Buckley, chef de l'antenne de la CIA à Beyrouth, en 1984.

Imad Moughnieh est inscrit sur la liste "des terroristes les plus dangereux" recherchés par les Etats-Unis pour le détournement d'un avion de la TWA en 1983.

Son frère Fouad Moughnieh a été assassiné en 1994 dans l'explosion d'une voiture piégée dans la banlieue sud de Beyrouth, un attentat attribué à l'époque aux services spéciaux israéliens, qui faisaient la guerre aux radicaux chiites proches du Hezbollah alors qu'Israël occupait le Liban sud.

Imad Moughnieh est recherché par Interpol pour sa participation présumée à un attentat contre l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA) qui avait fait 85 morts et près de 300 blessés en juillet 1994 à Buenos Aires.

A Damas, la télévision d'Etat syrienne a indiqué, citant une source au ministère de l'Intérieur, qu'une voiture avait explosé mardi soir dans le quartier résidentiel de Kafar Soussé dans la capitale syrienne, faisant un mort.

Elle n'a donné aucune autre précision notamment sur la nature de l'explosion ou l'identité de la victime.

Les autres médias officiels syriens n'ont pas fait état de l'explosion.

Selon des témoins, l'arrière de la voiture, une Mitsubishi Pajero grise métallique, a été entièrement soufflée par l'explosion qui s'est produite vers 23HOO locales (09H00 GMT) dans ce quartier résidentiel nouvellement construit. La voiture était stationnée dans un parking au milieu des immeubles.

 

Je n'aime pas me réjouir de la mort d'un homme, mais celle-là ne me fera pas pleurer. En tout cas, c'est Gérard de Villiers qui va pouvoir pondre un nouveau SAS sur le Liban, puisque son Altesse Malko Linge se battait déjà contre lui dans le précédent Rouge Liban. En tout cas, c'est facile d'accuser Israël, mais le monsieur traînait tellement de casseroles que n'importe qui a pu faire le coup, même le cousin de la tante de mon beau-frère...

vendredi, 25 janvier 2008

Des étincelles et 4 morts à Chevrolet

attentat_FSI.jpgComme une grosse tripotée des journaleux installés à Beyrouth, j'ai passé ma matinée sur le lieu du nouvel attentat. L'odeur qui régnait là-bas m'a fait penser à celle des étincelles quand on cisaille à chaud du métal. A Beyrouth, 10 jours après l'explosion visant la voiture de l'ambassade US, et 6 semaines après celle de Baabda contre le général el-Hajj, les scènes se suivent et se ressemblent. Voitures carbonisées, secouristes de la Croix-Rouge les larmes aux yeux à force de travailler sur ce genre d'événement, synonyme de pays qui part en lambeaux. En écartant les guéguerres politiciennes interlibanaises, il faudrait vraiment se pencher sur les responsabilités extérieures. Je n'arrive pas à croire que des Libanais puissent faire subir ça à leurs compatriotes. Sur ces quelques lignes, je m'en vais faire mon travail. Comme je le disais à la responsable de 20 Minutes il y a une vingtaine de minutes (justement), j'en ai marre d'écrire tout le temps la même chose sur les mêmes sujets. Marre, marre, marre.

[...]

Lu dans une dépêche d'agence: «Eïd (le capitaine des FSI visé par l'attentat) jouait un rôle dans tous les dossiers liés aux attentats terroristes", a souligné Achraf Rifi, chef de la police, s'adressant à la presse sur les lieux de l'explosion.»

Qui? Qui? Qui? Qui? Je ne veux pas croire qu'en 3 ans et demi d'attentats, il n'y a pas le début d'un soupçon d'indices ou de preuves concernant les commanditaires...

[...]

Perché sur un monticule de parpaings en train de scruter la scène, je sens quelqu'un à côté de moi. L'homme – étranger à première vue – me demande en anglais: «Combien y a-t-il de victimes?» On discute, il me dit être un journaliste hollandais, et lache un peu désabusé: «Ça commence à être lassant. Les attentats, ce n'est plus vendeur...» Triste réalité de notre métier.

mardi, 15 janvier 2008

16h27 : explosion à la Quarantaine

Voilà ce que donne le champignon d'une GROSSE explosion non identifiée du côté de Dora... Comme souvent, le réseau de cellulaire s'est immédiatement arrêté. J'ai pas envie de savoir qui c'est...

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Pendant ce temps, y'a des ostrogoths qui bloquent la route de l'aéroport, comme hier... Hmmmmmmmm...

[...]

Un convoi de l'ambassade américaine visé a priori. J'espère que ce n'est pas Feltman. Sinon...

[...]

Les morts du jour étaient dans une voiture dépassant le convoi US visé par l'explosion. C'est vraiment être là au mauvais moment au mauvais endroit.

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mercredi, 12 décembre 2007

« Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m... »

Témoignage d'Aurore, une habitante de Baabda, dont l'appartement se situe à 50m de l'explosion:

«La détonation a été si violente que j’ai cru que la voiture piégée était au pied de notre immeuble. Dans notre appartement, toutes les vitres ont volé en éclats, le portail de la cour a été propulsé dans notre salon, mais personne n’a été blessé. J’ai pris ma fille de 11 mois dans les bras, et nous sommes descendus dans la rue avec mon mari pour voir ce qui se passait. Un car scolaire de Louise Wegman était là, à moins de 100m de l’explosion. Tous les enfants en sont descendus, jaunes de peur de sachant pas ce qui se passait. Nous avons appelé leurs parents pour qu’ils viennent les chercher. Moi-même, j’étais en état de choc. Ma première réaction était de me dire “Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m...”. Une fois calmée, je me suis fait une raison: c’est ça le Liban.»

Les 12 décembre sont meurtriers

attentat_jean_hajj.jpgEn langage diplomatique, cela s’appelle un message. A 7h du matin, une bombe explose près du palais présidentiel, à quelques encablures du ministère de la Défense. Quelques minutes après l’attentat, la rumeur commence à circuler: un militaire de haut rang ferait partie des victimes. Tout le monde pense à Sleimane… Vers 7h45, la cible est définie: c'est le futur successeur de Michel Sleimane à la tête de l’armée si ce dernier accédait à la présidence (ce qui n’est plus du tout joué d’avance en ce moment). Le général el-Hajj avait été en charge des opérations lors de la crise de Nahr el-Bared cet été. Le message s'adresse donc clairement à Sleimane, et à l'institution militaire dans son ensemble.

Ce matin, un commerçant de mon quartier me dit: «Avec ce qu’a dit Chareh hier [les alliés de la Syrie au Liban n’ont jamais été aussi puissants] et l’attentat de ce matin, faut pas chercher bien loin le rapport…» Faut-il se laisser aller à cette facilité intellectuelle en ce moment? En tout cas, les déflagrations reprennent cette veille de fêtes de fin d'année: hier soir, une grenade a explosé entre Chiyah et Aïn el-Remmaneh, sans faire de victime.

Aujourd’hui mercredi 12 décembre, une partie de la population libanaise (en tout cas les gens de notre quartier) allait célébrer le deuxième anniversaire de la mort de Gébran Tueini, assassiné par très loin de l'attentat de ce matin, en 2005. Certains écrivent des bouquins titrés «Les mois d’avril sont meurtriers», on peut rajouter «les 12 décembre».

mercredi, 03 octobre 2007

Marche blanche : « touchant mais futile »

medium_marche_blanche.jpg

Je reviens de la marche blanche, organisée par les proches de Charles Chikhani, une victime collatérale (comme on dit) de l’attentat qui a visé le député Kataëb Antoine Ghanem, le 19 septembre dernier. Le bouche-à-oreille (et les spots publicitaires et autres Facebook) ont marché à merveille: il y avait du monde, beaucoup de monde, pour rendre hommage à un jeune homme de 28 ans. Un anonyme. «Ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous, qu’on s’appelle Charbel ou Mohammad, m’a dit une consœur de L’Orient croisée dans le cortège silencieux. Tout ce que l’on veut, c’est vivre en paix.»

Cette manifestation pacifique se voulait tout ce qu’il y a de plus apolitique, même si des associations affiliées au 14 Mars et quelques membres de la smala Gemayel ont fait le déplacement, ce qui n’a pas plu à tout le monde. Mais bon. Dans la foule, l’émotion était partout. Et la nouvelle cet après-midi du décès d’une 6e victime de l’attentat n’a rien fait pour arranger les choses. «En plus, elle était enceinte», comme me l’a dit une femme assise sur un trottoir.

Pour tous, l’essentiel était d’être là, physiquement ou par la pensée. Dans les rues d’Achrafieh en tout cas, les bougies sur les balcons n’étaient pas rares. Mais comme me l’a dit un ami croisé ce soir, «cette marche blanche est aussi touchante que futile, car elle ne changera rien à la situation merdique du pays.» C’est cynique mais vrai. Elle aura peut-être apporté un peu de réconfort aux femmes en deuil de la famille Chikhani. Ces dames en noir contrastaient violemment dans cet océan de chemises et t-shirts blancs.

Voici deux petites vidéos prises ce soir... 



lundi, 01 octobre 2007

Marche blanche mercredi au Biel

medium_charles_chikhani.jpgLe bruit circule en ville, sur les ondes radio et sur le Web: mercredi 3 octobre, une marche blanche partira du Biel à 20h et se terminera place de l'Etoile, devant le siège du Parlement. C'est la famille de Charles Chikhani (ici en photo) qui a lancé l'idée. Charles est mort le 19 septembre dernier dans l'attentat qui a coûté la vie au député Antoine Ghanem à Horsh Tabet. Une sorte de symbole car ce jeune homme de 28 ans était rentré au pays il y a un an et demi après des études à l'étranger. Nous avons souvent tendance à parler de la fuite des cerveaux, mais il y a encore des jeunes qui croient en ce pays et qui reviennent au bercail malgré tout...

Donc, mercredi soir, rendez-vous au Biel, tout de blanc vêtus et armés de bougies. Si vous ne pouvez pas faire le détour, placez une bougie à vos fenêtres.

Nous, nous espérons qu'il y aura du monde simplement pour dire "khalas, ça suffit". Le peuple ne veut plus d'attentats, d'assassinats, de guerres larvées, de pseudo miliciens qui s'entraînent dans la montagne... Nous croyons fermement qu'il y a dans ce pays une majorité silencieuse qui n'en peut plus de tous ces mauvais délires. 

mardi, 25 septembre 2007

Grindhouse.com.lb

Qui aime bien châtie bien, dit le dicton. Alors comme j'adore les hommes politiques libanais et d'ailleurs, voici deux petits détournements d'affiches de film. Ah, si Tarantino et Rodriguez étaient Libanais... Bon, en attendant, nous n'aurons pas de nouveau président aujourd'hui.

medium_death_proof_lebanon.jpg medium_planet_terror_lebanon.jpg

jeudi, 20 septembre 2007

C'est aussi ça le terrorisme

Hier, la voiture d'Antoine Ghanem a explosé sur un boulevard par lequel nombre de Libanais passent tous les jours. Les morts et les blessés d'hier étaient simplement au moment endroit au mauvais moment.

Cet après-midi, je devais accompagner ma fille à l'Hôtel-Dieu pour une consultation chez le médecin. Nous nous sommes garés dans la grande descente, à 200m de l'hôpital. J'ai fermé les portes de la voiture et ai pris ma gamine par la main. Une impression étrange m'a alors envahi. Quelques voitures dévalaient la grande descente, d'autres étaient garées comme la nôtre. Je me suis soudain dit que le convoi d'un député pourrait passer à cet instant, et que l'une des voitures anonymes garées le long du trottoir pourrait être chargée de quelque explosif. J'ai pressé le pas jusqu'à l'entrée de l'hôpital.

Après la consultation, en remontant en voiture, la même impression m'a assailli. Le grand boulevard était vide, désert, lui qui d'habitude réserve de beaux embouteillages. Le lecteur de CD passait cette chanson...

podcast

Je l'adore cette chanson, mais sa montée en puissance, froide et méthodique, m'a glacé les sangs. Les auteurs et commanditaires d'attentats visent également cela: instaurer un climat de peur permanent. C'est aussi ça le terrorisme. Et la recette marche plutôt bien. 

mercredi, 19 septembre 2007

Le tir aux pigeons continue: Antoine Ghanem a été assassiné

Et voilà, nous allons encore recommencer avec nos cartes morbides...

medium_attentats200709818.jpgmedium_antoine_ghanem.jpgJ'étais en train d'écrire un papier sur la présidentielle pour Le Soir, et une bombe a sauté à Sin el-Fil. Premier bilan: 4 puis 6 puis 9 morts et 20 blessés. Dans les premières minutes, on a parlé de 2 députés de la majorité tués, il n'y a pour l'instant qu'un de confirmé, l'avocat Antoine Ghanem. Il ne reste que 6 jours avant l'élection présidentielle, et la majorité parlementaire ne tient plus qu'à un fil numériquement. Le procédé méticuleux d'élimination me fait vomir...

Une heure plus tôt, je discutais avec Joseph Chami, journaliste, historien et auteur d'une belle série de bouquins sur les différentes présidences libanaises. Selon lui, le nom du prochain président n'a aucune importance, car le prochain président, quel qu'il soit, ne pourra rien faire. «Il faut repenser le Liban, qui est un non-Etat boîteux. Une fédération est peut-être la solution: chacun chez soi mais on mange ensemble tous les soirs. Vu les conditions actuelles, le futur sera fait soit de cassures soit de conflits armés. Ça va se durcir jusqu’à l’extrême.» Il a vu juste le bougre.

Toujours est-il que la disparition de Ghanem est une véritable bombe et un message (de qui?) à ceux qui tentaient de trouver des solutions pour rabibocher majorité et opposition. Chami me disait d'ailleurs: «Il faut compter avec la volonté de X de ne pas laisser se faire l’élection normalement.» Il a bien dit «X», sans préciser qui – même si les soupçons se tournent toujours dans la même direction.

Si je fais bien mes comptes, le score du match des assassinats est de 8-0 en défaveur des anti-syriens (Hariri, Fleihane, Kassir, Haoui, Tueini, Gemayel, Eido et maintenant Ghanem). Bizarre, c'est toujours dans le même camp qu'on se fait dessouder.

En tout cas, on file tout droit dans le gouffre, ma bonne dame... 

lundi, 25 juin 2007

Attentat contre la Finul : c’est qui ce coup-ci ?

medium_finul2.jpgHier, 6 soldats du contingent espagnol de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban – j’adore l'adjectif «intérimaire», elles sont là depuis 1978!) ont sauté avec leur véhicule blindé. Une voiture piégée – ou un kamikaze, les deux thèses ont été avancées – bourrée de 50kg d’explosifs n’a laissé aucune chance à ces soldats de la paix. Ce matin, j’ai appelé le camp belge de Tebnine, où 380 casques bleus du plat pays sont stationnés. Le responsable presse me disait que les soldats sont maintenant dans l’obligation de porter un casque et un gilet pare-éclats lorsqu’ils sortent du camp. Ça paraît un peu dérisoire vu les moyens mis en œuvre par les auteurs de l’attentat. Auteurs qui n’ont toujours pas revendiqué l’attaque. Le 17 juin dernier, nous avions eu l’honneur de faire connaissance avec «la branche libanaise des brigades de Jihad Badr» lors de l’attaque à coup de Katiouchas sur le nord d’Israël. Rappelons au passage qu’un missile un peu tête en l’air s’était égaré sur le territoire libanais, non loin d’une position de la Finul. Et puis avant ça, le 20 mai, c’est le Fatah al-Islam qui se manifestait avec fracas au Nord, avec les affrontements dans le camp de Nahr el-Bared. A chaque fois qu’il se passe quelque chose au Liban en ce moment, on nous invente un nouvel adversaire, avec un nom mystico-guerrier du plus bel effet et qui permet à tous les «spécialistes» occidentaux de passer à la télé. Tout ça ne fait en réalité qu’épaissir le brouillard sur la situation libanaise, qui n’avait pourtant pas besoin d’être compliquée davantage. Alors, comment vont s’appeler nos nouveaux maquisards terroristes: «les brigades de Trucmuche», «le Front de libération de Pétaouchnoqueland»? Avis aux amateurs, si vous avez des idées, envoyez-les nous!

En attendant, les responsables de la Finul serrent les dents, et affirment que ce genre d’attentat n’est qu’une nouvelle preuve de la volonté de déstabilisation de forces étrangères au Liban. Ah bon, qui ça?

PS: Un petit mot pour Sou qui nous avait écrit le 20 juin dernier, nous disant que son copain était casque bleu et qu'elle stressait pour lui. J'avais tenté de la rassurer, mais je me suis mis le doigt dans l'œil, vraiment désolé... 

samedi, 23 juin 2007

Ça veut dire quoi « Al-Qaïda au Liban » ?

medium_assadechec.jpgElias el-Murr serait-il allé un peu vite en besogne après la déclaration de victoire de jeudi soir sur la LBC? Un petit peu certainement, car hier et aujourd'hui, ça pétaradait encore beaucoup dans le camp de réfugiés de Nahr el-Bared. J’espère que Murr n’est pas en train de faire la même erreur que Bush en Irak, c’est-à-dire déclarer la fin d'une guerre alors que l’après-guerre sera encore plus sanglant.

Notre cher ministre de la Défense (et accessoirement gendre du président de la République) a tout de suite tempéré: «Il existe des cellules terroristes d’Al-Qaïda au Liban, il y a des risques de nouveaux attentats.» Ah, Al-Qaïda… Je me demande vraiment si un beau jour l’opinion publique (et moi par la même occasion) saura exactement ce qu’est cet épouvantail que les médias nous présentent depuis 2001, voire avant.  Ça veut dire quoi, appartenir à Al-Qaïda, au juste? Si quelqu’un a une réponse qui tient debout, je suis preneur.

Avant que cette menace islamiste n’apparaisse sur fond d’Internationale terroriste, les choses étaient plus simples. Sans faire du SAS à la Gérard de Villiers, il était de coutume de dire que tous les services secrets étrangers étaient à Beyrouth, plaque tournante du Proche-Orient, et y faisaient la pluie et le beau temps: CIA, Mossad, DGSE, moukhabarat syriens, KGB… Ça avait plus de gueule. Au moins, les choses étaient plus claires.

En fait, je crois que les choses n’ont pas vraiment changé, mais elles sont moins voyantes. Le Liban, petit paradis terrestre potentiel, a toujours accueilli ces petits chimistes de la géopolitique. C’est certainement encore le cas, ils font leurs petites expériences en grandeur nature sur le sol libanais, qu’ils viennent de Damas, Washington ou Tel-Aviv. Pourquoi? Est-ce que les services secrets libanais sont aussi influents sur ces territoires étrangers? Il serait peut-être temps de commencer à le faire pour que ces «amis du Liban» voient combien c’est pénible de se faire parasiter, décennie après décennie.

Mais c'est vrai qu'il est probable que les "membres d'Al-Qaïda", fatigués par le bourbier irakien, prennent des petites vacances au LIban histoire de recharger leurs batteries. Les vacances, c'est sympa, mais faut pas non plus perdre la main...

PS: Clickez sur la caricature, vous irez sur le blog Jeha's nail d'où j'ai pris cette image... 

jeudi, 14 juin 2007

Personnalités anti-syriennes: la « liste noire » refait surface

medium_hariri.jpgmedium_fleihane.jpgmedium_kassir.jpgmedium_haoui.jpgmedium_tueni.jpgmedium_gemayel.jpgmedium_eido.jpgmedium_qui.2.jpg

 
Oyez, oyez, bonnes gens, à qui le tour maintenant?

C’est en juin 2005 au moment des assassinats à Achrafieh du journaliste Samir Kassir et à Mazraa de l’ex-patron du Parti communiste libanais, Georges Haoui, que l’idée d’une liste noire syrienne est apparue (largement suggérée par l’Administration Bush). Cette liste comportait une trentaine de noms de personnalités hostiles à la tutelle syrienne au Liban (en juin 2005, soit moins de 2 mois après le retrait «total» des troupes syriennes). Au Liban, les «rescapés» de la majorité comme Walid Joumblatt s’était alors largement servi de cette liste pour fustiger Damas qui, comme à son habitude, se réfugie systématiquement derrière des démentis outrés et répétés et auxquels personne n’accorde plus d’importance.

Alors quid de cette liste noire? Certains prennent ça pour de la propagande pro-américaine, d'autres – amateurs du concept de Conspiracy theory – voient là une contre-propagande envers Washington, accusé d'être derrière tous les "événements" ayant touché le Liban depuis 30 mois. Mais d’autres encore la prennent au pied de la lettre, cette fameuse liste noire. N’empêche, il y a une chose plutôt frappante: depuis plus de 2 ans, ceux qui meurent appartiennent tous à la même tendance… Coïncidence, hmm?

En tout cas, hier soir, il y a une femme qui a perdu son mari, l’un de ses fils, un second étant hospitalisé dans un état grave. Aujourd’hui, nos pensées vont à Ayda Eido.

Portraits ci-dessus, de gauche à droite: Rafic Hariri, Bassel Fleihane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tueini, Pierre Gemayel, Walid Eido.

mercredi, 13 juin 2007

Après Walid Eido, il n'en faut plus que trois...

medium_attentats20070613.4.jpg Plus que trois. Après les assassinats des députés Rafic Hariri, Bassel Fleihane, puis de Gébran Tueini le 12 décembre 2005 et celui de Pierre Gemayel le 21 novembre 2006, c’est le sunnite Walid Eido, proche de la famille Hariri, qui a été rayé de l’échiquier politique en même temps que son fils Khaled. Déjà cinq députés assassinés, plus que trois donc à «effacer». Le(s) commanditaire(s) de ces assassinats est(sont) donc à mi-chemin dans leur basse besogne: en effet, si trois autres députés de la majorité parlementaire venaient à disparaître, la majorité perdrait sa majorité et le Parlement tomberait.

Qui cela arrangerait-il? A qui le chaos ambiant au Liban profite-il? La réponse paraît si simple, suivez mon regard...

Les arrestations se multiplient, les rumeurs aussi. Hier, une fillette de 7 ans me disait qu'elle discutait avec ses copines en cour de récré de camions piégés. C'est sain ça? Ça me fait vomir… Comme les deux tiers des jeunes Libanais (18-25 ans) qui, selon un rapport très récent du Centre libanais de recherche et d'études de Kamal Hamdane, veulent tout faire pour s'expatrier. Cela aussi fait partie de la stratégie de la terreur: vider le pays de sa sève intellectuelle, culturelle et technique. Vu la saignée parmi les "cerveaux" depuis 2005, ce but pourrait être facilement atteint.

Le Liban est si facile à mettre à genoux que c'en est pathétique. 

vendredi, 08 juin 2007

Météo au Liban : 24 attentats en 33 mois

Au moment de nous coucher, vers 1h du matin, on a commencé à refaire dans nos têtes la liste des attentats qui ont frappé le Liban depuis octobre 2004 (le premier de la série étant celui perpétré contre Marwan Hamadé le 1er octobre 2004 près du Riviera, et non celui contre Hariri le 14 février 2005). Nous en avons comptabilisé 24 (on en a peut-être oublié un en cours de route, pardonnez-nous!), avec celui qui venait d’avoir lieu trois heures plus tôt à Jounieh près du Christ-Roi.

medium_attentats_liban_2004_2007.2.jpg

Parmi les derniers attentats (ceux ayant eu lieu depuis le 20 mai et le début de la «crise» avec le groupe Fatah al-Islam au camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared), nous avons cherché à trouver une logique. Exercice difficile: Achrafieh, Verdun, Aley, Chiyah, Sed el-Bauchrieh, Jounieh… Le groupuscule jihadiste a affirmé il y a 15 jours qu’il s’en prendrait aux symboles chrétiens. Examinons la carte… Sur les 6 derniers attentats, 4 ont eu lieu près d’églises (Mar Mitr en face de l’ABC, à Chiyah même si ce quartier est à majorité chiite, Mar Takla à Bauchrieh) ou de forts symboles chrétiens (la statue du Christ-Roi à Jounieh). Manquerait plus que cela arrive à Bkerké, Harissa ou à la cathédrale Saint-Georges...

Avec ces 6 attentats, on peut remarquer aussi qu’ils se produisent tard dans la soirée, dans des endroits quasiment déserts à cette heure-là. L’objectif ne semble donc pas (pour l’instant) de tuer, mais de faire peur. La question est donc (comme toujours): à qui profite le crime? Qui cela arrange-t-il que le pays sombre dans la psychose? Il y a 4 options (avec pour chacune des raisons bien différentes):

  • Le groupe Fatah al-Islam ou un groupuscule «frère»
Comme promis, ils mettent le bordel, et le font volontairement sans bain de sang pour dire «vous voyez, on peut le faire, ne nous cherchez pas trop sinon ça saignera beaucoup plus…»
  • Les services de renseignements syriens
Comme d’hab, pour montrer que les Libanais ne savent pas y faire pour la sécurité sans eux. La méthode (voitures et valises piégées) est plutôt coutumière.
  • Les services de renseignements israéliens
Pour casser la saison touristique comme l’année dernière, en profitant du chaos ambiant. Pour eux, un Liban à genoux est un Liban comme il faut.
  • Le gouvernement libanais

Pour montrer que le pays est au bord du gouffre (situation dont l’opposition peut difficilement profiter aujourd’hui), et pour gagner du temps d’ici la présidentielle de l’automne. Une hypothèse certes tordue, mais...

Même si certaines de ces options peuvent paraître loufoques, il ne faut rien écarter dans ce beau pays de fous. C'est bien la seule chose qu'il y a à apprendre je crois.

 
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