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samedi, 04 décembre 2010

La crise autour du Tribunal spécial pour le Liban (pour les nuls)

Tic tac, tic tac, tic tac... Non, ce n'est pas le son menaçant d'une future décharge explosive quelque part, sur un boulevard quelconque, attendant le passage d'un convoi. Mais plutôt celui de la bombe à retardement que tout le monde attend: l'acte d'accusation dans le cadre du Tribunal spécial pour le Liban, chargé de faire la lumière sur la série d'attentats entamée en octobre 2004. Et surtout celui ayant visé Rafic Hariri, ex-Premier ministre, un matin de février. De février... 2005! Soit il y a presque 6 ans. Quand même.

 

Que s'est-il passé en 6 ans d'enquête?

Commençons par le jour de l'attentat de la Saint-Valentin et ceux qui suivirent. N'importe quel Pinot-simple-flic vous le dira: la principale chose à faire en cas d'attentat est de garder inviolée la scène du crime. Résultat: deux heures après, on se serait cru à Disneyland un jour férié! Les forces de l'ordre de l'époque ont clairement piétiné tout ce qui aurait pu servir l'enquête, les premières heures étant toujours cruciales pour la collecte d'indices. Des voitures ont été vite emportées à l'abri des curieux... Bref, l'enquête partait mal (sciemment?). La première équipe d'enquêteurs internationaux, menée par Peter Fitzgerald, n'est arrivée à Beyrouth que onze jours plus tard...

Ensuite, une trentaine d'attentats a laissé sur le carreau une dizaine de figures politiques ou médiatiques, et de nombreux citoyens ayant eu la malchance d'être là au mauvais moment, au mauvais endroit. Pour rappel, voici la dernière carte postée sur le blog, en janvier 2008, le jour de l'assassinat de Wissam Eid. Souvenez-vous...

attentats20080125.jpg

Presque 30 attentats, vous en conviendrez, ça secoue un pays.

Pendant ce temps-là, l'Onu a diligenté une pelleté d'enquêteurs, dont les patrons successifs n'ont pas été exempts de reproches. Cela a commencé avec l'Allemand Detlev Mehlis, dont les rapports préliminaires pointaient du doigt la Syrie que tout le monde accusait alors. Puis Mehlis a jeté l'éponge au profit du Belge Serge Brammertz qui n'a pas laissé un souvenir impérissable. Est alors entré en scène le Canadien Daniel Bellemare, actuellement en charge du dossier et qui a déclaré récemment: l'acte d'accusation sera publié quand il sera prêt, pas un jour avant, pas un jour après. Super intéressant.

Les Syriens poussés dehors au printemps 2005 sont finalement revenus au Liban par la fenêtre de derrière. Via leurs alliés locaux et parce que la politique du dos rond est une spécialité damascène depuis les années 70. Washington et Paris ont remis Damas dans le jeu, les impératifs de la diplomatie régionale répondant aux voix impénétrables de je-ne-sais-quel Seigneur.

Après le déluge de fuites sous l'ère Mehlis, l'équipe d'enquêteurs s'est mise un bâillon. Jusqu'aux fameuses révélations du journal allemand Der Spiegel, pointant du doigt le Hezbollah. Considérée comme une farce au début, cette hypothèse a pris forme depuis, jusqu'au récent documentaire de la chaîne canadienne CBC. Pour ceux qui l'auraient raté, c'est juste en dessous.

Dernière rumeur en date lancée par le journal russe Odnako – car tout ceci n'est que rumeur tant qu'aucune preuve irréfutable n'est apportée – et relayée par ce bon Réseau Voltaire, pointant du doigt un missile de fabrication allemande dont se seraient servi les méchants assassins. Aucune preuve encore, beaucoup de suppositions, d'affirmations péremptoires (quoi que pour une fois, Baudis n'a pas été accusé d'être le représentant du Groupe Carlyle en France, y'a du progrès).

 

Revenons un peu en arrière. En 2005, à qui profitait le crime, «à première vue»?

assadharirisuicide.jpgLe bon sens écartait a priori les pistes menant aux services français et américains. Difficile de se dire que les rédacteurs de la résolution 1559 se soient tirés une balle dans le pied en effaçant Hariri. Deux pistes s'imposaient donc, toutes deux extérieures: une menant à Damas, l'autre à Tel Aviv.

Depuis des mois, Hariri était en plein bras de fer avec Assad à cause de la prorogation du mandat présidentiel d'Emile Lahoud. Le vote de la 1559 a rajouté une couche au divorce entre l'homme fort du pays et le régime de tutelle de l'autre côté de l'Anti-Liban. Sur le moment, la culpabilité de la Syrie semblait (trop?) évidente. Si Damas était bel et bien le commanditaire, se pouvait-il que le pouvoir syrien ait si mal calculé son coup au point de perdre sa vache à lait financière? Et comment les Syriens – qui avaient des yeux partout – n'auraient-ils pas été au courant que quelque chose d'aussi énorme se tramait dans les rues de la capitale libanaise?
Ensuite, cela a été la saison des «suicides», avec celui de Ghazi Kanaan par exemple, ex-homme fort des SR syriens au Liban. Sans compter sur la disparition d'Imad Moughnieh en plein Damas: facile d'accuser le Mossad, facile aussi d'accuser les Syriens d'éliminer l'éventuel exécutant d'assassinat(s) politique(s) au Liban. En gros, personne ne sait ce qui se passe dans cette région du monde, pas même Wikileaks.

Evidemment, le voisin israélien a été pointé du doigt pour les crimes perpétrés au Liban en 2005 et 2006, même si cette accusation n'a pas eu beaucoup d'écho sur le moment. Israël ne s'est jamais gêné pour organiser des éliminations physiques. Alors pourquoi pas? Mais pourquoi vouloir déstabiliser à ce point un front nord plutôt calme depuis le retrait de 2000?

Et puis outre les profiteurs potentiels que l'on cherche forcément parmi les acteurs régionaux de la partie d'échecs qui se joue ici depuis 60 ans, il y a aussi un autre prisme à prendre en compte: la fortune de Rafic mort est bien moins gênante (et puissante) que celle de Rafic vivant. Avec une tire-lire personnelle évaluée à un peu plus de 16 milliards de dollars avant sa disparition, Hariri père était un vrai poids lourd. Disloquée en six parts (sa veuve et ses cinq enfants), cette fortune (utile en période électorale) pèse beaucoup moins dans le subtil jeu d'équilibre qu'est notre saine et belle vie politique. Du coup, l'héritier politique, Saad, a du mal à boucler les fins de mois. Si, si, c'est possible, même pour lui. Alors, qui aurait pu avoir intérêt à affaiblir financièrement (et donc politiquement) le clan Hariri? Hum?

 

Depuis 2005, que s'est-il passé sur la scène locale?

Juste après l'explosion du 14 février 2005, nous avons eu droit à la fausse revendication d'Ahmed Abou Adass (tiens, en parlant de faux témoins, faudrait commencer par celui-là... mais il aurait disparu en Syrie, flûte), l'avion australien... Un bel écran de fumée dont plus personne ne parle (et qui s'en souvient vraiment?). Quatre généraux libanais fidèles au tuteur syrien ont été arrêtés (puis relâchés sans être innocentés l'an dernier faute de preuves). Geagea est sorti de prison après 11 ans passés derrière les barreaux, Aoun est revenu au pays après 15 ans d'exil. Lahoud est resté en place, payé par le contribuable pour ne surtout pas signer le moindre papier que le gouvernement lui présenterait. Le pays a subi une guerre dévastatrice en 2006, un sit-in durant 18 mois, une paralysie politique insensée, le siège du camp de Nahr el-Bared au Nord, un mini putsch en mai 2008, le réarmement des milices, des élections inutiles dont les vainqueurs réels sont les perdants des urnes (vive les leçons de démocratie!)... Et puis un Taef bis à Doha (entérinant cette terrible politique du ni vaincu/ni vainqueur), un gouvernement d'union nationale bancal, la mise à jour de réseaux d'espionnage israéliens (surtout dans le secteur des télécoms), le retour en scène très théâtral de Jamil Sayyed... En fait, la liste est longue et il serait bien vain de vouloir être exhaustif.

 

Aujourd'hui, qui accuse qui?

Ce qui reste du 14 Mars s'accroche au TSL, disant que la justice internationale doit prévaloir. Ce camp politique (en ruine depuis le désistement de la girouette choufiote et le choc provoqué par le baise-main du fiston à Damas) espère encore que les pays occidentaux et l'Arabie saoudite ne le laisseront pas tomber. Officiellement, le 14 Mars attend l'acte d'accusation pour se prononcer, ne voulant accuser personne ouvertement.

De l'autre côté de l'échiquier, la donne est plus simple. Le Hezbollah menace quiconque souhaitant le mettre au banc des accusés de trancher des mains. Quand Nasrallah prend la parole, tout le monde écoute. Selon lui et ses preuves (tout ce qu'il y a de plus discutables), ce sont forcément les Israéliens, le TSL étant un instrument américano-sioniste pour parvenir à annihiler le parti de Dieu (ce que la guerre de 2006 n'a clairement pas fait). Surprenant, non? Les aounistes – qui accusaient avec véhémence Damas en 2005 – sont à fond derrière, tout comme différents chefs de clan comme Frangieh, Karamé... L'opposition toute entière s'appuie sur différents vices de forme: l'affaire des faux témoins a fait la une des journaux récemment, mais aussi la naissance même du TSL. A l'époque, le gouvernement était passé en force alors que le Parlement aurait dû ratifier le texte. Problème: le Parlement était fermé, son président ayant perdu les clés pendant de très longs mois. Le serpent se mord la queue [note pour plus tard: il faudrait changer le cèdre du drapeau libanais en serpent se mordant la queue].

En dehors du Liban, les choses sont assez claires également – et peu surprenantes: les Iraniens (et son proxy) accusent les Israéliens, les Américains (et leurs proxies) pointent du doigt les Syriens et les Iraniens... La diplomatie française, elle, tente de revenir dans le jeu, les pontes du 8 et du 14 Mars défilant à Paris ces dernières semaines. La France se veut impartiale... tout en avouant en coulisses avoir de fortes présomptions sur l'identité de l'exécutant et du (ou des) commanditaire(s). Mais entre cette vérité et le chaos promis, elle peine à choisir.

 

Quelles solutions?

Le 8 Mars souhaite que l'Etat libanais se désolidarise du TSL. Impossible, même si le Parlement décide d'arrêter de le financer (le texte prévoit que le Liban prenne en charge 49% du budget du TSL). Le personnel politique joue la montre, poussant un 'ouf' de soulagement à chaque annonce du report de la publication de l'acte d'accusation. Syriens et Saoudiens sont chargés de trouver une issue à la crise. Damas et Riyad s'activent pour trouver une solution éliminant les failles dans la procédure d'une enquête décrédibilisée. Mais le temps presse... Et le parapluie syro-saoudien pourrait n'être que temporaire (en fonction de la ligne politique que suivra le "nouveau régime" à Riyad car tout le monde là-bas est malade, les têtes risquant de changer bientôt). Côté 14 Mars, aucune solution en vue. Après de multiples concessions, Hariri fils n'a plus beaucoup de lest à lâcher.

 

Guerre civile or not?

Les plus pessimistes voient déjà le pays sombrer dans un conflit civil, chiites contre sunnites, avec les chrétiens bien divisés au milieu. Peu probable dans un premier temps car, même si les rumeurs de réarmement et de réorganisation des Forces libanaises se font entendre, aucune force n'est à même d'entrer en confrontation directe avec le Hezbollah. Et ce dernier fera tout pour l'éviter: selon certains analystes, il a peur pour son image, se voyant encore reprocher dans les talk-shows télévisés d'aujourd'hui d'avoir retourné ses armes vers l'intérieur en mai 2008. Et avant d'en arriver là, il a d'autres armes à sa disposition, politiques celles-là. Si d'aventure l'acte d'accusation pointait des doigts le Hezbollah ou certains de ses membres, ses ministres pourraient démissionner dans la seconde, paralysant le pays encore plus qu'il ne l'est déjà. Et cela aurait comme un air de déjà-vu. Le serpent qui se mord...
podcast

 

[SCOOP] Un nouvel espoir pour sortir de la crise!

Dernière option, inspirée par celle du patriarche Sfeir concernant les feux de forêt et la pluie qui se fait cruellement attendre: prier. Mais je laisse ça à d'autres. Si les prières de tout bord pouvaient sauver le Liban, cela fait bien longtemps que le pays aurait dû être tiré d'affaire. Vu l'histoire des 40 dernières années, j'ai comme des doutes sur la recette du chef cuisinier de Bkerké.

 

Et si vous n'avez toujours pas compris...

...voici un résumé réalisé par d'illustres inconnus, mais assez explicite de la situation libanaise. Si après ça vous ne comprenez toujours pas, y'a plus d'espoir...

Allons-nous vers une solution au conflit? Nous sommes maintenant, en droit, de l'espérer.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

vendredi, 13 juin 2008

Pizza delivery

Le Sky Bar a rouvert ses portes, les plages sont couvertes de chair fraîche prête à rôtir, les ouvriers virevoltent sur les innombrables chantiers comme sur la scène d’un opéra, les places pour le concert de Mika se sont arraché dès 10h du matin hier… Cette frénésie donne vraiment le tournis. Juste pour mémoire, il y a un mois jour pour jour, nous en étions au Day 7 d’un début de guerre civile. Et puis les miliciens, tout heureux d’exposer leurs biceps durant quelques jours, ont rangé leurs pétoires sous les matelas.
Depuis donc, le Liban a fêté un énième accord signé à l’étranger (celui de Doha, dernier d'une trop longue liste), et la politique libanaise a repris son train-train lénifiant. Un président a été élu, allelujah. Toutes les parties en présence ont juré leurs grands dieux qu’il fallait coûte que coûte protéger la saison touristique à venir. En attendant, ces mêmes parties se crêpent le chignon sur la formation du prochain gouvernement. Amen, bravo et cotillons.

1817307758.jpgSur le terrain, les choses ne sont pas si roses. Ça chauffe dans et autour des camps palestiniens, Chaker el-Abssi a fait une petite sortie téléguidée en début de semaine et l’ouest de Beyrouth – où les tensions sont encore perceptibles – reste sous surveillance. Et puis il y a nos amis salafistes au nord. Juste après la mini guerre du mois de mai, nous avions interviewé le cheikh Omar Bakri (ci-contre à gauche), dans le quartier d’Abou Samra en banlieue de Tripoli. Jovial comme d’habitude dès qu’il s’agit de parler à la presse étrangère, ce prédicateur extrêmiste nous avait dit (en bref car l’interview a duré trois plombes) qu’Al-Qaïda n’était pas encore vraiment active au Liban mais qu’il en faudrait très peu (après l’humiliation subie par les sunnites à Beyrouth) pour que cette situation ne change. D'autant que, selon lui, le Hezbollah ne fait vraiment pas peur à Al-Qaïda puisque leurs techniques de combat sont radicalement différentes. Pour reprendre sa formule toute faite, les salafistes (les vrais, les purs, pas ce que lui considère comme des amateurs en parlant du Fatah al-Islam) feront tout péter grâce à un concept magnifique: le pizza delivery. Un indice concernant la garniture de la pizza: les ceintures d'explosifs se digèrent très mal.

Mais il fait beau, les mini jupes sont de rigueur, l’atmosphère est à la fête, on attend 1,5 million de touristes… Les orages, pourtant, sont imprévisibles et ultra violents, et l’on préfère souvent s’abrutir devant des matchs de foot étrangers et décorer nos voitures de drapeaux italiens et allemands plutôt que d’ôter nos œillères (moi compris, sauf pour les drapeaux). La dernière fois que la nation entière était sous opium footballistique (avec comme shoot ultime la finale France-Italie du 9 juillet 2006), la redescente a été dure pour tout le monde. A Dahiyeh, les drapeaux étaient encore omniprésents quand des F-16 israéliens avaient tout fait sauter…

Souvenez-vous, ça donnait ça. Nettement moins glamour que le Sky Bar.

57962858.2.jpg

En 2006, personne n'avait vu arriver la menace et encore moins sa concrétisation. Cette année, personne n'est dupe et tout le monde sait que l'édifice est branlant. Difficile donc de savoir sur quel pied danser, mais la vie doit continuer. 

mercredi, 13 février 2008

[SCOOP] Moughnieh assassiné à Damas: c'est Malko qui a fait le coup!

SAS_beyrouth_malko_imad_moughnieh.jpgLa dépêche AFP vient d'arriver, la voilà telle quelle:

Liban-Hezbollah-assassinat LEAD
Le Hezbollah annonce l'assassinat d'un de ses dirigeants, accuse Israël
BEYROUTH, 13 fév 2008 (AFP) - Le Hezbollah chiite libanais a annoncé mercredi que l'un de ses dirigeants militaires, Imad Moughnieh, a été assassiné et a accusé Israël de ce meurtre.

Selon un responsable du Hezbollah, le dirigeant a été tué dans l'explosion d'une voiture piégée à Damas mardi, mais la télévision officielle du Hezbollah Al-Manar qui a annoncé l'assassinat n'a pas précisé le lieu de l'assassinat.

"Un grand jihadiste de la résistance islamique au Liban a rejoint les grands martyrs (...) Le leader Imad Moughniyeh est mort en martyr assassiné par les Israéliens sionistes", indique le communiqué d'Al-Manar.

"Il était la cible des sionistes depuis 20 ans", selon le communiqué.

Les autorités israéliennes ont refusé de faire le moindre commentaire officiel à l'assassinat d'un des chefs militaires du Hezbollah chiite libanais, Imad Moughnieh. "Nous ne faisons pas de commentaires", a déclaré à l'AFP Mark Regev, le porte-parole du Premier ministre Ehud Olmert.

Les télévisions et les radios en israël ont interrompu leurs programmes dès l'annonce de la mort de Moughnieh en le présentant comme le "terroriste le plus dangereux au Moyen-Orient depuis trente ans".

"Le compte est réglé : Imad Moughnieh a été liquidé à Damas", a titré le site internet Ynet du quotidien Yédiot Aharonot, le plus fort tirage d'Israël.

Imad Moughniyeh, dans la clandestinité depuis la fin des années 1980, est accusé par les médias occidentaux et les Etats-Unis d'avoir dirigé la plupart des enlèvements d'otages occidentaux durant la guerre civile au Liban dans les années 1980.

Il est notamment soupçonné d'avoir été l'auteur de l'enlèvement de William Buckley, chef de l'antenne de la CIA à Beyrouth, en 1984.

Imad Moughnieh est inscrit sur la liste "des terroristes les plus dangereux" recherchés par les Etats-Unis pour le détournement d'un avion de la TWA en 1983.

Son frère Fouad Moughnieh a été assassiné en 1994 dans l'explosion d'une voiture piégée dans la banlieue sud de Beyrouth, un attentat attribué à l'époque aux services spéciaux israéliens, qui faisaient la guerre aux radicaux chiites proches du Hezbollah alors qu'Israël occupait le Liban sud.

Imad Moughnieh est recherché par Interpol pour sa participation présumée à un attentat contre l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA) qui avait fait 85 morts et près de 300 blessés en juillet 1994 à Buenos Aires.

A Damas, la télévision d'Etat syrienne a indiqué, citant une source au ministère de l'Intérieur, qu'une voiture avait explosé mardi soir dans le quartier résidentiel de Kafar Soussé dans la capitale syrienne, faisant un mort.

Elle n'a donné aucune autre précision notamment sur la nature de l'explosion ou l'identité de la victime.

Les autres médias officiels syriens n'ont pas fait état de l'explosion.

Selon des témoins, l'arrière de la voiture, une Mitsubishi Pajero grise métallique, a été entièrement soufflée par l'explosion qui s'est produite vers 23HOO locales (09H00 GMT) dans ce quartier résidentiel nouvellement construit. La voiture était stationnée dans un parking au milieu des immeubles.

 

Je n'aime pas me réjouir de la mort d'un homme, mais celle-là ne me fera pas pleurer. En tout cas, c'est Gérard de Villiers qui va pouvoir pondre un nouveau SAS sur le Liban, puisque son Altesse Malko Linge se battait déjà contre lui dans le précédent Rouge Liban. En tout cas, c'est facile d'accuser Israël, mais le monsieur traînait tellement de casseroles que n'importe qui a pu faire le coup, même le cousin de la tante de mon beau-frère...

vendredi, 25 janvier 2008

Des étincelles et 4 morts à Chevrolet

attentat_FSI.jpgComme une grosse tripotée des journaleux installés à Beyrouth, j'ai passé ma matinée sur le lieu du nouvel attentat. L'odeur qui régnait là-bas m'a fait penser à celle des étincelles quand on cisaille à chaud du métal. A Beyrouth, 10 jours après l'explosion visant la voiture de l'ambassade US, et 6 semaines après celle de Baabda contre le général el-Hajj, les scènes se suivent et se ressemblent. Voitures carbonisées, secouristes de la Croix-Rouge les larmes aux yeux à force de travailler sur ce genre d'événement, synonyme de pays qui part en lambeaux. En écartant les guéguerres politiciennes interlibanaises, il faudrait vraiment se pencher sur les responsabilités extérieures. Je n'arrive pas à croire que des Libanais puissent faire subir ça à leurs compatriotes. Sur ces quelques lignes, je m'en vais faire mon travail. Comme je le disais à la responsable de 20 Minutes il y a une vingtaine de minutes (justement), j'en ai marre d'écrire tout le temps la même chose sur les mêmes sujets. Marre, marre, marre.

[...]

Lu dans une dépêche d'agence: «Eïd (le capitaine des FSI visé par l'attentat) jouait un rôle dans tous les dossiers liés aux attentats terroristes", a souligné Achraf Rifi, chef de la police, s'adressant à la presse sur les lieux de l'explosion.»

Qui? Qui? Qui? Qui? Je ne veux pas croire qu'en 3 ans et demi d'attentats, il n'y a pas le début d'un soupçon d'indices ou de preuves concernant les commanditaires...

[...]

Perché sur un monticule de parpaings en train de scruter la scène, je sens quelqu'un à côté de moi. L'homme – étranger à première vue – me demande en anglais: «Combien y a-t-il de victimes?» On discute, il me dit être un journaliste hollandais, et lache un peu désabusé: «Ça commence à être lassant. Les attentats, ce n'est plus vendeur...» Triste réalité de notre métier.

mardi, 15 janvier 2008

16h27 : explosion à la Quarantaine

Voilà ce que donne le champignon d'une GROSSE explosion non identifiée du côté de Dora... Comme souvent, le réseau de cellulaire s'est immédiatement arrêté. J'ai pas envie de savoir qui c'est...

champignon_explosion.jpg

Pendant ce temps, y'a des ostrogoths qui bloquent la route de l'aéroport, comme hier... Hmmmmmmmm...

[...]

Un convoi de l'ambassade américaine visé a priori. J'espère que ce n'est pas Feltman. Sinon...

[...]

Les morts du jour étaient dans une voiture dépassant le convoi US visé par l'explosion. C'est vraiment être là au mauvais moment au mauvais endroit.

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mercredi, 12 décembre 2007

« Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m... »

Témoignage d'Aurore, une habitante de Baabda, dont l'appartement se situe à 50m de l'explosion:

«La détonation a été si violente que j’ai cru que la voiture piégée était au pied de notre immeuble. Dans notre appartement, toutes les vitres ont volé en éclats, le portail de la cour a été propulsé dans notre salon, mais personne n’a été blessé. J’ai pris ma fille de 11 mois dans les bras, et nous sommes descendus dans la rue avec mon mari pour voir ce qui se passait. Un car scolaire de Louise Wegman était là, à moins de 100m de l’explosion. Tous les enfants en sont descendus, jaunes de peur de sachant pas ce qui se passait. Nous avons appelé leurs parents pour qu’ils viennent les chercher. Moi-même, j’étais en état de choc. Ma première réaction était de me dire “Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m...”. Une fois calmée, je me suis fait une raison: c’est ça le Liban.»

Les 12 décembre sont meurtriers

attentat_jean_hajj.jpgEn langage diplomatique, cela s’appelle un message. A 7h du matin, une bombe explose près du palais présidentiel, à quelques encablures du ministère de la Défense. Quelques minutes après l’attentat, la rumeur commence à circuler: un militaire de haut rang ferait partie des victimes. Tout le monde pense à Sleimane… Vers 7h45, la cible est définie: c'est le futur successeur de Michel Sleimane à la tête de l’armée si ce dernier accédait à la présidence (ce qui n’est plus du tout joué d’avance en ce moment). Le général el-Hajj avait été en charge des opérations lors de la crise de Nahr el-Bared cet été. Le message s'adresse donc clairement à Sleimane, et à l'institution militaire dans son ensemble.

Ce matin, un commerçant de mon quartier me dit: «Avec ce qu’a dit Chareh hier [les alliés de la Syrie au Liban n’ont jamais été aussi puissants] et l’attentat de ce matin, faut pas chercher bien loin le rapport…» Faut-il se laisser aller à cette facilité intellectuelle en ce moment? En tout cas, les déflagrations reprennent cette veille de fêtes de fin d'année: hier soir, une grenade a explosé entre Chiyah et Aïn el-Remmaneh, sans faire de victime.

Aujourd’hui mercredi 12 décembre, une partie de la population libanaise (en tout cas les gens de notre quartier) allait célébrer le deuxième anniversaire de la mort de Gébran Tueini, assassiné par très loin de l'attentat de ce matin, en 2005. Certains écrivent des bouquins titrés «Les mois d’avril sont meurtriers», on peut rajouter «les 12 décembre».

mercredi, 03 octobre 2007

Marche blanche : « touchant mais futile »

medium_marche_blanche.jpg

Je reviens de la marche blanche, organisée par les proches de Charles Chikhani, une victime collatérale (comme on dit) de l’attentat qui a visé le député Kataëb Antoine Ghanem, le 19 septembre dernier. Le bouche-à-oreille (et les spots publicitaires et autres Facebook) ont marché à merveille: il y avait du monde, beaucoup de monde, pour rendre hommage à un jeune homme de 28 ans. Un anonyme. «Ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous, qu’on s’appelle Charbel ou Mohammad, m’a dit une consœur de L’Orient croisée dans le cortège silencieux. Tout ce que l’on veut, c’est vivre en paix.»

Cette manifestation pacifique se voulait tout ce qu’il y a de plus apolitique, même si des associations affiliées au 14 Mars et quelques membres de la smala Gemayel ont fait le déplacement, ce qui n’a pas plu à tout le monde. Mais bon. Dans la foule, l’émotion était partout. Et la nouvelle cet après-midi du décès d’une 6e victime de l’attentat n’a rien fait pour arranger les choses. «En plus, elle était enceinte», comme me l’a dit une femme assise sur un trottoir.

Pour tous, l’essentiel était d’être là, physiquement ou par la pensée. Dans les rues d’Achrafieh en tout cas, les bougies sur les balcons n’étaient pas rares. Mais comme me l’a dit un ami croisé ce soir, «cette marche blanche est aussi touchante que futile, car elle ne changera rien à la situation merdique du pays.» C’est cynique mais vrai. Elle aura peut-être apporté un peu de réconfort aux femmes en deuil de la famille Chikhani. Ces dames en noir contrastaient violemment dans cet océan de chemises et t-shirts blancs.

Voici deux petites vidéos prises ce soir... 



lundi, 01 octobre 2007

Marche blanche mercredi au Biel

medium_charles_chikhani.jpgLe bruit circule en ville, sur les ondes radio et sur le Web: mercredi 3 octobre, une marche blanche partira du Biel à 20h et se terminera place de l'Etoile, devant le siège du Parlement. C'est la famille de Charles Chikhani (ici en photo) qui a lancé l'idée. Charles est mort le 19 septembre dernier dans l'attentat qui a coûté la vie au député Antoine Ghanem à Horsh Tabet. Une sorte de symbole car ce jeune homme de 28 ans était rentré au pays il y a un an et demi après des études à l'étranger. Nous avons souvent tendance à parler de la fuite des cerveaux, mais il y a encore des jeunes qui croient en ce pays et qui reviennent au bercail malgré tout...

Donc, mercredi soir, rendez-vous au Biel, tout de blanc vêtus et armés de bougies. Si vous ne pouvez pas faire le détour, placez une bougie à vos fenêtres.

Nous, nous espérons qu'il y aura du monde simplement pour dire "khalas, ça suffit". Le peuple ne veut plus d'attentats, d'assassinats, de guerres larvées, de pseudo miliciens qui s'entraînent dans la montagne... Nous croyons fermement qu'il y a dans ce pays une majorité silencieuse qui n'en peut plus de tous ces mauvais délires. 

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