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mercredi, 06 mai 2015

C'est l'heure de partir sur Euphor

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Demain midi, je serai dans ma navette. Sur le départ. Vers de nouvelles aventures. La libanaise s'arrête là. J'ai fait le calcul: 18 années(-lumière), 3 mois et 22 jours. C'est déjà pas mal.

J'ai souvent pensé à ce dernier post. Depuis longtemps même. A la meilleure façon de refermer ces chroniques entamées il y a presque 9 ans à quatre mains, avec Nathalie, en pleine guerre de cet explosif mois de juillet 2006. Par une simple chanson. Par une simple photo. Par un unique mot...

Par un petit discours de ce genre...

"I have things to do. I've put this off far too long. I regret to announce this is the end, I'm going now. I bid you all a very fond farewell. Goodbye."

 

Aujourd'hui, je regarde autour de moi. Mon appartement est vide, ma tête pleine de souvenirs. J'ai eu le temps de m'en fabriquer des brouettes entières. Les virées au Sud-Liban, les déjeuners improvisés au bord d'une rivière dans le Hermel avant la construction de ces restaurants aux sonos assourdissantes, ces balades doucement interminables sur les routes en lacets de Yammouné ou du Akkar, les cheveux au vent (quand j'en avais encore) dans une Vitara toujours partante, les pique-niques sur les crêtes de Sannine... Tant de choses que les trop nombreux aspirants tyrans de ce pays tentent de nous interdire, une à une. C'est comme ça, et je sais que je n'ai aucune prise sur la suite des évènements. J'ai depuis longtemps l'impression que ces maigres 10452km2 ne cessent de rétrécir au lavage. On essore et blanchit trop de choses sur cette terre, même les kilomètres carrés.

Il y a une dizaine jours, je suis passé à l'improviste à la soirée d'un copain. Il y avait là une trentaine de personnes et je ne connaissais aucun visage. Ça m'a fait du bien de voir du sang neuf, de ne croiser aucune connaissance dans cette ville où tout le monde se connaît, de voir ces gens fraîchement débarqués à Beyrouth pour certains, parfois animés par cette même envie qui m'habitait en 1997. Chacun son tour. Et peut-être que l'un d'entre eux prendra l'avion en 2033 en se disant lui aussi qu'il est temps de prendre la tangente, que l'histoire est terminée. Faut savoir ne pas faire l'année de trop, comme ces vieux sportifs qui hésitent à raccrocher les crampons.

J'ai vu trop de gens que j'aime partir avec un dégoût viscéral pour ce qu'est devenu notre tout petit Liban (certes métastasé jusqu'au trognon), pour ne pas faire comme eux. Je vois trop de gens faire semblant de croire encore au mythe du pays de lait et de miel et rester, pour ne pas faire comme eux. Je veux simplement garder de la tendresse pour ce pays. C'est même essentiel. Comme me le disait un ami cher qui part cette année (lui aussi donc, faut bien avouer qu'il y a un phénomène de débandade généralisée depuis deux ans), c'est un peu comme avec une ex: quelque part, c'est dommage de couper les ponts complètement quand on s'est aimé, c'est bien aussi de rester copains et de se revoir de temps en temps.

J'ai déjà tout dit, tout écrit, tout ce que je pouvais raconter sur ce pays et sur ces gens, ici ou ailleurs. Je ne vais pas me répéter. J'ai simplement eu la chance de vivre à Beyrouth une partie de ma vie, toute ma vie d'adulte en fait, par choix, d'y devenir homme, d'y aimer des gens, d'y avoir noué de belles amitiés, d'y avoir vu naître et grandir mes deux (jolies) filles, d'y avoir expérimenté l'élasticité du temps, d'y avoir écrit des livres, d'y avoir pris des milliers de photographies (à mes risques et périls, hmm...), d'y avoir apprivoisé tant bien que mal la lumière et les histoires. C'est tout ce que je veux garder.

Je n'ai pas tellement envie de dresser ici un bilan exhaustif, mais je sais aussi que j'ai appris beaucoup de choses durant ces longues années libanaises, bien loin de toutes considérations géopolitiques journalo-bellico-régionales: que l'odeur du maquis libanais est exactement la même que celle du maquis de la Corse de mon enfance, que frites + hommos = tuerie, que la religion est la plus incommensurable connerie inventée par l'homme, que l'armée est la deuxième plus incommensurable connerie inventée par l'homme, que la compassion n'est pas un puits sans fond, que le prix de mes erreurs m'a permis d'évaluer mes petites réussites, que l'herbe de la Bekaa est des plus savoureuses, que quémander un permis de séjour chaque année apprend ce que veut dire "être étranger", que le Liban aurait vraiment dû être une île, qu'il est possible de s'apprendre soi-même dans un pays comme celui-ci car vous y êtes sans filet, que c'est un leurre de se croire quelqu'un ici plutôt que d'être anonyme autre part, que les Libanais peuvent d'une minute à l'autre vous émerveiller et vous donner des envies de meurtre (et vice-versa), que l'on peut s'y inventer et se réinventer en permanence du moment que l'on sache dire "merde" aux conventions sociales (et ceci est loin d'être un détail), que la Nature a horreur du vide et que la médiocrité a bien saisi le concept, que le bordel ambiant a tout de même un côté très jouissif, qu'il n'y a pas de honte à pleurer, à sécher ses larmes et à pleurer à nouveau en pensant aux belles choses du passé, que je n'ai pas connu sensation plus sensuelle que celle de mes mains sur la glaise de Samir, et surtout, surtout, que Goldorak ne s'appelle pas vraiment Goldorak.

Bonne chance à ceux qui restent, donc. Et merci à tou(te)s d'avoir transformé ces 18 années en aventure(s). Le Liban est à vous, essayez d'en prendre bien soin, et de sauver ce qui reste à sauver.
Moi, j'ai la tête et le cœur ailleurs.

Dans mes étoiles.

 

PS: maintenant, c'est par ici que ça se passe :-)

 

vendredi, 01 novembre 2013

Malko forever

Midi. J'allume la télé pour voir les nouvelles. Gérard de Villiers est mort. Hier, j'étais en train d'installer le stand de Beirut Prints au Salon du livre francophone de Beyrouth qui s'ouvre ce soir. L'une des affiches m'a fait sourire, je me suis demandé si beaucoup de gens percuteraient...

Nous nous étions servis ici, il y a longtemps, du savoir-faire de l'auteur. Un maître!

Bon (dernier) voyage monsieur de Villiers. Et pour les autres, rendez-vous pendant 10 jours au BIEL, stand B10 :-)
 

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samedi, 25 mai 2013

Si vous êtes du côté de Sanary...

C'est le genre de chose qui fait plaisir, qui nous sort de la grisaille où des gars discutent à coups de RPG à Tripoli, où le Premier ministre désigné n'est toujours pas fichu de former son gouvernement, où un ministre que je ne nommerai pas nous promet la 4G alors que la 3G ne fonctionne déjà pas, où... où... où...

Alors oui, je suis franchement heureux de voir mes pote(sse)s Ghadi, Mazen, Tanya, Caroline et d'autres représenter le Liban au festival PhotoMed qui a lieu actuellement à Sanary-sur-Mer. Merci à vous.

Plus d'info ici.

lundi, 05 mars 2012

Feu rouge

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lundi, 27 février 2012

Beyrouth sur écoute (à Bruxelles et Paris)

Et voilà. Trois ans sont passés depuis Jours tranquilles à Beyrouth et notre petite virée en Europe pour la promo du livre. Mille choses se sont passées depuis, et je repars seul vers Bruxelles et Paris pour présenter un livre qui me tient tout autant à cœur: Beyrouth sur écoute. Voici en avant-première le programme complet des festivités...

Samedi 3 mars à 15h
Dimanche 4 mars à 14h

> Séances de dédicace à la Foire du livre de Bruxelles, Stand CEC (303), avec expo de 8 photos extraites du livre

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Vendredi 16 mars à 19h
> Séance de dédicace au Salon du livre de Paris, Stand PACA, allée T, Espace 27

Samedi 17 mars à 15h30
> Séance de dédicace à la librairie de l'Institut du monde arabe à Paris, en compagnie de Mazen Kerbaj qui sera lui aussi à Paris, pour son livre Cette histoire se passe

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Le reste du monde attendra.

samedi, 04 décembre 2010

La crise autour du Tribunal spécial pour le Liban (pour les nuls)

Tic tac, tic tac, tic tac... Non, ce n'est pas le son menaçant d'une future décharge explosive quelque part, sur un boulevard quelconque, attendant le passage d'un convoi. Mais plutôt celui de la bombe à retardement que tout le monde attend: l'acte d'accusation dans le cadre du Tribunal spécial pour le Liban, chargé de faire la lumière sur la série d'attentats entamée en octobre 2004. Et surtout celui ayant visé Rafic Hariri, ex-Premier ministre, un matin de février. De février... 2005! Soit il y a presque 6 ans. Quand même.

 

Que s'est-il passé en 6 ans d'enquête?

Commençons par le jour de l'attentat de la Saint-Valentin et ceux qui suivirent. N'importe quel Pinot-simple-flic vous le dira: la principale chose à faire en cas d'attentat est de garder inviolée la scène du crime. Résultat: deux heures après, on se serait cru à Disneyland un jour férié! Les forces de l'ordre de l'époque ont clairement piétiné tout ce qui aurait pu servir l'enquête, les premières heures étant toujours cruciales pour la collecte d'indices. Des voitures ont été vite emportées à l'abri des curieux... Bref, l'enquête partait mal (sciemment?). La première équipe d'enquêteurs internationaux, menée par Peter Fitzgerald, n'est arrivée à Beyrouth que onze jours plus tard...

Ensuite, une trentaine d'attentats a laissé sur le carreau une dizaine de figures politiques ou médiatiques, et de nombreux citoyens ayant eu la malchance d'être là au mauvais moment, au mauvais endroit. Pour rappel, voici la dernière carte postée sur le blog, en janvier 2008, le jour de l'assassinat de Wissam Eid. Souvenez-vous...

attentats20080125.jpg

Presque 30 attentats, vous en conviendrez, ça secoue un pays.

Pendant ce temps-là, l'Onu a diligenté une pelleté d'enquêteurs, dont les patrons successifs n'ont pas été exempts de reproches. Cela a commencé avec l'Allemand Detlev Mehlis, dont les rapports préliminaires pointaient du doigt la Syrie que tout le monde accusait alors. Puis Mehlis a jeté l'éponge au profit du Belge Serge Brammertz qui n'a pas laissé un souvenir impérissable. Est alors entré en scène le Canadien Daniel Bellemare, actuellement en charge du dossier et qui a déclaré récemment: l'acte d'accusation sera publié quand il sera prêt, pas un jour avant, pas un jour après. Super intéressant.

Les Syriens poussés dehors au printemps 2005 sont finalement revenus au Liban par la fenêtre de derrière. Via leurs alliés locaux et parce que la politique du dos rond est une spécialité damascène depuis les années 70. Washington et Paris ont remis Damas dans le jeu, les impératifs de la diplomatie régionale répondant aux voix impénétrables de je-ne-sais-quel Seigneur.

Après le déluge de fuites sous l'ère Mehlis, l'équipe d'enquêteurs s'est mise un bâillon. Jusqu'aux fameuses révélations du journal allemand Der Spiegel, pointant du doigt le Hezbollah. Considérée comme une farce au début, cette hypothèse a pris forme depuis, jusqu'au récent documentaire de la chaîne canadienne CBC. Pour ceux qui l'auraient raté, c'est juste en dessous.

Dernière rumeur en date lancée par le journal russe Odnako – car tout ceci n'est que rumeur tant qu'aucune preuve irréfutable n'est apportée – et relayée par ce bon Réseau Voltaire, pointant du doigt un missile de fabrication allemande dont se seraient servi les méchants assassins. Aucune preuve encore, beaucoup de suppositions, d'affirmations péremptoires (quoi que pour une fois, Baudis n'a pas été accusé d'être le représentant du Groupe Carlyle en France, y'a du progrès).

 

Revenons un peu en arrière. En 2005, à qui profitait le crime, «à première vue»?

assadharirisuicide.jpgLe bon sens écartait a priori les pistes menant aux services français et américains. Difficile de se dire que les rédacteurs de la résolution 1559 se soient tirés une balle dans le pied en effaçant Hariri. Deux pistes s'imposaient donc, toutes deux extérieures: une menant à Damas, l'autre à Tel Aviv.

Depuis des mois, Hariri était en plein bras de fer avec Assad à cause de la prorogation du mandat présidentiel d'Emile Lahoud. Le vote de la 1559 a rajouté une couche au divorce entre l'homme fort du pays et le régime de tutelle de l'autre côté de l'Anti-Liban. Sur le moment, la culpabilité de la Syrie semblait (trop?) évidente. Si Damas était bel et bien le commanditaire, se pouvait-il que le pouvoir syrien ait si mal calculé son coup au point de perdre sa vache à lait financière? Et comment les Syriens – qui avaient des yeux partout – n'auraient-ils pas été au courant que quelque chose d'aussi énorme se tramait dans les rues de la capitale libanaise?
Ensuite, cela a été la saison des «suicides», avec celui de Ghazi Kanaan par exemple, ex-homme fort des SR syriens au Liban. Sans compter sur la disparition d'Imad Moughnieh en plein Damas: facile d'accuser le Mossad, facile aussi d'accuser les Syriens d'éliminer l'éventuel exécutant d'assassinat(s) politique(s) au Liban. En gros, personne ne sait ce qui se passe dans cette région du monde, pas même Wikileaks.

Evidemment, le voisin israélien a été pointé du doigt pour les crimes perpétrés au Liban en 2005 et 2006, même si cette accusation n'a pas eu beaucoup d'écho sur le moment. Israël ne s'est jamais gêné pour organiser des éliminations physiques. Alors pourquoi pas? Mais pourquoi vouloir déstabiliser à ce point un front nord plutôt calme depuis le retrait de 2000?

Et puis outre les profiteurs potentiels que l'on cherche forcément parmi les acteurs régionaux de la partie d'échecs qui se joue ici depuis 60 ans, il y a aussi un autre prisme à prendre en compte: la fortune de Rafic mort est bien moins gênante (et puissante) que celle de Rafic vivant. Avec une tire-lire personnelle évaluée à un peu plus de 16 milliards de dollars avant sa disparition, Hariri père était un vrai poids lourd. Disloquée en six parts (sa veuve et ses cinq enfants), cette fortune (utile en période électorale) pèse beaucoup moins dans le subtil jeu d'équilibre qu'est notre saine et belle vie politique. Du coup, l'héritier politique, Saad, a du mal à boucler les fins de mois. Si, si, c'est possible, même pour lui. Alors, qui aurait pu avoir intérêt à affaiblir financièrement (et donc politiquement) le clan Hariri? Hum?

 

Depuis 2005, que s'est-il passé sur la scène locale?

Juste après l'explosion du 14 février 2005, nous avons eu droit à la fausse revendication d'Ahmed Abou Adass (tiens, en parlant de faux témoins, faudrait commencer par celui-là... mais il aurait disparu en Syrie, flûte), l'avion australien... Un bel écran de fumée dont plus personne ne parle (et qui s'en souvient vraiment?). Quatre généraux libanais fidèles au tuteur syrien ont été arrêtés (puis relâchés sans être innocentés l'an dernier faute de preuves). Geagea est sorti de prison après 11 ans passés derrière les barreaux, Aoun est revenu au pays après 15 ans d'exil. Lahoud est resté en place, payé par le contribuable pour ne surtout pas signer le moindre papier que le gouvernement lui présenterait. Le pays a subi une guerre dévastatrice en 2006, un sit-in durant 18 mois, une paralysie politique insensée, le siège du camp de Nahr el-Bared au Nord, un mini putsch en mai 2008, le réarmement des milices, des élections inutiles dont les vainqueurs réels sont les perdants des urnes (vive les leçons de démocratie!)... Et puis un Taef bis à Doha (entérinant cette terrible politique du ni vaincu/ni vainqueur), un gouvernement d'union nationale bancal, la mise à jour de réseaux d'espionnage israéliens (surtout dans le secteur des télécoms), le retour en scène très théâtral de Jamil Sayyed... En fait, la liste est longue et il serait bien vain de vouloir être exhaustif.

 

Aujourd'hui, qui accuse qui?

Ce qui reste du 14 Mars s'accroche au TSL, disant que la justice internationale doit prévaloir. Ce camp politique (en ruine depuis le désistement de la girouette choufiote et le choc provoqué par le baise-main du fiston à Damas) espère encore que les pays occidentaux et l'Arabie saoudite ne le laisseront pas tomber. Officiellement, le 14 Mars attend l'acte d'accusation pour se prononcer, ne voulant accuser personne ouvertement.

De l'autre côté de l'échiquier, la donne est plus simple. Le Hezbollah menace quiconque souhaitant le mettre au banc des accusés de trancher des mains. Quand Nasrallah prend la parole, tout le monde écoute. Selon lui et ses preuves (tout ce qu'il y a de plus discutables), ce sont forcément les Israéliens, le TSL étant un instrument américano-sioniste pour parvenir à annihiler le parti de Dieu (ce que la guerre de 2006 n'a clairement pas fait). Surprenant, non? Les aounistes – qui accusaient avec véhémence Damas en 2005 – sont à fond derrière, tout comme différents chefs de clan comme Frangieh, Karamé... L'opposition toute entière s'appuie sur différents vices de forme: l'affaire des faux témoins a fait la une des journaux récemment, mais aussi la naissance même du TSL. A l'époque, le gouvernement était passé en force alors que le Parlement aurait dû ratifier le texte. Problème: le Parlement était fermé, son président ayant perdu les clés pendant de très longs mois. Le serpent se mord la queue [note pour plus tard: il faudrait changer le cèdre du drapeau libanais en serpent se mordant la queue].

En dehors du Liban, les choses sont assez claires également – et peu surprenantes: les Iraniens (et son proxy) accusent les Israéliens, les Américains (et leurs proxies) pointent du doigt les Syriens et les Iraniens... La diplomatie française, elle, tente de revenir dans le jeu, les pontes du 8 et du 14 Mars défilant à Paris ces dernières semaines. La France se veut impartiale... tout en avouant en coulisses avoir de fortes présomptions sur l'identité de l'exécutant et du (ou des) commanditaire(s). Mais entre cette vérité et le chaos promis, elle peine à choisir.

 

Quelles solutions?

Le 8 Mars souhaite que l'Etat libanais se désolidarise du TSL. Impossible, même si le Parlement décide d'arrêter de le financer (le texte prévoit que le Liban prenne en charge 49% du budget du TSL). Le personnel politique joue la montre, poussant un 'ouf' de soulagement à chaque annonce du report de la publication de l'acte d'accusation. Syriens et Saoudiens sont chargés de trouver une issue à la crise. Damas et Riyad s'activent pour trouver une solution éliminant les failles dans la procédure d'une enquête décrédibilisée. Mais le temps presse... Et le parapluie syro-saoudien pourrait n'être que temporaire (en fonction de la ligne politique que suivra le "nouveau régime" à Riyad car tout le monde là-bas est malade, les têtes risquant de changer bientôt). Côté 14 Mars, aucune solution en vue. Après de multiples concessions, Hariri fils n'a plus beaucoup de lest à lâcher.

 

Guerre civile or not?

Les plus pessimistes voient déjà le pays sombrer dans un conflit civil, chiites contre sunnites, avec les chrétiens bien divisés au milieu. Peu probable dans un premier temps car, même si les rumeurs de réarmement et de réorganisation des Forces libanaises se font entendre, aucune force n'est à même d'entrer en confrontation directe avec le Hezbollah. Et ce dernier fera tout pour l'éviter: selon certains analystes, il a peur pour son image, se voyant encore reprocher dans les talk-shows télévisés d'aujourd'hui d'avoir retourné ses armes vers l'intérieur en mai 2008. Et avant d'en arriver là, il a d'autres armes à sa disposition, politiques celles-là. Si d'aventure l'acte d'accusation pointait des doigts le Hezbollah ou certains de ses membres, ses ministres pourraient démissionner dans la seconde, paralysant le pays encore plus qu'il ne l'est déjà. Et cela aurait comme un air de déjà-vu. Le serpent qui se mord...
podcast

 

[SCOOP] Un nouvel espoir pour sortir de la crise!

Dernière option, inspirée par celle du patriarche Sfeir concernant les feux de forêt et la pluie qui se fait cruellement attendre: prier. Mais je laisse ça à d'autres. Si les prières de tout bord pouvaient sauver le Liban, cela fait bien longtemps que le pays aurait dû être tiré d'affaire. Vu l'histoire des 40 dernières années, j'ai comme des doutes sur la recette du chef cuisinier de Bkerké.

 

Et si vous n'avez toujours pas compris...

...voici un résumé réalisé par d'illustres inconnus, mais assez explicite de la situation libanaise. Si après ça vous ne comprenez toujours pas, y'a plus d'espoir...

Allons-nous vers une solution au conflit? Nous sommes maintenant, en droit, de l'espérer.

mardi, 05 mai 2009

La bonne et le concierge

Note aux lecteurs et aux lectrices: ceci n'est pas une fable de La Fontaine libanaise. Quoique.

police academy liban.jpgUne après-midi ensoleillée de la semaine passée, 14h30. C’est la consternation dans le quartier: l’appartement de notre voisine du sixième a été cambriolé. En plein jour, entre 9 et 13h. Au nez et à la barbe de toute une population qui se connaît très bien, et des membres de l’héroïque équipe de campagne de Ramsès III, tous occupés à jeter les dés dans un coffret en marqueterie damascène.

Les lieux du crime: un appartement sans signe particulier, à part des bijoux de famille et une enveloppe où reposaient quelques dizaines de billets de 100 dollars. La porte a été fracturée, mais pas trop, laissant supposer que le (ou les) voleur(s) disposai(en)t de la clé. Les policiers du quartier ont donc débarqué, garant leur Dodge Charger rutilante sur le trottoir d’en face. D’abord deux hommes en uniforme fraîchement imprimé de ce beau camouflage gris et noir, puis l’équipe technique, chargée de relever les empreintes digitales sur la porte d’entrée, les placards et les tiroirs fouillés par les visiteurs. Puis une deuxième équipe, et une troisième. Immédiatement, tous les voisins se mêlent de l’enquête, et donnent leur avis sur la culpabilité des uns et des autres. «C’est certainement la bonne ou le concierge», assure un sexagénaire, sûr dans son flair.

Evidemment, l’employée de maison philippine et le concierge syrien ont passé un long moment au poste. Ayant eu vent des commentaires des voisins, l’un des policiers glisse un peu agacé: «Ils se prennent tous pour des FBI!» Avant d’ajouter, lui aussi sûr de son flair: «C’est souvent la bonne qui se fait séduire par le concierge.» Le problème, c’est que les deux avaient un alibi en béton armé, ce qui réduit à néant la déduction facile conduisant systématiquement à ces coupables tout trouvés: les deux étrangers commis d’office aux tâches ingrates pour un salaire de misère.

Depuis, plus rien. Pas d’enquête de voisinage, quelques timides questions aux habitants de l’immeuble, forcément insoupçonnables (nous en autres). Notre voisine continue de pleurer ses dollars mis de côté pour un voyage au Canada qu’elle ne fera plus. Les alibis des usual suspects étant confirmés, l’affaire en restera certainement là.

Mais réjouissons-nous: parmi les projets de coopération entre la France et le Liban annoncés lors de la récente visite de Michèle Alliot-Marie à Beyrouth, quelque chose a piqué ma curiosité. Beyrouth et Paris viennent d’annoncer la création d’une académie de police, sur un terrain de plusieurs hectares à quelques encablures de l’aéroport. Aurons-nous bientôt de vrais enquêteurs à mettre dans les Dodge offertes par l’Oncle Sam? Mystère mon cher Watson…

jeudi, 05 mars 2009

Jours tranquilles à Beyrouth (à Bruxelles et Paris)

jours tranquilles a beyrouth.jpgAlea jacta est, notre bouquin sort aujourd'hui sortira dans quelques jours en France (retard dû au distributeur) mais il est disponible dès à présent sur le web ici et , et le sera bien évidemment lors de nos différents rendez-vous, en Belgique puis en France. Il arrivera dans les librairies libanaises d'ici la fin du mois de mars.

Mais en attendant les petites réjouissances prévues au Liban, nous allons donc débuter la promo de «Jours tranquilles à Beyrouth» avec quelques signatures et débats. Alors voilà le programme...

Dimanche 8 mars – Bruxelles
> 17h00, Foire du livre : signature sur le stand «Les jardins de la découverte» au sein de l’espace consacré à «Beyrouth capitale mondiale du livre»
Tour et taxis. Tél. : + 32 (0) 2 290 44 31

Lundi 9 mars – Rennes
> 18h30, Espace Ouest-France : conférence, lecture et débat
38, rue du Pré botté. Tél. : 02 99 29 69 00

Mercredi 11 mars – Le Mans
> 16h00 : émission en direct sur RCF (101.2 FM)
> 17h00 : lecture et débat à la Librairie Doucet
66, avenue du Général de Gaulle. Tél. : 02 43 24 43 20

Jeudi 12 mars – Le Mans
> 19h45 : émission en direct «On fait le plein» sur LMTV
> 20h30 : lecture à la Salle Saint-Jean
3, rue de la Reine Bérengère (vieille ville)

Vendredi 13 mars – Paris
> 18h30, salon du livre : signature sur le stand D66/D76 de «Beyrouth capitale mondiale du livre»
Porte de Versailles, pavillon 1

Vous savez tout!

Pour une fois, nous allons rater les 8 et 14 mars à Beyrouth. Espérons que tout le monde reste bien tranquille ici...

lundi, 16 juin 2008

Rendez-vous

1154498840.jpgCool, cool, cool, les revoilà! Les comédiens de Axis of Evil reviennent au Liban, les 9 et 10 août prochain au Forum de Beyrouth (avec trois nouveaux mais sans le Palestinien Aron, pour ceux qui s'en souviennent. Ils sont brouillés depuis). Quelques chanceux les avaient découverts en décembre dernier sur la scène du Casino du Liban. Pour reprendre l'expression d'un copain, Axis of Evil est «un spectacle de salubrité publique pour le Liban et le monde arabe». A ne pas rater donc... Rien que pour cette fameuse réplique, concernant les Libanais qui se moquent des guerres et du chaos politique: «We party! We party!»

[…]

155311245.jpgCôté festival, on ne va pas faire la liste complète ici même. Mais on peut quand même mettre en valeur quelques coups de cœur. Si Baabeck n'a pas encore dévoilé sa programmation complète (mis à part le concert de Mika en partenariat avec Beiteddine et 2you2see, la boîte de prod de notre copine Hala), c'est bien dans la jolie cité du Chouf que quelques petits bijoux se préparent. Je pense surtout à l'immense saxophoniste américain Branford Marsalis pour les amateurs de jazz le 15 juillet (petit plaisir personnel pour moi). Il y aura aussi de la musique brésilienne (le 19 juillet avec Gilberto Gil), du tango (du 23 au 25 juillet) ou encore l'inoxydable Kazem es-Saher (le 1er août). Allez jeter un coup d'œil sur le programme, vous trouverez certainement votre bonheur.

[…]

1513714251.jpgVous l’aurez peut-être compris, ici, on a quelques petites fixettes. Alors comme tout le monde n’a pas pu venir vendredi soir à Ajram Beach voir la première vraie prestation scénique de Lumi à Beyrouth, deux autres salves de beats et de guitares sont prévues. La première est organisée à Paris lundi 23 juin, au Klub (métro Châtelet, 14 rue Saint-Denis). Le duo formé par Marc «Max la bidouille» Codsi et Mayaline «Debbie Harry» el-Hage sera accompagné pour l’occasion de Jade (le DJ du Basement) et de Shoot Shoot dont nous parlions il y a peu ici même (c’est toujours la même petite bande). La seconde aura lieu à Londres, chez Madame Jojo à Soho, le 7 juillet prochain. Bref, ça vaut doublement le coup alors ne vous privez pas!
Sinon, toujours dans le même genre musical, notons la belle soirée prévue dans le cadre du Festival international de Byblos, la «Nuit blanche 2008» (samedi 12 juillet) avec pour commencer Lumi (c’est pas de ma faute, ils sont partout!), Sébastien Tellier, Mouse on Mars, différents DJ’s et petit déj’ servi sur le vieux port vers 4h30.

[…]

A part ça, Lebanese Mobbers organise un nouveau flashmob dimanche 22 juin. Un mail sera envoyé (par qui et à qui exactement, on ne sait pas) vendredi prochain contenant un lien vers un fichier mp3 à télécharger, en vue d’un rassemblement dimanche après-midi (les mobbers devront être équipés d’un lecteur mp3 le jour J). Le seul début de piste (de ce jeu de piste justement) que j’ai pu avoir, c’est qu’il ne s’agira pas d’un «silent rave» comme en mai (faudra-t-il crier tous en même temps?). La dernière fois, ça avait donné ça au City Mall...

samedi, 07 juin 2008

Garden party au Sarkozoo

1546597428.jpgIl est venu, il a vu, ils ont bu. Ça ressemble toujours à ça les réceptions à la Résidence des pins. Que ce soit pour le 14 juillet ou pour la venue du président de la République, les Français du Liban adorent ces rendez-vous (surtout pour le buffet). «Oh, comme je suis contente d’aller là-bas, et puis y a des petits fours», me disait hier une représentante de ce que l’on appelle les «Français du Liban».

Bref, nous avons eu droit à une garden party à Beyrouth, avec des milliers de petits fours et de coupes de champagne. Sarkozy est sorti sur le perron à 13h45 pour faire un petit speech (bourré de fautes de français, on a l’habitude maintenant, lui qui parle de sauver la francophonie!) sur l’amitié franco-libanaise, sur la culture, sur les assassinats, sur le rôle de la communauté française du Liban (il lui devait bien ça puisque elle avait voté à 89% pour lui)… sans oublier un petit mot à l’attention de l’ambassadeur (et surtout de sa femme qui se tenait droite comme un «i» à ses côtés et qui ne l'a pas laissé indifférent).

A la fin, il a remercié les membres de la délégation française (Hollande, Bayrou, Buffet…), en disant que ceux-ci représentaient la diversité française. En espérant surtout que cette diversité française se reflète dans le parterre des invités pour que, le moment venu (celui de la rencontre avec les vrais gens), aucun membre de cette délégation ne se retrouve tout seul.

1039242038.jpgSarko, sans talonnettes, est donc descendu dans la foule deux petites minutes montre en main. Hollande aussi, pour un flop relatif et prévisible. Bayrou a fait son petit effet, tout fier de poser en photo avec tous ceux qui le lui ont demandé (voir la photo ci-contre). Ce qui a fait grincer des dents les dizaines de militants de l’UMP-Liban (tout heureux d'avoir à leur boutonnière un pin's très moche) qui ne se sont pas fait prier pour se moquer du Palois. Mais bon, Bayrou avait l'air content, et tout particulièrement au moment où le pasteur des Casques bleus français est venu lui dire «Je suis l’un de vos plus fidèles soutiens, vous irez loin en politique!» Quid des autres? Copé a fait du PR comme d’hab, Raffarin avait l’air d’avoir trop mangé lors du repas à Baabda... Tout le monde s’est finalement jeté sur le buffet et pas la Buffet qui aurait bien aimé vu qu'elle s'est retrouvée toute seule ou presque.

Finalement, Sarkozy a choisi de changer un peu le programme, prenant de court le service de presse de l’ambassade. Rencontre illico avec les journalistes dans les salons de la Résidence des pins (elle est belle quand même la piaule de l'ambassadeur…). «Certains ont été étonnés de mon coup de fil à Bachar el-Assad, s'est lui-même étonné le président. Je ne vois pas pourquoi la France ne pourrait pas le faire, alors que même Israël a entamé des discussions avec Damas. Et puis à la fin du mois, je dois aller en Israël. J’y parlerai de Chebaa.» C’est con, mais le problème de Chebaa ne doit pas être résolu à Tel Aviv mais à Damas. Passons.

L’après-midi était belle, le troupeau de journalistes suivant le périple présidentiel attendrissant, fait de vieux briscards blasés et de jeunes filles aux dents longues… La réception de l’ambassadeur était parfaitement prout-prout, fidèle à elle-même. Comme quoi il y a des choses immuables au Liban. Il manquait juste les Ferrero Roche d'or.

mardi, 03 juin 2008

The lost world

1129325701.jpgLe Sarcosuchus Imperator est l’un des dinosaures les plus impressionnants qui soient: cet ancêtre du crocodile mesurait 12 mètres et pesait 9 tonnes. A l’époque du crétacé, c’était une véritable bête de guerre (la grosse bébête ci-dessus). Rien ne lui faisait peur et, adepte de la vie en eaux troubles, il croquait ses rivaux à la pelle.

Plusieurs millions d’années plus tôt, au jurassique, vivait le Stégosaure, un animal cuirassé, bardé de plaques hérissées sur le dos (sans autre utilité que de faire peur). Le genre de dinosaure sympa et consensuel qui ne mangeait que des feuilles. Lent et maladroit, il était très vulnérable face aux prédateurs du cru. Malgré sa grande taille (9m de long, 4 de hauteur et 2 tonnes) et en raison du volume de son cerveau (pas plus gros qu’une noix), il ne faisait de l’ombre à personne.

Cent dix millions d’années plus tard, ces deux espèces vont enfin se rencontrer. Ce face-à-face «historique» aura lieu samedi prochain, sur les rives orientales de la Méditerranée. Du côté de Baabda, pour être précis. Le Sarcosuchus UMPerator, paraît-il accompagné du Diplodocus Hollandosaure, du Galliminus Bayrouchus et de la Gastonia Buffetosaure, est donc attendu. A l’ombre d’un grand cèdre (c’est pour la carte postale car les cèdres se comptent sur les doigts de la main au Liban), le Sarcosuchus UMPerator – toutes griffes et tous crocs dehors à son état naturel – a promis de venir saluer le Stégosaure Sleimanus. Que vont-ils se dire (en langage de dinosaures, faut-il le préciser)? Personne ne le sait. Le Stégosaure Sleimanus ne compte pas faire de conférence de presse commune avec le Sarcosuchus UMPerator. En fait, notre Stégosaure traîne une réputation de dinosaure un peu timide et sans grand charisme. Car, bien qu’équipé de plaques colorées sur son dos, il ne fait peur à personne (rappelons que c’est un herbivore sympatoche).

Et puis dans sa contrée planent de trop nombreuses menaces pour qu’il ose agiter sa lourde queue garnie de piquants: il y a le Tyrannosaure Washingtonus, le Triceratops Damascus, le Spinosaure Persus, le Ptérosaure Israélus, le Pachycephalosaure Bédouinus et les très nombreux Velociraptors Palestinus qui ne demandent qu’à mettre leur grain de sel dans le royaume du Stégosaure Sleimanus. Du coup, la rencontre de samedi ne revêt que peu d’intérêt: le Sarcosuchus UMPerator vient marquer un territoire qui, depuis l’envoi en éclaireur du Kouchnerophysis l’an dernier, est devenu le terrain de chasse d’autres prédateurs. A l’ombre du grand cèdre, il ne se passera donc rien.
Le seul spectacle dont nous pourrons tirer une quelconque joie consistera certainement en une nuée de Microraptors Journalistus qui suivent par instinct de conservation toutes les migrations – et elles sont nombreuses – du Sarcosuchus UMPerator.

[...]

Devinette Comment s’appelle la femelle du Sarcosuchus UMPerator?

dimanche, 17 février 2008

Dieudonné de retour à Beyrouth

Ce matin-midi, j’ouvre mon mail et vois un message Facebook:

b7f0f4c6cd457d255a2203ba73e92da7.jpgMichel invited you to "Dieudonné fait son Best of à Beyrouth" on Sunday, March 2 at 9:00pm.

Event: Dieudonné fait son Best of à Beyrouth
"Représentation unique"
What: Performance
Host: Frédéric Chatillon
When: Sunday, March 2 at 9:00pm
Where: Musichall

To see more details and RSVP, follow the link.

 

Ouh la! Dieudonné à Beyrouth… Il était déjà venu fin août 2006 pour soutenir le Hezb, rencontrer Aoun… Vous vous en souvenez?
En voyant cette invitation, je me dis: «Oh, saperlipopette, c’est une bombe ça, qu’est-ce qu’il fait Michel, là?» Alors je l’appelle.

« – Allo, Michel? Salut, je viens de recevoir ton invitation pour Dieudonné. C’est quoi cette histoire?
– Il avait très envie de venir à Beyrouth, et je considère que ce qu’il fait est génial, et surtout que la manière dont il est traité en France est nulle. Je ne comprends pas la France et sa dérive délirante avec Sarkozy, avec la dernière trouvaille sur l’enseignement de la Shoah auprès des écoliers, cette autoflagellation, ça n’a aucun sens.
– Ouais, mais c’est de la provoc de le faire venir maintenant?
– Le fait de le faire venir à Beyrouth est aussi une manière de lutter contre la chasse aux sorcières qui vise ceux qui osent avoir un discours différent. Aujourd’hui, on a le droit de faire de l’humour sur tout, sauf sur les questions qu’il aborde. Même s’ils sont un peu extrémistes (Dieudonné, Soral et Meyssan), au moins, ça contrebalance le discours bien-pensant habituel.
– Et le spectacle, y’aura quoi dedans?
– Ce sera principalement un best of, mais avec une bonne part d’improvisation. Ça va sûrement délirer, car Dieudonné suit de près l’actualité libanaise.»

Mouais, j’aime beaucoup Michel, mais là, je ne crois pas que ce soit un «smart move» surtout en ce moment. C’est vrai que cela ne va concerner au Liban que les francophones, et qu’en fin de compte, ça ne pèsera pas bien lourd ici. L’adéquation «Dieudonné au Hezbollahland» (je parle du Liban, pas du Music Hall évidemment), risque de faire couler de l’encre en France, et encore. Mais nous sommes perplexes devant cette initiative: à la différence d’un spectacle comme celui d’Axis of Evil qui portait un regard à la fois sévère et tendre sur les problématiques régionales, celui de Dieudonné risque d’être – quelque soit son contenu – porteur de polémiques excessives, ne serait-ce que par la réputation du personnage connu pour ses débordements. Il ne s’agit évidemment pas de censurer qui que ce soit, mais on peut se demander si, sous couvert de divertissement, on ne va pas tomber dans une caricature peu constructive, surtout dans le contexte actuel.

Bref, on en reparlera quand on l’aura vu…

dimanche, 03 février 2008

Crise de banlieue

banlieues.jpgPaul Moreira, cela vous dit quelque chose? Il s’agit d’un grand reporter français qui a œuvré un bon moment sur Canal + en tant que rédacteur en chef de l’émission 90 minutes (excellente, paix à son âme), mais qui travaille désormais en indépendant, parcourant le vaste monde dans des conditions souvent difficiles, et c’est un euphémisme. Un journaliste, quoi, de ceux qui nous donnaient envie de choisir ce beau métier quand on était petit…

Bref, Moreira a des principes, qu’il défend vigoureusement: la tolérance de l’Autre, des autres, la lutte contre le racisme, contre les extrémismes, le rejet de l’information cadrée, etc. L’un de ses derniers billets, traite d’immigration, de métissage. Des questions qui, vous le savez tous, sont au cœur de problématiques sociales, ou plutôt socio-économiques, en France. Cela lui a valu une attaque en règle – souvent violente – d’individus autoproclamés «identitaires». Autrement dit, défendant leur conception de la nation française blanche, pure et compagnie.

Forcément, libano-centrée que je suis, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le Liban. Parallèle dans le sens où les mêmes causes ont les mêmes effets, dans une certaine mesure. Entendons-nous: je ne pense pas à l’immigration au Liban, mais à la rupture, et aux graves conséquences qu’elle engendre, entre les habitants d’un même pays, voire d’une même ville, sur des lignes de fracture géographiques.

Ces banlieues françaises, autrefois dortoirs pour des populations ouvrières immigrées, se sont trop souvent transformées en ghettos où les replis communautaires sont devenus une réponse à ce qui est perçu (à tort ou à raison, je ne vis plus en France depuis longtemps pour en juger) comme une exclusion socio-économique. Des ghettos où la religion fait un retour en force, où la violence, éventuellement armée, est un recours acceptable. Des lieux hors loi dans lesquels les forces de l’ordre et les autres Français n’osent parfois plus mettre les pieds. Certaines banlieues, pas toutes, évidemment, mais suffisamment pour que cela fasse peur et pour que les «identitaires» trouvent de plus en plus d’oreilles sympathiques.

Nous avons nous aussi, dans ce si petit Liban, une banlieue où les forces de l’ordre et les représentants officiels en général (je pense aux percepteurs de l’EDL, par exemple) n’osent pas trop mettre les pieds. Une banlieue perçue comme un ghetto par d’autres habitants de Beyrouth et dans laquelle une relative pauvreté (Dahiyé ne loge pas que des mendiants) côtoie le religieux. Toute une jeunesse y grandit, loin de l’autre Beyrouth, celui des boîtes de nuit, des enseignes occidentales et de l’ostentation permanente. Il était d’ailleurs étonnant, et révélateur, de constater à quel point, lorsque les tentes ont été érigées au centre-ville, les ados qui s’y balaient en scooter déglingué donnaient l’impression de prendre possession d’un lieu qui les narguait auparavant. A mon sens, il y avait un peu de vrai dans cela. Les limites de Solidere sont visibles à l’œil nu, il suffit de traverser une rue pour avoir l’impression que l’objectif a été de bâtir une vitrine sans considération pour le reste de la ville. Et a fortiori pour cette fameuse banlieue. Mais le problème va au-delà de Solidere.

Le Hezbollah a eu cette intelligence de pallier l’absence inexcusable de l’Etat qui, depuis des décennies, a négligé toute une communauté dans sa frange populaire et a ainsi nourri les ferments de la rancœur et de l’exclusion. Le religieux s'est ainsi greffé sur une problématique sociale, comme le prouve cette minorité chiite parfaitement intégrée, non politiquement mais bel et bien socialement au reste de Beyrouth.

La banlieue sud fait donc peur, évidemment pour le spectre de la puissance d'un Hezbollah qui cultive le mystère autour de ses véritables intentions; mais aussi parce qu'elle  symbolise l'inconnu, l'autre, le différent. Il suffit pour cela de constater combien les émeutes de dimanche dernier ont engendré de colère et d’inquiétudes. On ne peutu que penser au fameux "Quand la banlieue descendra sur la ville". Il suffit aussi d’écouter les débats autour de la libanité des uns et des autres. Certains accusent les partisans du Hezbollah d’être plus «persans» (comprendre iraniens) que libanais; d’autres considèrent qu’être Libanais, ce n’est pas être Arabe; d’autres encore revendiquent des racines phéniciennes. Du côté de l’opposition, on accuse parfois les partisans du 14 mars d’être «wahabites» (comprendre saoudiens) et on assure défendre le véritable Liban, celui de l’«achraf el-nas» cher à Nasrallah.
Chacun se dit plus Libanais que son voisin, tout en faisant passer des critères autres en priorité: la religion, bien sûr, mais aussi le quartier, le village, le clan, le parti. Le plus terrible, c'est que chacun se veut Libanais et ce devrait être le plus important, mais ce n’est pas le cas. Car la ligne de fracture demeure, entretenue de part et d’autre: certaines administrations tenues n’auront que des employés d’une même confession (je pense à Amal entre autres); inversement, certaines entreprises tenues par des chrétiens vireront une employée après avoir découvert qu’elle était chiite… En France, on appellerait cela de la discrimination.

Et la banlieue sud continue de fonctionner en circuit fermé ou presque, parce que l’Etat n’a pas su suffisamment tôt se préoccuper de ses habitants et que maintenant, il est trop tard, personne n’y a plus confiance en lui et le Hezbollah l'a prise en main. Là où, en France, certaines associations travaillent à briser les barrières, la société civile reste muette, à de rares exceptions près, et c’est l’incompréhension et l’antagonisme qui s’installent au Liban. Ou bien étaient-il déjà prégnants depuis longtemps, et s'expriment aujourd'hui ouvertement, comme les "identitaires" français, trouvant un terreau fertile dans une ambiance de pré-guerre (un argument récurrent chez eux, mais aussi chez nous).

Evidemment, la crise actuelle va au-delà de la question banlieue/ghetto, mais dimanche dernier a montré combien elle se cristallisait autour de Dahiyé et des zones délaissées par l’Etat au fil des ans. Le Liban ne se portera mieux que lorsque des partis quels qu’ils soient ne s’arrogeront plus le droit de tenir des quartiers entiers, que cet Etat prendra enfin soin de tous ses fils, sans distinction, et surtout que ses fils eux-mêmes se penseront Libanais avant tout. Mais cela est impossible tant que règnera cette peur et ce rejet de l'autre que l'on ne comprend pas, deux sentiments destructeurs que les politiciens entretiennent et accentuent plus que jamais.

Le salut viendra-t-il donc de la société civile, de trop rares associations comme le Mouvement social qui luttent pour aider les couples mixtes, pour l'éducation, pour le dialogue, et pour ainsi créer des ponts au-dessus de nos murs invisibles?

jeudi, 08 novembre 2007

Les belles étrangères : l’autre visage du Liban

belles_etrangeres.jpgOuf, un peu d’air pur! Tournons le dos un court instant à la politique, à la pollution atmosphérique et autres maladies libanaises sans antidote. Parlons bouquins, littérature, auteurs de notre beau pays.

Du 12 au 24 novembre prochain, douze écrivains libanais vont sillonner les routes de France (et de Belgique) à l’initiative du ministère de la Culture français, pour des rencontres et des lectures. Au programme donc: Elias Khoury, Alawiya Sobh, Rachid El-Daïf, Imane Humaydane-Younes, Hassan Daoud, Mohamed Abi Samra, Charif Majdalani, Yasmina Traboulsi, Abbas Beydoun, Tamirace Fakhoury, Joumana Haddad et Zeina Abirached. Cette manifestation aura en outre le bon goût de sortir de Paris. Ces événements auront lieu à Aix-en-Provence, Alès, Anglet, Arles, Asnières, Bègles, Bordeaux, Bruxelles, Carcassonne, Caunes Minervois, Corté, Dunkerque, Etretat, La Rochelle, Le Chesnay, Liège, Lille, Lomme, Lyon, Marennes, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, pantin, Paris, Pessac, Pulversheim, Saint-Nazaire, Strasbourg, Toulouse, Villeneuve Minervois et Villeneuve-sur-Lot.

Bref, pour nos lecteurs français de France, il n’y aura donc aucune excuse pour rater ces rendez-vous! Vous pouvez retrouver les biographies des auteurs invités et le programme complet de ces «douze jours de culture libanaise près de chez vous» sur le site des Belles étrangères.

Bon, la parenthèse d’air pur se referme, on retourne à nos maladies levantines! Demain, on va rendre visite aux députés embastillés à l'Hôtel Phoenicia...

mardi, 09 octobre 2007

Frères d’armes

Nous venons de recevoir un mail sympa de Franco-Libanais (ou Libano-français, au choix comme vous voulez) qui ont monté un groupe, G8. Ils ont repris une chanson de Dire Straits (ma préférée de ce groupe, ça tombe bien!), et ont détourné le clip d’origine. Le sujet de Brothers in arms est malheureusement lié à l’actualité du pays, de ce pays que tant de Libanais regardent de loin. Allez, appuyez sur Play…

mercredi, 12 septembre 2007

Soyez gourmands pour LibEnfant!

Nous reproduisons ici un mail reçu ce matin concernant la vente de pâtisseries libanaises à Paris afin de récolter des dons pour la scolarisation d'enfants au Liban.

medium_libenfants.jpg
Bonjour à tous,

Effectivement, la gourmandise n’est pas un vilain défaut à partir du moment où elle est utile… LibEnfant est une association créée par un Libanais orphelin qui a eu la chance d’avoir accès à l’éducation. Il souhaite maintenant renvoyer l’ascenseur en aidant lui aussi les enfants défavorisés du Liban. En achetant des pâtisseries, vous pourrez contribuer directement à la scolarisation des enfants du Liban.

Il existe deux types de boites de pâtisseries libanaises:
• 1 kg, 25 pièces environ, pour 15 €
• 600 g, 15 pièces environ, pour 10 €

Merci de confirmer vos commandes avant le dimanche 23 septembre 2007 en écrivant à cette adresse mail. Bien entendu, vous pouvez faire suivre cette nouvelle à tous vos amis!

Vous pourrez venir récupérer vos pâtisseries directement chez Pierre, au 12 avenue du Maine à Paris, le vendredi 28 septembre 2007. Si récupérer vos pâtisseries dans Paris ou à la date prévue pose un problème, merci de le contacter directement afin de trouver une solution!

Pour ce qui est du règlement, vous pouvez libeller vos chèques directement à l’ordre de l’association LibEnfant.

Si vous souhaitez de plus amples informations sur l’association LibEnfant, vous pouvez consulter son site internet.
Bon appétit et merci d’avance pour votre soutien! 

mardi, 10 juillet 2007

Sarkozy, le Hezbollah et la diplomatie du double-jeu

medium_sarkozyhezbollah.jpgSaperlipopette, j'ai égaré mon décodeur à bla-bla diplomatique. Avant-hier, nous avons eu droit à un discours pour le moins hallucinant de la part de l'ambassadeur de France au Liban, invité par le leader druze Walid Joumblatt à Moukhtara. En gros, Emié passait la brosse au gouvernement actuel, louant de fiéfés filous comme son hôte d'un jour.

A Beyrouth, depuis quelques jours, tout le monde parle de cette fameuse rencontre de la Celle Saint-Cloud où les partis libanais se réuniront (par seconds couteaux interposés) les 14 et 15 juillet prochain. Mais hier, notre cher président de la République française, alors qu'il venait de recevoir les familles des soldats israéliens capturés par le Hamas et le Hezbollah, a annoncé son refus de recevoir les représentants du Parti de Dieu qui feront le déplacement à Paris. Les pro-Hezb ont aussitôt crié au complot du lobby juif mené par le CRIF. Soit, c'est de bonne guerre... Le porte-parole de l'Elysée a même affirmé que Sarkozy avait ouvertement qualifié le Hezb de mouvement «terroriste» (alignant la politique française sur celle de Washington et tournant le dos à celle de l'Union européenne). «Le président a complété en disant que son objectif était que le Hezbollah renonce à l’action terroriste et redevienne un parti politique presque comme un autre», a ajouté le porte-parole (soit dit en passant, je ne vois pas comment le Hezb RE-deviendrait le parti classique qu'il n'a jamais été). Et de continuer: «On sait très bien qu’il n’y aura de retour au calme au Liban que si les partis libanais recommencent à dialoguer et tentent de bâtir ensemble un gouvernement d’union nationale.» Et boum dans les dents de l'ambassadeur Emié (un très proche de Chirac). Le porte-parole du nouveau locataire de l'Elysée a donc renvoyé dans les cordes le tenant de la diplomatie française au Liban, en légitimant l'une des principales revendications de l'opposition libanaise – le gouvernement d'union nationale –, et donc du Hezbollah. Ils ne se concertent pas ces gars-là? Ils n'ont pas les mêmes fiches? Ou bien le double-jeu est-il devenu l'unique B.A.-BA de la diplomatie?

dimanche, 01 juillet 2007

A ma place

Me voilà de retour après un très bref séjour en France, le premier en presque six ans. Et comme toujours, en retrouvant le sol libanais, j’ai ce profond sentiment de rentrer chez moi, en dépit des 25 années passées dans l’Hexagone où chaque voyage fait office de piqûre de rappel. Il y a tout de même de quoi se poser des questions sur mon état mental…

medium_arretbus.jpgLes choses ne changent guère au royaume des fromages qui puent: la caissière qui ne répond pas à votre bonjour sous prétexte «qu’elle l’a déjà dit une fois mais qu’on ne l’a pas entendue, alors elle, quand elle a déjà dit bonjour, elle ne répète pas». Le serveur qui refuse de vous asseoir à telle table parce que «comme il est tout seul, y peut pas être partout à la fois». La vendeuse qu’un client étranger, parlant mal la langue de Molière, exaspère parce qu’il ne connaît pas les galettes de sarrasin, «en voilà encore un de bien, tiens!»… Mais, évidemment, la France ne se limite pas aux Parisiens ronchons et aux tempêtes de pluie glaciale un 25 juin au soir, loin de là. Vivant dans le bordel libanais, j’étais en admiration devant la ponctualité des transports publics, les panneaux électroniques dans les bus indiquant le nombre de minutes jusqu’au prochain arrêt, la rapidité d’Internet et le nombre des services disponibles… Tranquillement assise dans mon bus, je cogitais aux affiches vantant les mérites des nombreuses publications ayant vu le jour depuis que j’avais quitté la France en 1995, Têtu (le magazine gay) m’ayant particulièrement scotchée. On perd l’habitude d’une telle liberté dans un pays conservateur (en apparence) comme le Liban. Du coup, assise dans mon bus comme je le disais, je m’émerveillais sur la facilité apparente, ou tout du moins logistique du quotidien français. En plus, il faisait beau. Et les larmes me sont montées aux yeux car brusquement, le Liban m’a manqué viscéralement. J’ai été reçue royalement en France, par ma famille (dont je n’avais pas vu certains membres depuis 15 ans) et par les rares amis que j’ai pu voir au cours de ces trois jours. Les gestes familiers me sont revenus très vite. Ou tout du moins certains. Car il y a aussi eu cette jeune fille qui avait attendu le bus à côté de moi, en sanglotant. Personne ne lui avait parlé pendant les cinq bonnes minutes où j’étais assise auprès d’elle. L’un avait le nez plongé dans son journal (20 Minutes, justement), l’autre était absorbé par son iPod. Moi en grande sentimentale que je suis, je lui avais simplement demandé si ça allait, et elle m’avait envoyé promener. Ha, la solitude des mégalopoles…

Mais comme j’ai dû l’expliquer au moins 25 fois en quelques heures à mes proches français et inquiets, je ne me vois pas troquer ce foutu pays pour le confort de l’Occident. Parce que j’y suis à ma place, tout simplement. Je ne me cacherai pas derrière mon petit doigt: il y a quelque chose de masochiste là-dedans. En France, nous aurions les allocations, le chômage et les congés payés (congé? Ça veut dire quoi, déjà?), sans compter l’école gratuite et une sécurité relative. Notre vie n’est pas facile au Liban, loin s’en faut. Les lendemains sont incertains, les pressions permanentes et tout y est compliqué. Une amie m’a dit un jour que je me comportais comme une femme battue, mariée à un ivrogne mais qui reste avec lui parce que «quand il arrêtera de boire, ce sera merveilleux». Et qui, en attendant, continue de recevoir des baffes. Le Liban a cet effet-là sur beaucoup de monde. Mais ici, nous voyons en une année ce que d’autres peuvent passer une vie entière sans connaître: l’événement, l’Histoire qui s’écrit sous nos yeux, toutes ces choses qui vous font prendre conscience de la valeur de chaque instant vécu, de la vie quoi.

Cela dit, j’ai bien conscience que je n’en dirais peut-être pas autant si j’avais perdu quelqu’un de cher ici, comme cela a été le cas de tant de Libanais. Comme ce copain que j’ai revu en France justement. Il était arrivé en France il y a plus de 15 ans avec ses frères et sœurs. Ils avaient débarqué de l’avion  sans rien, fuyant le massacre de leur village au cours duquel leurs parents avaient été assassinés sauvagement. Aujourd’hui, ce garçon est marié à une Française, il a un petit bébé et s’est battu pour se faire une situation. Il a réussi, clairement, mais la blessure est toujours là, qui lui fait rejeter tout ce qui pourrait d’une manière ou d’une autre lui faire regretter le Liban. Le simple fait de parler positivement de son pays natal le fait réagir avec une sorte de virulence épidermique, ce que je peux comprendre.J’en ai vu arriver en France, des jeunes Libanais fuyant l’horreur de la guerre. Je n’oublierai jamais Assaad, ce jeune tombeur de 23 ans qui faisait tourner les têtes à Kleiat, dans la montagne, et croquait la vie à pleines dents. Son père l’avait expédié à Paris pendant la guerre Geagea-Aoun en 1989, lorsque les murs de leur maison s’étaient effondrés autour de la famille recroquevillée dans un cagibi. Il s’était retrouvé dans un foyer lugubre à Cachan, à jouer les manutentionnaires dans un supermarché. Il s’en est sorti, lui aussi, mais au prix de quelle détresse… Si j’avais à vivre cela, peut-être regarderais-je le Liban différemment.

Aujourd’hui, les choses sont différentes, nous n’en sommes pas au même point qu’en 1989. Mais les jeunes s’en vont encore, s’enfuient toujours vers des horizons plus dégagés. Et avec eux, c’est un pays qui se vide de sa sève. Entendre Tarek, un jeune et talentueux musicien qui jongle entre trois boulots et l’université, préparer son départ vers Amsterdam à la rentrée parce qu’il ne se voit aucun avenir au Liban, me fend le cœur. Mais là encore, je le comprends…

Pourtant, je reste. Enfin, nous restons, devrais-je dire. Heureusement, David et moi sommes sur la même longueur d’onde à ce niveau. Nous savons que partir n’est pas une solution: quand ce pays fait partie de vous, vous l’emmenez tout simplement dans vos bagages avec le manque en prime. Nous sommes toujours là parce que nous le pouvons encore donc et parce qu’il faut bien qu’il y en ait qui restent. 

mercredi, 31 janvier 2007

Heuristiques libanaises

medium_Heuristiques.jpgJuste un petit post pour vous signaler la présence sur la Toile d'un blog libanais francophone, animé par un Libanais depuis Paris. Le bloggeur est amateur de bons mots, et n'a pas la langue dans sa poche. Alors si vous avez 2 minutes, clickez sur l'image, elle vous y emmènera illico...

jeudi, 02 novembre 2006

Le dernier métro

medium_ticket.jpgJ-2. Selon toute probabilité, je viens de clore le chapitre métro pour ce long séjour parisien, et c'est pas plus mal comme ça. Je m'en suis aperçu seulement deux stations avant mon terminus du soir, après un dîner en bonne compagnie. Et comme par magie, la dernière chanson à passer entre mes oreilles à ce moment là, était celle qui pour moi symbolisera ce Paris 2006 tout à fait imprévu. La voici...

podcast
 

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