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vendredi, 27 décembre 2013

Trêve des confiseurs: coupure momentanée des programmes

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Beyrouth, ce sont ces petits gestes quotidiens, comme saluer Saïd en bas de chez moi alors qu'il enfourne ses manouchés, pester contre les camions de livraison du supermarché voisin, enrager 30 minutes plus tard à cause des embouteillages à l'autre bout de la ville... Et, pour d'autres, balayer les éclats de verre sur les trottoirs. 

Je me souviens que Nathalie avait noté ce détail dans son post post-attentat contre l'ABC en 2007, avec la voisine qui avait elle aussi sorti illico son balai et sa petite pelle bleue pour "effacer" les traces les plus visibles de l'attentat qui venait d'avoir lieu, le jour du 4e anniversaire de l'une de nos gamines. Et puis ce matin, en tournant le dos à la scène de l'explosion qui a emporté Mohammad Chatah à Bab Idriss, j'ai vu ce gars au restaurant L'Avenue du Parc. Refaire ce même geste anodin. Balayer les éclats de verre.

Cela faisait "presque longtemps" que le 14 Mars n'avait pas été visé de la sorte (après avoir bien encaissé entre 2004 et 2008, remember la fameuse carte). Les derniers attentats – ceux de 2013 en tout cas – ont eu lieu dans la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Un Hezbollah qui, directement pointé du doigt ce midi, a dénoncé un acte de "haine". Le truc avec les démentis du Hezb, c'est qu'on ne sait jamais vraiment s'ils sont sincères (qui sait?) ou s'ils se foutent ouvertement de notre gueule.

2013 s'achève donc sur ça. Des voitures calcinées, des marres de sang et des façades éventrées. 2014 débutera par autre chose, histoire de boucler la boucle. Le 16 janvier s'ouvrira le procès au Tribunal spécial pour le Liban. Je me demande avec la plus grande candeur s'il n'y aurait pas de lien entre ces deux histoires...

vendredi, 11 novembre 2011

L’important, c’est de voter – ou non

liban,concours,new7wonders,grotte,jeita«Vote for Jeita so we can officially be cavemen.» Cette jolie phrase n’est pas de moi, je l’ai piquée au profil Facebook de Claude el-Khal ce matin. Dans un peu plus de deux heures, le Liban saura si la Grotte de Jeita fait partie – ou non – des 7 nouvelles merveilles de la nature. Cela fait des semaines que mon cellulaire reçoit des invitations à voter en ligne pour ce concours qui passionne – ou non – les foules. En tout cas, difficile de passer à travers cette hystérie virtuelle qui agite les réseaux sociaux et les huiles du pays, entre Facebook, le président, le Premier ministre, Nancy Ajram, MTC et différents sites web qui nous ont convaincu – ou non – du côté «cause nationale» d’un tel racolage. J’aimerais bien qu’il en soit de même pour l’instauration du mariage civil ou celle d'un vrai permis de conduire, la mise à la retraite forcée de Nabih Berri qui vient encore de rajouter une couche à la position libanaise quant à l’actualité syrienne, l’électricité 24h/24... Bref, les motifs de mobilisation ne se comptent pas vraiment sur les doigts de la main, alors placer en nº1  la Grotte de Jeita – promise à une lente destruction à cause de la pollution des eaux souterraines du bassin qui l’alimente – devait certainement être une priorité.

Ou non.

Mais bon, d’ici la fin de la journée, on pourra parler d’autre chose... Nous pourrons revenir sur la petite opération de censure sur les affiches de Tintin. Durant quelques heures, un nom a été rayé de l’affiche: Steven Spielberg. J’imagine bien la ou les raisons de nier l’existence de l’auteur de Schindler’s list. Que se passera-t-il si j’écris son nom plusieurs fois? Voyons voir: Spielberg, Spielberg, Spielberg, Spielberg, Spielberg... Hein? Rien? Je devrais peut-être aller en prison pour ça – ou non. Nous pourrons également blablater sur la lente et tardive arrivée de la 3G sur nos téléphones à l’heure où tout le monde parle de la 4G, sur l’avenir dont personne ne parle de la belle-fille libanaise de Kadhafi, sur le discours de Capitaine Caverne ce soir à la télévision durant lequel il nous parlera – ou non – de l’affaire de Tarchich, ou encore sur le Salon du livre francophone qui semble se réduire à peau de chagrin, année après année. Hein, quoi? Rien de positif? Si si, il y a le beau ciel bleu au-dessus de nos têtes tout de même, l’odeur du café le matin et le prix encore abordable du paquet de cigarettes pour les fumeurs.

Allez, il vous reste une poignée de minutes pour aller voter. Sinon...

mercredi, 15 juin 2011

Min ma3é ?

Le téléphone vibre. Le téléphone sonne. Sur l'écran, un numéro inconnu apparaît. Je décroche.

decline.jpg

« – Allô?
– 3allô? (difficile de rendre par écrit la nonchalance du début du mot «3allô», le son «3a» s'étalant sur deux bonnes secondes, comme une mauvaise panade)
– Oui?
– Min ma3é?
– Hein?
– Min ma3é?
– Chou, min ma3é?
– Min 3ambyehké?
– Enta min?
– La, la, la. Min ma3é?
– OK habibi. Bye bye.»

Je l'avoue: cela fait des années que ça dure et c'est une chose à laquelle je n'arrive pas à m'habituer. En gros (pour ceux qui n'ont pas saisi l'essence du petit dialogue ci-dessus), quelqu'un appelle en s'étant trompé de numéro, tombe sur un interlocuteur qu'il ne connaît pas (moi, donc) et demande à ce dernier de décliner son identité. C'est systématique. Moi, ça me gonfle. De manière fort légitime, d'ailleurs. Dire qui je suis à un étourdi du clavier que je ne connais ni d'Eve ni d'Ali et qui n'a pas la délicatesse de donner son nom, je n'y vois pas trop d'intérêt. Au mieux, un motif d'agacement.

Mais attention. Parfois, le téléphone sonne de nouveau.

« – 3allô?
– Chou baddak ba3d?
– Abou Youssef?
– La.
– Min ma3é?
– ... (silence, je cherche le bon mot pour lui signifier mon agacement)
– Chou esmak?
– Tu commences à me péter les noix, toi! Min 3ambyehké?
– Abou Youssef mawjoud?
– Mafi Abou Youssef honé. Ghalat!»

Je raccroche. Le téléphone sonne à nouveau. Le même numéro s'affiche. Je laisse sonner dans le vide. A mon corps défendant, je l'avoue, je ne m'appelle pas Abou Youssef.

[...]

Pendant ce temps-là, Abou Youssef devait certainement être en train de regarder la télé en découvrant la composition du nouveau gouvernement. En se demandant certainement «Min ma3 baladé?».

«Ghalat, habibi.» Depuis le temps, question gouvernements de branques, Abou Youssef devrait être habitué, lui.

jeudi, 12 mai 2011

A l'horizon

ain el-mreisseh.jpgJe ne sais pas trop quoi regarder en ce moment. La montagne, le soir, qui brille? Les nuages qui vont et qui viennent, en attendant que l'été suffocant prenne ses quartiers? Les voitures garées en triple file en bas de chez moi? Les nouvelles neuves du dedans, de ce 12 mai 2011 qui n'aurait jamais été ce qu'il est sans le 12 mai 2008 et les tristes heures qui l'avaient précédé? Un jour, c'est la cata, le lendemain la solution est proche, pour la formation de ce magnifique gouvernement qui sauvera le monde et la galaxie tout entière.

Et puis il y a notre voisine. Notre chère voisine. Souvent encombrante, bruyante ou sournoise, qui n'en finit plus de cette crise de nerfs que beaucoup redoutent contagieuse. Une voisine en pleine ménopause qui n'arrive pas à faire le deuil de cette formidable forteresse qu'elle fut et qui a peur des semaines à venir, de voir son corps se transformer, de voir ses atours qu'elle croyait irrésistibles tomber en poussière. Alors ici, sur le même palier, il y a ceux qui s'indignent, ceux qui regardent ailleurs en se demandant s'ils pourront encore trouver des places pour Shakira et plus généralement ceux qui se demandent s'ils auront suffisamment de sous dans leur poche pour se payer 20 litres d'essence. Ceux qui sont révoltés par les cris et les pleurs de l'autre côté de la cloison, et ceux qui se disent que tant que cela reste de l'autre côté de la cloison, tout va bien... Jusqu'ici, tout va bien... C'est toujours la même ritournelle finalement.

vendredi, 15 avril 2011

Pomme C Pomme V impossible

Très court extrait du dossier spécial (12 pages) sur les révoltes dans le monde arabe, paru ce matin dans le quotidien Le Soir. Vous pouvez le télécharger en intégralité ici, ça vaut le coup.

mark mansour.jpgLes politiciens libanais continuent à longueur d'interview de réclamer la paternité du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe. Selon eux, les révoltes actuelles sont les filles de la «révolution du cèdre» du printemps 2005 qui avait vu la population libanaise obtenir – pacifiquement – le départ de l'armée syrienne, après 30 ans de tutelle. Six ans plus tard, les soldats syriens ne sont plus là, mais Damas dispose toujours de ses relais, puissants, à Beyrouth.

Vu de la capitale libanaise, les révoltes en cours dans le monde arabe laissent perplexes: impossible d'en faire un copier-coller. Car ici, il n'y aurait pas un Ben Ali ou un Moubarak à chasser du pouvoir pour faire une «vraie» révolution, mais une bonne vingtaine. Tous chefs de partis politiques ou chefs de clans, ceux-ci décident de la direction à suivre pour toute leur communauté. Et les revirements à 180º ne leur font pas peur, leurs ouailles suivant aveuglément: l'intérêt de leur communauté prime, l'intérêt national passant au second plan.

Pas étonnant donc de trouver toute une frange de la jeunesse libanaise sans grande illusion. Mark Mansour en fait partie. Graphiste de 31 ans, il reste cloué à Beyrouth pour prendre soin de ses parents vieillissants. Sans quoi il serait parti. «Moi, je n'ai aucun engagement politique, explique-t-il. Les politiciens libanais, d'un bord comme de l'autre, sont tous pareils. Ils veulent le pouvoir, pas le bien du Liban. Alors quand je vois ce qui se passe en Tunisie, je suis heureux pour les Tunisiens. Idem pour les Egyptiens. Et puis un nouveau régime au Caire, moins favorable à Israël, poussera peut-être Tel Aviv à changer de comportement dans la région.»

Depuis trois semaines, évidemment, l'actualité de la grande sœur – la Syrie – retient l'attention. Là aussi, Mark espère du changement, pensant qu'un nouveau régime, plus modéré, pourrait modifier la donne dans la région et dans son pays: «Ça compliquerait la tache du Hezbollah pour faire transiter ses armes depuis l'Iran. Moi, je suis pour la paix, j'ai envie de vivre libre, sans que la personne en face de moi – quelle qu'elle soit – ait un pistolet sur la table pour me parler.»

[...]

Lors de l'interview, nous avons abordé un gros paquet de sujets: les révoltes arabes bien sûr, mais aussi la politique libanaise, la laïcité... Voici juste une petite phrase qui n'avait pas sa place dans le papier, mais qui m'a bien fait rire. Mark: «Au Liban, je n'existe pas en tant qu'agnostique. Un jour, on m'a posé cette drôle de question: "Vous êtes agnostique? Alors où priez-vous?"» Y'a du boulot.

dimanche, 13 mars 2011

A 12h39, il fallait regarder dans le ciel

DSC_0234r600.jpg

Il faisait beau ce matin. Après les trois jours de tempête cette semaine, c'était plutôt le bienvenu.

Le 14 Mars voulait réunir un million de personnes. Je ne sais pas si la barre symbolique a été atteinte, mais il y avait beaucoup de monde. Alors oui, le 14 Mars bouge encore...

Installer des milliers de chaises pour un rassemblement populaire, ça me paraît toujours bizarre. Faire la révolution en étant assis, ce n'est pas évident.

Certains ont tout de même trouvé un endroit pour s'allonger: perchés en haut des lampadaires. Je ne l'aurais pas fait avec le vent qu'il y avait (je ne le ferais pas tout court, en fait).

Les années précédentes, les photographes se ruaient sur la statue des Martyrs sur laquelle les manifestants grimpaient en grappes, drapeau à la main. Cette fois, ils n'en ont pas eu le loisir: l'estrade pour les orateurs était installée à son pied. Tout un symbole pour une révolution populaire confisquée depuis trop longtemps par des chefs de clan.

Je ne sais pas s'il y avait beaucoup de druzes dans la foule. Mais j'ai vu un drapeau PSP.

Côté drapeaux justement, il y avait beaucoup de drapeaux saoudiens. Faudra pas se plaindre si on voit des drapeaux iraniens dans la manif promise par les cocos d'en face pour soutenir le futur gouvernement Mikati. Paraît d'ailleurs que l'on va nous refaire le coup de 2005. Le record d'affluence du 28 février avait été battu le 8 mars; celui du 8 mars battu le 14 mars... Ils sont joueurs.

En attendant, nous n'avons toujours pas de gouvernement. Je me demande qui, des évêques maronites retranchés à Bkerké pour élire un nouveau patriarche ou de Mikati, accouchera en premier.

Côté pancartes et slogans, c'était vraiment très très pauvre. Rien à voir avec 2005.

Aujourd'hui, tout le monde avait envie de se faire prendre en photo. Ça changeait du 12 janvier dernier.

Les vendeurs de kneffés (pas bonnes du tout) ont fait fortune aujourd'hui.

En face du siège des Kataeb à Saïfi, un grand arbre servait de parasol à ceux qui arrivaient du port. Jolie déco dans les branches (second degré).

Ce que j'adore le plus dans les manifs comme celle-là, ce sont les chauffeurs de salle. Ils reprennent invariablement la même formule, en remerciant les participants de leur présence, en citant les villes et villages. Dans la foule, chaque groupe géographique donne de la voix quand le nom de son bled arrive. On se croirait au 111e anniversaire de Bilbo.

Allez, tiens, un petit diaporama de la journée.

En 2005, la «révolution du cèdre» avait été raillée à cause des tantes d'Achrafieh qui étaient descendues avec leurs bonnes, de leurs sacs Gucci et tutti quanti. Cette année, il y en avait aussi...

Premier orateur de premier plan à prendre la parole, Geagea a été acclamé par toute la foule, y compris les sunnites (c'est toujours savoureux à voir). Mais moins de 10 minutes après la fin de son discours, la très grande majorité des partisans des Forces libanaises quittaient les lieux, repartant vers Tabaris et le cœur d'Achrafieh. Ils n'ont pas attendu les autres tribuns, et surtout Hariri, qui a parlé en dernier. Genre rien-à-péter.

Toutes les avenues menant au centre-ville étaient remplies de voitures et autres bus garés n'importe comment. Des familles entières étaient là depuis très tôt le matin, venant du sud, du nord ou de la montagne. Ils ont dû s'amuser pour repartir...

Avec le séisme au Japon et la crise libyenne, la manif du jour va passer à la trappe dans de nombreux journaux quotidiens étrangers. Dommage...

Finalement, l'instant le plus captivant de la journée a eu lieu au moment du discours de Boutros Harb. Mais pas du côté de l'estrade, désolé Boutros. D'un coup, à 12h39, des doigts se sont levés par dizaines pour montrer quelque chose dans le ciel. Et plus personne n'écoutait le bla-bla du politicien. Tout le monde s'extasiait sur ça... Et il y avait de quoi.

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dimanche, 06 février 2011

[SCOOP] Les Teletubbies de retour à la télé

Voici une belle exclu: les premières images de la nouvelle émission pour enfants qui sera bientôt diffusée à la télévision au Liban. Nos chères têtes blondes y découvriront des personnages très attachants: le jaune s'appellera Soussouna, l'orange Poupoun, le vert Gigié et le Noir Soso. Ils auront même, dès le premier épisode, un petit copain de retour au bercail, le rouge qui arrive en trottinette là-bas au fond, ce sympathique Wawa. Le titre du pilote: Réconciliation '11.

teletubbies lebanon.jpgLes gamins pourront s'identifier à leurs héros potelés. Leurs aventures allieront imaginaire, élégance, moralité avec un soupçon de populisme. Mais pas trop.

Avec Sousouna, Poupoun, Gigié, Soso et Wawa, la vie sera plus belle!

Et si jamais cette nouvelle série – qui sera diffusée tous les jours en boucle – ne pète pas l'audimat, une autre série jeunesse est dans les cartons. Mais pas pour tout de suite, nous assure-t-on. Il s'agirait d'un concept importé qui a fait ses preuves ailleurs.

mardi, 25 janvier 2011

Flatline

DSC_0026.jpgPetite, tu ne le sais pas encore, mais bien calée sur les épaules de ton père, tu viens probablement d'assister à l'enterrement de la mort de la dépouille du cadavre de ce qui restait du 14 Mars politique. Pas celui de son esprit, mais celui de son enveloppe charnelle. Oui, là, ce soir, sur la place des Martyrs, juste en face du mausolée du président-martyr.

C'est vrai, toute la journée – et même depuis hier –, les jeunes sunnites ont mis le souk partout, à Beyrouth et surtout à Tripoli. Cette foule-là, elle, existe bel et bien. Elle a montré de quoi elle était capable (du pire) et personne aujourd'hui ne sait ce qu'elle va faire. Et surtout pas son chef qui ne contrôle pas ses ouailles aussi bien que le grand manitou de l'autre camp le fait avec les siennes. Mais là, ce soir, sous tes yeux, le 14 Mars (version propre sur lui) n'a réuni qu'une poignée de sympathisants. C'est vrai, je le concède, il y avait de (presque) tout: des FL, des PNL, des Kataeb, des sunnites du Courant du Futur. Mais combien, hein? Trois cent? Quatre cent? A peine plus qu'hier en tout cas. Tu l'as vu toi-même, dans le regard des gens, le cœur n'y était plus. Ce 14 Mars-là, celui que 2005 avait vu naître comme il t'a vu naître, n'existe plus, tout simplement. Il faudrait peut-être le réinventer.

Plus tard quand tu seras grande et que l'Histoire aura été écrite par les vainqueurs, tu verras peut-être sa tête rigolote dans un livre d'histoire, mais le père Walid avait déjà planté les premiers clous dans le cercueil il y a un an et demi quand il avait pris ses distances avec ses camarades de jeu. Ça, c'est pour les druzes. Et puis les sunnites, hein, qui sont-ils exactement? Quel rapport entre ceux qui brûlaient des pneus aujourd'hui à Tripoli et qui caillassaient les voitures des journalistes, visages drapés dans leurs keffiehs ou cagoulés, et ceux de Ras Beirut? Les danseuses, comme on les appelle dans le Nord. Faut pas être triste, c'était probablement inévitable: toute cette belle famille devait tôt ou tard se disperser car ces cousins éloignés n'avaient pas grand chose à se dire.

Alors oui, je me trompe peut-être, mais c'est ce que mes yeux ont vu ce soir. Peut-être assisteras-tu, toujours bien assises sur les épaules paternelles, à la résurrection d'un 14 Mars flamboyant, le 14 février prochain ou quatre semaines plus tard pour son 6e anniversaire? Tu peux toujours y croire puisque nous vivons dans une région du monde où l'idée-même de résurrection est prise très au sérieux. Inexplicablement.

lundi, 24 janvier 2011

"Pasdaran not welcome"

20110124 beirut 3.jpgJe ne sais pas si la Résidence des pins (la piaule de l'ambassadeur de France) est sujette aux coupures d'électricité récurrentes à Beyrouth (je doute), mais les pneus brûlés, sur le boulevard longeant l'enceinte de la Résidence (voir ci-dessus à 20h48 pétantes), devaient bien éclairer ladite chaumière et la chambre de son Excellence. Et oui, au Liban, tout le monde sait comment brûler des pneus.

Ça a commencé dans la journée à Tripoli, à Saïda et dans la Bekaa avant de se propager à Beyrouth. A 20h, Waterloo morne plaine du côté de Mar Elias et de Mazraa, tandis que les médias proches de l'opposition affirment que les sunnites tirent sur tout ce qui bouge dans le pays. A Cola en revanche, vers 20h15, c'était bien tendu entre manifestants et forces de l'ordre, l'autoroute de l'aéroport ayant été provisoirement coupée. Rues désertes, patrouilles de la sainte armée libanaise omniprésentes (soit dit en passant, j'ai vu un peu plus tard à Horsh des soldats en tenue type GI en Irak, jamais croisés auparavant...), tout le monde devant sa télé pour suivre les événements, petits hommes verts de Sukleen en train de nettoyer les résidus de pneus calcinés à Jnah...

Et puis vers 21h, manif «spontanée» devant le mausolée de Rafic Hariri. Je mets de légers guillemets à spontanée parce que les panneaux et les slogans étaient déjà prêts: «Pasdaran not welcome», «No for Hizbullah rule», «Lebanon against terrorism», «SOS protect Lebanon», «Where is my vote?» (tiens, ça me rappelle les élections en Perse en 2009)... Tout ce petit monde s'est dirigé près de la fontaine, derrière l'immeuble du Nahar. Mini conférence de presse de Walid Fakhreddine (14 Mars, avec écharpe blanche et rouge autour du cou) devant la statue de Samir Kassir et puis c'était plié dix minutes plus tard. Avec la promesse de revenir demain et les jours suivants pour ne pas céder au chantage des armes de leurs bons amis du Hezbollah.

20110124 beirut 7.jpgDSC_0095.jpg

Il y a quelques jours, je discutais avec un ami ici qui me disait simplement: «Et pourquoi n'irions-nous pas planter des tentes partout avant que les autres ne le fassent?» J'ai comme l'impression que c'est un peu tard pour un pique-nique pacifique entre potes.

Bref, on tourne en rond. Et les jours qui viennent s'annoncent rock n'roll. Et là, je pense que les chanteurs ayant des envies de voyage voyage (pour ceux qui suivent) vont réfléchir à deux fois avant de prendre l'avion.

mercredi, 12 janvier 2011

Vous me conjuguerez le verbe « bloquer » à tous les temps

blocage low.jpgEn fait, ça faisait longtemps. Longtemps que la météo n'avait pas annoncé d'épais nuages noirs, de ceux qui craquent violemment, sans vraiment prévenir. La couverture nuageuse peut être dense, le climat pourri, l'atmosphère très lourde, et ce de longs mois durant, sans forcément laisser planer un vrai risque d'averse. Et puis d'un coup, patatras. Ô surprise, nos gentils parrains saoudiens et syriens (avec ça, franchement...) n'ont donc pas réussi à accorder les violons de leurs pions...

Certains poussent déjà un «ouf» de soulagement, dans les deux camps d'ailleurs mais pour des raisons bien différentes. D'un côté, un «ouf» pour dire «faut bien un jour ou l'autre qu'il y ait un vainqueur dans cette histoire, on ne peut pas continuer longtemps comme ça!». De l'autre, un «ouf» pour dire «eh les gars, sortez les pneus!». Trente-trois mois sans rien à se mettre sous la dent, ça fait long.

Le 30 novembre dernier, j'interviewais une prof de droit international de la LAU, Marie-Line Karam, qui disait entre autre:

L'initiative lancée cet été par la Syrie et l'Arabie saoudite - les parrains régionaux des deux camps libanais - peut-elle aboutir?
Aujourd'hui, tout est une question de timing. Syriens et Saoudiens sont dans l'obligation morale de trouver une issue avant la publication de l'acte d'accusation, et ils travaillent justement à régler les failles juridiques du dossier en poussant leurs alliés locaux à coopérer. Imposer la justice internationale par la force est impossible. Mais le rôle et l'existence du TSL sont très importants, celui-ci doit réussir car la justice libanaise serait bien incapable de gérer ce dossier.

Si cette initiative échoue, le Liban pourrait-il tomber dans la guerre civile?
Si le Hezbollah est ouvertement incriminé, je ne le vois pas recourir à la force sur la scène interne car il a peur pour son image. Il paie encore le prix de la semaine de mai 2008 où il a été accusé de retourner ses armes vers l'intérieur. Il pourrait en revanche paralyser le gouvernement, en faisant démissionner ses ministres. Cela ne serait pas non plus dans l'intérêt des pays arabes alors que la région est très tendue, et de l'Onu qui se retrouverait avec un conflit supplémentaire sur les bras.


La démission des ministres de l'opposition n'a pas encore été officialisée qu'elle semble acquise (un peu comme l'élection de Lahoud en 1998, c'est pas encore fait que c'est déjà officiel). Le 14 Mars veut le bras de fer, le Hezb le lui a promis depuis longtemps. Rajoutez à ça l'acte d'accusation du TSL qui devrait, selon toute probabilité, être publié avant la fin du mois. Ça vous fait un bon petit cocktail pour commencer l'année. Bein oui, les fêtes de fin d'année, c'est terminé.

Faut ranger les flonflons et les guirlandes. En janvier, c'est le pneu qui est tendance.


[...]

Tiens, je pense à une chose. La précédente grève générale, en mai 2008, s'était soldée par une semaine de feux d'artifices entre sunnites et chiites... et par la formation du gouvernement d'union nationale qui vient de tomber!

Allez, dans ce cas, je ne résiste pas à l'envie de vous offrir à nouveau l'hymne national libanais...

podcast

samedi, 04 décembre 2010

La crise autour du Tribunal spécial pour le Liban (pour les nuls)

Tic tac, tic tac, tic tac... Non, ce n'est pas le son menaçant d'une future décharge explosive quelque part, sur un boulevard quelconque, attendant le passage d'un convoi. Mais plutôt celui de la bombe à retardement que tout le monde attend: l'acte d'accusation dans le cadre du Tribunal spécial pour le Liban, chargé de faire la lumière sur la série d'attentats entamée en octobre 2004. Et surtout celui ayant visé Rafic Hariri, ex-Premier ministre, un matin de février. De février... 2005! Soit il y a presque 6 ans. Quand même.

 

Que s'est-il passé en 6 ans d'enquête?

Commençons par le jour de l'attentat de la Saint-Valentin et ceux qui suivirent. N'importe quel Pinot-simple-flic vous le dira: la principale chose à faire en cas d'attentat est de garder inviolée la scène du crime. Résultat: deux heures après, on se serait cru à Disneyland un jour férié! Les forces de l'ordre de l'époque ont clairement piétiné tout ce qui aurait pu servir l'enquête, les premières heures étant toujours cruciales pour la collecte d'indices. Des voitures ont été vite emportées à l'abri des curieux... Bref, l'enquête partait mal (sciemment?). La première équipe d'enquêteurs internationaux, menée par Peter Fitzgerald, n'est arrivée à Beyrouth que onze jours plus tard...

Ensuite, une trentaine d'attentats a laissé sur le carreau une dizaine de figures politiques ou médiatiques, et de nombreux citoyens ayant eu la malchance d'être là au mauvais moment, au mauvais endroit. Pour rappel, voici la dernière carte postée sur le blog, en janvier 2008, le jour de l'assassinat de Wissam Eid. Souvenez-vous...

attentats20080125.jpg

Presque 30 attentats, vous en conviendrez, ça secoue un pays.

Pendant ce temps-là, l'Onu a diligenté une pelleté d'enquêteurs, dont les patrons successifs n'ont pas été exempts de reproches. Cela a commencé avec l'Allemand Detlev Mehlis, dont les rapports préliminaires pointaient du doigt la Syrie que tout le monde accusait alors. Puis Mehlis a jeté l'éponge au profit du Belge Serge Brammertz qui n'a pas laissé un souvenir impérissable. Est alors entré en scène le Canadien Daniel Bellemare, actuellement en charge du dossier et qui a déclaré récemment: l'acte d'accusation sera publié quand il sera prêt, pas un jour avant, pas un jour après. Super intéressant.

Les Syriens poussés dehors au printemps 2005 sont finalement revenus au Liban par la fenêtre de derrière. Via leurs alliés locaux et parce que la politique du dos rond est une spécialité damascène depuis les années 70. Washington et Paris ont remis Damas dans le jeu, les impératifs de la diplomatie régionale répondant aux voix impénétrables de je-ne-sais-quel Seigneur.

Après le déluge de fuites sous l'ère Mehlis, l'équipe d'enquêteurs s'est mise un bâillon. Jusqu'aux fameuses révélations du journal allemand Der Spiegel, pointant du doigt le Hezbollah. Considérée comme une farce au début, cette hypothèse a pris forme depuis, jusqu'au récent documentaire de la chaîne canadienne CBC. Pour ceux qui l'auraient raté, c'est juste en dessous.

Dernière rumeur en date lancée par le journal russe Odnako – car tout ceci n'est que rumeur tant qu'aucune preuve irréfutable n'est apportée – et relayée par ce bon Réseau Voltaire, pointant du doigt un missile de fabrication allemande dont se seraient servi les méchants assassins. Aucune preuve encore, beaucoup de suppositions, d'affirmations péremptoires (quoi que pour une fois, Baudis n'a pas été accusé d'être le représentant du Groupe Carlyle en France, y'a du progrès).

 

Revenons un peu en arrière. En 2005, à qui profitait le crime, «à première vue»?

assadharirisuicide.jpgLe bon sens écartait a priori les pistes menant aux services français et américains. Difficile de se dire que les rédacteurs de la résolution 1559 se soient tirés une balle dans le pied en effaçant Hariri. Deux pistes s'imposaient donc, toutes deux extérieures: une menant à Damas, l'autre à Tel Aviv.

Depuis des mois, Hariri était en plein bras de fer avec Assad à cause de la prorogation du mandat présidentiel d'Emile Lahoud. Le vote de la 1559 a rajouté une couche au divorce entre l'homme fort du pays et le régime de tutelle de l'autre côté de l'Anti-Liban. Sur le moment, la culpabilité de la Syrie semblait (trop?) évidente. Si Damas était bel et bien le commanditaire, se pouvait-il que le pouvoir syrien ait si mal calculé son coup au point de perdre sa vache à lait financière? Et comment les Syriens – qui avaient des yeux partout – n'auraient-ils pas été au courant que quelque chose d'aussi énorme se tramait dans les rues de la capitale libanaise?
Ensuite, cela a été la saison des «suicides», avec celui de Ghazi Kanaan par exemple, ex-homme fort des SR syriens au Liban. Sans compter sur la disparition d'Imad Moughnieh en plein Damas: facile d'accuser le Mossad, facile aussi d'accuser les Syriens d'éliminer l'éventuel exécutant d'assassinat(s) politique(s) au Liban. En gros, personne ne sait ce qui se passe dans cette région du monde, pas même Wikileaks.

Evidemment, le voisin israélien a été pointé du doigt pour les crimes perpétrés au Liban en 2005 et 2006, même si cette accusation n'a pas eu beaucoup d'écho sur le moment. Israël ne s'est jamais gêné pour organiser des éliminations physiques. Alors pourquoi pas? Mais pourquoi vouloir déstabiliser à ce point un front nord plutôt calme depuis le retrait de 2000?

Et puis outre les profiteurs potentiels que l'on cherche forcément parmi les acteurs régionaux de la partie d'échecs qui se joue ici depuis 60 ans, il y a aussi un autre prisme à prendre en compte: la fortune de Rafic mort est bien moins gênante (et puissante) que celle de Rafic vivant. Avec une tire-lire personnelle évaluée à un peu plus de 16 milliards de dollars avant sa disparition, Hariri père était un vrai poids lourd. Disloquée en six parts (sa veuve et ses cinq enfants), cette fortune (utile en période électorale) pèse beaucoup moins dans le subtil jeu d'équilibre qu'est notre saine et belle vie politique. Du coup, l'héritier politique, Saad, a du mal à boucler les fins de mois. Si, si, c'est possible, même pour lui. Alors, qui aurait pu avoir intérêt à affaiblir financièrement (et donc politiquement) le clan Hariri? Hum?

 

Depuis 2005, que s'est-il passé sur la scène locale?

Juste après l'explosion du 14 février 2005, nous avons eu droit à la fausse revendication d'Ahmed Abou Adass (tiens, en parlant de faux témoins, faudrait commencer par celui-là... mais il aurait disparu en Syrie, flûte), l'avion australien... Un bel écran de fumée dont plus personne ne parle (et qui s'en souvient vraiment?). Quatre généraux libanais fidèles au tuteur syrien ont été arrêtés (puis relâchés sans être innocentés l'an dernier faute de preuves). Geagea est sorti de prison après 11 ans passés derrière les barreaux, Aoun est revenu au pays après 15 ans d'exil. Lahoud est resté en place, payé par le contribuable pour ne surtout pas signer le moindre papier que le gouvernement lui présenterait. Le pays a subi une guerre dévastatrice en 2006, un sit-in durant 18 mois, une paralysie politique insensée, le siège du camp de Nahr el-Bared au Nord, un mini putsch en mai 2008, le réarmement des milices, des élections inutiles dont les vainqueurs réels sont les perdants des urnes (vive les leçons de démocratie!)... Et puis un Taef bis à Doha (entérinant cette terrible politique du ni vaincu/ni vainqueur), un gouvernement d'union nationale bancal, la mise à jour de réseaux d'espionnage israéliens (surtout dans le secteur des télécoms), le retour en scène très théâtral de Jamil Sayyed... En fait, la liste est longue et il serait bien vain de vouloir être exhaustif.

 

Aujourd'hui, qui accuse qui?

Ce qui reste du 14 Mars s'accroche au TSL, disant que la justice internationale doit prévaloir. Ce camp politique (en ruine depuis le désistement de la girouette choufiote et le choc provoqué par le baise-main du fiston à Damas) espère encore que les pays occidentaux et l'Arabie saoudite ne le laisseront pas tomber. Officiellement, le 14 Mars attend l'acte d'accusation pour se prononcer, ne voulant accuser personne ouvertement.

De l'autre côté de l'échiquier, la donne est plus simple. Le Hezbollah menace quiconque souhaitant le mettre au banc des accusés de trancher des mains. Quand Nasrallah prend la parole, tout le monde écoute. Selon lui et ses preuves (tout ce qu'il y a de plus discutables), ce sont forcément les Israéliens, le TSL étant un instrument américano-sioniste pour parvenir à annihiler le parti de Dieu (ce que la guerre de 2006 n'a clairement pas fait). Surprenant, non? Les aounistes – qui accusaient avec véhémence Damas en 2005 – sont à fond derrière, tout comme différents chefs de clan comme Frangieh, Karamé... L'opposition toute entière s'appuie sur différents vices de forme: l'affaire des faux témoins a fait la une des journaux récemment, mais aussi la naissance même du TSL. A l'époque, le gouvernement était passé en force alors que le Parlement aurait dû ratifier le texte. Problème: le Parlement était fermé, son président ayant perdu les clés pendant de très longs mois. Le serpent se mord la queue [note pour plus tard: il faudrait changer le cèdre du drapeau libanais en serpent se mordant la queue].

En dehors du Liban, les choses sont assez claires également – et peu surprenantes: les Iraniens (et son proxy) accusent les Israéliens, les Américains (et leurs proxies) pointent du doigt les Syriens et les Iraniens... La diplomatie française, elle, tente de revenir dans le jeu, les pontes du 8 et du 14 Mars défilant à Paris ces dernières semaines. La France se veut impartiale... tout en avouant en coulisses avoir de fortes présomptions sur l'identité de l'exécutant et du (ou des) commanditaire(s). Mais entre cette vérité et le chaos promis, elle peine à choisir.

 

Quelles solutions?

Le 8 Mars souhaite que l'Etat libanais se désolidarise du TSL. Impossible, même si le Parlement décide d'arrêter de le financer (le texte prévoit que le Liban prenne en charge 49% du budget du TSL). Le personnel politique joue la montre, poussant un 'ouf' de soulagement à chaque annonce du report de la publication de l'acte d'accusation. Syriens et Saoudiens sont chargés de trouver une issue à la crise. Damas et Riyad s'activent pour trouver une solution éliminant les failles dans la procédure d'une enquête décrédibilisée. Mais le temps presse... Et le parapluie syro-saoudien pourrait n'être que temporaire (en fonction de la ligne politique que suivra le "nouveau régime" à Riyad car tout le monde là-bas est malade, les têtes risquant de changer bientôt). Côté 14 Mars, aucune solution en vue. Après de multiples concessions, Hariri fils n'a plus beaucoup de lest à lâcher.

 

Guerre civile or not?

Les plus pessimistes voient déjà le pays sombrer dans un conflit civil, chiites contre sunnites, avec les chrétiens bien divisés au milieu. Peu probable dans un premier temps car, même si les rumeurs de réarmement et de réorganisation des Forces libanaises se font entendre, aucune force n'est à même d'entrer en confrontation directe avec le Hezbollah. Et ce dernier fera tout pour l'éviter: selon certains analystes, il a peur pour son image, se voyant encore reprocher dans les talk-shows télévisés d'aujourd'hui d'avoir retourné ses armes vers l'intérieur en mai 2008. Et avant d'en arriver là, il a d'autres armes à sa disposition, politiques celles-là. Si d'aventure l'acte d'accusation pointait des doigts le Hezbollah ou certains de ses membres, ses ministres pourraient démissionner dans la seconde, paralysant le pays encore plus qu'il ne l'est déjà. Et cela aurait comme un air de déjà-vu. Le serpent qui se mord...
podcast

 

[SCOOP] Un nouvel espoir pour sortir de la crise!

Dernière option, inspirée par celle du patriarche Sfeir concernant les feux de forêt et la pluie qui se fait cruellement attendre: prier. Mais je laisse ça à d'autres. Si les prières de tout bord pouvaient sauver le Liban, cela fait bien longtemps que le pays aurait dû être tiré d'affaire. Vu l'histoire des 40 dernières années, j'ai comme des doutes sur la recette du chef cuisinier de Bkerké.

 

Et si vous n'avez toujours pas compris...

...voici un résumé réalisé par d'illustres inconnus, mais assez explicite de la situation libanaise. Si après ça vous ne comprenez toujours pas, y'a plus d'espoir...

Allons-nous vers une solution au conflit? Nous sommes maintenant, en droit, de l'espérer.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

lundi, 30 août 2010

All the militia men, go home!

mardi, 20 juillet 2010

Blancs comme neige

snow white beirut.jpgCe tag est le meilleur résumé de ce début d'été au Liban. Y'a vraiment tout ce que l'on veut y lire...
A vous d'interpréter!

vendredi, 19 février 2010

1984 was NOT supposed to be an instruction manual

War is peace
Freedom is slavery
Ignorance is strength

hassan nasrallah.jpg

La dernière apparition de Big Father en chair et en barbe remonte à quoi, maintenant…? Trois ou quatre ans? Depuis, à chaque grand rassemblement du Hezbollah ou discours télévisé du chef, des télécrans géants captivent l’attention, obnubilent les partisans. Avant-hier, un ami m’a envoyé un lien vers un papier du Monde, illustré par une photo de Reuters. Comme cette dernière, toutes les images des rallies de l’Inner Party donnent la même impression, très fidèle à celle que l’on peut avoir quand on a l’honneur d’être dans la foule. Si proche de la fameuse image de Big Brother. La désincarnation du chef devenu un simple visage en deux dimensions, l’inébranlable sentiment de recevoir des messages ne souffrant nulle discussion – même s’ils sont parfois contradictoires – et la réceptivité du public dont l’esprit critique a été lentement gommé, sont patents. Comme dans 1984, l’état de guerre permanent justifie tout, de la Police de la pensée au ministère de la Vérité.

Autre lieu, autre temps. Londres en 1984, Beyrouth en 2010, même combat. Ou comment libaniser les Two minutes’ hate et le Doublethink.

vendredi, 04 décembre 2009

Sainte barbe

Chers amis, aujourd’hui, c’est la Sainte-Barbe. Eh oui. L’occasion pour nous de faire le point sur une donnée essentielle de la vie au Liban.

Hier soir, les enfants se sont déguisés et sont passés de porte en porte en quête de bonbons, symbolisant ainsi la fuite de Barbe devant un père qui l’avait emprisonnée et qui la fera décapiter un peu plus tard. Dans les rues des villes et des villages, les garnements à tambours ont chanté à la gloire de Barbara, comme on l’appelle ici.
Tradition oblige, les grand-mères ont préparé du blé (dans sa fuite, Barbe se serait cachée dans un champ de blé) parfumé à l’anis qui sera mangé plus tard avec du sucre, ainsi que ces délicieux ma3kroun. Mais trêve de confiserie, nous ne sommes pas là pour parler napperons.

Voilà. Depuis quelques mois, je porte la barbe. Et ma vie a changé. Je me suis fait plein de nouveaux amis. Cela a commencé par un obscur poète-journaliste qui me croise un jour en me lançant, l’air complice: «Chou? Sert Hezbollah?». Bravo neuneu, super drôle. Ensuite, ce sont les chabeb du quartier qui m’ont accueilli à bras ouverts, un matin où j’avais taillé ma barbe impeccablement, au millimètre: «On dirait un vrai Ouwet comme ça, tu n’trouves pas Tony?». Cela s’est poursuivi par un ancien collègue, le soir de l’inauguration du Salon du livre, qui me dit: «Tu sais, tu ressembles à un rabbin!» (j’avoue, celle-là, je ne m’y attendais pas, d’autant que ça ne court pas les rues, les rabbins au Liban). Un autre encore m’a fait toute une théorie sur le caractère saint de la pilosité faciale des hommes du Levant, et surtout de celle des hommes de Dieu, qu’ils supportent l’OM ou le PSG: «La barbe, ça rapproche du Très Haut.» Ah bon? Je n’ai pas encore eu le temps d’aller me promener du côté d’Abou Samra, dans les faubourgs de Tripoli. Mais là, j’ai comme un doute sur mon camouflage: la barbe s’y porte beaucoup plus longue. N’empêche. En constatant tout ça, je me suis dit que je devrais me lancer dans la rédaction d’un manifeste pour barbus. C’est très à la mode en ce moment, les manifestes. Commençons pas une classification visuelle:

barbus libanais.jpg
Depuis quelques mois donc, je me sens parfaitement intégré. A croire que l’intégration au Liban passe par la barbe. Il ne me reste plus qu’un test à passer: me balader dans les ruelles de Haret el-Hreik avec trois appareils photo et deux caméras en bandoulière, histoire de voir si la barbe fait vraiment le moine. A bien y réfléchir, dans ce pays, mieux vaut être armé d’autre chose pour faire croire qu’on se libanise avec les années. Cela a divinement bien marché il y a quelques jours pour Captain Cavern.

vendredi, 05 juin 2009

Soirée à haut risk

On a tous nos petites traditions. Chaque année, plus ou moins au moment de mon anniversaire, j’organise une soirée «mecs» à la maison pour jouer à l’un de mes jeux de société préférés: Risk.
Depuis près de 10 ans, j’ai donc les mêmes partenaires de jeu. Des bons potes à moi: il y a Michel, Hassan, Samir, Walid, Nabih et, plus récemment, Saad. Comme toujours, Samir se charge de ramener les bières, Hassan quelques bons produits de la Bekaa, Michel le jus d’orange… On ne change pas une équipe qui gagne, même si c’est parfois tendu.

Hier soir donc, tout ce petit monde s’est retrouvé sur la terrasse fleurie. Après les embrassades de rigueur, nous nous sommes installés autour de la table ronde, on a sorti le décapsuleur et les pistaches, puis j’ai déployé notre plateau de jeu adoré…

risk lebanon.jpgPour ceux qui ne connaissent pas ce jeu, voici un petit rappel des règles: chaque joueur se voit attribuer un objectif (ex: Conquérir tous les territoires bleus et jaunes, Conquérir Beyrouth et 10 territoires de son choix, Anéantir les armées rouges et vertes…). Au début de la partie, on pioche des cartes que voici, nous donnant armes et territoires...

cartes risk.jpgLe AK-47 symbolise le milicien, la Voiture les attentats à la bombe et le Camion avec les Katioucha, l’artillerie lourde (sans compter la 4e carte, le joker, qui permet d’obtenir des armes supplémentaires de l’étranger). Ensuite, chaque joueur peut attaquer les territoires qu’il désire conquérir en lançant deux dés de 6.

Voilà, le décor est planté. L’année dernière, c’est Hassan qui avait gagné la partie. Il avait eu une carte Objectif facile: Conquérir Beyrouth en moins de 5 coups et anéantir l’armée bleue. Ça n’avait pas duré très longtemps, évidemment… Et Saad – le plus jeune de nos partenaires de jeu – l’avait eu mauvaise.

Nous entamons donc notre partie vers 21h30 alors que des feux d’artifice illuminent le ciel du quartier. L’ambiance est détendue, même si je sens Michel et Samir assez nerveux au moment de passer aux choses sérieuses. Chacun de nous pioche une carte Objectif. Je tombe sur Conquérir Beyrouth ainsi que les territoires Baabda, Metn, Kesrouan, Jbeil et Batroun. Conserver l’ensemble de ces territoires durant 5 tours pour proclamer la Principauté du Liban chrétien. Merde. Je me dis que Samir aurait été content de la piocher, celle-là.

Et nous voici embarqués dans une partie endiablée, où les armées des uns envahissent les territoires des autres. Nabih – qui a l’air content quoi qu’il arrive – se fait vite éjecter du jeu par Hassan et bizarrement, je n’arrive pas à comprendre les stratégies des uns et des autres. Michel met le paquet sur les territoires que je dois conquérir comme le Metn et le Kesrouan sans voir qu’il va se faire prendre par derrière, Samir n’arrive pas à dépasser les quelques territoires du nord, tandis que Hassan, petit à petit, prend possession de territoires partout sur la carte. Walid, lui, lance les dés avec fougue et se prend gamelle sur gamelle. Quand ce qui devait arriver arriva: une bataille féroce entre un Samir acculé dans la case Bcharreh et mon pote Michel, bien décidé à évincer un autre participant. Alors que Saad s’emberlificote les pinceaux tout au nord entre Minyeh-Denniyeh, Tripoli et le Akkar, Samir craque et envoie valdinguer le plateau de jeu sur lequel ne restaient plus que des pions jaunes et oranges, ou presque… Sur le moment, je suis surpris car il s’était un peu calmé dernièrement, le Samir, mais je ne suis pas mécontent que la partie se finisse ainsi, sur ce statu quo, car j’allais me faire éliminer du jeu moi aussi (faut dire que ma carte Objectif était un peu cul-cul). Walid ramasse parterre les deux derniers pions qui lui restaient en se disant qu’il pourrait bien avoir encore un coup à jouer, quel que soit le futur vainqueur.

Il y a quelques jours, j’avais eu envie de changer un peu la tradition de cette soirée entre mecs, en remplaçant le Risk (qui reste un jeu de hasard) par son pendant plus intelligent, Diplomacy. Dans ce jeu, pas de dés, juste d’habiles négociations et de la stratégie machiavélique. Je me suis ravisé au dernier moment. A juste titre je crois, car à ma table, il y aurait eu bien pire que moi et surtout bien meilleur.

Je viens de recevoir un coup de fil de Michel: il tient à refaire une partie dimanche soir. Hmm…

lundi, 04 août 2008

On tourne en rond, merde, on tourne en rond, merde, on tourne en rond. Merde!

Il y a une qualité que l’on ne peut ôter à l’intelligentsia du Hezbollah, c’est la patience. Même si de temps en temps on constate quelques poussées de fièvre, les têtes pensantes du parti sont en passe de réussir leur coup. L’objectif paraît simple, et les événements de mai dernier l’ont bien montré: à défaut de pouvoir/vouloir prendre le contrôle du pays (ce qui n’est pas possible par un coup de force), il faut continuer d’affaiblir au maximum ce qui reste de l’Etat libanais, de dévitaliser les institutions du pays comme un dentiste annihile les nerfs d’une molaire douloureuse.
Comme l’a dit Nasrallah lui-même lors d’un de ses derniers discours, l’idéal du Hezb est celui qui a prévalu pendant l’occupation syrienne: l’Etat fait tourner la machine en termes économiques, mais c’est au Hezb que revient la véritable autorité. Celle de la force militaire, de la décision de guerre, de la véritable diplomatie (pour négocier l’échange de prisonniers, par exemple). La nouvelle déclaration ministérielle, accouchée aux forceps ces derniers jours, n’est que l’aboutissement d’un énième processus, celui qui nous intéresse ayant commencé au printemps 2006.

955627570.gifSouvenez-vous de ce fameux dialogue national qui paralysait le centre-ville tous les quatre matins, durant lequel le dossier des armes divines devait être abordé. Souvenez-vous des promesses faites alors. Depuis, on a eu une guerre avec Israël, puis un sit-in de 18 mois et une mini guerre civile de 10 jours en mai dernier (le Liban devrait faire breveter ce concept). Cette tartufferie a donc duré plus de deux ans, deux ans durant lesquels le pays a fait du surplace à tous les niveaux. Et comme le veut la physique, qui n’avance pas, recule.
Pour aboutir à quoi finalement? A l’élection d’un président dont il ne faut pas attendre des merveilles (ô surprise) et à la formation d’un gouvernement de (dés)union nationale déjà réclamée il y a 30 mois. Ce cabinet, dont la durée de vie programmée n’excède pas 10 mois, ne servira à rien (si ce n’est à offrir une pension à vie à ses membres ou à augmenter celle des récidivistes). Les dossiers à traiter ne manquent pourtant pas, mais tous les regards sont maintenant fixés sur la nouvelle valse électorale de mai 2009... et sur l'élection présidentielle américaine, bien sûr. Car en fin de compte, c’est bien à ce changement de «régime» aux Etats-Unis qu’est suspendu l’ensemble des développements régionaux.

De toute façon, que faut-il attendre des prochaines législatives? Rien, car attendre quoi que ce soit du système électoral et politique du pays reste très mauvais pour les nerfs. De plus, et c’est le plus important, les sujets qui fâchent déjà abordés il y a deux ans ne sont même plus au point mort; ils sont littéralement bloqués. Début 2006, le fameux dialogue national ambitionnait de traiter de la question des armes du Hezbollah. Aujourd’hui, rebelote: dialogue il y aura de nouveau, avec une différence de taille. Désormais, le parti de Dieu clame haut et fort qu’il ne désarmera jamais (et a montré vigoureusement ce qu’il adviendrait si quelqu’un essayait de toucher à son arsenal) et que la résistance EST le Liban. Belle promesse d’avenir.

Par ailleurs, les «figures politiques» locales ont ouvertement salué l’intervention d’une partie non institutionnelle (le Hezbollah) dans une négociation dont l’Etat a été sciemment exclu (l’échange de prisonniers), cautionnant ainsi l’absence absolue d’autorité légale nationale. Pire, la déclaration ministérielle par le biais de formules dignes d’une vierge effarouchée fournit un blanc-seing à la «résistance», la légitimant et légitimant ses procédés aux yeux du monde entier, en dépit d’une guerre coûteuse à plus d’un niveau et des événements sanglants de mai dernier. Et en prenant le risque qu’un tel baissage de froc implique la nation toute entière derrière l’aventurisme d’un parti dont les intentions dépassent l’intérêt national bien compris. Autant de régressions qui ressemblent à un grignotage dans les règles de la notion même d’Etat, à un nivellement par le bas de ce qu’il lui reste de potentiel pouvoir, à une transformation en institution-fantôme, ces «failed states» qui offrent le meilleur des terreaux pour l’épanouissement des organisations autoproclamées «nationales» (ce qui fera l’objet d’un prochain post). Dans ces conditions, inutile de se donner la peine d’un coup d’Etat aussi nuisible en termes d’image que délicat à parachever en réelle prise de pouvoir. Un peu de patience suffit, avec quelques coups de pouce pour aider au sabordage d’un Etat en pleine déliquescence.

Le Liban ressemble à une machine à remonter le temps, permettant à son peuple de revivre en boucle les épisodes les plus inutiles ou les plus déplorables de son passé. Malheureusement, personne n’a pensé à équiper cette belle machine de la «marche avant», ce qui aurait pu permettre à ce peuple de se projeter vers l’avenir.

On tourne en rond, merde, on tourne en rond, merde, on tourne en rond. Merde!

mardi, 22 juillet 2008

Atterrissage

Nous voici donc rentrés de vacances, accueillis par un véritable feu d’artifice, au sens propre comme au figuré.

372190783.jpgL’impressionnant panache de fumée qui s’élève au-dessus de Borj Hammoud et s’étend en une longue corolle malodorante jusqu’à devant chez nous ne résulte ni d’une éruption volcanique (il n’aurait manqué plus que ça), ni d’un attentat. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de pneus en train d’être brûlés, comme cela s’est déjà produit en dépit du bon sens et de l’environnement, mais non. Selon certains sites web, la chaleur aurait en fait provoqué un incendie dans l’une de ces cuves de pétrole rassemblées en bord de mer comme de néfastes champignons tachetés de rouille. D’autres assurent qu’il s’agit de l’inénarrable décharge de Dora qui est en train de brûler à tous vents. Toujours est-il que cela fait bien une heure que les boucles noires se déroulent dans un ciel d’un bleu limpide. Faut-il y voir un symbole?

Bref. Nous avons raté le retour glorieux de Samir Kantar, promu depuis haut responsable dans les rangs du Hezbollah, et potentiel candidat lors des prochaines législatives. Le Liban n’est plus à un assassin près pour peupler ses hautes sphères politiques, mais tout de même.

Nous avons aussi manqué le triomphe parisien de Bachar le 14 juillet, couronné par la visite hier de Walid Moallem et son terrible «Ils ont attendu 30 ans, ils peuvent bien attendre encore quelques semaines», monstre de cynisme à l’adresse des familles de détenus libanais en Syrie. Qu’on se rassure, Moallem a renouvelé ses vœux d’échanges d’ambassades entre la Syrie et le Liban. Ce qui serait tout à fait dans l’ordre des choses, maintenant qu’au Liban, on a repris les bonnes habitudes du temps de la tutelle, avec ces mêmes familles de détenus repoussées sans vergogne ni pincettes par des soldats trop zélés.

Nous avons encore raté le mariage de la fille Sleimane à Beiteddine, pour lequel, il y a déjà plusieurs mois, la date du concert de la cantatrice Karima Skalli, dans le cadre du festival de Beiteddine donc, a dû être repoussée. En effet, Sleimane n’était pas encore élu qu’il prévoyait déjà l’événement dans la résidence d’été des présidents libanais. Et tant pis pour l’artiste qui, par bonheur, a accepté de modifier ses dates. Sleimane est prévoyant, ça rassure.

Nous avons loupé enfin la constitution de ce gouvernement d’union nationale dont la seule fonction sera de préparer les législatives de 2009. Législatives pour lesquelles toute la classe politique s’écharpe déjà. J’avoue qu’à mon sens, le principal point positif de l’affaire est le choix de Ziad Baroud au ministère de l’Intérieur. J’apprécie le bonhomme et espère que le pouvoir ne le corrompra pas comme cela arrive presque toujours. En revanche, nous sommes rentrés juste à temps pour les pétards et autres joyeusetés qui célébraient les résultats d’examens tard dans la nuit.

Prendre (très) rarement des vacances a ceci de particulier qu’on en a si peu l’habitude que cela paraît irréel. Jamais l’image de la parenthèse ne m’a paru si pertinente. Cette brève parenthèse est déjà refermée et nous n’avons pas l’impression d’être partis. Nous revenons simplement de ces 10 jours à Sharm el-Sheikh avec le sentiment non seulement d’avoir été exclusivement perçus comme deux portefeuilles ambulants (mais c’est le jeu du tourisme après tout), mais surtout d’un dramatique gâchis pour le Liban. Imaginons un peu le bord de mer beyrouthin – allez, au hasard, à Ramlet el-Baïda – mis en valeur et exploité intelligemment comme l’est celui de Naama Bay. Oui, alors, on pourrait parler du Liban comme d’une véritable destination touristique et de son ministère du Tourisme comme d’une institution ayant une véritable politique en la matière. Je sais, pour cela, il faudrait régler mille et une questions de politique intérieure et étrangère. Il faudrait la paix aussi.
Mais après un bref séjour parisien fin juin et après ce court épisode égyptien, je ne constate tristement qu’une chose: le Liban se croit à la pointe de tout alors qu’il ne fait que cumuler les retards sur tous les plans. Y compris commerciaux, touristiques, culturels, environnementaux. Y compris.
Bien sûr, en Egypte (et ailleurs), ce sont les «artistes» libanais (les Haïfa, les Nawal el Zorghbi, les Nancy Ajram…) qui passent en boucle sur les chaînes de télé, ou en tout cas sur Rotana. Bien sûr, les Libanais peuplent le monde arabe et au-delà, exportent leurs talents, s’adaptent comme ils savent si bien le faire et parfois se distinguent même. Mais qu’en est-il du Liban lui-même ?
A notre retour, j’ai réceptionné les magazines de Dubaï pour lesquels je travaille. Et, une nouvelle fois, un courrier des lecteurs – sélectionné comme courrier du mois, je ne sais pourquoi – se plaignait de la place accordée au Liban dans ces pages et espérait que, maintenant que la «situation» s’est stabilisée, on passerait à des choses plus importantes. Non seulement le Liban est à la traîne, mais en plus il lasse…

[...]

En exclusivité, voici la prochaine version de la fiche signalétique concernant le Liban qui sera publiée sur le site letatdumonde.fr.

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lundi, 23 juin 2008

« On pensait que ça s’était calmé au Liban »

1659145432.jpgSi cet homme sonne à votre porte, ne lui ouvrez pas. Si cet homme insiste lourdement, cela voudra dire qu’une petite goutte d’eau aura fait déborder le vase du côté sunnite. Cela fait trois semaines que je propose le sujet aux rédactions étrangères concernant la tension entre sunnites et chiites (surtout entre sunnites et alaouites à Tripoli)… Il a fallu quelques morts ce week-end dans ce qui reste l’une des principales poudrières du pays pour que je reçoive un «OK, on prend, mais on pensait que ça s’était calmé au Liban». Eh oui… ça s’est calmé légèrement en surface. Mais alors, juste en surface…

Comme les chefs de file de la majorité et de l’opposition font traîner en longueur leurs discussions sur la composition du gouvernement d’union nationale, les abadays de chaque camp ont ressorti les pétoires de leurs matelas. Tripoli a vécu au son des tirs ce week-end, Taalabaya et Saadnayel ont fait de même au début du mois, sans parler les camps palestiniens… Ce bon cheikh Omar Bakri nous avait dit que les salafistes attendaient la goutte qui ferait déborder le vase pour qu’Al-Qaïda se manifeste avec tambours et «pizza delivery» à gogo. Je me demande s’il parlait d’une goutte de Zam Zam Cola…

 
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