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vendredi, 27 décembre 2013

Trêve des confiseurs: coupure momentanée des programmes

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Beyrouth, ce sont ces petits gestes quotidiens, comme saluer Saïd en bas de chez moi alors qu'il enfourne ses manouchés, pester contre les camions de livraison du supermarché voisin, enrager 30 minutes plus tard à cause des embouteillages à l'autre bout de la ville... Et, pour d'autres, balayer les éclats de verre sur les trottoirs. 

Je me souviens que Nathalie avait noté ce détail dans son post post-attentat contre l'ABC en 2007, avec la voisine qui avait elle aussi sorti illico son balai et sa petite pelle bleue pour "effacer" les traces les plus visibles de l'attentat qui venait d'avoir lieu, le jour du 4e anniversaire de l'une de nos gamines. Et puis ce matin, en tournant le dos à la scène de l'explosion qui a emporté Mohammad Chatah à Bab Idriss, j'ai vu ce gars au restaurant L'Avenue du Parc. Refaire ce même geste anodin. Balayer les éclats de verre.

Cela faisait "presque longtemps" que le 14 Mars n'avait pas été visé de la sorte (après avoir bien encaissé entre 2004 et 2008, remember la fameuse carte). Les derniers attentats – ceux de 2013 en tout cas – ont eu lieu dans la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Un Hezbollah qui, directement pointé du doigt ce midi, a dénoncé un acte de "haine". Le truc avec les démentis du Hezb, c'est qu'on ne sait jamais vraiment s'ils sont sincères (qui sait?) ou s'ils se foutent ouvertement de notre gueule.

2013 s'achève donc sur ça. Des voitures calcinées, des marres de sang et des façades éventrées. 2014 débutera par autre chose, histoire de boucler la boucle. Le 16 janvier s'ouvrira le procès au Tribunal spécial pour le Liban. Je me demande avec la plus grande candeur s'il n'y aurait pas de lien entre ces deux histoires...

lundi, 03 septembre 2012

Clopin-clopant

liban,beyrouth,tabac,cigarettes,loi,interdictionDans cette histoire, tout le monde a raison.

Mes filles se tuent à me le répéter depuis des années: fumer, c’est pas bon pour la santé. Je le sais, et pourtant j’aime ça. Et ce n’est pas le seul vice auquel je m’adonne que la morale réprouve. Je m’arrêterai peut-être un jour, contraint et forcé. Peut-être pas. Je sais que ça noircit les poumons, que ça bouche les artères, que ça abîme la peau... Dans le fond, mes filles ont entièrement raison.

Depuis ce matin donc, une loi est entrée en vigueur au Liban, prohibant la cigarette des lieux publics fermés. 90 dollars d’amende à tout contrevenant! Au début, j’ai cru à une mauvaise blague, mais c’est finalement très très sérieux. Exit la clope des ministères, des bureaux, des restaurants et des bars. Il y a de cela une éternité, quand je suis arrivé dans ce beau pays, je trouvais ça chouette de pouvoir fumer partout. Enfin presque. Le gars au rayon charcuterie avec la clope au bec au supermarché, je trouvais ça moyen moyen. Mais cela ne me dérangeait pas de fumer à l’agence de ma banque: un cendrier trônait même sur le comptoir et cette bonne Laudi fumait comme un pompier quand elle me retirait un dollar pour chaque chèque déposé. Un dollar, ce qui était aussi, à l’époque, le prix d’un paquet de cigarettes. C’est à dire rien du tout. Surtout comparé à certains pays européens. Bref, c’était la liberté totale, et j’aimais ça.

Et puis avec le temps, certains restaurants ont prévu des jours non-fumeurs. Certaines entreprises ont interdit la cigarette. Même ma banque bien aimée s’est fendue d’un signe interdiction de fumer. Franchement, j’ai trouvé ça plutôt bien.

Et puis voilà que cette fichue loi est tombée.

Depuis ce matin, ça s’excite sur les réseaux sociaux. Les «contre» hurlent au scandale! Il y a les libertaires, réfractaires à tout recul sur leurs libertés individuelles, les patrons de restaurants pas contents qui se disent que cela va faire fuir la clientèle... Ceci dit, ils n’ont pas tort sur ce coup-là: interdire le narguilé dans un restaurant libanais, c’est comme dire que Fairuz chante comme une casserole, que les Libanais sont des Arabes et non les descendants des Phéniciens. Ça dépasse la simple provocation, c’est une déclaration de guerre. Les volutes de tabac font partie de la culture locale. Y toucher, c’est toucher à l’identité libanaise, au mode de vie insouciant qui caractérise souvent ce peuple. Un peuple habitué aussi à ce que les lois ne soient pas appliquées dans son pays clopin-clopant. Un commentateur ce matin se disait, avec un cynisme plein de vérité, que dans cette histoire, ce sont les patrons de restaurants de la banlieue sud qui allaient se frotter les mains puisque l’Etat n’a pas son mot à dire là-bas. Plus généralement, les «contre» se disent qu’il y a des problèmes bien plus importants à régler en priorité. Dans le fond, les «contre» ont entièrement raison.

Et puis les «pour» – non-fumeurs mais pas seulement – se félicitent d’une telle décision, raillant les «contre», argumentant que toute loi est bonne à prendre, surtout en matière de santé publique, même si, effectivement, l’Etat devrait avoir d’autres chats à fouetter. Les «pour» vont pouvoir (si la loi est appliquée bien sûr, ce qui est un gros ‘si’) respirer l’air frais des climatiseurs dans les salles de restaurant. Je l’avoue, je suis comme eux: ça me casse toujours les pieds quand une grosse bedaine est en train de tirer sur son Cohiba juste à côté de moi, même si la petite clope entre le dessert et le café va me manquer. Dans le fond, les «pour» ont entièrement raison.

J’écris ces lignes sur ma terrasse, en regardant la mer droit devant moi et la montagne sur ma droite. Un épais nuage de pollution recouvre la ville. Cela fait des années que mes scrupules se sont envolés concernant la cigarette: à voir ce que mes poumons inspirent à chaque fois qu’ils se gonflent, je me dis que cette interdiction ne servira à rien. Le gouvernement devrait plutôt plancher sur la réduction du trafic urbain, sur l’interdiction de ces bus dont on ne devine même plus la couleur d’origine tant ils polluent, sur la remise en état des centrales électriques à gaz et qui fonctionnent au mazout, sur, sur, sur... Plutôt que de vouloir entrer dans la cour des pays dits civilisés par la petite porte. Je me souviens du premier séjour que j’ai passé à Paris après l’entrée en vigueur d’une loi similaire. Je devais retrouver un copain bossant à TV5. Sur cette avenue des beaux quartiers dans le XVIIe arrondissement, les fumeurs tiraient sur leur tige, en grappes devant l’entrée de l’immeuble. Le trottoir était jonché de mégots, c’était à vomir. En y repensant, je me dis que la loi libanaise ne sera donc jamais appliquée. Nous n’avons pas la chance d’avoir des trottoirs à Beyrouth. Dans le fond, je me dis que j’ai entièrement raison.

 

[...]

Je vous laisse avec un humoriste interdit (lui aussi) qui parle de la cigarette. Tiens, je me demande si deux interdictions font une permission...

mardi, 31 juillet 2012

Timbré

Panique à bord. J’ai besoin d’émettre le plus rapidement possible des papiers officiels, et plus d’encre dans l’imprimante. Je déboule chez Tony, le papetier en bas de chez moi. Je regarde la petite étagère où trônent les boîtes HP. Miracle. Les nº22 et 27 sont là, je souris.

« – Tony, tu veux que je te dise, je t’aime!
– Pas autant que moi, David.
(faut bien le dire, je suis un bon client)
– Tu peux me donner une 22 et une 27, j’ai une urgence.
– OK. Ça fait... 69000 livres.
(gloups, HP, hors de prix, je me demande si c’est une coïncidence)
– Ah, au fait, j’allais oublier. Il me faut aussi des timbres à 100 livres.»

Tony éclate de rire.

« – Tu n’es pas au courant?
– Au courant de quoi?
– Ça fait des semaines qu’il n’y a plus un timbre dans le pays! Regarde ces deux factures que je viens de recevoir ce matin. C’est signé, c’est tamponné, mais il n’y a pas de timbre.
– Ah. On peut faire sans alors?
– Tu n’as pas le choix. Mais ne sois pas surpris si, dans deux ans, un gars du ministère vient te demander de payer une amende de deux millions parce que tu n’auras pas mis de timbre aujourd'hui.
– Tu blagues?
– A moitié.
(j'ai un petit faible pour son sens de l'humour)
– Bon, bein je ferai comme tout le monde. Ce sera sans timbre. On verra bien.»

Une heure plus tôt, j’étais en voiture avec quelqu’un de très cher, ayant finalement jeté l’éponge quelque mois plus tôt et donc parti voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Après un mois passé à Beyrouth, ce quelqu’un me faisait la trop longue liste de tout ce qui n’allait pas dans le pays, de tout ce qui avait empiré en seulement un an. J’acquiesçais. Il visait juste la plupart du temps. Je me suis dit aussi que c’était peut-être pour se convaincre d’avoir fait le bon choix, prenant soin d’oblitérer ce qui fait (encore) le charme de ce putain de pays. Toujours cette fameuse question du regard. Mais je vais être honnête, je me suis aussi demandé si je n'étais pas complètement timbré d'être encore là.

De retour chez moi, je me suis senti tout con. J’imprime daredare mes papiers officiels, je signe, je tamponne et je ne timbre pas. Désemparé. Avec les années, je me suis peut-être trop bien adapté à l’une des caractéristiques du fonctionnement de toute la société libanaise: plus il y a de timbres et de coups de tampon, mieux c’est.

Je me souviens alors avoir glissé des timbres dans mon portefeuille quelques semaines auparavant.

Erreur. Pas des timbres, mais un timbre. Le voici.

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Alors voilà, les choses sont simples. Ce timbre – magnifique, sublime, vestige d'un passé glorieux mais révolu – est peut-être le dernier représentant de son espèce, le dernier témoignage qu’un jour, autrefois, jadis, le Liban fut un pays qui fonctionnait normalement, avec un Etat ne serait-ce capable de faire tourner la planche à timbres. Tout le monde parle depuis des mois de la crise de l’électricité dans tout le pays, des réfugiés syriens dans le nord, de cheikh el-Assir au sud, de la saleté de la mer à l'ouest... Tout le monde – ou presque – critique ce gouvernement paralysé à tel point qu’il faudrait le téléporter tel quel pour l’exposer chez Madame Tussauds. Mais comme tout le monde continue également de dire que le business ne s'arrêtera jamais et qu'il y a beaucoup d'argent dans le pays, je vais mettre mon timbre de 100 malheureuses petites livres libanaises aux enchères. Mise à prix: 10000 livres, 100 fois son prix. Ça me paraît honnête.

Qui se lance?

jeudi, 26 avril 2012

Cachez ce slip que je ne saurais voir

liban,beyrouth,procès,graffiti,semaan khawam,superman,palais des justiceIl faut une sacrée dose d’humour (noir) pour en sourire encore. Les prétoires beyrouthins sont actuellement débordés. Les affaires de la plus haute importance se succèdent. Un graffeur attend son verdict le 25 juin prochain. Le crime de Semaan Khawam? Un pochoir montrant un soldat armé d’un AK-47. Il risque 3 mois de prison pour «trouble à l’ordre public». Personnellement, la vue d’une kalashnikov me semble plus violente sur un drapeau que sur les murs déjà bien encombrés de Beyrouth. Toujours dans le domaine du tag politiquement incorrect, Ali Fakhri et Khodr Salamé ont goûté la joie d’être arrêtés et interrogés pour des graffs en faveur de la «révolution» actuelle en Syrie. Puis, dernier dossier en date, celui d’Edmund Hedded et de Rawya el-Chab, poursuivis pour «atteinte à la pudeur» et «humour, terminologie et gestes indécents sur scène» suite à une vente d’hommes aux enchères (au bénéfice d'une association s'occupant d'enfants malades du cœur) durant laquelle Edmund a dévoilé un bout de son caleçon à l’effigie de Superman. Prochaine audience le 30 mai au palais de Justice.

De l’humour, il en faut donc beaucoup. Beaucoup beaucoup beaucoup. Hier, j’étais chez mon cher dentiste. Au moment de fixer l’heure de la prochaine séance de torture, il sort son téliPhone, et lance une application que je ne connaissais pas (honte à moi): Beirut Electricity. Histoire de voir si «mercredi prochain 15h45» tombera ou non dans la mauvaise tranche. Ce scandale – parmi tant d’autres – mériterait bien de menotter quelques ministres et ex-ministres. Mais bon, s’attaquer à Superman est un défi plus noble, convenons-en.

En fait, en me baladant du côté d’Adlieh, j’ai enfin compris pourquoi notre cher système judiciaire semble s’enorgueillir de marcher à côté de ses rangers. Il suffit pour cela de regarder le nom du quartier sur les murs.

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samedi, 26 novembre 2011

Visitez le Liban

liban,office du tourisme,le caire,Egypte,place TahrirCe n'est pas moi qui le dis, mais la magnifique devanture de ce qui fut peut-être – un jour, jadis, autrefois, au siècle dernier? – un office du tourisme libanais. Celui-là est au Caire, en bordure de la place Tahrir. Pas de bol, dans le coin, tout est fermé depuis des mois...

Et puis à 20m de là, il y a beaucoup de manifestants, mais aussi des artistes, alors c'est bien de leur donner la parole. Les dessinateurs du Caire ont beaucoup d'humour et se paye la tête des généraux de la sainte armée égyptienne (vainqueur comme chacun sait de toutes les guerres israélo-arabes).

Quand soudain, parmi tous les graffitis ornant les environs, je tombe sur ça:

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Ça vous dit quelque chose, non?

mardi, 15 novembre 2011

Fighting spirit

C’est la deuxième fois en presque 15 ans que je me réjouis d’une victoire sportive libanaise. Très franchement, personne ne s’intéresse vraiment au sport de haut niveau ici, mis à part au basket et au rugby à XIII (quoique je n’ai jamais compris l’intérêt de l’existence même d’un rugby -2). La première fois donc, c’était grâce à la première de ces deux disciplines que j’avais sauté de joie (oui, j’étais chauvin à l’envers ce jour-là). La deuxième remonte à aujourd’hui. Le Liban version foot a battu 2-1 la Corée du Sud en éliminatoires après avoir été corrigé par ces mêmes Coréens le 2 septembre dernier. Le genre de victoire qui restera vraiment gravée dans les mémoires ici (surtout pour les spectateurs, pour une fois qu’un stade est rempli!). Et ce même si l’équipe nationale ne parvient pas à se qualifier au bout de chemin. Un vrai fait d’armes qui vaut tous les discours.

Du coup, grand prince aux poches percées, le gouvernement va offrir 10 millions à chaque joueur, en guise de prime. Certains grinceront des dents, probablement... devant une pratique pourtant largement répandue à l’étranger. Du moment que les gars de la fédé ne se sucrent pas au passage, ça ne me choque pas spécialement. Ça donnera peut-être envie à d'autres de mouiller le maillot. Allez, revoyons les buts (désolé pour le «Kataeb TV» très moche, ce n’est pas de ma faute).

C’est vrai, les occasions sont trop rares de se réjouir d’un exploit libanais en sport. Vraiment trop rares. Enfin... Ça dépend du sport. Tenez, regardez, ça date d’hier soir. Ça ne vole pas très haut (au premier degré, sans ironie, vraiment, j’vous jure, promis, craché). Malheureusement.

vendredi, 11 novembre 2011

L’important, c’est de voter – ou non

liban,concours,new7wonders,grotte,jeita«Vote for Jeita so we can officially be cavemen.» Cette jolie phrase n’est pas de moi, je l’ai piquée au profil Facebook de Claude el-Khal ce matin. Dans un peu plus de deux heures, le Liban saura si la Grotte de Jeita fait partie – ou non – des 7 nouvelles merveilles de la nature. Cela fait des semaines que mon cellulaire reçoit des invitations à voter en ligne pour ce concours qui passionne – ou non – les foules. En tout cas, difficile de passer à travers cette hystérie virtuelle qui agite les réseaux sociaux et les huiles du pays, entre Facebook, le président, le Premier ministre, Nancy Ajram, MTC et différents sites web qui nous ont convaincu – ou non – du côté «cause nationale» d’un tel racolage. J’aimerais bien qu’il en soit de même pour l’instauration du mariage civil ou celle d'un vrai permis de conduire, la mise à la retraite forcée de Nabih Berri qui vient encore de rajouter une couche à la position libanaise quant à l’actualité syrienne, l’électricité 24h/24... Bref, les motifs de mobilisation ne se comptent pas vraiment sur les doigts de la main, alors placer en nº1  la Grotte de Jeita – promise à une lente destruction à cause de la pollution des eaux souterraines du bassin qui l’alimente – devait certainement être une priorité.

Ou non.

Mais bon, d’ici la fin de la journée, on pourra parler d’autre chose... Nous pourrons revenir sur la petite opération de censure sur les affiches de Tintin. Durant quelques heures, un nom a été rayé de l’affiche: Steven Spielberg. J’imagine bien la ou les raisons de nier l’existence de l’auteur de Schindler’s list. Que se passera-t-il si j’écris son nom plusieurs fois? Voyons voir: Spielberg, Spielberg, Spielberg, Spielberg, Spielberg... Hein? Rien? Je devrais peut-être aller en prison pour ça – ou non. Nous pourrons également blablater sur la lente et tardive arrivée de la 3G sur nos téléphones à l’heure où tout le monde parle de la 4G, sur l’avenir dont personne ne parle de la belle-fille libanaise de Kadhafi, sur le discours de Capitaine Caverne ce soir à la télévision durant lequel il nous parlera – ou non – de l’affaire de Tarchich, ou encore sur le Salon du livre francophone qui semble se réduire à peau de chagrin, année après année. Hein, quoi? Rien de positif? Si si, il y a le beau ciel bleu au-dessus de nos têtes tout de même, l’odeur du café le matin et le prix encore abordable du paquet de cigarettes pour les fumeurs.

Allez, il vous reste une poignée de minutes pour aller voter. Sinon...

vendredi, 02 septembre 2011

Lux gremlina

liban,beyrouth,électricité,lampadaires,bassil,berry,l'orient-le jour,magazine,rania magazine,gremlinsOh, c’est vrai, cela avait un petit côté pittoresque il y a 15 ans. Ces coupures de courant, ces sautes de tension, tous ces appareils électriques qui pétaient les plombs les uns après les autres. «C’est à cause des événements, me disait-on. Ça ne va pas durer.»

Mouais.

Nous sommes donc en 2011. Plus de vingt ans après les «événements». Ce matin, Gaby Nasr allumait encore tout le monde dans son billet de L’Orient-Le Jour, avec en point de mire deux aberrations politico-tribales: Berry et Bassil. Le numéro de Magazine, lui, faisait sa Une sur les «irréconciliables» Joumblatt et Aoun. Et dire qu’il y a encore des gens pour suivre ces esprits éclairés...

Pendant que ces tristes clowns s’évertuent à faire croire qu’ils sont vraiment en charge de la chose publique, je me demande simplement comment fonctionne l’éclairage public de Beyrouth. Il arrive souvent de se retrouver, la nuit tombée, dans des rues qui ressemblent plus à des coupe-gorges qu’à autre chose (ceci dit, je préfère ça à me balader aux Halles à Paris un samedi après-midi). Mais en pleine journée, alors que le dieu soleil nous abreuve de sa pluie de photons, les lampadaires fanfaronnent. Du coup, je m’interroge: comment cela fonctionne-t-il? Les heures d’éclairage sont-elles automatisées? Y a-t-il intervention humaine, avec un employé chargé d’appuyer sur un interrupteur pour allumer ces réverbères? Vraiment, quelqu’un pourrait-il me donner un soupçon de début d’indice?

Alors, devant cette énigme que je n’arrive toujours pas à résoudre, je préfère me replonger dans la lecture de la presse libanaise. Car c’est là finalement qu’il y a toujours (enfin, pas toujours...) quelque chose d’intéressant à trouver.

Tenez, hier, par exemple. J’étais chez Tony, le papetier en bas de chez moi. Je regarde le stand des magazines et trouve le dernier numéro de Rania Magazine. Je ne connais pas le nom du (de la) rédacteur(trice) en chef, ni celui du ou de la DA, mais je voudrais les remercier du fond du cœur pour avoir retrouvé la plus attachante des héroïnes ayant bercé mon enfance: la Gremlins fille.

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Vraiment, un très grand merci.

vendredi, 22 juillet 2011

La 5e colonne

Je suis arrivé là, pas vraiment par hasard. Sur ce bout de terre qui n'en est pas vraiment un. Je pense qu'il ne devait pas être là il y a vingt ans. Peut-être, un jour, la mer s'est-elle retirée. Juste à cet endroit. Laissant alors apparaître la colonne vertébrale d'un monstre sorti du fond des âges. Là, à Beyrouth, sur ce front de mer qui tente désespérément de se donner des airs de je-ne-sais-quoi.

DSC_0036snb.jpg

En la voyant, j'ai essayé de m'imaginer la bête. Colossale. Agressive. Avec une queue interminable lui servant d'arme fatale contre ses congénères. Elle devait bien mesurer 300 mètres de long, peser des dizaines de tonnes. Peut-être venait-elle d'une autre planète. Je n'en sais rien.

Pendant une heure, j'ai tenté de comprendre ce qu'elle faisait là. Comment elle était arrivée là. Pourquoi personne n'en parlait en ville. Incroyable tout de même, cette preuve d'une vie dépassant tout ce que la Terre avait enfanté auparavant. Ici, à Beyrouth et nulle part ailleurs.
Je me suis approché, j'ai touché ces vertèbres minéralisées. Elles étaient lisses et rugueuses en même temps, devaient s'emboîter parfaitement les unes aux autres. J'imaginai les masses de cartilages et de tendons qui avaient, quelque part dans le temps, relié tout ça, animé tout ça, avec une puissance inégalée. Je n'en revenais pas de cette découverte. Je voyageai sur place, dans un silence bercé par un lointain ressac.

 

[...]

Et puis il est arrivé. Le petit bonhomme en gris que j'avais repéré en arrivant, ronquant tranquillement à l'ombre de sa cahute. «Mamnou3, mamnou3!», me lança-t-il alors que j'étais en train de prendre une dernière photo de cette monstrueuse colonne vertébrale. Mon petit rien tout gris m'explique alors que ce terrain est la propriété (privée) de Solidere et qu'il est évidemment interdit d'y venir, qui plus est équipé de cette odieuse invention numérique.

Solidere, Dahyeh, même combat. Le pays s'est transformé en gigantesque propriété privée où prendre une photo est passible de la peine de mort. Il me fait rire, ce bon monsieur Mikati, quand il déclare que la priorité des priorités est d'assurer la «prospérité de la saison touristique».

Chers touristes, vous êtes les bienvenus, évidemment. Mais mieux vaut vous prévenir: la 5e colonne veille au grain, alors contentez-vous d'acheter des cartes postales.

mardi, 28 juin 2011

Nouveaux locataires ?

« – Chou hayda? On va avoir de nouveaux voisins?, demande Laure.
– Je ne sais pas, tante. Je n'ai pas mes lunettes, mais on dirait bien un parking là-bas?, lui répond Georges.
– Un parking? Mais qu'est-ce que tu me chantes là? Tu le vois bien, c'est un immeuble, rétorque Ammo Charles.
– La, mich ma'oul ! Un immeuble ici, impossible. C'est bien le dernier endroit où on peut construire un immeuble!, l'interrompt Lutfallah.
– Mais tu ne te rends pas comptes, partout dans le quartier, c'est la même chanson. Des immeubles neufs qui poussent de partout!, s'entête Ammo Charles.
– Oui, mais pas ici!, assène Lutfallah avec aplomb.
– Je dois dire que je suis d'accord, avance Laure. Ça me paraît incongru de construire une tour au-dessus de nos têtes.
– Eh!, Regardez un peu à gauche. Vous voyez ce que je vois?, demande Georges aux autres.
– Quoi, les piliers de béton?, relance Ammo Charles.
– Oui! C'est tout de même incroyable! Un immeuble à flanc de colline, passe encore, mais un autre en plein milieu, c'est du grand n'importe quoi!
– Tu sais habibi, les proprios ont peut-être senti un bon filon: construire pour augmenter le nombre de locataires. Ça serait logique, remarque le cousin Nicolas qui arrive, sûr de lui. A leur place, j'en aurais fait autant. Il n'y a plus de surface au sol, alors il faut grimper, c'est la loi de notre nature.
– Tu ne m'enlèveras pas de l'idée que c'est totalement saugrenu, regrette Georges.
– Nous étions si bien ici, murmure Laure. Haram, quel dommage... Et puis je suis sûre que ce sont les nouveaux riches qui poussent les propriétaires à construire. Ils veulent avoir une place parmi nous, parmi les grandes familles d'Achrafieh.
– Peut-être. En tout cas, je me demande combien ça coûtera d'être tout en haut avec vue sur la mer?, s'interroge Nicolas avec malice.
– Ah la mer...» Laure se tait quelques secondes, puis reprend. «Quand je suis arrivée ici, il y a bien longtemps, je la voyais entre les pins.»


[...]

Je ne sais pas si le cousin Nicolas a raison du fond de son caveau, mais bon. Le cimetière Mar Mitr était un bel endroit, presque calme, dans la ville bourdonnante. Interdit d'y prendre des photos, peut-être à cause de toutes les «stars» qui y ont élu domicile. Mais en ce moment, le son du chantier couvre celui des cloches. Entre la peste et le choléra, difficile de choisir.

cimetiere mar mitr.jpg

mercredi, 15 juin 2011

Min ma3é ?

Le téléphone vibre. Le téléphone sonne. Sur l'écran, un numéro inconnu apparaît. Je décroche.

decline.jpg

« – Allô?
– 3allô? (difficile de rendre par écrit la nonchalance du début du mot «3allô», le son «3a» s'étalant sur deux bonnes secondes, comme une mauvaise panade)
– Oui?
– Min ma3é?
– Hein?
– Min ma3é?
– Chou, min ma3é?
– Min 3ambyehké?
– Enta min?
– La, la, la. Min ma3é?
– OK habibi. Bye bye.»

Je l'avoue: cela fait des années que ça dure et c'est une chose à laquelle je n'arrive pas à m'habituer. En gros (pour ceux qui n'ont pas saisi l'essence du petit dialogue ci-dessus), quelqu'un appelle en s'étant trompé de numéro, tombe sur un interlocuteur qu'il ne connaît pas (moi, donc) et demande à ce dernier de décliner son identité. C'est systématique. Moi, ça me gonfle. De manière fort légitime, d'ailleurs. Dire qui je suis à un étourdi du clavier que je ne connais ni d'Eve ni d'Ali et qui n'a pas la délicatesse de donner son nom, je n'y vois pas trop d'intérêt. Au mieux, un motif d'agacement.

Mais attention. Parfois, le téléphone sonne de nouveau.

« – 3allô?
– Chou baddak ba3d?
– Abou Youssef?
– La.
– Min ma3é?
– ... (silence, je cherche le bon mot pour lui signifier mon agacement)
– Chou esmak?
– Tu commences à me péter les noix, toi! Min 3ambyehké?
– Abou Youssef mawjoud?
– Mafi Abou Youssef honé. Ghalat!»

Je raccroche. Le téléphone sonne à nouveau. Le même numéro s'affiche. Je laisse sonner dans le vide. A mon corps défendant, je l'avoue, je ne m'appelle pas Abou Youssef.

[...]

Pendant ce temps-là, Abou Youssef devait certainement être en train de regarder la télé en découvrant la composition du nouveau gouvernement. En se demandant certainement «Min ma3 baladé?».

«Ghalat, habibi.» Depuis le temps, question gouvernements de branques, Abou Youssef devrait être habitué, lui.

jeudi, 03 mars 2011

Faites des professeurs

Ce matin. Beau soleil. Embouteillage dans le quartier du musée. J'écoute la radio. Les matinales d'Abdallah passent ça. Magnifique, pas une ride à l'horizon.

Bla bla bla. «...et nous célébrons aujourd'hui la fête des professeurs. En tout cas, c'est ce que dit Wikipedia.» Bla bla bla.
C'était donc ce matin, aux alentours de 7h35, sur les ondes de Radio Liban.

L'embouteillage se fait de plus en plus dense. Dix minutes plus tard, la cloche d'une «grande» école beyrouthine doit sonner, tout le monde aimerait se presser pour déposer sa progéniture dans les temps. Mais les rues sont étroites et les péniches 4x4 des mamans ont souvent du mal à se frayer un chemin. Il est rare de mettre la première plus de 20 secondes d'affilée. Clairement, vu les bouchons, le jour des profs, c'est pas pour aujourd'hui. Je vérifie dans mon agenda où j'ai pris soin de noter tous les jours chômés (on est jamais trop prudent, c'est vite arrivé d'en oublier un, croyez-moi) et j'envoie un sms à Abdallah: c'est la semaine prochaine. Merci Wikipedia, encore du bon boulot.

Commence alors la mélodie d'un artiste américain dont le nom figure pourtant sur la liste noire des méchants-chanteurs-qu'il-ne-faut-surtout-pas-écouter.

J'écoute d'un œil. Je souris, tout seul dans la voiture. Je l'avais presque oubliée celle-là: la fête des professeurs! D'ici mercredi prochain donc, la totalité des parents au Liban (moins les profs bien sûr) va se creuser la cervelle pour dénicher une nounou occasionnelle, une voisine, une grand-mère. N'importe quoi fera l'affaire. Parmi les jours fériés non religieux, la fête des professeurs qui tombe chaque année début mars est celle qui me cisèle les joyaux le plus – davantage encore que le jour de la sainte armée libanaise. Les professeurs jouissent d'une journée gratuite, petit trou supplémentaire dans le gruyère du planning annuel des congés. Sans oublier la petite tradition qui va avec: les gamins doivent se pointer la veille avec un cadeau. Durant deux ou trois ans, l'une de nos filles a eu l'honneur d'être dans la même classe que la fille d'un ponte du prêt-à-porter de luxe. La petite demoiselle se pointait alors systématiquement avec des sacs estampillés du magasin de papa, à l'attention des maîtresses. Ça épate la galerie ce genre de choses. Ça peut choquer aussi.

Et puis là, je viens de trouver dans mes spams ceci: une publicité gentiment envoyée par une chaîne de magasins (type papeterie et gadgets variés). La voici.

jour des professeurs.jpg

En vue de cet événement inratable, le magasin en question propose donc des idées-cadeaux pour nos chers professeurs: des bougies, des tasses, des cadres-photo, des sacs, des tabliers... C'est la première fois que je vois des pubs pour l'occasion. Moi, j'offrirais bien des livres d'histoire-géo aux enseignant(e)s, pour que mes filles arrêtent d'apprendre que le Moyen Age a commencé en 500 avant Jésus Christ ou que le Liban est une île entourée d'une mer toute bleue, même si cela n'a l'air de choquer personne.

Je m'extirpe de l'embouteillage. A la radio, Leonard a laissé le micro au p'tit gars de Minneapolis. Ça donne ça.

En écoutant la fin de la chanson, je me dis qu'il a raison, le petit prince: il faut tomber amoureux, faire des enfants, et les appeler 'Nate' si ce sont des garçons. Et en faire au choix des curés, des militaires ou des professeurs. Y'a que ça de vrai.

dimanche, 06 février 2011

[SCOOP] Les Teletubbies de retour à la télé

Voici une belle exclu: les premières images de la nouvelle émission pour enfants qui sera bientôt diffusée à la télévision au Liban. Nos chères têtes blondes y découvriront des personnages très attachants: le jaune s'appellera Soussouna, l'orange Poupoun, le vert Gigié et le Noir Soso. Ils auront même, dès le premier épisode, un petit copain de retour au bercail, le rouge qui arrive en trottinette là-bas au fond, ce sympathique Wawa. Le titre du pilote: Réconciliation '11.

teletubbies lebanon.jpgLes gamins pourront s'identifier à leurs héros potelés. Leurs aventures allieront imaginaire, élégance, moralité avec un soupçon de populisme. Mais pas trop.

Avec Sousouna, Poupoun, Gigié, Soso et Wawa, la vie sera plus belle!

Et si jamais cette nouvelle série – qui sera diffusée tous les jours en boucle – ne pète pas l'audimat, une autre série jeunesse est dans les cartons. Mais pas pour tout de suite, nous assure-t-on. Il s'agirait d'un concept importé qui a fait ses preuves ailleurs.

vendredi, 21 janvier 2011

Soirée Quizz !

QUIZZ #1

Mesdames et messieurs, voici un p'tit questionnaire, rien que pour vous. Regardez la photo ci-dessous (notez les indices, il y en a), puis répondez...

taef saoud.jpg


Quel est cet événement ?

A. Le dernier tournoi du World Poker Tour
B. La signature de l'accord de Taef
C. La conférence de presse d'après-match entre le FC Jeddah et la sélection autrichienne de foot
D. Le jury du Festival de Cannes


En quelle année a été prise cette photo ?

A. 1289
B. 1982
C. 1989
D. Plus ou moins autour de l'an 2000


Comment s'appelle le gars au milieu ?

A. Le prince Saoud el-Fayçal
B. Le roi Saoud el-Fayçal
C. L'empereur de l'espace Saoud el-Fayçal
D. Dieu (al-Fayçal)


Comment s'appelle le gars à droite ? (attention, question piège)

A. Nabih Berri
B. Nabih Berri
C. Nabih Berri
D. Hussein el-Husseini
E. Nabih Berri
F. Nabih Berri
G. Nabih Berri
H. Nabih Berri
I. Nabih Berri
J. Nabih Berri


Comment s'appelle le gars assis à gauche ?

A. Sidi Brahim, pas besoin de le présenter
B. Sid Ahmed Ghozali, alors ministre algérien des AE, et qui aurait pu être dictateur lui aussi puisqu'il a tenté sa chance deux fois à la présidentielle algérienne
C. Sid Vicious, le chanteur des Sex Pistols
D. Sid, le copain débile de Manny dans Ice age

 

[...]

En jetant un coup d'œil sur les nouvelles du jour, je suis tombé sur ça. En voyant la photo, je me suis souvenu de celle postée plus haut et du visage moins ridé de Saoud el-Fayçal, qui jouait déjà au pompier des Affaires étrangères il y a 21 ans. C'est à croire que l'homme est joueur. Ou masochiste. Ou éperdument optimiste. Ou soucieux de protéger ses investissements.

Je pencherais plutôt pour la dernière option. Mais avec des chirurgiens iraniens, ex-ottomans, syriens, saoudiens, français, américains et qataris en pleine salle d'opération, le patient libanais a – au mieux – quatre possibilités:

A. Se faire amputer de ce qui lui reste de libre arbitre
B. Se faire anesthésier un peu trop longtemps
C. Se faire découper en rondelles, chacun des médecins repartant avec une tranche de soujok sous le bras
D. Prier (qui?) pour que, à son réveil, l'infirmière soit un ange et que ses yeux soient verts

Personnellement, mon médecin de famille me dit que le mal est incurable. Faudra vivre avec.

 

QUIZZ #2

Quel est le côté le plus usé de la veste de Walid Joumblatt ?

A. Le recto
B. Le verso
C. Les deux
D. La veste en question vient de tomber en lambeaux, mais la tête de son fils est sauve (pas chauve, sauve), et c'est bien là la plus grande certitude politique des dernières 24 heures: nous aurons un Joumblatt dans le paysage politique libanais pour les 30 ou 40 prochaines années.

Notez que sur cette photo, Walid a davantage de micros que Tinky Winky Bassil lors de la conférence de presse des Teletubbies la semaine dernière. Oh, quoique... à bien y regarder, ça se vaut. C'est beau un système consensuel, tout de même.

samedi, 01 janvier 2011

La pluie a attendu minuit 2

C'était une première: une Saint-Sylvestre passée dehors, au centre-ville de Beyrouth. Avec comme objectif de rallier minuit en bas de la place des Martyrs où un compte-à-rebours était prévu à 23h59mn40s.

Premier constat (qui n'est pas une nouveauté en soi): le centre-ville, ses restaurants et ses boutiques ne sont pas pour les Libanais. On y parlait tous les arabes possibles, sauf celui de l'est de la Méditerranée. Ça ne devrait plus m'étonner, mais ça fait toujours un petit pincement au cœur de se dire que le cœur de la ville, justement, n'appartient pas à ceux qui y habitent... Vers 22h30, direction le bas de la place des Canons, des Martyrs ou des Bétonneuses, comme vous préférez, pour assister à des projections sur la façade de l'immeuble UFA. Sauf que pendant plus d'une heure, nous avons eu droit à trois greluches tout droit sorties d'une production Vivid des années 80. Clou de spectacle (en playback?): les trois publicités sur patte pour les chirurgiens du pays ont "chanté" d'un balcon.

ufa 2.jpg

Sur la place, des dizaines de centaines de gars en rut s'affolaient au moindre déhanchement. Pathétique mais sympathique. Et puis le public a radicalement changé en 2 minutes, les adolescents (à scooter) laissant place à des familles pour les fameuses projections. Comme toute bonne manifestation qui se respecte, cela a commencé par l'hymne national (kulluna tralala), puis par un clip sur l'histoire du pays, des Phéniciens à la victoire divine du Hezb en passant par la manifestation du 14 mars 2005. Comme ça, tout le monde était content, chacun a pu applaudir ses 10 secondes préférées. J'ai beaucoup aimé le cèdre repoussant après la guerre de 2006, en jaune et vert. Passons.

La ribambelle de créations prévues pour la projection a défilé sur la façade, et c'était franchement chouette (faut d'ailleurs voter on-line pour les meilleurs clips – hors catégorie cependant: les pubs, dont celle du père Noël pilotant un avion UFA ah ah ah). Bonne ambiance, chapeaux pointus et pouet-pouet de rigueur.

Et puis tout le monde commençait à regarder sa montre... Tout le monde attendait le compte-à-rebours quand... les feux d'artifices ont commencé du côté du Biel. Petit décalage, comme en plein ramadan quand le muezzin du coin attend 30 secondes que son voisin ait commencé pour y aller lui aussi. Et puis voilà, 20, 19, 18... 3, 2, 1... Happy new year 2011!

compte 2.jpg

Reste à voir.

Bon, d'accord, faut tout de même remercier la météo car il n'a commencé à pleuvoir (vraiment) que 2 minutes après le gong de 2011.

mercredi, 24 novembre 2010

Yes madam? Sorry madam.

Franchement, j'ai pas pu résister.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

mercredi, 29 septembre 2010

4e soir sans eau

water beirut.gifSamedi après-midi
– «Tu sais quoi Bruno [c'est un copain allemand, mais rien à voir avec le film], au Liban, je préfère encore les coupures d'électricité aux coupures d'eau. C'est franchement insupportable quand ça te tombe dessus.»

Dimanche soir
Pas d'eau en rentrant le soir. Merde alors! Pas de doute, après 5 douces années où je suis passé entre les gouttes, j'avais oublié le goût des coupures d'eau à la fin de l'été. Bon, comme je n'ai pas bougé le petit doigt de la journée, je fais l'impasse sur la sacro-sainte douche du soir. Ça reviendra demain, c'est sûr.

Lundi soir en rentrant
Saperlipopette, toujours pas d'eau. Bon, j'espère que le plombier saura quoi faire demain. Douche (devenue d'intérêt public) chez les copains. C'est rageant, car ce soir-là, j'entends le petit sifflement des pompes dans les immeubles du quartier. Le prochain remplissage aura lieu dans 48h. Soit mercredi soir.

Mardi soir
Le plombier n'a rien pu faire, tout semble fonctionner normalement dans l'installation tuyauterie/pompe à eau/tralala. Au programme, pour le lendemain donc: faire venir le gars de la compagnie des eaux pour savoir pourquoi la cuve ne se remplit pas. La vaisselle commence à s'empiler dangereusement dans l'évier de la cuisine. Re-douche chez les copains. Ils sont vraiment sympas.

Mercredi matin
Toujours pas d'eau au robinet. Mais comme j'ai vraiment très envie de me faire un café, je vide à la petite cuillère le marc qui commençait à sécher dans le fond de la rakwé pour me faire bouillir un peu d'eau (minérale forcément). La loose. Je croise les doigts toute la journée en espérant que le gars de la compagnie des eaux aura réglé le problème dans la journée. Comme ces trois derniers jours, je me lave les dents à l'eau de la fontaine d'eau minérale suprafraîche. La classe.

Mercredi soir (pas plus tard qu'il y a trois heures)
Je rentre dans le noir, direction le robinet de la cuisine. Je ferme les yeux (même si j'y vois que dalle), je croise les doigts (encore), je prie la sainte Vierge (non, je déconne) et tourne la poignée du robinet. Rien. Pas une goutte. Je file à la salle de bain. La douche déglutit, me fait un petit rototo et m'offre un petit filet d'eau. Super loose.

Le gars des Eaux de Beyrouth est bien venu, mais il n'a rien pu faire, si ce n'est expliquer aux voisins que là, c'est la pénurie, qu'il est assailli de coups de fil toute la journée et qu'il n'a rien d'autre à conseiller que de se rabattre sur les gars qui sillonnent la capitale au volant de leur petit camion citerne pour se faire livrer de l'eau (je n'ai même pas envie de connaître les tarifs en 2010, je suis resté sur ceux de 2005 et ça faisait déjà mal), qu'il faut attendre qu'il pleuve... Et puis surtout, qu'il y a une vieille du quartier qui n'a rien trouvé de mieux que d'appeler son plombier pour dévier vers son appartement le tuyau principal de la rue. C'est vrai quoi, la pauvre dame n'avait pas de quoi se faire le café, faut la comprendre. Du coup, ce sont tous les immeubles du coin qui sont à sec ou presque.

Ce soir, le remplissage terminé, j'ai donc un petit quart d'eau dans la cuve, pas suffisamment néanmoins pour qu'il y ait le minimum de pression requis pour que l'eau fasse normalement le trajet cuve du bas/cuve du toit/chauffe-eau/robinets de l'appartement. La douche que j'attends depuis des heures se fera au dé à coudre pour ne pas gaspiller mon précieux trésor. Avec ce qui restera, je me ferai un pastis. Sauf que je n'en ai plus. Chienne de vie.

J'aurais vraiment dû la boucler samedi dernier quand je discutais avec Bruno.

lundi, 30 août 2010

All the militia men, go home!

mardi, 20 juillet 2010

Blancs comme neige

snow white beirut.jpgCe tag est le meilleur résumé de ce début d'été au Liban. Y'a vraiment tout ce que l'on veut y lire...
A vous d'interpréter!

 
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