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dimanche, 15 mai 2011

Ce n’est pas Beyrouth qu’il fallait regarder aujourd’hui

DSC_0116r.jpgIl y a des guerres qui ont débuté pour moins que ça. Alors que les partisans de la laïcité défilaient dans le centre-ville de Beyrouth, d'autres manifestants commémoraient la Naqba au Sud. A Maroun el-Ras – qui avait été rasée durant la guerre de 2006 –, les manifestants comptaient leurs morts et leurs blessés ce soir. Dix morts, cent douze blessés aux dernières nouvelles. Les tirs israéliens n'ont pas fait de détail. Vraiment, il y a des guerres qui ont débuté pour moins que ça.

vendredi, 15 avril 2011

Pomme C Pomme V impossible

Très court extrait du dossier spécial (12 pages) sur les révoltes dans le monde arabe, paru ce matin dans le quotidien Le Soir. Vous pouvez le télécharger en intégralité ici, ça vaut le coup.

mark mansour.jpgLes politiciens libanais continuent à longueur d'interview de réclamer la paternité du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe. Selon eux, les révoltes actuelles sont les filles de la «révolution du cèdre» du printemps 2005 qui avait vu la population libanaise obtenir – pacifiquement – le départ de l'armée syrienne, après 30 ans de tutelle. Six ans plus tard, les soldats syriens ne sont plus là, mais Damas dispose toujours de ses relais, puissants, à Beyrouth.

Vu de la capitale libanaise, les révoltes en cours dans le monde arabe laissent perplexes: impossible d'en faire un copier-coller. Car ici, il n'y aurait pas un Ben Ali ou un Moubarak à chasser du pouvoir pour faire une «vraie» révolution, mais une bonne vingtaine. Tous chefs de partis politiques ou chefs de clans, ceux-ci décident de la direction à suivre pour toute leur communauté. Et les revirements à 180º ne leur font pas peur, leurs ouailles suivant aveuglément: l'intérêt de leur communauté prime, l'intérêt national passant au second plan.

Pas étonnant donc de trouver toute une frange de la jeunesse libanaise sans grande illusion. Mark Mansour en fait partie. Graphiste de 31 ans, il reste cloué à Beyrouth pour prendre soin de ses parents vieillissants. Sans quoi il serait parti. «Moi, je n'ai aucun engagement politique, explique-t-il. Les politiciens libanais, d'un bord comme de l'autre, sont tous pareils. Ils veulent le pouvoir, pas le bien du Liban. Alors quand je vois ce qui se passe en Tunisie, je suis heureux pour les Tunisiens. Idem pour les Egyptiens. Et puis un nouveau régime au Caire, moins favorable à Israël, poussera peut-être Tel Aviv à changer de comportement dans la région.»

Depuis trois semaines, évidemment, l'actualité de la grande sœur – la Syrie – retient l'attention. Là aussi, Mark espère du changement, pensant qu'un nouveau régime, plus modéré, pourrait modifier la donne dans la région et dans son pays: «Ça compliquerait la tache du Hezbollah pour faire transiter ses armes depuis l'Iran. Moi, je suis pour la paix, j'ai envie de vivre libre, sans que la personne en face de moi – quelle qu'elle soit – ait un pistolet sur la table pour me parler.»

[...]

Lors de l'interview, nous avons abordé un gros paquet de sujets: les révoltes arabes bien sûr, mais aussi la politique libanaise, la laïcité... Voici juste une petite phrase qui n'avait pas sa place dans le papier, mais qui m'a bien fait rire. Mark: «Au Liban, je n'existe pas en tant qu'agnostique. Un jour, on m'a posé cette drôle de question: "Vous êtes agnostique? Alors où priez-vous?"» Y'a du boulot.

dimanche, 06 février 2011

[SCOOP] Les Teletubbies de retour à la télé

Voici une belle exclu: les premières images de la nouvelle émission pour enfants qui sera bientôt diffusée à la télévision au Liban. Nos chères têtes blondes y découvriront des personnages très attachants: le jaune s'appellera Soussouna, l'orange Poupoun, le vert Gigié et le Noir Soso. Ils auront même, dès le premier épisode, un petit copain de retour au bercail, le rouge qui arrive en trottinette là-bas au fond, ce sympathique Wawa. Le titre du pilote: Réconciliation '11.

teletubbies lebanon.jpgLes gamins pourront s'identifier à leurs héros potelés. Leurs aventures allieront imaginaire, élégance, moralité avec un soupçon de populisme. Mais pas trop.

Avec Sousouna, Poupoun, Gigié, Soso et Wawa, la vie sera plus belle!

Et si jamais cette nouvelle série – qui sera diffusée tous les jours en boucle – ne pète pas l'audimat, une autre série jeunesse est dans les cartons. Mais pas pour tout de suite, nous assure-t-on. Il s'agirait d'un concept importé qui a fait ses preuves ailleurs.

samedi, 04 décembre 2010

La crise autour du Tribunal spécial pour le Liban (pour les nuls)

Tic tac, tic tac, tic tac... Non, ce n'est pas le son menaçant d'une future décharge explosive quelque part, sur un boulevard quelconque, attendant le passage d'un convoi. Mais plutôt celui de la bombe à retardement que tout le monde attend: l'acte d'accusation dans le cadre du Tribunal spécial pour le Liban, chargé de faire la lumière sur la série d'attentats entamée en octobre 2004. Et surtout celui ayant visé Rafic Hariri, ex-Premier ministre, un matin de février. De février... 2005! Soit il y a presque 6 ans. Quand même.

 

Que s'est-il passé en 6 ans d'enquête?

Commençons par le jour de l'attentat de la Saint-Valentin et ceux qui suivirent. N'importe quel Pinot-simple-flic vous le dira: la principale chose à faire en cas d'attentat est de garder inviolée la scène du crime. Résultat: deux heures après, on se serait cru à Disneyland un jour férié! Les forces de l'ordre de l'époque ont clairement piétiné tout ce qui aurait pu servir l'enquête, les premières heures étant toujours cruciales pour la collecte d'indices. Des voitures ont été vite emportées à l'abri des curieux... Bref, l'enquête partait mal (sciemment?). La première équipe d'enquêteurs internationaux, menée par Peter Fitzgerald, n'est arrivée à Beyrouth que onze jours plus tard...

Ensuite, une trentaine d'attentats a laissé sur le carreau une dizaine de figures politiques ou médiatiques, et de nombreux citoyens ayant eu la malchance d'être là au mauvais moment, au mauvais endroit. Pour rappel, voici la dernière carte postée sur le blog, en janvier 2008, le jour de l'assassinat de Wissam Eid. Souvenez-vous...

attentats20080125.jpg

Presque 30 attentats, vous en conviendrez, ça secoue un pays.

Pendant ce temps-là, l'Onu a diligenté une pelleté d'enquêteurs, dont les patrons successifs n'ont pas été exempts de reproches. Cela a commencé avec l'Allemand Detlev Mehlis, dont les rapports préliminaires pointaient du doigt la Syrie que tout le monde accusait alors. Puis Mehlis a jeté l'éponge au profit du Belge Serge Brammertz qui n'a pas laissé un souvenir impérissable. Est alors entré en scène le Canadien Daniel Bellemare, actuellement en charge du dossier et qui a déclaré récemment: l'acte d'accusation sera publié quand il sera prêt, pas un jour avant, pas un jour après. Super intéressant.

Les Syriens poussés dehors au printemps 2005 sont finalement revenus au Liban par la fenêtre de derrière. Via leurs alliés locaux et parce que la politique du dos rond est une spécialité damascène depuis les années 70. Washington et Paris ont remis Damas dans le jeu, les impératifs de la diplomatie régionale répondant aux voix impénétrables de je-ne-sais-quel Seigneur.

Après le déluge de fuites sous l'ère Mehlis, l'équipe d'enquêteurs s'est mise un bâillon. Jusqu'aux fameuses révélations du journal allemand Der Spiegel, pointant du doigt le Hezbollah. Considérée comme une farce au début, cette hypothèse a pris forme depuis, jusqu'au récent documentaire de la chaîne canadienne CBC. Pour ceux qui l'auraient raté, c'est juste en dessous.

Dernière rumeur en date lancée par le journal russe Odnako – car tout ceci n'est que rumeur tant qu'aucune preuve irréfutable n'est apportée – et relayée par ce bon Réseau Voltaire, pointant du doigt un missile de fabrication allemande dont se seraient servi les méchants assassins. Aucune preuve encore, beaucoup de suppositions, d'affirmations péremptoires (quoi que pour une fois, Baudis n'a pas été accusé d'être le représentant du Groupe Carlyle en France, y'a du progrès).

 

Revenons un peu en arrière. En 2005, à qui profitait le crime, «à première vue»?

assadharirisuicide.jpgLe bon sens écartait a priori les pistes menant aux services français et américains. Difficile de se dire que les rédacteurs de la résolution 1559 se soient tirés une balle dans le pied en effaçant Hariri. Deux pistes s'imposaient donc, toutes deux extérieures: une menant à Damas, l'autre à Tel Aviv.

Depuis des mois, Hariri était en plein bras de fer avec Assad à cause de la prorogation du mandat présidentiel d'Emile Lahoud. Le vote de la 1559 a rajouté une couche au divorce entre l'homme fort du pays et le régime de tutelle de l'autre côté de l'Anti-Liban. Sur le moment, la culpabilité de la Syrie semblait (trop?) évidente. Si Damas était bel et bien le commanditaire, se pouvait-il que le pouvoir syrien ait si mal calculé son coup au point de perdre sa vache à lait financière? Et comment les Syriens – qui avaient des yeux partout – n'auraient-ils pas été au courant que quelque chose d'aussi énorme se tramait dans les rues de la capitale libanaise?
Ensuite, cela a été la saison des «suicides», avec celui de Ghazi Kanaan par exemple, ex-homme fort des SR syriens au Liban. Sans compter sur la disparition d'Imad Moughnieh en plein Damas: facile d'accuser le Mossad, facile aussi d'accuser les Syriens d'éliminer l'éventuel exécutant d'assassinat(s) politique(s) au Liban. En gros, personne ne sait ce qui se passe dans cette région du monde, pas même Wikileaks.

Evidemment, le voisin israélien a été pointé du doigt pour les crimes perpétrés au Liban en 2005 et 2006, même si cette accusation n'a pas eu beaucoup d'écho sur le moment. Israël ne s'est jamais gêné pour organiser des éliminations physiques. Alors pourquoi pas? Mais pourquoi vouloir déstabiliser à ce point un front nord plutôt calme depuis le retrait de 2000?

Et puis outre les profiteurs potentiels que l'on cherche forcément parmi les acteurs régionaux de la partie d'échecs qui se joue ici depuis 60 ans, il y a aussi un autre prisme à prendre en compte: la fortune de Rafic mort est bien moins gênante (et puissante) que celle de Rafic vivant. Avec une tire-lire personnelle évaluée à un peu plus de 16 milliards de dollars avant sa disparition, Hariri père était un vrai poids lourd. Disloquée en six parts (sa veuve et ses cinq enfants), cette fortune (utile en période électorale) pèse beaucoup moins dans le subtil jeu d'équilibre qu'est notre saine et belle vie politique. Du coup, l'héritier politique, Saad, a du mal à boucler les fins de mois. Si, si, c'est possible, même pour lui. Alors, qui aurait pu avoir intérêt à affaiblir financièrement (et donc politiquement) le clan Hariri? Hum?

 

Depuis 2005, que s'est-il passé sur la scène locale?

Juste après l'explosion du 14 février 2005, nous avons eu droit à la fausse revendication d'Ahmed Abou Adass (tiens, en parlant de faux témoins, faudrait commencer par celui-là... mais il aurait disparu en Syrie, flûte), l'avion australien... Un bel écran de fumée dont plus personne ne parle (et qui s'en souvient vraiment?). Quatre généraux libanais fidèles au tuteur syrien ont été arrêtés (puis relâchés sans être innocentés l'an dernier faute de preuves). Geagea est sorti de prison après 11 ans passés derrière les barreaux, Aoun est revenu au pays après 15 ans d'exil. Lahoud est resté en place, payé par le contribuable pour ne surtout pas signer le moindre papier que le gouvernement lui présenterait. Le pays a subi une guerre dévastatrice en 2006, un sit-in durant 18 mois, une paralysie politique insensée, le siège du camp de Nahr el-Bared au Nord, un mini putsch en mai 2008, le réarmement des milices, des élections inutiles dont les vainqueurs réels sont les perdants des urnes (vive les leçons de démocratie!)... Et puis un Taef bis à Doha (entérinant cette terrible politique du ni vaincu/ni vainqueur), un gouvernement d'union nationale bancal, la mise à jour de réseaux d'espionnage israéliens (surtout dans le secteur des télécoms), le retour en scène très théâtral de Jamil Sayyed... En fait, la liste est longue et il serait bien vain de vouloir être exhaustif.

 

Aujourd'hui, qui accuse qui?

Ce qui reste du 14 Mars s'accroche au TSL, disant que la justice internationale doit prévaloir. Ce camp politique (en ruine depuis le désistement de la girouette choufiote et le choc provoqué par le baise-main du fiston à Damas) espère encore que les pays occidentaux et l'Arabie saoudite ne le laisseront pas tomber. Officiellement, le 14 Mars attend l'acte d'accusation pour se prononcer, ne voulant accuser personne ouvertement.

De l'autre côté de l'échiquier, la donne est plus simple. Le Hezbollah menace quiconque souhaitant le mettre au banc des accusés de trancher des mains. Quand Nasrallah prend la parole, tout le monde écoute. Selon lui et ses preuves (tout ce qu'il y a de plus discutables), ce sont forcément les Israéliens, le TSL étant un instrument américano-sioniste pour parvenir à annihiler le parti de Dieu (ce que la guerre de 2006 n'a clairement pas fait). Surprenant, non? Les aounistes – qui accusaient avec véhémence Damas en 2005 – sont à fond derrière, tout comme différents chefs de clan comme Frangieh, Karamé... L'opposition toute entière s'appuie sur différents vices de forme: l'affaire des faux témoins a fait la une des journaux récemment, mais aussi la naissance même du TSL. A l'époque, le gouvernement était passé en force alors que le Parlement aurait dû ratifier le texte. Problème: le Parlement était fermé, son président ayant perdu les clés pendant de très longs mois. Le serpent se mord la queue [note pour plus tard: il faudrait changer le cèdre du drapeau libanais en serpent se mordant la queue].

En dehors du Liban, les choses sont assez claires également – et peu surprenantes: les Iraniens (et son proxy) accusent les Israéliens, les Américains (et leurs proxies) pointent du doigt les Syriens et les Iraniens... La diplomatie française, elle, tente de revenir dans le jeu, les pontes du 8 et du 14 Mars défilant à Paris ces dernières semaines. La France se veut impartiale... tout en avouant en coulisses avoir de fortes présomptions sur l'identité de l'exécutant et du (ou des) commanditaire(s). Mais entre cette vérité et le chaos promis, elle peine à choisir.

 

Quelles solutions?

Le 8 Mars souhaite que l'Etat libanais se désolidarise du TSL. Impossible, même si le Parlement décide d'arrêter de le financer (le texte prévoit que le Liban prenne en charge 49% du budget du TSL). Le personnel politique joue la montre, poussant un 'ouf' de soulagement à chaque annonce du report de la publication de l'acte d'accusation. Syriens et Saoudiens sont chargés de trouver une issue à la crise. Damas et Riyad s'activent pour trouver une solution éliminant les failles dans la procédure d'une enquête décrédibilisée. Mais le temps presse... Et le parapluie syro-saoudien pourrait n'être que temporaire (en fonction de la ligne politique que suivra le "nouveau régime" à Riyad car tout le monde là-bas est malade, les têtes risquant de changer bientôt). Côté 14 Mars, aucune solution en vue. Après de multiples concessions, Hariri fils n'a plus beaucoup de lest à lâcher.

 

Guerre civile or not?

Les plus pessimistes voient déjà le pays sombrer dans un conflit civil, chiites contre sunnites, avec les chrétiens bien divisés au milieu. Peu probable dans un premier temps car, même si les rumeurs de réarmement et de réorganisation des Forces libanaises se font entendre, aucune force n'est à même d'entrer en confrontation directe avec le Hezbollah. Et ce dernier fera tout pour l'éviter: selon certains analystes, il a peur pour son image, se voyant encore reprocher dans les talk-shows télévisés d'aujourd'hui d'avoir retourné ses armes vers l'intérieur en mai 2008. Et avant d'en arriver là, il a d'autres armes à sa disposition, politiques celles-là. Si d'aventure l'acte d'accusation pointait des doigts le Hezbollah ou certains de ses membres, ses ministres pourraient démissionner dans la seconde, paralysant le pays encore plus qu'il ne l'est déjà. Et cela aurait comme un air de déjà-vu. Le serpent qui se mord...
podcast

 

[SCOOP] Un nouvel espoir pour sortir de la crise!

Dernière option, inspirée par celle du patriarche Sfeir concernant les feux de forêt et la pluie qui se fait cruellement attendre: prier. Mais je laisse ça à d'autres. Si les prières de tout bord pouvaient sauver le Liban, cela fait bien longtemps que le pays aurait dû être tiré d'affaire. Vu l'histoire des 40 dernières années, j'ai comme des doutes sur la recette du chef cuisinier de Bkerké.

 

Et si vous n'avez toujours pas compris...

...voici un résumé réalisé par d'illustres inconnus, mais assez explicite de la situation libanaise. Si après ça vous ne comprenez toujours pas, y'a plus d'espoir...

Allons-nous vers une solution au conflit? Nous sommes maintenant, en droit, de l'espérer.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

mardi, 20 juillet 2010

Blancs comme neige

snow white beirut.jpgCe tag est le meilleur résumé de ce début d'été au Liban. Y'a vraiment tout ce que l'on veut y lire...
A vous d'interpréter!

mercredi, 05 mai 2010

Heil Lebanon !

C’est donc vrai. Ce matin, j’ai voulu vérifier de mes propres yeux. Direction Bteghrine, la grosse bourgade chrétienne de Michel el-Murr, à 30km au nord-est de Beyrouth, sur laquelle flottent une centaine de drapeaux allemands (normaux) en ces temps de pré-Coupe du monde. La route est belle, le village très joli avec ses ruelles sinueuses, ses murs de pierre et ses routes pentues.

Et puis au cœur du village, en face de la permanence des Forces libanaises devant laquelle de jeunes jagals fument des cigarettes, un immeuble attire forcément l’attention…

bteghrine german flag.jpg

Nous parlions ici même en 2007, de cet amalgame nauséabond fait entre une Allemagne moderne qui fait tout ce qu’elle peut pour qu’on lui lâche la grappe avec l’héritage du nazisme et le IIIe Reich qui, semble-t-il, n’a pas que des fans chez les nazillons d’outre-Rhin.

A mon retour à Beyrouth, j’en parle avec un ami libanais. «Tu vois, on adore l’Allemagne. Elle représente la force, la solidité, l’ordre. Ici, on aime les Mercedes, les BM, les Porsche. Et puis surtout, y’a beaucoup de Libanais – chrétiens comme musulmans – qui se disent que si Hitler avait gagné la guerre ou avait au moins fini le travail, il n’y aurait pas eu besoin de créer Israël en 48. Du coup, plus de problème dans la région!»

No comment, comme titrait avec justesse iLoubnan hier.

dimanche, 25 avril 2010

Laïque Pride sous le ciel (bleu et encombré) de Beyrouth

beyrouth laique pride.jpgY'avait de tout dans la Laïque Pride d'aujourd'hui pour défendre l'idée d'un Liban laïque: des féministes, les chéguévaristes (ils me font toujours rire ceux-là), des gays, des vieux, des enfants, des couples mixtes qui se disent que c'est «tout de même débile de devoir aller à Chypre pour se marier», pleins de bobos, une ribambelle de photographes, caméramen et autres, des flics pour barrer la route du Parlement... Vous pouvez lire tout ça ici.

Et puis vous avez aussi la version diaporama.


A 11h56 précises, alors que le chant du muezzi tentait de couvrir le tintamarre de la manifestation bloquée par le cordon de policiers, il fallait lever la tête pour voir ça:

survol israelien resolution 1701.JPG

Les survols du territoire libanais par les avions israéliens font aussi partie du décor (cherchez bien les deux petites traînées blanches dans le ciel...).

C'est ce que l'on appelle un jour tranquille à Beyrouth.

samedi, 21 novembre 2009

Guinness Republic

lebanon guinness book.jpgLe virus Gu1nness-N1 a gravement frappé le Liban ces deux derniers mois. Très très violemment même. Chaque semaine, nous découvrons de nouveaux cas de Libanais fiévreux… à l’idée de laisser leur nom ou leur nationalité (il faut bien battre nos voisins du sud dans un domaine ou dans un autre) dans la prochaine édition du Guinness Book des records. D’autant plus que le fameux livre Guinness des records va se décliner en arabe sous peu. De quoi entrevoir une prochaine résurgence de la pandémie.

Il y a donc eu le plus grand hommos, puis le plus grand tabbouleh (ce qui, on en conviendra, est une grande victoire sur Israël). Et puis ces derniers jours, nous avons enregistré le plus grand collectionneur de voitures modèle réduit et la plus haute construction en allumettes. La classe internationale.

Cela n’est que la partie visible de l’iceberg, car le Liban détient une ribambelle de records que le jury du Guinness Book serait bien urbain d’homologuer:

  • Celui du plus grand nombre de kleenex jetés par les automobilistes dans les rues
  • Celui du plus grand nombre de citoyens se disant contre la guerre mais qui possèdent une arme chez eux (au cas où)
  • Celui du plus grand nombre de tassepoufs siliconées au km2
  • Celui du plus long séjour sous terre pour un être humain
  • Celui du plus grand nombre de pois chiches ingurgités en moins de 60 secondes
  • Celui du plus grand rapport iPhone jailbreakés par habitant
  • Et bien sûr, celui de la plus grosse malifeh dans le port de Beyrouth (10m pour 8,5 tonnes). Il faut bien l’avouer, c’est quand même dans la bouffe que les records sont les plus valorisants.

C’est vrai, quoi. Pourquoi s’emmerder à avoir des Prix Nobel, alors qu'il est plus simple pour un peuple de tirer sa gloire des choses vraiment essentielles?

jeudi, 17 avril 2008

Autruches

763b96b094334925afc4f9e961515edb.jpgIl y a deux jours, l’une des DJ œuvrant dans la même radio que moi répondait à un appel téléphonique pour le moins incongru: le ministère de l’Information au bout du fil, non pour demander une spéciale dédicace sur une chanson de Mike Brant même s’il appelait sur le même numéro que les auditeurs, voulait savoir qui était le directeur des programmes. Y sont pas bien informés, pour un ministère de l’Information, d’autant que le personnage concerné occupe ce poste depuis une bonne dizaine d’année. Bref, là n’est pas la question.

En fait, le ministère de l’Information n’était pas content car on y avait entendu dire qu’une chanson de Yaël Naïm – artiste israélienne qui s’est récemment fait une réputation internationale pour ceux qui ne connaîtraient pas – passait sur les ondes. Bon, ils étaient pas trop sûrs, en même temps, au ministère de l’Information. C’était peut-être chez nous (peu probable vu notre programmation pourrie) ou chez notre radio-sœur, ou encore une autre. Et puis, quand? Quelle chanson? Et à qui faut-il parler déjà? C’est pas bien grave, ce ne sont que des détails. L’essentiel, c’est de nous informer que Yaël Naïm ne doit pas être entendue au Liban. Notre pauvre DJ, bien embêtée, a bafouillé une réponse quelconque et l’affaire en est resté là.

On croit rêver. Et pourtant, ça se passe comme ça dans notre belle démocratie libanaise. Une liste noire tout ce qu’il y a de plus officiel, même si elle commence à dater un peu (et c’est un euphémisme) se rappelle de temps en temps à notre bon souvenir; elle comprend des noms comme Harry Belafonte (bon, c’est pas trop grave), Louis de Funès (si, si, il y a même eu une razzia au Virgin un beau jour, pour rafler tous les Rabbi Jacob. D’ailleurs, il est listé à la fois sous le D, pour de Funès, et sous le F pour Funès, comme ça on ne peut pas le rater), Juliette Greco (et Marie-Juliette Greco aussi), Jerry Lewis, Enrico Macias (pourtant, Dieu sait qu’on l’entend celui-là), Paul Newman (d’où le retard de projection de ses films, le temps que les affiches soient retouchées afin que son nom n’y apparaisse plus), Frank Sinatra, etc., sans compter ceux qui sont interdits parce qu’ils sont «de mauvaise moralité» ou d’influence néfaste pour la jeunesse (Nine Inch Nails forever).

Tout cela pourrait faire sourire, passer pour une sorte d’aberration anachronique… si ce n’est que, comme l’affaire Yaël Naïm le montre, la culture, la liberté de penser se mesurent de plus en plus à des aunes pour le moins variables. Et la balance penche de plus en plus dans un sens unique qui n’est pas fait pour nous plaire. Parce qu’au-delà de tout ça, c’est la liberté tout court qui est en jeu au Liban. Un pays où, désormais:

  • Un film comme Persépolis a frôlé l’interdiction pure et simple pour ne pas froisser le Hezb et ses parrains.
  • Il faut obtenir du Hezbollah une carte de presse pour pouvoir prendre des photos et réaliser des interviews dans le sit-in du centre-ville, un espace pourtant public mais qu’il faut contourner depuis 18 mois lorsqu’on est en voiture et où il faut montrer patte blanche même s’il n’abrite plus grand monde à part des ouvriers syriens bien contents d’y trouver le gîte et le couvert.
  • Un groupe de noctambules se fait agresser (à coups de poignards paraît-il) à la sortie d’un bar rue Monot le week-end dernier parce qu’ils n’ont pas voulu trinquer à la santé de Hassan Nasrallah.
  • Les forces de sécurité sont obligées de livrer deux individus arrêtés près de Aley dans le Chouf, encerclés qu’ils étaient par des partisans du parti de Dieu.

Et j’en passe et des meilleures, ces exemples n’étant que quelques uns des plus récents…
Aujourd’hui, nous vivons dans un pays où une milice peut imposer sa loi – et elle le fait de plus en plus, ne nous voilons pas la face – au mépris de la loi et du droit le plus élémentaire. En fait, ce n’est pas seulement sa loi, c’est aussi son idéologie et ses principes réactionnaires. Je ne stigmatise aucunement une communauté, loin de là, et je ne souhaite pas entrer dans le débat de la légitimité du Hezbollah vis-à-vis de la politique israélienne.

Pour tout dire, je m’en fous en ce moment, de la politique israélienne, de la résistance et du reste. Je me pose – et vous pose – une question bien plus personnelle, et à mon sens, cruciale: vers quel Liban nous orientons-nous, sous couvert d’enjeux régionaux ou par simple peur des armes du Hezb? Et par extension, pouvons-nous faire quelque chose pour inverser la tendance et défendre nos libertés? Il ne s’agit pas de défendre une culture occidentale ou à l’Américaine, mais de préserver notre droit, notre capacité à avoir le choix.

Parce qu’en fin de compte, une dernière question se posera inéluctablement: le Liban qu’on nous prépare ne sera pas nécessairement celui dans lequel nous aurons envie de vivre et de voir grandir nos enfants. N’aurons-nous d’autre alternative que de le quitter ou de nous plier à des principes d’un autre temps?

lundi, 24 mars 2008

Sylvester, Mel, Hassan et Imad sont dans un bateau…

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Alors qu’en cette fin d’après-midi un soleil radieux baigne Beyrouth d’une lumière dorée, des pétarades se font à nouveaux entendre dans le silence tranquille de ce lundi férié, après la fiesta de la veille en l’honneur du nabab bourru (qui a d’ailleurs menacé de ne plus apparaître à la télé si ses partisans persistaient à fêter chacune de ses apparitions sur les ondes comme la venue d’un messie armé de deux gros flingues). Les cloches couvrent par intermittence le vacarme des pétoires, dans une sorte de surenchère inconsciente mais totalement schizophrénique.

Cette année, le lundi de Pâques a coïncidé avec le 40e de l’assassinat de l’homme «aux deux victoires», puisque c’est ainsi qu’est désormais labellisé Imad Moughnieh; deux victoires, l’une lors du retrait israélien du Sud-Liban en 2000 et l’autre pour la guerre de juillet 2006. Chacun voit midi à sa porte, mais cela reste amusant de constater qu’aujourd’hui, le Hezbollah célèbre les exploits d’un homme dont il affirmait autrefois qu’il ne faisait pas partie de ses rangs. Bref.

Gros rallye populaire organisé à Rouaiss, dans la banlieue sud, par le parti de Dieu en l’honneur de son dernier martyr en date, avec à la clé retransmission en direct des festivités sur la chaîne Al-Manar. Pour l’instant, les autres stations télé poursuivent leurs programmes dans une totale indifférence, feuilleton à l’eau de rose chez l’un, télé-achat sur l’autre, émission sportive pour le troisième… Pour la peine, Al-Manar mérite d’être regardée ne serait-ce que pour l’intérêt anthropologique de la chose. Une voix de femme déclame avec une emphase presque religieuse des vers en l’honneur du bonhomme, dont les images défilent comme dans un montage PowerPoint; un cercueil qui part en contre-plongée vers des cieux divins, une main tendue vers les nuages dans un geste littéralement christique, la bonne bouille débonnaire de notre Moughnieh binational (au moins) apparaissant dans le cœur d’une rose rouge en train d’éclore, pour être remplacé par une blanche colombe. Je crois bien que c’est cette dernière image fort poétique qui me fait le plus halluciner car s’il est bien un homme que l’on peut difficilement associer à la colombe de la paix, c’est celui-là. Mais la poésie (ou la propagande) a ses raisons que décidément, la raison ne connaît pas… Entre deux plans mélodramatiques à l’extrême, sur fond d’air de cornemuse à la Braveheart (on s’attend à ce que d’un instant à l’autre, Moughnieh se relève de sa tombe – c’est le lundi de Pâques après tout – en criant un ultime «Freedoooooooooom»!), des inserts montrant les hommes en arme du Hezb exhibent la mobilisation des troupes et la puissance militaire, dissuasive sans doute, du parti. Au fait, je vais peut-être avoir l’air naïve, mais avez-vous déjà remarqué que le logo d’Al-Manar pourrait tout à fait représenter deux flingues entrecroisés? Je ne sais pas si c’est mon état d’esprit d’aujourd’hui qui m’a poussée à brusquement le voir ainsi, surtout surimposé sur cette fameuse colombe, mais là, cela m’a sauté aux yeux.

A Rouaiss, la vie a plutôt continué comme si de rien n’était: magasins ouverts, habitants faisant leurs courses… L’ambiance n’était guère à la commémoration, dont les résidents sont sans doute gavés, eux qui sont de plus en plus nombreux – comme les habitants du Sud – à renouveler leur passeport et à prendre des options de location dans les régions considérées comme plus «sûres», au cas où… Quelques femmes sont présentes, portant de nouveaux foulards avec sur une face le drapeau du Hezbollah, sur l’autre le portrait de Moughnieh au pochoir. La masse assemblée ici est formée essentiellement de jeunes hommes, souvent sur leurs scooters déglingués, certains portant les armes qu’ils actionnent allègrement sans se soucier des lois de la pesanteur, à savoir que tout projectile finit par retomber quelque part… Chaque mention d’un dirigeant israélien provoque des huées, chaque harangue un peu plus vigoureuse que les autres déclenche une nouvelle salve de tirs… de joie? de colère? d’excitation? de n’importe quoi? L’un des jeunes fêtards vide son chargeur alors qu’il se tient debout devant un bâtiment portant l’enseigne «Collège de la finesse», sans doute une piètre contrefaçon du «Collège de la sagesse»… Toujours est-il que l’association des deux, jeune excité flingue à la main et enseignement de la finesse, prête à sourire. Pas autant cependant que la nouvelle décoration locale, une pléthore de posters représentant l’héroïque Moughnieh, dont l’un particulièrement imposant figure dans l’alignement d’une affiche de film. Lequel? Je vous le donne en mille: Rambo IV. Ça ne s’invente pas.

Beaucoup redoutaient qu’à l’occasion de ce 40e, le Hezbollah mette en pratique ses menaces de vengeance à l’encontre d’Israël. Bon, la journée n’est pas terminée mais pour l’heure, la manifestation n’a pas pris l’envergure à laquelle on pouvait s’attendre. Dans un discours relativement court (une heure «seulement») et particulièrement mesuré (par rapport à d’autres propos qu’il a pu tenir) sur le plan local, Nasrallah a rendu hommage à Jésus et Mohammad, ce qui va en rassurer certains. Evidemment, sur le plan international, c’est autre chose: Hassan a émis ses critiques virulentes comme à l’accoutumée à l’égard «des groupes américano-sionistes» qui provoqueraient, selon lui, des troubles entre l’Europe et les musulmans (on peut pourtant être l’un et l’autre, que je sache) et il a surtout renouvelé ses menaces à l’égard de notre voisin du Sud. Que ses partisans se rassurent, une nouvelle guerre au Liban coûterait cher à Israël car 85% (????) des Libanais soutiendraient le parti de Dieu en cas de conflit. Et surtout, Hassouna l’affirme haut et fort, Israël sera «puni» et disparaîtra suffisamment vite pour que le public assemblé pour l’entendre (le voir, c’est une autre paire de manches) puissent assister à cet événement historique. Autrement dit, notre génération en sera témoin. Super. C’est beau la rhétorique. Et la génération suivante, celle de nos enfants, elle récoltera quoi?

Car le problème, c’est que pour Nasrallah, les Israéliens ne supporteraient pas de devoir retourner dans les abris; il a l’air de croire que les Libanais, eux, n’y verraient pas d’inconvénients, ce dont je ne suis guère convaincue. Et surtout, Hassouna semble oublier que si Israël «peut disparaître», le Liban le peut aussi. Et s’il y a bien une course que les Libanais sont capables de gagner, c’est malheureusement celle-là.

vendredi, 07 mars 2008

Subject: Prévisions LIBAN

374f36ad6a9c7d1782efcdb651fc3ba8.jpgC'est souvent comme ça en temps de crise, mais j'ai parfois l'impression de mettre des œillères pour éviter de voir que le panorama s'assombrit dangereusement. Et puis comme je bosse pour des médias étrangers, je leur envoie de temps en temps des mails pour les tenir au courant de la situation et de la «probabilité» que le Liban refasse les gros titres. J’intitule ces mails «Prévisions LIBAN». Alors, systématiquement, j'ôte mes œillères, regarde à droite et à gauche, et je fais le bilan. Je viens de le faire il y a 10 minutes, et ça donne ça:

  • Après les ambassades arabes, c'est l'ambassade américaine qui vient de prévenir ses ressortissants d'adopter un profil bas, de rester chez eux, voire de quitter le pays si c'est possible, car la situation locale et régionale sent le soufre. Elle avait fait de même début juillet 2006, juste avant la guerre.
  • Selon un quotidien libanais, il y aurait une mobilisation générale de réservistes au sein de l'armée syrienne (peut-être du vent, mais on ne sait jamais).
  • Une autre info (démentie par la Finul): il y aurait eu une incursion israélienne hier en territoire libanais jusqu'au Wazzani.
  • La tuerie à Jérusalem serait due, selon Al-Manar (info reprise par tous les médias ensuite) à une brigade nommée d'après le membre du Hezbollah assassiné à Damas, Imad Moughnieh. Certains avancent même que le Hezbollah serait lié directement l'attentat, en soutien au Hamas.
  • Les discours, que ce soit du côté du Hezbollah (Nasrallah a prévenu qu'il pourrait passer à l'action après le 40e de la mort de Moughnieh, soit le 24 mars) ou d'Israël, se radicalisent. La situation actuelle rappelle grandement le mois de juin 2006: Israël met le paquet sur Gaza, et les problématiques libanaises et palestiniennes se retrouvent à nouveau mêlées.

Bref, il n'y a rien de réjouissant. Wait and see donc, mais je préfère quand même vous tenir au courant de la température locale et des nuages noirs qui s'accumulent sur le Liban (même s'il fait très beau avec un bon 25ºC, mais c'est toujours par beau temps que les conflits commencent!).

[...] 

Vous me direz, ça fait beaucoup de verbes au conditionnel et de supputations (j’adore ce mot, presque autant que croquemitaine). N’empêche, vu d’ici, rien n’incite à la légèreté et à danser la lambada. Et c’est sans compter sur les déclarations de nos politiques – tous bords confondus – ajoutant de l’huile sur le feu quotidiennement, sur les Etats arabes qui se crêpent le chignon avant le sommet de Damas, sur notre foutue élection présidentielle reportée à la Saint-Glinglin, sur...

Au Liban, finalement, il existe trois sortes de personnes: les pessimistes qui voient la guerre partout, les optimistes béats (également appelés non-voyants) et les pragmatiques qui se disent que si ça dérape, il y aura toujours moyen de s’adapter.

mercredi, 13 février 2008

[SCOOP] Moughnieh assassiné à Damas: c'est Malko qui a fait le coup!

SAS_beyrouth_malko_imad_moughnieh.jpgLa dépêche AFP vient d'arriver, la voilà telle quelle:

Liban-Hezbollah-assassinat LEAD
Le Hezbollah annonce l'assassinat d'un de ses dirigeants, accuse Israël
BEYROUTH, 13 fév 2008 (AFP) - Le Hezbollah chiite libanais a annoncé mercredi que l'un de ses dirigeants militaires, Imad Moughnieh, a été assassiné et a accusé Israël de ce meurtre.

Selon un responsable du Hezbollah, le dirigeant a été tué dans l'explosion d'une voiture piégée à Damas mardi, mais la télévision officielle du Hezbollah Al-Manar qui a annoncé l'assassinat n'a pas précisé le lieu de l'assassinat.

"Un grand jihadiste de la résistance islamique au Liban a rejoint les grands martyrs (...) Le leader Imad Moughniyeh est mort en martyr assassiné par les Israéliens sionistes", indique le communiqué d'Al-Manar.

"Il était la cible des sionistes depuis 20 ans", selon le communiqué.

Les autorités israéliennes ont refusé de faire le moindre commentaire officiel à l'assassinat d'un des chefs militaires du Hezbollah chiite libanais, Imad Moughnieh. "Nous ne faisons pas de commentaires", a déclaré à l'AFP Mark Regev, le porte-parole du Premier ministre Ehud Olmert.

Les télévisions et les radios en israël ont interrompu leurs programmes dès l'annonce de la mort de Moughnieh en le présentant comme le "terroriste le plus dangereux au Moyen-Orient depuis trente ans".

"Le compte est réglé : Imad Moughnieh a été liquidé à Damas", a titré le site internet Ynet du quotidien Yédiot Aharonot, le plus fort tirage d'Israël.

Imad Moughniyeh, dans la clandestinité depuis la fin des années 1980, est accusé par les médias occidentaux et les Etats-Unis d'avoir dirigé la plupart des enlèvements d'otages occidentaux durant la guerre civile au Liban dans les années 1980.

Il est notamment soupçonné d'avoir été l'auteur de l'enlèvement de William Buckley, chef de l'antenne de la CIA à Beyrouth, en 1984.

Imad Moughnieh est inscrit sur la liste "des terroristes les plus dangereux" recherchés par les Etats-Unis pour le détournement d'un avion de la TWA en 1983.

Son frère Fouad Moughnieh a été assassiné en 1994 dans l'explosion d'une voiture piégée dans la banlieue sud de Beyrouth, un attentat attribué à l'époque aux services spéciaux israéliens, qui faisaient la guerre aux radicaux chiites proches du Hezbollah alors qu'Israël occupait le Liban sud.

Imad Moughnieh est recherché par Interpol pour sa participation présumée à un attentat contre l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA) qui avait fait 85 morts et près de 300 blessés en juillet 1994 à Buenos Aires.

A Damas, la télévision d'Etat syrienne a indiqué, citant une source au ministère de l'Intérieur, qu'une voiture avait explosé mardi soir dans le quartier résidentiel de Kafar Soussé dans la capitale syrienne, faisant un mort.

Elle n'a donné aucune autre précision notamment sur la nature de l'explosion ou l'identité de la victime.

Les autres médias officiels syriens n'ont pas fait état de l'explosion.

Selon des témoins, l'arrière de la voiture, une Mitsubishi Pajero grise métallique, a été entièrement soufflée par l'explosion qui s'est produite vers 23HOO locales (09H00 GMT) dans ce quartier résidentiel nouvellement construit. La voiture était stationnée dans un parking au milieu des immeubles.

 

Je n'aime pas me réjouir de la mort d'un homme, mais celle-là ne me fera pas pleurer. En tout cas, c'est Gérard de Villiers qui va pouvoir pondre un nouveau SAS sur le Liban, puisque son Altesse Malko Linge se battait déjà contre lui dans le précédent Rouge Liban. En tout cas, c'est facile d'accuser Israël, mais le monsieur traînait tellement de casseroles que n'importe qui a pu faire le coup, même le cousin de la tante de mon beau-frère...

dimanche, 23 décembre 2007

Lettre (et avertissement) au père Noël

Bonjour monsieur Noël,

Il paraît que vous allez passer par Beyrouth la nuit prochaine. Avant d'arriver dans l'espace aérien libanais dans votre beau traineau, assurez-vous qu'il n'y a pas d'avions israéliens violant les cieux levantins. On n'est jamais trop prudent. Une fois que vous aurez pu atterrir sur le territoire libanais, n'oubliez pas de montrer patte blanche au service de l'immigration (pour bien faire, évitez de passer par Bethléem avant le Liban, ça fait mauvais genre d'avoir un visa de notre voisin). Enfin, ne mégotez pas avec les mesures de sécurité. Les gens importants – et vous en faites partie, cela ne fait nul doute – sont des cibles de choix dans notre beau pays. Bon, maintenant, on peut passer à la liste de cadeaux que j'aimerais vous faire parvenir. Alors voilà, je voudrais...

  • Un président de la République, mais vous savez, un de ceux qui servent à quelque chose, parce que cela fait presque 20 ans qu’on n’en a pas vu la couleur
  • Des milliards de neurones tout neufs à distribuer généreusement à nos ténors politiques (je sais déjà qui aura double portion)
  • Des stérilets inamovibles pour les épouses d’hommes politiques, afin que les lignées féodales s’éteignent et laissent la place à des gens neufs
  • Quelques heures d’électricité quotidiennes supplémentaires
  • Des tarifs de cellulaire moins exorbitants (et une connexion Internet potable aussi)
  • Des agents de la circulation qui fluidifient les bouchons au lieu de les créer
  • Un pays pour nos locataires palestiniens qui, je vous le rappelle, mettent depuis 60 ans ce souhait sur leur liste au père Noël
  • Des voisins sympas et bienveillants (je sais, je mets ça chaque année, mais j’ai l’impression que vous faites la sourde oreille, désolé d’insister lourdement)
  • Du chawarma poulet de chez Makhlouf (à Dora) gratuit pour tout le monde et à vie
  • Des trottoirs où se balader avec une poussette ne ressemble pas au Camel Trophee

Je vais m’arrêter là, même si j’ai encore plein de choses à demander, mais je ne voudrais pas paraître trop gourmand. J’en garde sous le coude pour l’année prochaine.

Allez, je vous laisse, khawaja, vous avez du boulot devant vous pour me préparer tout ça. Bon vol, et ne prenez pas froid demain soir. Je vous attends de pied ferme, mon pépère.

samedi, 08 décembre 2007

Des millions pour l’éducation, s’il vous plaît ! Et d’urgence de préférence…

eab444b57b0ac30ba12c0847a24f41c2.jpgLa culture générale, à quoi ça sert ma bonne dame? A rien, y’a Wikipedia! Je ressors d’une nouvelle semaine de cours du DES de journalisme de l’Université libanaise. Durant ces journées, je commençais inévitablement par un questionnaire de culture générale et sur l’actualité du jour ou de la veille. Moyenne de la classe: 7,5 sur 20. Bon, ce n’est pas glorieux. D’une manière générale, les étudiants regrettaient que leurs notes à ces questionnaires soient prises en compte dans la note finale de chaque session. Je suis peut-être passé pour un vicieux qui avait envie de les plomber. L’idée était bien différente, même si la manière ne semblait pas être la plus diplomatique: faire comprendre qu’avoir une solide culture générale fait aussi partie du métier de journaliste, même si des sources d’infos – et Internet en particulier – sont à portée de main. Encore que… Internet, c’est bien quand il y a de l’électricité.

Bref. La question à se poser est: à qui la faute? Pourquoi ces étudiants (des bac+4 en général) sont-ils si ignorants de l’Histoire de leur propre pays, et de la région dans laquelle ils vivent? Sont-ils responsables? Oui et non. Oui, parce que cela doit faire partie de leur curiosité naturelle. Non surtout, parce que l’école, le collège, le lycée et l’université de ce pays ne font pas leur travail à ce niveau. Pour quelles raisons exactement? Je n’en sais trop rien, même s’il existe un élément de réponse simple et central: au Liban, il n’existe pas de manuel d’Histoire (post-1948). Création d’Israël? Connais pas. Guerres israélo-arabes? Connais pas. Israël, tout simplement? «L’ennemi de tout bon pays arabe qui se respecte», mais personne ne connaît cet Etat ni son histoire dans la région! Ce manuel essentiel – celui d’Histoire – existe paraît-il, mais n’a jamais été diffusé parce que personne (nos chers politiques qui se déchirent aujourd’hui) n’est d’accord sur son contenu. Surtout dès qu’il s’agit d’aborder la guerre de 1975. Chacun sa version = pas de nation.

Pourtant, les lycées du Liban se targuent de 100% de réussite au bac, les universités du pays sont très bien cotées… C’est vrai. Mais aujourd’hui (pardonnez-moi pour la généralisation qui va suivre), les jeunes Libanais sont bien éduqués, et non cultivés. Grosse nuance.

La priorité des priorités, pour les prochains gouvernements libanais, serait d’injecter des centaines de millions de dollars dans le fonctionnement de l’éducation nationale et de l’université libanaise (on peut toujours rêver!). C’est-à-dire faire un calcul à long terme, pour que les générations futures grandissent avec une histoire commune. Certes, ces gouvernements ne récolteraient pas le fruit de cet effort financier dans les 6 mois, mais dans 30 ans. Certes, certes, certes… Mais, mais, mais… c’est vital!

Bon, je vous laisse avec un petit bêtisier des boulettes récoltées dans les questionnaires de culture générale. Non pour me moquer (loin de moi cette idée, je vous assure), mais parce qu’il y a toujours des trucs rigolos ou atterrants…

Sur le Liban
•    Nombre de camps palestiniens au Liban : 15000
•    Président libanais assassiné en 1989 : Béchir Gemayel
•    Accords du Caire : 1960, 1970, 1975, 1993
•    Pays de refuge d’Arafat après sa fuite du Liban en 1982 : Chypre, Libye, Syrie
•    Fondateur des Kataëb : Amine Gemayel
•    Proclamateur du «Grand Liban» en 1920 : Charles de Gaulle
•    Première invasion israélienne du Liban, avant 1982 : 1976, 1949, 1913, 1948, 1975, 1973
•    Année de l’opération «Raisins de la colère» (Qana) : 1993, 1982, 1998
•    Année de l’Indépendance du Liban : 1948, 1945
•    Année du retrait israélien du Sud-Liban : 2005, 1996
•    Année de l’apparition du Hezbollah : 1989, 1991, 1975

Sur la région
•    Année de la guerre des Six jours : 1960, 1948
•    Partie de la Syrie annexée en 1981 par Israël : fermes de Chebaa
•    Nom du Parlement israélien : Kanisette
•    Nom de la guerre israélo-arabe de 1973 : occupation du sud libanais, Sinaï, guerre des Six jours, guerre de Suèze (de Swiss sur la copie de la voisine)
•    Nombre de pays limitrophes d’Israël (hors Autorité palestinienne) : 5 (dont le Soudan)

En géographie générale
•    L’Empire du milieu : l’Allemagne
•    Où se situe la mer de la Tranquillité? : entre l’Amérique et l’Europe, dans le Pacifique, en Jordanie, en France
•    Capitale du Viet-Nam : Bnom Bneh, Viet Cong, Viet Minh, Saigon, Viet Mell, Laos
•    Pays se disputant l’île de Sakhaline : Inde et Sri Lanka
•    Bucarest, capitale de : Bulgarie, Hongrie, Sofia, Belgique, Pays-Bas
•    Ingrid Bétancourt, retenue en otage en : Irak, Philippines, Libye

En culture
•    Auteur du «Petit prince» : Alexandre Dumas, Guy de Maupassant, Hervé de Saint-Exupéry
•    Roman de Stephen King adapté par Kubrick : Orange mécanique, King Kong, The Green Line
•    Auteur de l’opéra «Carmen» : Electre

En sciences
•    Valeur de π : 14,1516
•    Planète la plus proche du Soleil : Vénus, Mars, Jupiter, Pluton (qui a donné Pluto et Pluteau sur les copies voisines)
•    Auteur de la théorie de la relativité : Ainshtein, Aïnichtain, Aineshtejn
•    Racine carrée de 144 : 144
•    Objet d’une conférence internationale à Bali cette semaine : rapprochement syro-libanais

Divers
•    Signification des initiales RSF : Radio sans fil
•    Signification du symbole © : calcium, maisons dépotes

mercredi, 17 octobre 2007

Washington et les interférences syriennes et iraniennes

medium_ackerman_netanyahu.jpgNos amis Américains sont parfois horripilants. Hier, sur Naharnet, je tombe sur un papier intitulé «La chambre des représentants propose une résolution condamnant la Syrie, l’Iran et leurs alliés libanais». L’idée est d’accuser Damas et Téhéran d’interférences dans les affaires internes libanaises, surtout en vue de l’élection présidentielle. OK, soit. Damas et Téhéran ne sont pas en train de rester les bras croisés. Les interférences, ces deux capitales connaissent bien le procédé, c’est vrai. Mais dans le genre «interférences aux quatre coins du monde», Washington se pose aussi en champion. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

Et puis à bien y regarder, cette nouvelle publiée sur Naharnet est finalement bien intéressante. C’est donc une sous-commission de la chambre de représentants américains qui a proposé cette résolution: la sous-commission aux affaires étrangères pour le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, présidée par un Démocrate, Gary Ackerman (ci-dessus en photo avec son copain Benjamin). Ackerman? Inconnu au bataillon en ce qui me concerne. Après 10 secondes de recherche sur Google, il s’avère qu'Ackerman fait aussi partie du Conseil international des parlementaires juifs, d’ailleurs élu à la présidence de cette organisation lors du sommet de janvier 2006 à Jerusalem. Sans hurler au lobbying, il y a là ce que l’on appelle sobrement un «conflit d’intérêts». Pas étonnant qu’Ackerman rédige une résolution contre Damas et Téhéran. Faut-il vraiment accorder un quelconque crédit aux délires de l'Administration américaine? Est-ce vraiment dans le seul intérêt du Liban que ce genre de sous-commission dépense l'argent du contribuable du Minnesota et d'ailleurs?

Tous ces gens «bien intentionnés» pourraient peut-être nous laisser un poil tranquilles...

dimanche, 07 octobre 2007

Liban / Israël : le joint commun

medium_cannabis_liban.jpgmedium_cannabis_israel.jpgL’année 2007 restera un grand cru pour les producteurs de cannabis au Liban. Plus de 7000 hectares de plantations, des revenus estimés environ à 225 millions de dollars à la revente à l’étranger (le kilo se vendant entre 1000 et 1500 dollars selon la qualité). Les cultivateurs de la Bekaa ont profité d’une année chaotique pour planter et récolter, les forces de l’ordre ayant autre chose à faire (Nahr el-Bared et tout le tralala). Il existe bien une officine chargée d’éradiquer les plantations clandestines, mais l’armée n’était pas en mesure d’assurer la sécurité des équipes d’inspection. Les paysans de la Bekaa se sont donc engouffrés dans la brèche cette année, qui selon eux, est la meilleure depuis les années 80. Les cultures de substitution voulues par l’Onu au début des années 90 n’ont jamais pu remplacer économiquement la culture de la marijuana. Au-delà des jugements pro ou anti drogues douces, la survie de centaines de familles en dépend.

Dans le commerce qui va commencer (la cueillette et la transformation sont en cours), une partie de la production va rester au Liban, une partie va partir vers l’Europe (ça fera un peu de concurrence au shit marocain, et ça fait toujours classe pour un bobo de dire qu’il fume du pollen libanais). Et une partie passera également la frontière au sud. La jeunesse dorée de Tel-Aviv (qui a tant de points communs avec celle de Beyrouth) pourra donc fumer un produit 100% «made in Lebanon». Le petit joint qui rapproche les peuples?

mercredi, 26 septembre 2007

Télévision brouillée & autres idées

medium_television.gifNous ne parlons pas souvent de télévision ici, alors nous allons réparer cet impair. En fait, nous la regardons très très peu. Mais il y a deux semaines à peu près, une tête blonde, affalée devant Bob l’éponge, m’interpelle et me dit: «Pourquoi elle saute tout le temps l’image?» Je m’assois, je m’arme de la télécommande genre «laisse faire le spécialiste», et je zappe. Partout pareil, la réception satellite est exécrable. Certaines chaînes ont même carrément sauté, comme Canal +. Je fais une nouvelle recherche sur les émetteurs. Même résultat. Illico, je commence à rejeter la faute sur notre «prestataire de quartier».

Quelques jours plus tard, dans la presse, je découvre le menu du conseil des ministres. Parmi les sujets, le brouillage des ondes au Liban qui, selon Siniora, est dû à Israël. C’est toujours de bon ton ici de rejeter la faute sur nos voisins, un peu comme je l’ai fait avec mon prestataire d’ailleurs. Bref, les ondes libanaises – télé comme cellulaire – sont parasitées par un voisin. Super. Et depuis quelques jours, le nom d’un nouveau «voisin qui nous veut du bien» est apparu. Deux navires de la flotte américaine auraient effectué un déploiement au large du Liban (notez l'utilisation du conditionnel), et ces bateaux de guerre pourraient être la source du brouillage actuel. Ouah, super!

Cette gêne toute relative – vu notre faible consommation – n’est pas la mer à boire. Mais je me demande de quel prochain poil à gratter nos «voisins qui nous veulent du bien» (sur terre, sur mer ou dans les airs) voudront bien nous gratifier. Nous avons déjà eu droit à une marée noire, à des islamistes en colo de vacances au Nord et j’en passe… Voici le résultat de mes petites cogitations:

  • Un lâché d’oiseaux migrateurs atteints de tourista
  • De la petite pluie radioactive après un bombardement ciblé quelque part en Perse
  • L’arrêt de l’approvisionnement en fuel de nos centrales électriques

Si vous avez de meilleures idées, n’hésitez surtout pas…

mercredi, 15 août 2007

Ah, la grand messe du Hezbollah...

medium_andywarholhezbollah.jpgJe ne sais plus quoi penser du Hezbollah. Plus j’essaie de comprendre, plus ça m’échappe. Hier, comme une tripotée de journaleux, je suis allé à Dahiyeh, pour la célébration de la «victoire divine» du Hezbollah. En plein fief du Parti de Dieu, rasé l’an dernier durant la guerre de Juillet.
Le premier contact est arrivé avec les vendeurs de rue. Il y en avait pour tous les goûts: drapeaux jaunes frappés du AK-47, versions de poche ou XXL, CD et DVD à la gloire des martyrs tombés au combat, porte-clés et pin’s avec la tête du Sayyed. Mention spéciale à celui version Andy Warhol. Y’a pas que le Ché qui y a eu droit comme ça…

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samedi, 21 juillet 2007

Welcome to Fuel-sur-Plage !

On revient de la plage avec un double sentiment: celui d’un bon moment passé au soleil, loin du bruit. Et celui des 5 minutes de baignade dans la mer. Nous étions réticents au début car il y a beaucoup de méduses cette année. Et puis en s’approchant, nous nous sommes laissés tenter par l’eau claire et délicieusement tiède. Mais en sortant de l’eau…



 

A la mi-juillet l’année passée, les réservoirs de fuel de Jiyeh (tout proches) ont été bombardés (c'est sûr, ils devaient servir de refuge à ces gros méchants du Hezbollah, comme les usines de lait de la Bekaa), provoquant une marée noire sur une bonne partie du littoral libanais. Depuis la guerre, il y a eu un gros travail de nettoyage (merci surtout les ONG étrangères), mais il reste visiblement des traces. En tout cas, un grand bravo à nos chers voisins qui avaient encore fait preuve de leur sens du savoir-vivre.

PS: J'ai ruiné un maillot de bain aujourd'hui avec ces conneries. A qui dois-je envoyer la facture du pressing? A Ehud Olmert? 

 
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