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samedi, 25 février 2012

Amis touristes, c'est pour vous

Note à l'attention des éventuels touristes étrangers désirant visiter notre beau pays
Si jamais l'envie incongrue de vous rendre au Sud-Liban vous prend, n'oubliez pas le passage par la case "armée libanaise" à Saïda (en venant de Beyrouth, tournez à gauche après le Spinneys, faites 300m puis tournez à droite). Munissez-vous de photocopies de votre passeport et/ou du permis de séjour et rendez-vous chez nos charmants militaires. Oh, l'opération ne dure pas longtemps, elle est gratuite, mais se frotter à ces hommes coinçés dans leurs containers métalliques est tout sauf sexy pour le tourisme.

Ce que vous venez chercher, c'est ça: un petit bout de papier de rien du tout (un pauvre sticker du Crédit Libanais dans mon cas), censé vous permettre de passer les barrages au sud de Tyr. Obligatoire donc pour arriver à destination.

liban,sud-liban,armée,permis,barrage,saida

Il y a 2 jours, j'ai eu la joie de gagner à la loterie et d'obtenir ce beau laisser-passer. Mais il m'est arrivé une chose qui ne m'était encore jamais arrivée en quinze ans. L'officier jette un coup d'œil sur les photocopies et me dit:
– "J'ai besoin de vos papiers libanais aussi.
– Euh, je n'en ai pas. Je ne suis qu'étranger (monseigneur).
– HHHHourrry? Ne mentez pas. Vous êtes Libanais. Pourquoi me montrez-vous un passeport étranger?
– Vous vous méprenez (votre seigneurerie), je suis Français. Regardez, j'ai un permis de séjour!
– Je te crois pas. Je suis sûr que tu es aussi Libanais..."

L'échange – dans un mélange d'arabe et d'anglais – a bien duré 5 minutes. Et 5 minutes, c'est long pour justifier d'une nationalité que je n'ai pas et que je n'aurai pas. C'est la première fois qu'une scène comme celle-là m'arrivait. Prouver que je n'étais pas (aussi) Libanais.

Je rêve.

PS: j'ai dû passer 15 fois des barrages en 48h, et personne ne m'a demandé ce fichu papier.

lundi, 24 janvier 2011

"Pasdaran not welcome"

20110124 beirut 3.jpgJe ne sais pas si la Résidence des pins (la piaule de l'ambassadeur de France) est sujette aux coupures d'électricité récurrentes à Beyrouth (je doute), mais les pneus brûlés, sur le boulevard longeant l'enceinte de la Résidence (voir ci-dessus à 20h48 pétantes), devaient bien éclairer ladite chaumière et la chambre de son Excellence. Et oui, au Liban, tout le monde sait comment brûler des pneus.

Ça a commencé dans la journée à Tripoli, à Saïda et dans la Bekaa avant de se propager à Beyrouth. A 20h, Waterloo morne plaine du côté de Mar Elias et de Mazraa, tandis que les médias proches de l'opposition affirment que les sunnites tirent sur tout ce qui bouge dans le pays. A Cola en revanche, vers 20h15, c'était bien tendu entre manifestants et forces de l'ordre, l'autoroute de l'aéroport ayant été provisoirement coupée. Rues désertes, patrouilles de la sainte armée libanaise omniprésentes (soit dit en passant, j'ai vu un peu plus tard à Horsh des soldats en tenue type GI en Irak, jamais croisés auparavant...), tout le monde devant sa télé pour suivre les événements, petits hommes verts de Sukleen en train de nettoyer les résidus de pneus calcinés à Jnah...

Et puis vers 21h, manif «spontanée» devant le mausolée de Rafic Hariri. Je mets de légers guillemets à spontanée parce que les panneaux et les slogans étaient déjà prêts: «Pasdaran not welcome», «No for Hizbullah rule», «Lebanon against terrorism», «SOS protect Lebanon», «Where is my vote?» (tiens, ça me rappelle les élections en Perse en 2009)... Tout ce petit monde s'est dirigé près de la fontaine, derrière l'immeuble du Nahar. Mini conférence de presse de Walid Fakhreddine (14 Mars, avec écharpe blanche et rouge autour du cou) devant la statue de Samir Kassir et puis c'était plié dix minutes plus tard. Avec la promesse de revenir demain et les jours suivants pour ne pas céder au chantage des armes de leurs bons amis du Hezbollah.

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Il y a quelques jours, je discutais avec un ami ici qui me disait simplement: «Et pourquoi n'irions-nous pas planter des tentes partout avant que les autres ne le fassent?» J'ai comme l'impression que c'est un peu tard pour un pique-nique pacifique entre potes.

Bref, on tourne en rond. Et les jours qui viennent s'annoncent rock n'roll. Et là, je pense que les chanteurs ayant des envies de voyage voyage (pour ceux qui suivent) vont réfléchir à deux fois avant de prendre l'avion.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

lundi, 30 août 2010

All the militia men, go home!

mardi, 02 juin 2009

Tony de Florette & diverses histoires d’O

Quittons un peu Beyrouth deux minutes. Samedi, je suis allé du côté de Harissa (à 15km au nord de Beyrouth) pour les besoins d’un reportage sur la campagne électorale libanaise. Nous étions donc le 30 mai, dernier week-end du mois de Marie, synonyme dans cette commune du Kesrouan de jackpot pour les curés. Avec un million de touristes en un mois, les caisses du seigneur débordent. Comme une rivière de son lit, alimentée par des torrents de billets bleus.

Du coup comme j’étais dans le coin, je suis allé à un petit kilomètre de là, rejoindre Tony Chemaly, président de la municipalité conjointe de Daroun-Harissa. Un peu paumé, je l’appelle pour qu’il m’indique le chemin: «Quand tu seras près de notre église, demande à qui tu veux, tout le monde sait où j’habite», m’explique-t-il. Je réponds: «Ah oui, je vois où c’est, la petite église sur la place du village...» Objection interloquée de mon interlocuteur: «Quoi!? Mais c’est une grande église!» Euh…

Après un café, un 7Up bien frais et une interview en bonne et due forme sur la campagne dans la région, il m’invite à crapahuter sur son terrain à flanc de montagne. Le sourire aux lèvres, comme un gamin, il me montre le cratère creusé par une pelleteuse.

tony chemaly.jpg

Au fond du trou, un ouvrier y va à coups de pioche et un filet d’eau boueuse jaillit: «T’as vu ça? T’as vu ça?, me demande ce gaillard de 43 ans, heureux comme un gosse, de grosses gouttes ruisselant sur ses tempes. C’est ma source! C’est ça la vraie richesse du Liban!» En ces temps où l’argent coule à flot pour arroser les électeurs, j’ai trouvé l’image décalée et plutôt touchante.

[...]

Un peu plus tard, en redescendant vers la capitale, je me retrouve englué dans un embouteillage à la hauteur de la Quarantaine, théâtre de massacres contre les Palestiniens durant la guerre de 1975. Le long du Nahr Beyrouth – qui n’a de fleuve que le nom – se dresse la silhouette cubique du Forum, une grande salle d’exposition/concert/meeting électoral. Et là, les drapeaux orange sont de mise ce samedi: des centaines de partisans du Tayyar sont partout, jouant du klaxon (avec le fameux «tarata tata»), achetant la panoplie complète du parfait petit aouniste à des vendeurs venus d’ailleurs, le tout mollement canalisé par des militaires venus en nombre.

boatpeople CPL.jpg

D’ici le Jour J, 50000 policiers et soldats pas trop coulants seront mobilisés sur tout le territoire afin de garantir l’ordre public. Et puis pour être sûr que tout se passe bien sur les routes ce jour-là, le ministère de l’Intérieur a interdit la circulation aux 2 roues tandis qu’une équipe du ministère français de l’Intérieur est actuellement à l’œuvre devait mettre de l'huile dans le système local pour afin d’établir un plan devant garantir la fluidité de la circulation dans tout le pays, le week-end prochain (proposition de MAM et de Baroud, rejetée par le responsable libanais). Objectif idéal: zéro bouchon pour que le 7 juin soit un long fleuve tranquille…

Note pour plus tard: si les 2 roues n’ont pas le droit de circuler, éviter de commander des pizzas dimanche soir.

vendredi, 24 avril 2009

Haifa, George & le Cessna

vatican.jpghaifa wehbe.jpgcessna.jpgLa ville est en émoi. Enfin, pas toute la ville non plus, et pas tout le monde non plus. Surtout pas pour les mêmes raisons.

Au milieu, nous avons un gros groupe de poilus qui pleurent toutes les larmes de leur corps: leur idole s’est faite passer la bague au doigt ce matin à un obscur homme d’affaires égyptien. Voilà, c’est fait c’est dit, Haifa Wehbé s’est (re)mariée, brisant les cœurs de tous les Arabes, du Maroc au Golfe persique. Céty pas triste ça!

A gauche, nous avons le Centre libanais des droits humains et la Fédération internationale des droits de l’homme qui s’insurgent contre la nomination du général George Khoury, ex-boss des renseignements militaires (qui s’est fait soufflé la politesse par Khawaji pour le trône kaki), au poste d’ambassadeur auprès du Vatican. Les deux organismes lui reprochent son goût pour la torture et considèrent que ce placard doré lui fournit une immunité qu’il ne devrait pas avoir. Remarquez, ce ne serait pas la première erreur de casting au Saint-Siège.

Et puis à droite, y’a l’armée libanaise qui frétille. Sur son site web, nous découvrons ébahis que «les Forces de l’air» sont toutes heureuses de vous faire part de la réception, en provenance directe des Etats-Unis, d’un… Cessna Caravan (je savais pas que ça existait, la version caravane d’un avion). Ce doit être pour se prémunir de la prochaine version israélienne de Tora! Tora! Tora!

Comme quoi, il s’en passe des choses au Liban…

jeudi, 28 août 2008

Zeebrugge-Beyrouth

8886357.jpgVers 13h30 hier, une frégate belge a accosté à Beyrouth en provenance de Zeebrugge. Sa mission: prendre part à la surveillance des eaux territoriales dans le cadre de la Finul, et traquer d’éventuels contrebandiers d’armes en vertu de la résolution 1701. Sur le quai numéro 5 du port, l’imposant bâtiment de guerre se reposait tranquillement en attendant d’effectuer des rotations en mer d’une dizaine de jours chacune. A 50m, une embarcation de la marine libanaise flottait, pavillon au vent. Une image magique. Le ministre belge de la Défense était là pour l’occasion (c’est la première fois que son plat pays envoie un navire de guerre sur un théâtre des opérations étranger), et pour vendre à l’Etat libanais une quarantaine de tanks, des transports de troupe et des munitions à gogo (faudrait peut-être vendre des bateaux vu la pauvreté de l’équipement actuel). A la fin de son petit discours, le ministre a salué le «rôle stabilisateur du Liban dans la région» et s’est félicité du «climat politique local apaisé» depuis l’accord de Doha. Le grand bonhomme, sorte de croisement entre Dominique de Villepin et Philippe de Villiers, avait certainement dû abuser de l’arak lors du déjeuner. Car au moment même où les marins belges écoutaient leur ministre de tutelle, la tension montait un peu partout, de Tayyouneh à Basta en passant par la Bekaa et Nabatiyeh à coup de bombes sonores et autres joyeusetés, sans parler des empoignades verbales (voire plus) au Parlement. Tout va donc bien au Liban, merci monsieur le ministre.

Mais depuis hier midi, le Liban s’est remis en marche: la justice a condamné à mort le président libyen dans le cadre de la disparition de Moussa Sadr; le ministre des Télécoms a déclaré que les tarifs du cellulaire chuteraient bientôt; et notre président a appelé de ses vœux à un retour en grâce de la Syrie sur la scène diplomatique (gloups!). Un vibrant appel à la séculaire amitié libano-syrienne d’ailleurs précédé par l’annonce du voyage de Sarkozy à Damas les 3 et 4 septembre prochain. Et puis une dépêche de l’AFP vient d’arriver: un hélicoptère de l’armée a été touché par des tirs d’origine inconnue dans le Sud-Liban (1 mort). Tout va donc bien au Liban, merci messieurs.

Seule ombre au tableau dans ce panorama idyllique: le ciel de Beyrouth est gris-blanc depuis une bonne dizaine de jours.

mardi, 03 juin 2008

The lost world

1129325701.jpgLe Sarcosuchus Imperator est l’un des dinosaures les plus impressionnants qui soient: cet ancêtre du crocodile mesurait 12 mètres et pesait 9 tonnes. A l’époque du crétacé, c’était une véritable bête de guerre (la grosse bébête ci-dessus). Rien ne lui faisait peur et, adepte de la vie en eaux troubles, il croquait ses rivaux à la pelle.

Plusieurs millions d’années plus tôt, au jurassique, vivait le Stégosaure, un animal cuirassé, bardé de plaques hérissées sur le dos (sans autre utilité que de faire peur). Le genre de dinosaure sympa et consensuel qui ne mangeait que des feuilles. Lent et maladroit, il était très vulnérable face aux prédateurs du cru. Malgré sa grande taille (9m de long, 4 de hauteur et 2 tonnes) et en raison du volume de son cerveau (pas plus gros qu’une noix), il ne faisait de l’ombre à personne.

Cent dix millions d’années plus tard, ces deux espèces vont enfin se rencontrer. Ce face-à-face «historique» aura lieu samedi prochain, sur les rives orientales de la Méditerranée. Du côté de Baabda, pour être précis. Le Sarcosuchus UMPerator, paraît-il accompagné du Diplodocus Hollandosaure, du Galliminus Bayrouchus et de la Gastonia Buffetosaure, est donc attendu. A l’ombre d’un grand cèdre (c’est pour la carte postale car les cèdres se comptent sur les doigts de la main au Liban), le Sarcosuchus UMPerator – toutes griffes et tous crocs dehors à son état naturel – a promis de venir saluer le Stégosaure Sleimanus. Que vont-ils se dire (en langage de dinosaures, faut-il le préciser)? Personne ne le sait. Le Stégosaure Sleimanus ne compte pas faire de conférence de presse commune avec le Sarcosuchus UMPerator. En fait, notre Stégosaure traîne une réputation de dinosaure un peu timide et sans grand charisme. Car, bien qu’équipé de plaques colorées sur son dos, il ne fait peur à personne (rappelons que c’est un herbivore sympatoche).

Et puis dans sa contrée planent de trop nombreuses menaces pour qu’il ose agiter sa lourde queue garnie de piquants: il y a le Tyrannosaure Washingtonus, le Triceratops Damascus, le Spinosaure Persus, le Ptérosaure Israélus, le Pachycephalosaure Bédouinus et les très nombreux Velociraptors Palestinus qui ne demandent qu’à mettre leur grain de sel dans le royaume du Stégosaure Sleimanus. Du coup, la rencontre de samedi ne revêt que peu d’intérêt: le Sarcosuchus UMPerator vient marquer un territoire qui, depuis l’envoi en éclaireur du Kouchnerophysis l’an dernier, est devenu le terrain de chasse d’autres prédateurs. A l’ombre du grand cèdre, il ne se passera donc rien.
Le seul spectacle dont nous pourrons tirer une quelconque joie consistera certainement en une nuée de Microraptors Journalistus qui suivent par instinct de conservation toutes les migrations – et elles sont nombreuses – du Sarcosuchus UMPerator.

[...]

Devinette Comment s’appelle la femelle du Sarcosuchus UMPerator?

dimanche, 25 mai 2008

Michel Sleimane ou le charme discret du funambule

1233524357.jpgAlors voilà. Nous devrions être les heureux propriétaires d’un président tout neuf, d'ici la fin de ce dimanche 25 mai 2008. Enfin, tout neuf, façon de parler, le modèle que l’on devrait récupérer à quelques milliers de kilomètres au compteur.
Depuis le retour de nos pontes de Doha, la joie et l’allégresse se lisaient sur tous les visages des colleurs d’affiches (et des imprimeurs aussi). Les murs de Beyrouth sont recouverts de portraits, englués par dizaines. C’est beau, ça fait un peu déco urbaine nouvelle tendance. Ça sent aussi à plein nez le culte de la personnalité. Mais ne jugeons pas l’homme (ou le militaire, pardon) alors qu’il n'a pas encore franchi les grilles de Baabda. Le plus dur reste à faire pour lui:
• Ne pas décevoir les attentes d’une population lassée par 18 mois de guéguerre institutionnelle.
• Faire des risettes à toutes les délégations étrangères attendues à Beyrouth: les Iraniens (les mentors de son ami Hassan), les Syriens (ceux qui l’ont placé à la tête de l’armée en 1998) et les Américains (les mentors de l’actuelle majorité) en premier lieu.
• Commencer la semaine prochaine par des consultations pour le poste de Premier ministre (pas le plus dur), mais surtout pour la constitution du gouvernement. Aoun a déjà affiché ses préférences, avec des portefeuilles comme ceux de la Justice ou des Finances (ben voyons). Et les autres de devraient pas tarder à faire leur lettre au père Noël également. Ce matin, Geagea a profité de cette journée de «fête» pour accuser Aoun d’avoir sacrifié les intérêts des chrétiens au profit du Hezbollah. La semaine prochaine s’annonce rock n’roll.

En conclusion: souhaitons lui bonne chance pour le job le plus ingrat à pourvoir dans ce pays.

[…]

Hasard du calendrier (?!), le 25 mai, c’est aussi l’anniversaire de la libération du Sud par le Hezbollah en l'an 2000. Une belle occasion pour célébrer l’omnipotence spatio-temporelle du sayyed.


mercredi, 21 mai 2008

Sit-in de Beyrouth : « Ils se cassent, enfin! »

Nous reviendrons prochainement sur Initiative Liban, mais vous pouvez continuer de laisser vos messages et idées ici.

900765276.jpgBon, je reviens du centre-ville. Là-bas, il y a presque autant de journalistes et d'hommes en vert de Sukleen que de protestaires: les premiers attendent que les troisièmes s'en aillent. Ça a commencé timidement avant midi, sous un soleil de plomb. Quelques tentes sont en train d'être démontées, les drapeaux décolorés par le soleil sont détachés des palissades métalliques... Ça commence seulement, il faudra certainement un peu de temps pour faire table rase totalement de cette ville dans la ville (à l'image de l'Etat dans l'Etat?): il reste toutes les commodités, les cuves d'eau... Dans les allées, on croise les commerçants qui ont continué à travailler malgré la fréquentation réduite. A la Maison du Café, une vendeuse m'a dit: «Ils se cassent, enfin! Un an et demi que ça dure, il était temps!» Ah bon?

Place des Martyrs, j'accoste un militant du CPL. Je commence à discuter, je veux le prendre en photo, et un gars débarque, engueulant mon aouniste (je connais quelques insultes en arabe, mais j'avoue ne pas avoir compris sur le coup). Interdit de parler aux journalistes, interdit de prendre des photos à moins de montrer patte blanche au service de presse du Hezb (installé sous une tente place Riad el-Solh). Je m'en vais, mon Hezbollahi fait de même, pistolet automatique à la ceinture (lui, pas moi).

Plus tôt dans la matinée, Nabih Berri a appelé à la levée du sit-in, suite à l'accord trouvé entre majorité et opposition à Doha. Qui vivra verra, mais je ne crois pas que cette accalmie soit une trève de longue durée. 

mardi, 13 mai 2008

Day 7

21h35

• Nouvelle démonstration que les médias jouent un rôle essentiel dans tout conflit, y compris le nôtre: après une attaque en règle (qu'on les aime ou pas, cela reste inadmissible d'un point de vue symbolique et éthique),  les supports de Hariri ont cependant recommencé à émettre (c'est beau, la magie du pognon) à partir d'une zone plus sûre, à savoir Sin el-Fil. Mais la chaîne satellitaire panarabe Al-Arabiya a confirmé avoir reçu des menaces de la part du Hezbollah. Sans doute parce que selon une de leurs analyses toutes récentes, le Hezbollah a déjà perdu la guerre sur le plan médiatique. Ça n'a pas dû plaire. Mais à malin, malin et demi: le Hezb n'est pas content parce que, suite à des pressions, les prestataires de câble dans le nord du Liban ont arrêté de diffuser Al-Manar, NBN et OTV. «Une atteinte au droit de la presse et des médias», selon Al-Manar. Si, si.
• Toujours dans la catégorie «on croît rêver», la Finul a fait savoir que pour elle, tout se passait normalement, ou presque. Son commandant en chef Graziano, qui avait envisagé un moment de revoir ses règles d'engagement (ce qui aurait de toute façon pris des lustres, dans les méandres de l'administration onusienne), a annoncé ce matin que la Finul ne se mêlerait pas des «questions politiques intérieures» du Liban. Il me semblait pourtant qu'elle avait pour mission d'empêcher le réarmement du Hezbollah. Mais sans doute était-ce seulement au sud du Litani. Et puis, il est déjà réarmé, le Hezbollah. Elle n'a donc plus rien à faire.
• De toute façon, la Finul est tranquille. Le chargé d'affaires français au Liban André Parant vient de confirmer qu'aucune résolution concernant le Liban n'est prévue à l'ONU.
• Sinon, au cas où vous ne le saviez pas, la cavalerie arrive demain, à l'exception de la délégation qatarie qui a clairement snobé les autres dishdashamen en faisant voyage à part aujourd'hui. Etant données les relatons très particulières que le Qatar entretient avec l'Iran et consorts, on imagine qu'elle aura des choses à dire en privé au Hezbollah, avant l'arrivée des autres trublions.
• L'inénarrable Nasser Qandil, un pro-syrien de la plus belle eau (boueuse), nous a annoncé que la mission arabe de demain est celle de la dernière chance, avant que le Liban ne «parte en enfer». Il a le sens de l'image le Qandil qui, comme l'adipeux Wi'am Wahhab, est la voix de son maître. Aurement dit, la Syrie fait des pronostics et se frotte les mains. Ben oui, franchement, quelqu'un s'attend à ce que la visite de santé (ha, le parfum du pneu brûlé) arabe débouche sur quelque chose? Ce serait historique!
• Pour finir sur une note positive: tout va bien, les transports pour sortir du Liban sans passer par l'aéroport s'organisent. Quand je vous disais que les Libanais avaient une faculté d'adaptation extraordinaire... Là, cela ne leur aura même pas pris une semaine.
• Et pour la route, une petite vidéo illustrant les graffitis et autres marquages de territoire (politiquement parlant), à Beyrouth. Et depuis que ces images ont été tournées, c'est bien pire...


18h49

• L'héritier du clan Hariri au charisme proche de celui du champignon de Paris, a l'air d'avoir mangé du lion ce soir. Voir sa conférence de presse ici. Seul bémol: selon lui, Sleimane reste le candidat de consensus. Mouais.
• Et maintenant, c'est ce bon Mahmoud à Téhéran qui s'en mêle. Mais mon Dieu, qu'a fait le Liban pour mériter tant d'attentions de la part de ses bienveillants voisins?
• Wi'am Wahhab (alors lui, je peux vraiment pas) considère que Joumblatt est responsable de ce qui s'est passé au Chouf. Et Arslane, il s'est tourné les pouces? Pendant que les ténors druzes d'écharpent, leur chef spirituel, cheikh Naïm Hassan, a déclaré: «Aujourd’hui, l’armée libanaise est invitée, plus que jamais, à faire respecter l’ordre dans toutes les régions libanaises». Ça veut dire quoi «faire respecter l'ordre»? Compter les points? Regarder les gamins du Hezb et d'Amal faire des châteaux de sable sur les autoroutes? 

 
14h55

1868330833.jpg • De retour d'une virée à l'Ouest. Bon, les constats se bousculent: l'armée fait semblant de filtrer la zone ouest, au début de Hamra ou de l'autre côté vers Raouché; l'armée a bouclé certains quartiers comme Qoreytem; les commerces de Hamra – resto, boutiques... – ont rouvert... mais surtout, j'ai assisté à une grande leçon de marquage de territoire. Quasiment tous les quartiers ont vu pousser des drapeaux tout neufs et des portraits. Et une troïka se dégage de tout ça: Hezbollah/Amal/PSNS (voir cette photo prise devant l'hôpital américain). A Ras Beirut et à Manara, dans les petites rues, les miliciens sont toujours là. Les armes au placard en attendant qu'elles refroidissent. Et les scooters sont toujours omniprésents, leurs conducteurs ne se gênant plus du tout avec les contre-sens. Cessez-le-feu certes, mais farwest quand même.
• En rentrant, je suis passé par le ring. Toujours barré. Des enfants jouaient au foot dessus, ça leur fera des souvenirs, alors que les grands (armes au placard toujours), scrutent les véhicules qui tentent de trouver une sortie par les petites rues de Zoqaq el-Blat et de Bachoura. Concrètement, on peut circuler, mais faut savoir par où passer.
987624581.jpg

 
12h10

• Le PDG de la France, Nicolas Sarkozy, vient de s'apercevoir qu'il se passait quelque chose au Liban. Il vient de demander officiellement l'arrêt des combats dans notre beau pays. Je suis sûr que notre bon Hassan suivra à la lettre les desiderata de celui dont il a écorché le nom lors de sa conférence de presse la semaine passée. Nous sommes donc sauvés. Hallelujah!
• On va aller faire un tour du côté de Beyrout-Ouest pour voir si les miliciens se sont bien retirés. Hmm...
• Il y a 10mn, il y a eu deux ou trois "boom" lointains.

 
7h40

• Ça fait longtemps que je n'ai pas vu le drapeau libanais brandi quelque part. Partout, dans les villages de la montagne du Chouf ou ailleurs, les étendards partisans ont remplacé le rectangle de tissu portant deux bandes rouges et un cèdre vert. Ce serait bien de revenir à l'essentiel.
• Le nord a encore connu des combats cette nuit. L'armée a promis de désarmer les milices (sauf le Hezb bien sûr). Encore une blague, quoi.
• Ce matin, l'autocar scolaire était en rendez-vous. Un peu de normalité fait du bien en ce moment.
• Samedi soir, sur la route et en écoutant une vieille chanson «typiquement libanaise», Nat a eu ce mot, à peu de choses près: «J'ai l'impression que même le vernis de nostalgie fout le camp.» Je crois qu'on se demande simplement vers quoi file le pays. Tiens, voici une vidéo qui n'a rien à faire là...

lundi, 12 mai 2008

Day 6

21h05

• Nabih Berri a reporté le scrutin présidentiel au 10 juin (la 20e session, non? je m'y perds moi-même). Le Liban va sûrement entré dans le Guinness Book avec ça. Y a-t-il encore quelqu'un que cette élection intéresse?
• Souhaid accuse le Hezb d'imposer ses perspectives au Liban. Ah bon? Je trouve pas, moi. C'est la démocratie à la sauce tehiné qui s'exprime, comme l'a si humblement souligné monsieur Aoun.
• Voici un bon sujet d'Al Jazeera (en anglais), sur la situation aujourd'hui à Tripoli.

 
19h10

• Les grandes vacances sont terminées (provisoirement). Les écoles rouvrent demain.
• Joumblatt rencontre l'envoyé de l'administration US: il va encore se faire traiter de collabo celui-là!
• Aoun vient de prévenir ses partisans: «Attention aux hariristes s'ils viennent dans vos régions!» (sous-entendu, «ils viendraient manger vos enfants la nuit», ou «moi aussi, je peux avoir mes milices de quartiers»).
• C'est beau la démocratie consensuelle.

 
16h14

• Le point en vitesse parce que là, ça devient risible: le Prince Talal Arslane (ben oui, pour ceux qui ne sauraient pas, Arslane est un émir druze qui se crêpe le chignon depuis des années avec Joumblat, l'heure de la revanche a donc sonné), se posant en porte-parole de l'opposition, a lancé toutes sortes d'ultimatums. En vrac, il veut récupérer le matériel militaire du PSP (qui le fait bien saliver) AVANT de le remettre lui-même à l'armée. Et ce aujourd'hui même. «Ce jour est décisif. Ou nous réussissons, ou tout s'effondre.» Et comme il avait précisé avant que «si le Chouf explose, tout le Liban explose avec lui», on imagine combien Joumblat doit avoir la pression. Accessoirement, nos amis de l'opposition, comme ils en ont l'habitude, remettent la barre un peu plus haut: après que Nasrallah a affirmé que seule l'annulation des fameuses décisions du gouvernement mettrait fin à la «désobéissance civile», Arslane (porte-parole de l'opposition pour les étourdis) vient de corriger le tir. Il faut la démission du gouvernement pour que quoi que ce soit s'arrête. Ils ont raison de continuer sur leur lancée, pourquoi s'arrêter en si bon chemin, même si cela revient à se dédire? Comme Berri vient aussi de se prononcer pour la démission de Siniora (en tant que chef d'Amal, pas que président du Parlement, c'est pratique les casquettes), il semble que la prochaine étape soit d'avoir la tête du bonhomme. Politiquement bien sûr.



• Cela clashe de nouveau à Tripoli, épisodiquement.
• Une délégation de la Ligue Arabe arrivera mercredi à Beyrouth (ouf, on est sauvés), et à l'aéroport s'il-vous-plaît. Ils y tenaient beaucoup, ils ne seraient pas venu sinon. Sans doute pour vérifier de visu que le Hezbollah sait faire de très jolis chateaux de sable.
• Depuis mercredi dernier, les combats ont fait 81 morts. Je sais, ça aurait pu être pire mais c'est déjà trop. 


15h00

• Je n'ai jamais vu aussi peu de trafic routier sur la route de Damas qu'aujourd'hui, mis à part les camions frigorifiques de Tanmia qui arrivent sur Beyrouth pour remplir les supermarchés, et les minibus qui partent vers la Syrie.
• A Chtaura, les minibus libanais arrivent donc chargés. Surtout des ouvriers syriens.
• Sur la route de Masnaa et de Majdel Anjar, je suis passé entre les gouttes, les combats avaient cessé dans la matinée.
• Quelques kilomètres plus loin donc, à Masnaa, la route est barrée 300m avant le poste frontière par un large monticule de terre. Les chauffeurs syriens attendent les pigeons (entre 120 et 150 dollars pour l'aéroport de Damas, tout de même), et les font passer à pied par une petite barrière. Les soldats de l'armée libanaise fument des cigarettes en s'abritant du soleil (ça cogne dans la Bekaa). J'te mettrais un coup de bulldozer là-dedans...
• En tout cas, les transports de marchandises entre les deux pays ne fonctionne plus. Entre l'aéroport fermé et cette frontière, tout cela ressemble de plus en plus à un blocus.345814418.jpg

 
12h11

• Seul sur une route déserte, tel un cow-boy dans le couchant, David se rend maintenant à Masnaa pour voir de quoi il en retourne, l'armée devant actuellement procéder au déblocage du coin, après les échauffourées de Aanjar et Majdel Aanjar (le village d'à-côté, habité par de sérieux énervés en termes de fondamentalisme sunnite).
• Ce matin, à Masnaa justement, le poste-frontière a été endommagé par des tirs et des grenades lancés depuis... le côté syrien. Et oui.
• Dans le Chouf, l'armée se déploie massivement alors que les notables de la Koura (un district pauvre du Nord Liban) l'appellent urgemment à venir assurer la sécurité. Ben oui, ils doivent se dire que mieux vaut prévenir que guérir, vu comment ça s'est passé ailleurs.
• Enfin, dans la rubrique people, Saad Hariri dément avoir quitté le Liban et assure qu'il restera à Beyrouth. Dans le fond, on s'en fout un peu, parce que ça ne changera pas grand chose. Les seuls qui seront embêtés seront ce couple d'aounistes résidant à Qoraytem en face de la casa Hariri, et dont ils regardaient l'attaque avec enthousiasme, comme d'autres vont au cinoche. Ce serait dommage des les priver de cette saine distraction.


9h54

• Après la mise au pas du Chouf, des heurts se produisent à Masnaa, principal point de passage à la frontière syrienne, et vers la localité voisine de Aanjar, où réside une importante communauté arménienne.  Cela va compliquer les choses pour ceux qui veulent sortir du pays par là-bas.
• A propos de ceux qui essaient de quitter le pays, les bonnes habitudes reprennent: après les 50000LL pour faire l'aller-retour entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest la semaine dernière, il faut maintenant compter 500$ minimum pour prendre un taxi Beyrouth-Damas (contre 10$ en temps normal). Encore plus fort (et plus nostalgique pour certains), vous pourrez débourser 2000$ pour faire le trajet Jounieh-Chypre par les bons soins de propriétaires de petits bateaux (qui vont sur l'eau). Au moins, vous avez l'embarras du choix.
• David part tout de suite à Naba es-Safa, petit village du Chouf où vivent chrétiens et druzes. Mais selon un habitant du coin, il va devoir s'accrocher pour trouver des chrétiens sur place parce qu'ils sont tous en train de mettre les voiles.

 
8h20

• Vous connaissez la dernière blague à Beyrouth? Non? Et bien la voici: la Ligue arabe se réunit pour trouver une solution à la crise libanaise. Je n'avais pas autant ri depuis... depuis quand?
• La nuit dernière, vu de chez nous, une activité étonnante régnait au port de Beyrouth. A part Amal, quelqu'un s'occupe-t-il du site? La Finul? Ouh la! Qu'est-ce qu'il y a comme blagues aujourd'hui...
• Bilan des derniers jours: 42 morts. Plus tous ceux de la nuit.
• Et ça, c'était Choueifat hier (sur Otv).

samedi, 10 mai 2008

Day 4 (bis)

1321392943.jpgJe suis en colère.

Je suis en colère contre ce gouvernement qui a voulu jouer les gros bras sans en avoir les muscles et qui, aujourd’hui, vient geindre dans le giron de la communauté internationale et arabe, sans se rendre compte que ce qui se passe aujourd’hui au Liban n’est pas perçu autrement que comme un énième conflit entre sunnites et chiites. Entre deux familles aux mêmes racines, qui se tapent dessus depuis la nuit des temps, et dont les frottements ne présentent plus guère d’intérêt depuis l’Irak et ses 35 morts quotidiens, en moyenne. Les chiites et les sunnites, ça lasse l’opinion depuis longtemps, c’est leur problème en fin de compte. Peu importe que depuis hier soir, la montagne druze paraisse figurer en bonne place dans les velléités expansionnistes du Hezb. Qui sait ce que sont les druzes à l’étranger de toute façon? Peu importe qu’une bonne part des hommes qui traînent dans les rues de Moussaytbé, Mazraa ou Hamra soient payés et armés par Nabih Berri, accessoirement président du Parlement et à ce titre gardien de l’unité nationale. C’est une honte.

Je suis en colère contre cette armée, heureuse de recevoir des lauriers populaires il y a moins d’un an pour avoir mis des mois, et au prix de destructions monstrueuses, à rabattre le caquet à un «groupuscule» dont elle n’a même pas su arrêter le chef. Cette armée flétrie par la honte depuis qu’al-Arabiya diffuse en direct des images de soldats, nos soldats en principe, combattant aux côtés de miliciens prenant d’assaut une bonne moitié de la capitale. Quelle logique permet d’expliquer, sans parler de justifier, que l’armée accepte que des hommes en arme lui livrent d’autres hommes en arme ? Qui oserait encore se voiler la face en prétendant que le Hezbollah n’est pas une milice, que c’est la «Résistance» et qu’en tant que telle, cela lui donne le droit de dépasser toutes les lignes rouges, au nez et à la barbe de cette grande Muette supposée défendre les citoyens en toute neutralité? Que penser de ces soldats qui prennent le café avec ceux qu’ils ont pour mission d’arrêter? Je me fous des excuses – l’armée est trop fragile pour s’opposer au Hezbollah –, des prétextes – elle n’a pas le droit de lancer une opération offensive sans en recevoir l’ordre du président de la République exclusivement –, des stratégies – Sleimane attend son heure pour se présenter en sauveur… L’armée regarde passivement des Libanais (dont je doute désormais de la libanité) mettre le feu à des médias, accrocher des photos d’un président étranger, pourchasser des citoyens jusque chez eux, interdire la circulation, et j’en passe. C’est une honte.

Je suis en colère contre les Libanais, en particulier ceux que l’on appelle les chrétiens libanais, ces Libanais qui vivent à Achrafieh, dans le Metn, le Kesrouan et qui ne semblent pas affectés plus que ça par ce qui se passe. Oui, ils ont peur. Peur que la contagion ne gagne leur quartier, leur région. Peur que cela ne soit pas bon pour leurs affaires. Peur de ne pas pouvoir aller à la plage cet été. Mais ont-ils seulement peur pour leur pays? Peur pour leurs concitoyens, ces sunnites qui, de toute façon, «n’ont jamais su se battre» (comprenez «c’est leur problème, nous, ça ne se passerait pas comme ça»)? Se rendent-ils seulement compte que, en quelques jours, les lignes de fracture qui ont scindé ce pays pendant plus de 15 ans se sont reformées, que la ligne verte est de nouveau en vigueur et que les voilà de nouveau cantonnés à ce fameux «réduit chrétien» qui a bercé mon adolescence? Les chrétiens se sont glissés en douceur dans cette nouvelle/ancienne configuration, comme dans des pantoufles. Ce qui laisse à penser que les lignes de démarcation restaient bien vivaces dans les esprits et que les Libanais n’ont rien appris. Il ne s’agit pas d’aller combattre le Hezbollah les armes au poing dans un combat perdu d'avance. Il s’agit de manifester une quelconque solidarité, ne serait-ce que dans les cœurs, dans la dignité des discours. Combien ont été manifester ce matin à Tabaris? Combien iront cet après-midi rejoindre Offre-Joie? Bien peu, j’en ai peur, parce que bien peu se sentent concernés, en fin de compte. Comme pendant la guerre de 1975-1990. On est gêné par l’inconfort, mais combien se sentent réellement impliqués par ce qui est en train d’arriver à leurs compatriotes? Sur les chantiers d’Achrafieh, les travaux se poursuivent comme si de rien n’était. A Jounieh, les bars et resto font le plein. La vie continue et doit continuer, certes. Mais un peu de solidarité serait bienvenue. Elle serait décente. Mais là encore, les Libanais n’ont rien appris. Ils reproduisent les mêmes schémas et se reprendront les mêmes claques. L’aéroport est inaccessible? On reprendra le bateau de Jounieh vers Chypre. L’ambiance est pas cool à Gemmayzé? On sortira dans le Kesrouan ou à Broumana. Le Hezbollah fait la loi à Beyrouth-Ouest? Il verra bien s’il ose s'approcher de chez nous (c’est ça ouais).

Cette espèce d’indifférence un peu anxieuse, tellement égoïste, est non seulement indigne, elle est suicidaire. Au lieu d’espérer naïvement, comme si l’Histoire ne nous avait rien appris, que le Hezbollah soit poussé à la faute (euh, ce qui se passe n’est pas suffisant?) et qu’Israël ou un état lambda intervienne, sauvant ainsi la veuve et l’orphelin, les Libanais de toutes confessions – du moins ceux qui ne sont pas d’accord avec ce vendu de Michel Aoun pour qui il s’agit d’une «victoire nationale» – devraient descendre dans la rue et crier leur solidarité à la face du monde. Crier que non, il ne s’agit pas de heurts sunnites-chiites mais d’une agression contre une nation toute entière par un parti fasciste qui refuse que l’on touche à sa capacité militaire (j'allais écrire "de nuisance"). Crier que la fermeture de médias, quels qu’ils soient, est un signe extrêmement inquiétant de ce fascisme. Crier que les Libanais refusent que leur destin soit dictés par quelques uns, plus armés que les autres, si tant est qu’ils croient encore à leur prétendue démocratie. Crier qu’ils ne veulent plus être pris en otage, que ce soit enfermés dans leur maison à Beyrouth ouest, ou engoncés dans leur région pour Beyrouth-Est. Seul cela forcerait le reste du monde à regarder ce qui se passe réellement au Liban. Ils ont su le faire en 2005 mais là, parce qu’ils ne sont pas directement concernés, ils ne bougent pas; ils s’adapteront, si tant est que le business va bien. Et pour moi, ça, c’est la plus grande de toutes les hontes.

vendredi, 09 mai 2008

Day 3

19h25

• Les rafales d'armes automatiques dans les rues de Beyrouth-Ouest, ça donne ça. Soit on se carapate, soit on se planque, c'est au choix.

• Et ça, c'est l'orage délirant de la nuit dernière, tourné depuis la maison, vers 2h30. Désolé pour l'autofocus un peu foireux.



 
17h19

• L'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Koweit et l'Italie annoncent ou étudient l'évacuation de leurs ressortissants. Côté Français, on dit "pas encore". Jusque là tout va bien donc.
• L'Egypte et l'Arabie Saoudite (encore elle) ont demandé une réunion d'urgence des ministres des affaires étrangères arabes. Ouahahahahaha! On a déjà annoncé qu'elle se tiendrait "dans les deux jours". C'est l'urgence vue par les Arabes. Re-Ouahahahahaha!
• L'ancien siège de la Future flambe à Raouché.
• Des centaines de civils passent la frontière syrienne, pour sortir du Liban, pas besoin de le préciser.
• En dehors des bris de verres, des poubelles qui puent et des morceaux de parpaing, des branches jonchent aussi les rues, suite à la monstrueuse tempête d'hier soir dont j'espérais, à tort, qu'elle calmerait un peu les ardeurs.
• Des portraits de Bachar el Assad refleurissent dans Beyrouth Ouest.
• Le calme semble revenu à l'exception de tirs sporadiques, signe soit que les combattants font la sieste (probabilité 0.33/10), soit qu'un camp a gagné (probabilité 9.99/10) et qu'un nouveau statu quo est en vigueur. Le 14 Mars proteste aussi inutilement que faiblement, mais dans une politique du fait accompli, ils l'ont dans l'os. Le Hezb a désormais des cartes supplémentaires, Hariri & co ont reçu l'humiliation du siècle. On attend le prochain round. Quoique. On a déjà vu ce genre de statu-quo durer 15 ans au Liban.


15h10

• De retour de Beyrouth-Ouest.
• C'était calme quand on y est passé, mais c'est reparti de plus belle depuis.

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• Visiblement, sur le terrain, chacun campe sur ses positions (voir cette photo à la Marina de Beyrouth, pas loin du Phoenicia): Le Hezb et Amal tiennent leurs quartiers, l'armée et les FSI les encerclent, et protègent les bâtiments officiels: les ministères du centre-ville et de Hamra, et surtout la Banque du Liban.
• Si, rue de Damas, les employés de Sukleen continuent de travailler, dans Ras en-Naba et Mazraa, les bennes à ordures (qui n'ont pas été brûlées) dégueulent.
• A Mazraa et Mar Elias, ce sont les jeunes de Amal qui font la circulation, avec la Kalach en bandoulière. A un carrefour, on a demandé notre chemin à un gars tout gentil (mais le doigt sur la gâchette), la voix douce. On lui aurait donné le bon Dieu sans confession.
• A Qantari, en redescendant vers le centre-ville et la banque Audi, je m'arrête pour prendre une photo. Un mec à scooter débarque et me dit que c'est interdit de photographier (!), car c'est une zone touristique (re !).
• J'ai eu un ami photographe indépendant au téléphone, qui s'est fait piquer toutes ses cartes mémoires à Hamra. «C'était des mecs du Hezbollah, des vrais, ceux avec lesquels tu discutes pas.»
• Note pour plus tard: c'est décidé, je vais me reconvertir dans l'importation de scooters.
• Sans commentaire...



 
12h50

• Toujours pas sortis, mais on file tout de suite. Compliqué de tout gérer.
• Farès Souhaid (secrétaire général du 14 Mars), joint par téléphone: «Ce que l’on essaie de présenter comme un conflit entre deux courants politiques est en fait un putsch militaire mené par une organisation terroriste soutenue par l’Iran. Les députés de la majorité arrivent au fur et à mesure à Meerab, et dès qu’ils seront présents, nous verrons quoi faire. L’élection d’un président à la majorité simple est une possibilité, c’est très probable. L’armée joue la carte de la patience en attendant de se présenter comme sauveur. Je ne crois pas que le Hezbollah entrera dans les régions chrétiennes.»
• Joumblatt n'a pas été évacué, il est toujours à Clemenceau.
• Marwan Hamadé (bras droit de Joumblatt), par téléphone également: «Il s’agit d’un coup d’Etat milicien, l’Iran réédite le coup de Gaza et cette tentative est pratiquement réussie, si ce n’est qu’ils n’ont pas de gouvernement légal. L’Iran a établi une nouvelle tête de pont sur la Méditerranée. Personnellement, je reste à Beyrouth, je suis habitué aux invasions. J’ai vécu celle israélienne de 1982, et aujourd’hui celle iranienne de 2008. Toutes les options sont ouvertes, y compris l’élection d’un président à la majorité simple. Toute la question sera de savoir quel président élire. Car, vis-à-vis du laxisme de l’armée, nous comptons bien demander des explications au général Michel Sleiman. Pour l’instant, les druzes ne réagissent pas car ils sont encerclés dans le Chouf et ils sont extrêmement peu nombreux à Beyrouth. Mais il est évident qu’ils ne laisseront pas faire si quelqu’un s’attaque à la montagne du Chouf.»
• Le téléphone de Hajj Hassan ne répond pas.

 
11h30

• Une roquette tirée sur Qoreytem, la résidence de Hariri.
• Le bâtiment du journal Al-Mustaqbal pris pour cible. J'arrive pas à joindre un copain journaliste sportif dans ce canard.
• Joumblatt évacué de Clemenceau par l'armée.
• Le port bloqué (facile, c'est les copains d'Amal qui le contrôlent d'ordinaire).
• Je viens d'avoir au téléphone le député du Courant du Futur Ammar Houry, dont la résidence a été prise par le Hezb. Voix d'outre-tombe lui qui est d'ordinaire si enjoué. Complètement flippé: «I'm fine, sorry, I can not tell anything else right now.»
• Un copain arménien habitant à Ras Beirut: «On reste à la maison, on bouge pas.»
• On va sortir.
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mercredi, 06 février 2008

Haro sur l’armée

Nous n’avons pas de sympathies particulières pour l’armée en général (jeu de mot accidentel) et pour Sleimane en particulier, comme les habitués de ces pages doivent déjà le savoir. Pourtant, depuis ce triste dimanche d’émeutes, je bouillonne intérieurement face à ce qui ressemble de plus en plus à une entreprise de sape organisée et qui nourrit en moi de profondes inquiétudes.
Car il est une chose qu’il faut reconnaître et saluer: la grande Muette fait depuis quelques temps figure de rempart face à un trop possible chaos généralisé. Son implosion dans les années 70 avait accéléré et aggravé la guerre civile, ses membres – et son matériel – s’éparpillant entre milices et groupuscules divers. Aussi est-il indispensable que pareille catastrophe ne se reproduise pas aujourd’hui.

L’armée est, à plus d’un titre, investie de cette mission fondamentale qu’est la sauvegarde de l’ordre public. D’abord parce qu’elle demeure le seul «espace» où, dans une certaine mesure, le soldat chiite est à la même enseigne que le sunnite, le druze que le maronite, etc. L’uniforme a ceci qu’il uniformise, et en la matière, c’est plutôt une bonne chose. S’y côtoient quotidiennement, et dans les mêmes conditions de vie, des populations qui partout ailleurs ou presque, s’excluent mutuellement.
Ensuite parce qu’elle est désormais la seule institution nationale qui fonctionne, alors que gouvernement, parlement, présidence et ministères sont paralysés ou presque.

Pour cette même raison, elle est malheureusement devenue le dernier symbole du Liban en tant qu’Etat, la dernière trace opérationnelle d’un pays à la dérive, qui n’a plus de réelle existence institutionnelle par ailleurs.

Toujours dans le même ordre d’idée, l’armée doit se protéger car le citoyen libanais lambda n’a plus d’autre institution en laquelle placer sa confiance et surtout sa fierté. A mon sens, l’opération Nahr el Bared n’a pas été la victoire éclatante qu’on nous a présentée. Pas avec tant de morts, de destructions et de temps. Mais c’est une victoire quand même, et qui a eu le mérite de redorer le blason d’une troupe qui en avait bien besoin. Auprès des Libanais, mais aussi de l’étranger. L’essentiel, c’est que la population s’est identifiée à cette armée, s’est rassemblée autour d’elle et y a trouvé une source de fierté nationale bien trop rare par les temps qui courent.

Enfin, et c’est le plus important bien que cela ait été dit et redit, parce que son commandant a su préserver une forme de neutralité vis-à-vis des tiraillements (ô doux euphémisme) politiques.

Il y a donc quelque chose de foncièrement choquant à voir cette fameuse armée faire l’objet d’ultimatums, de chantage et d’accusations diverses et variées.

L’opposition lui reproche sa gestion des émeutes du «dimanche noir», lui fait porter la responsabilité du «martyr» (terme galvaudé s’il en est) des manifestants. Les uns exigent une enquête dans les plus brefs délais, les autres estiment que ladite enquête est insuffisante. Un parti surarmé comme le Hezbollah – qui s’est arrogé la décision de guerre, qui menace depuis des mois de recourir à la rue tout en faisant étalage de sa parfaite maîtrise de cette terrible rue (maîtrise dont la preuve n’a pas été faite en ce dimanche de triste mémoire, alors que les émeutes se produisaient pourtant sur son turf) – pose ses conditions et menace la dernière institution publique qui tienne encore debout. Cherchez l’erreur, quand même… L’illégitimité demande des comptes à la légitimité (rien à voir avec un gouvernement illégitime dans ce cas), avec une impudence hallucinante. On aurait aimé constater pareille diligence en d’autres occasions tout aussi violentes.

Et puis, évidemment, les manifestants étaient pacifiques, doux comme des agneaux, bien intentionnés, les malheureux.
Bon, on comprend la portée politique de l’affaire; quiconque aurait voulu couper l’herbe présidentielle sous les pieds de Sleimane ne s’y serait pas pris autrement. La candidature de l’autre Michel semble désormais cuite, voire carbonisée…

Mais ce qui me fait bondir, ce sont les déclarations du député Hajj Hassan qui vont bien au-delà de la politique en évoquant ouvertement l’initiative de gradés obéissant à des autorités autres que militaires, comprenez le 14 Mars, Israël, les Etats-Unis, le roi du Pongui-Pongui, les extra-terrestres… Cela peut être possible, l’histoire libanaise a déjà prouvé que l’appartenance au corps militaire ne protégeait pas des tentations de ce genre, voire plus si affinités. Mais le choix du moment, la manière et l’origine de ces propos en font un mouvement politique grave. Certes, le député professe respect et amitié pour l’armée (à laquelle le Hezb avait toutefois défini des «lignes rouges» lors de Nahr el-Bared, un précédent révélateur), mais dans la foulée, il lui adresse une magistrale insulte en remettant en question sa cohésion, sa hiérarchie et l’autorité de son commandement.

Pareil discours est dangereux, sciemment ou non, ce n’est même pas le problème: il peut ébranler la fragile confiance populaire dont je parlais plus tôt en nourrissant les suspicions; il sous-entend que l’armée est incompétente, incapable de gérer ses propres troupes (alors, le dossier de la sécurité nationale, n’en parlons pas); il implique qu’au Liban, il ne reste plus rien qui n’ait été divisé, brisé, scindé entre ces deux camps qui s’appliquent consciencieusement à saucissonner le pays dans les têtes si ce n’est dans les faits. Plus de référent, le dernière repère national s’est ainsi évaporé. Réglons cela dans la rue, alors.
Parce que, et c’est pour moi le plus grave, ces militaires arrêtés sont d’ores et déjà des boucs émissaires (ben oui, quoi, franchement, ils auraient dû tendre l’autre joue), mais ils feront aussi figure d’exemple. Aux prochaines émeutes, l’armée osera-t-elle faire preuve de force, voire utiliser ses arnes si cela s’avèrait nécessaire? Cette «leçon», les militaires ne seront pas les seuls à l’avoir retenue. Les civils aussi, ceux d’Aïn el-Remmaneh par exemple, qui, s’ils croient ne plus pouvoir compter sur l’armée pour jouer les tampons en cas de besoin, décideront de se protéger eux-mêmes. A tort ou à raison. Si l’armée est émasculée, les civils de l’autre bord ne resteront pas les bras croisés.

Vous connaissez une meilleure recette pour une guerre civile, vous?

dimanche, 27 janvier 2008

Ça crame à Beyrouth

50ff14452dca82a64df0243312e3ff87.jpgJe reviens de Chiyah, en banlieue sud. L’air empeste le caoutchouc brûlé, l’ambiance est plus qu’électrique. A l’entrée du quartier, en venant de Tayouneh, je suis tombé sur un barrage de jeunes, avec pneus brûlés et tout le tintouin du bon émeutier en herbe (les mecs ont rarement plus de 20 ans). J’ai freiné à 20m. Une grosse BMW grise s’est avancée, un gars lui a défoncé la lunette arrière… Sur le moment, je me suis dit: «Mais qu'est-ce que je fous là?»

Tous les accès routiers de Chiyah sont bloqués. J’ai donc ensuite pris l’avenue Hadi Hassan Nasrallah (le fils de son père). Sur un carrefour, en pleine chaussée, deux hommes avaient installé des chaises et une table, pour bien marquer leur territoire. Tout autour de Chiyah, l’armée a déployé d’importants renforts de troupes. Il y a déjà eu 4 morts ce soir, un chez Amal, trois chez le Hezb.

[…]

Peu avant 20 heures, un tir de RPG a défoncé la façade d’une agence de la Banque Libano-Française à Mar Mikhaël. Info pour ceux qui se sont peut-être demandé quelle était la provenance de l’explosion entendue à ce moment-là…

[…]

En repartant de Chiyah en feu, je suis passé par Aïn el-Remmaneh et Furn el-Chebbak. Là, j’ai croisé un attroupement de civils (c’est un quartier chrétien). Ceux-là m’ont dit former une sorte de «comité citoyen» (ça a tout de la mini milice de quartier!), au cas où les émeutes pour l’instant circonscrites dans Chiyah venaient à déborder chez eux. Ça devait faire 500m à vol d’oiseau. Et aux dernières nouvelles, les affrontements sont en train de se déplacer. Ça s'annonce chaud cette nuit.

[…]

Je viens de recevoir ce SMS sur mon portable, signé «Consulat de France»: «En raison des manifestations de ce jour, il est fortement déconseillé de circuler dans Beyrouth et notamment d’utiliser les routes d’accès à l’aéroport».

[…]

Un autre détail, assez hallucinant. En zappant sur les chaînes de télé libanaises ce soir, nous avons fait ce constat: la Future, la LBC, et la New TV passaient des images des émeutes en direct. La NBN, Manar et O TV passaient autre chose. Faut comprendre quoi? Que ceux qui allument les mèches ne veulent pas parler des événements?

[...]

Voici un extrait vidéo de la LBC (proche des Forces libanaises), retraçant la journée de dimanche à Chiyah. Le commentateur speede un peu, le son n'est pas fameux, mais bon, ça donne une idée...

mardi, 22 janvier 2008

Coup de pied au cul(te de la personnalité)

Ça doit être un phénomène propre aux pays du Tiers Monde. Au Liban, les portraits de figures politico-féodales et autres martyrs font partie du paysage urbain. Il y a les morts bien sûr, de Béchir Gemayel à l’imam Moussa Sadr en passant par cette bonne vieille trogne d’Elie Hobeika (dans son cas, la résurgence est saisonnière puisque l’on «fête» en ce moment le 6e anniversaire de son dégommage). Et il y a les vivants aussi. L’emplacement géographique de ces portraits délimite d’ailleurs bien les territoires: Hassan Nasrallah est champion toutes catégories du culte de la personnalité (que l’on soit à Dahiyé, Baalbeck ou Tyr), suivi d’un peloton constitué de Michel Aoun (champion du monde à Baabda-Aley), Samir Geagea (mister Univers à Nasra ou Bcharré), et Rafic Hariri (tycoon-martyr à Qoreytem et Saïda). Le pauvre Nabih Berry est un cas un peu particulier, lui qui pose si bien devant les objectifs, puisqu’il doit se trouver quelques mètres carrés au soleil là où Nasrallah daigne lui accorder un peu d’espace. Et puis il y en a un autre, un peu à part: c’est le président de la République.

En 1998, au moment de son arrivée à la tête de «l’Etat», Emile Lahoud avait annoncé haut et fort la couleur: pas de culte de la personnalité pour lui. Ô grand jamais! Son portrait officiel n’ornerait que les bureaux des administrations. Résultat: pendant des années, nous avons eu droit à son sympathique faciès à chaque coin de rue, en uniforme avec l’air sérieux, ou en costard blanc-beurk avec sourire Ultrabrite et bronzage ATCL. Il était partout. Mention spéciale à deux affiches: la première, gigantesque, plantée à Adonis en 2004 avec comme slogan «L’homme de la décision» (warf warf), la seconde à la sortie de Tripoli, le plaçant tel Dieu le père bien entouré de Bachar et de son cher papa, feu Hafez (tiens, ça sonne étrangement «feu Hafez»…). Il s’était certainement laissé griser par l’ivresse du pouvoir (qu’il n’avait pas). Cela fait maintenant deux mois qu’il est au placard, que le Liban est donc sans président. Les portraits de Mimile 1er ont disparu des murs de Beyrouth et d’ailleurs. Les fonctionnaires libanais ont l’air un peu désorientés face à ce cadre photo désespérément vide mais toujours planté au mur. En revanche, dans les rues, cela a fait un peu de pollution visuelle en moins.

827933ad4e54fe34c958d4a4aac88453.jpgMais au Liban, il ne faut pas se réjouir trop vite! Depuis quelques temps, tout ce qui ressemble à un pan plus ou moins vertical voit fleurir de nouvelles affiches. Et voilà! Monsieur S. n’est pas encore président que son portrait s’étale déjà un peu partout. En version sérieuse exclusivement, avec son regard profond tourné vers l'horizon, sa casquette militaire vissée sur le crâne et le logo d’une armée qu’il n’a pas encore quittée. Et ça me tape sur les nerfs.

Notre chère république a, sans le vouloir (?), institué une 18e confession: la congrégation de la sainte armée libanaise. Je reconnais plus que volontiers le mérite de cette institution qui constitue aujourd’hui le dernier rempart face à un possible chaos civil. Mais de là à accepter l’idée que Sleimane représente désormais la seule et unique solution politique pour le pays, il y a un pas que je me refuse à franchir. Le matraquage visuel qui nous est aujourd’hui imposé traduit une telle instrumentalisation de l’image de l’armée qu’en fin de compte, cette nouvelle pollution visuelle suscite en moi un rejet épidermique de ces hommes que l’on célèbre systématiquement comme les nouveaux messies, à grands coups d’affiches, de banderoles, de posters…

Toutes les huiles du pays (qui aiment tant voir leurs bobines placardées) nous ont donc présenté (à tour de rôle mais jamais simultanément, ce serait trop simple) ce candidat virtuel qui n'a jamais officiellement fait acte de candidature, comme la panacée à tous les maux du pays. Comme si son omniprésence sur nos murs suffisait à s’abstenir de mettre sur pied un programme politique, économique et social, et dispensait le peuple de réfléchir plus loin (y compris à une alternative). Cette «stratégie» est d’ailleurs valable pour tous, de quelque bord que soit l’objet de ce culte de papier. Et c’est toujours la même question qui revient: où est la démocratie dans tout cela? Oui, oui, on sait, la démocratie consensuelle à la libanaise suit ses propres règles, et on n’est pas à une aberration près.

Bref, l’essentiel est sans doute ailleurs: mandat après mandat, l’ego de nos Abraracourcix locaux est flatté tous les 100m sur la voie publique. Vous me direz, cela fait bien longtemps que celle-ci n’appartient plus au public mais aux afficheurs. Mais ceci est une autre histoire.

mercredi, 12 décembre 2007

Les 12 décembre sont meurtriers

attentat_jean_hajj.jpgEn langage diplomatique, cela s’appelle un message. A 7h du matin, une bombe explose près du palais présidentiel, à quelques encablures du ministère de la Défense. Quelques minutes après l’attentat, la rumeur commence à circuler: un militaire de haut rang ferait partie des victimes. Tout le monde pense à Sleimane… Vers 7h45, la cible est définie: c'est le futur successeur de Michel Sleimane à la tête de l’armée si ce dernier accédait à la présidence (ce qui n’est plus du tout joué d’avance en ce moment). Le général el-Hajj avait été en charge des opérations lors de la crise de Nahr el-Bared cet été. Le message s'adresse donc clairement à Sleimane, et à l'institution militaire dans son ensemble.

Ce matin, un commerçant de mon quartier me dit: «Avec ce qu’a dit Chareh hier [les alliés de la Syrie au Liban n’ont jamais été aussi puissants] et l’attentat de ce matin, faut pas chercher bien loin le rapport…» Faut-il se laisser aller à cette facilité intellectuelle en ce moment? En tout cas, les déflagrations reprennent cette veille de fêtes de fin d'année: hier soir, une grenade a explosé entre Chiyah et Aïn el-Remmaneh, sans faire de victime.

Aujourd’hui mercredi 12 décembre, une partie de la population libanaise (en tout cas les gens de notre quartier) allait célébrer le deuxième anniversaire de la mort de Gébran Tueini, assassiné par très loin de l'attentat de ce matin, en 2005. Certains écrivent des bouquins titrés «Les mois d’avril sont meurtriers», on peut rajouter «les 12 décembre».

vendredi, 30 novembre 2007

Michel Sleimane ou le chaos : le Liban a-t-il besoin d’une cure de chehabisme ?

fouad_chehab.jpgmichel_aoun.jpgemile_lahoud.jpgmichel_sleimane.jpgChaque semaine, le Liban se découvre un nouveau présidentiable en pole position. Ce fut Michel Eddé il y a 10 jours, c’est au tour de Michel Sleimane depuis mardi. Le vote prévu aujourd'hui a été reporté au 7 décembre, le temps d'un probable petit tour de passe-passe constitutionnel.

Michel Sleimane, un général de 59 ans, occupe pour l’instant la tête de l’armée libanaise. Il en est le chef depuis décembre 1998, un mois après le parachutage par Damas de Lahoud à Baabda. Parmi les premières mesures de Lahoud, la nomination de proches de régime syrien de Hafez el-Assad comme Jamil Sayyed à la Sûreté générale. Ou Michel Sleimane, beau-frère du porte-parole de l’époque du boss syrien. Sleimane est donc lui aussi un héritage – même discret – de la tutelle syrienne.

Depuis le siège du camp palestinien de Nahr el-Bared, l’armée est revenue en force dans le cœur des Libanais qui ont pleuré leurs «martyrs». Début septembre (soit 3 semaines avant le premier tour de la présidentielle), cette victoire – longue à se dessiner – a largement servi le prestige du chef. Tout le monde a crié alors en chœur: Sleimane superstar!

Depuis, dans la course présidentielle, son nom a toujours été en filigrane, même si d’autres occupaient le terrain médiatique avec leurs gros sabots. Il jouit donc d’une excellente image et a réussi à garder l’armée libanaise au-dessus de la mélasse politicienne du coin. Du coup, depuis avant-hier, toutes les discussions tournent autour d’un dilemme: peut-on amender ce qui reste de la Constitution libanaise pour permettre au général (Sleimane, pas Aoun!) de devenir président. Le 14 Mars – à part le père Boutros et le docteur Geagea – n’y voit finalement pas trop d’inconvénient. L’opposition, elle, apparaît divisée sur la question (Aoun semble pour du bout des lèvres, le Hezbollah n’en veut pas pour l'instant). Les politiques discutent d'un nom, d'un homme, mais quel sera son programme? (question naïve, certes)

Il y a quelques mois, un journaliste libanais chevronné me disait que le Liban aurait besoin d’un «président à la Chehab». Un président fort et impartial, même ex-général en chef de l’armée. Fouad Chehab était arrivé au pouvoir après la crise de 1958 (crise durant laquelle le président Chamoun demanda l’intervention de l’armée américaine). Chehab était un militaire et voulait le rester. Mais devant l’instabilité du pays, il accepta la présidence, contre son gré. Devenu président, il avait eu cette phrase: «La révolution n’a ni gagnant, ni perdant» (le prochain président dit de consensus pourra la resservir!). Je ne vais pas me lancer ici dans l’historique de son mandat. En bref, il réussit son pari (une doctrine qui porte son nom, le «chehabisme»): remettre de l’ordre dans le pays, moderniser l’administration, imposer des plans de réforme, faire reculer le poids de la féodalité… il a même balayé une tentative de coup d’Etat de la part de ces bons vieux farceurs du PSNS. Puis il laissa sa place à Hélou en 1964.

Le Liban de 2007 a-t-il besoin d’une petite cure de chehabisme comme en 1958? Sur le papier, certainement, car il y a un gros ménage à faire à tous les étages de l’Etat. Mais Sleimane, s’il est élu, pourra-t-il faire quoi que ce soit contre le féodalisme, la corruption ou simplement démêler le casse-tête économique de l’année à venir? Pourquoi donc ces «hommes providentiels», ces «hommes forts», doivent-ils toujours venir de l’armée et non de la société civile? Entre Chehab, Aoun, Lahoud et Sleimane, le Liban n’est-il finalement qu’une histoire de généraux? Tout comme Ghassan Tueini qui ne veut plus voir de militaire à Baabda, j’espère que non.

vendredi, 23 novembre 2007

Considérations diverses à H-1

Finalement, ce pays devrait être une junte militaire. Ils sont partout, colorent nos rues d'un beau vert, polluent aussi avec les camions des années 60... Et puis nous avons trois gradés qui trustent les places d'honneur depuis un peu trop longtemps pour certains: nous avons deux Michel, un vieux et un neuf, et un Mimile. Le Mimile doit dire bye bye à la nation dans une heure, mais pour embêter tout son petit monde, il vient de passer le flambeau à Michel (le neuf) qui se retrouve bien emmerdé avec cette patate chaude. Pendant ce temps, l'autre Michel (le vieux) qui avait eu son heure de gloire à la fin des années 80, se frotte les mains...

[...]

Plus sérieusement, je viens d'avoir une source chez nos amis militaires. En gros, faut faire attention à l'expression "état d'urgence" qui fait peur aux Occidentaux, mais qui signifie ici que tout est normal, que la mission de l'armée reste inchangée et qu'elle n'a pas plus de pouvoir qu'avant. Le meilleur exemple de cette situation tout-ce-qu'il-y-a-de-plus-normal, c'est qu'il n'y a pas de couvre-feu. Enfin, "until further notice". 

 
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