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dimanche, 06 février 2011

[SCOOP] Les Teletubbies de retour à la télé

Voici une belle exclu: les premières images de la nouvelle émission pour enfants qui sera bientôt diffusée à la télévision au Liban. Nos chères têtes blondes y découvriront des personnages très attachants: le jaune s'appellera Soussouna, l'orange Poupoun, le vert Gigié et le Noir Soso. Ils auront même, dès le premier épisode, un petit copain de retour au bercail, le rouge qui arrive en trottinette là-bas au fond, ce sympathique Wawa. Le titre du pilote: Réconciliation '11.

teletubbies lebanon.jpgLes gamins pourront s'identifier à leurs héros potelés. Leurs aventures allieront imaginaire, élégance, moralité avec un soupçon de populisme. Mais pas trop.

Avec Sousouna, Poupoun, Gigié, Soso et Wawa, la vie sera plus belle!

Et si jamais cette nouvelle série – qui sera diffusée tous les jours en boucle – ne pète pas l'audimat, une autre série jeunesse est dans les cartons. Mais pas pour tout de suite, nous assure-t-on. Il s'agirait d'un concept importé qui a fait ses preuves ailleurs.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

vendredi, 04 décembre 2009

Sainte barbe

Chers amis, aujourd’hui, c’est la Sainte-Barbe. Eh oui. L’occasion pour nous de faire le point sur une donnée essentielle de la vie au Liban.

Hier soir, les enfants se sont déguisés et sont passés de porte en porte en quête de bonbons, symbolisant ainsi la fuite de Barbe devant un père qui l’avait emprisonnée et qui la fera décapiter un peu plus tard. Dans les rues des villes et des villages, les garnements à tambours ont chanté à la gloire de Barbara, comme on l’appelle ici.
Tradition oblige, les grand-mères ont préparé du blé (dans sa fuite, Barbe se serait cachée dans un champ de blé) parfumé à l’anis qui sera mangé plus tard avec du sucre, ainsi que ces délicieux ma3kroun. Mais trêve de confiserie, nous ne sommes pas là pour parler napperons.

Voilà. Depuis quelques mois, je porte la barbe. Et ma vie a changé. Je me suis fait plein de nouveaux amis. Cela a commencé par un obscur poète-journaliste qui me croise un jour en me lançant, l’air complice: «Chou? Sert Hezbollah?». Bravo neuneu, super drôle. Ensuite, ce sont les chabeb du quartier qui m’ont accueilli à bras ouverts, un matin où j’avais taillé ma barbe impeccablement, au millimètre: «On dirait un vrai Ouwet comme ça, tu n’trouves pas Tony?». Cela s’est poursuivi par un ancien collègue, le soir de l’inauguration du Salon du livre, qui me dit: «Tu sais, tu ressembles à un rabbin!» (j’avoue, celle-là, je ne m’y attendais pas, d’autant que ça ne court pas les rues, les rabbins au Liban). Un autre encore m’a fait toute une théorie sur le caractère saint de la pilosité faciale des hommes du Levant, et surtout de celle des hommes de Dieu, qu’ils supportent l’OM ou le PSG: «La barbe, ça rapproche du Très Haut.» Ah bon? Je n’ai pas encore eu le temps d’aller me promener du côté d’Abou Samra, dans les faubourgs de Tripoli. Mais là, j’ai comme un doute sur mon camouflage: la barbe s’y porte beaucoup plus longue. N’empêche. En constatant tout ça, je me suis dit que je devrais me lancer dans la rédaction d’un manifeste pour barbus. C’est très à la mode en ce moment, les manifestes. Commençons pas une classification visuelle:

barbus libanais.jpg
Depuis quelques mois donc, je me sens parfaitement intégré. A croire que l’intégration au Liban passe par la barbe. Il ne me reste plus qu’un test à passer: me balader dans les ruelles de Haret el-Hreik avec trois appareils photo et deux caméras en bandoulière, histoire de voir si la barbe fait vraiment le moine. A bien y réfléchir, dans ce pays, mieux vaut être armé d’autre chose pour faire croire qu’on se libanise avec les années. Cela a divinement bien marché il y a quelques jours pour Captain Cavern.

jeudi, 16 avril 2009

Unescophonie

desireless.jpgIls ont dix ans à peine. Sous un soleil de plomb obscurci par de gros nuages anthracite, ils descendent de bus scolaires bien encadrés par leurs institutrices. Femmes et petites filles sont voilées, rieuses et apparemment heureuses d’être là. Les mouflets, plus turbulents que leurs petites camarades, se lancent des coups de pieds en attendant que tout le monde soit prêt, en rang. Il est 8h15.

Devant le grand bâtiment blanc très solennel de l’Unesco, la petite troupe trépigne. Une maîtresse achève le comptage des enfants et tout le monde pénètre dans l’enceinte. Le grand hall, où trône un lustre de deux tonnes kitch au possible, est aux couleurs de la cause palestinienne depuis la veille. Depuis 24h, des chants orientaux – d’une tristesse à fendre le cœur qu’ils partagent d’ailleurs avec les chants juifs – rythment la vie du personnel de l’Unesco. Une banderole portant le nom de l’organisateur – The Charitable association for Palestinian relief – est bien en évidence, agrafée en hauteur, surplombant une cohorte de photos d’actualité sur lesquelles les enfants peuvent découvrir les massacres en quadrichromie dans les territoires plus au sud. Le cortège de gamins palestiniens se presse car un autre autobus arrive, lui aussi gavé d’enfants supportant mal d’être entassés de si bonne heure.

Et puis vers 10h, tous les murs de l’immense bâtisse commencent à vibrer. C’est l’heure des répétitions pour la chorale en culottes courtes. Les premières notes me font sursauter. Y’a pas de doute! Les gamins par dizaines chantent avec enthousiasme Voyage voyage (en français dans le texte). Une programmation musicale qui ne manque pas de sel pour des êtres humains qui n’y ont pas droit, au voyage.

lundi, 23 juin 2008

« On pensait que ça s’était calmé au Liban »

1659145432.jpgSi cet homme sonne à votre porte, ne lui ouvrez pas. Si cet homme insiste lourdement, cela voudra dire qu’une petite goutte d’eau aura fait déborder le vase du côté sunnite. Cela fait trois semaines que je propose le sujet aux rédactions étrangères concernant la tension entre sunnites et chiites (surtout entre sunnites et alaouites à Tripoli)… Il a fallu quelques morts ce week-end dans ce qui reste l’une des principales poudrières du pays pour que je reçoive un «OK, on prend, mais on pensait que ça s’était calmé au Liban». Eh oui… ça s’est calmé légèrement en surface. Mais alors, juste en surface…

Comme les chefs de file de la majorité et de l’opposition font traîner en longueur leurs discussions sur la composition du gouvernement d’union nationale, les abadays de chaque camp ont ressorti les pétoires de leurs matelas. Tripoli a vécu au son des tirs ce week-end, Taalabaya et Saadnayel ont fait de même au début du mois, sans parler les camps palestiniens… Ce bon cheikh Omar Bakri nous avait dit que les salafistes attendaient la goutte qui ferait déborder le vase pour qu’Al-Qaïda se manifeste avec tambours et «pizza delivery» à gogo. Je me demande s’il parlait d’une goutte de Zam Zam Cola…

vendredi, 13 juin 2008

Pizza delivery

Le Sky Bar a rouvert ses portes, les plages sont couvertes de chair fraîche prête à rôtir, les ouvriers virevoltent sur les innombrables chantiers comme sur la scène d’un opéra, les places pour le concert de Mika se sont arraché dès 10h du matin hier… Cette frénésie donne vraiment le tournis. Juste pour mémoire, il y a un mois jour pour jour, nous en étions au Day 7 d’un début de guerre civile. Et puis les miliciens, tout heureux d’exposer leurs biceps durant quelques jours, ont rangé leurs pétoires sous les matelas.
Depuis donc, le Liban a fêté un énième accord signé à l’étranger (celui de Doha, dernier d'une trop longue liste), et la politique libanaise a repris son train-train lénifiant. Un président a été élu, allelujah. Toutes les parties en présence ont juré leurs grands dieux qu’il fallait coûte que coûte protéger la saison touristique à venir. En attendant, ces mêmes parties se crêpent le chignon sur la formation du prochain gouvernement. Amen, bravo et cotillons.

1817307758.jpgSur le terrain, les choses ne sont pas si roses. Ça chauffe dans et autour des camps palestiniens, Chaker el-Abssi a fait une petite sortie téléguidée en début de semaine et l’ouest de Beyrouth – où les tensions sont encore perceptibles – reste sous surveillance. Et puis il y a nos amis salafistes au nord. Juste après la mini guerre du mois de mai, nous avions interviewé le cheikh Omar Bakri (ci-contre à gauche), dans le quartier d’Abou Samra en banlieue de Tripoli. Jovial comme d’habitude dès qu’il s’agit de parler à la presse étrangère, ce prédicateur extrêmiste nous avait dit (en bref car l’interview a duré trois plombes) qu’Al-Qaïda n’était pas encore vraiment active au Liban mais qu’il en faudrait très peu (après l’humiliation subie par les sunnites à Beyrouth) pour que cette situation ne change. D'autant que, selon lui, le Hezbollah ne fait vraiment pas peur à Al-Qaïda puisque leurs techniques de combat sont radicalement différentes. Pour reprendre sa formule toute faite, les salafistes (les vrais, les purs, pas ce que lui considère comme des amateurs en parlant du Fatah al-Islam) feront tout péter grâce à un concept magnifique: le pizza delivery. Un indice concernant la garniture de la pizza: les ceintures d'explosifs se digèrent très mal.

Mais il fait beau, les mini jupes sont de rigueur, l’atmosphère est à la fête, on attend 1,5 million de touristes… Les orages, pourtant, sont imprévisibles et ultra violents, et l’on préfère souvent s’abrutir devant des matchs de foot étrangers et décorer nos voitures de drapeaux italiens et allemands plutôt que d’ôter nos œillères (moi compris, sauf pour les drapeaux). La dernière fois que la nation entière était sous opium footballistique (avec comme shoot ultime la finale France-Italie du 9 juillet 2006), la redescente a été dure pour tout le monde. A Dahiyeh, les drapeaux étaient encore omniprésents quand des F-16 israéliens avaient tout fait sauter…

Souvenez-vous, ça donnait ça. Nettement moins glamour que le Sky Bar.

57962858.2.jpg

En 2006, personne n'avait vu arriver la menace et encore moins sa concrétisation. Cette année, personne n'est dupe et tout le monde sait que l'édifice est branlant. Difficile donc de savoir sur quel pied danser, mais la vie doit continuer. 

mercredi, 09 avril 2008

Qui veut gagner 14 millions ?

721aa157ce0d6a5393bffa24841e2402.jpgAu Liban, il devient de plus en plus difficile d’avoir une discussion touchant de près ou de loin à la politique sans que les choses ne tournent au vinaigre. Surtout si vous avez vécu à l’étranger. Surtout si vous n’avez pas «combattu», que ce soit avec des armes ou par des manifs.

Plus que jamais, le pays est victime d’une prise d’otage de sa mémoire qui, c’est dans l’ordre des choses, se répercutera inéluctablement sur son avenir. J’en ai eu une nouvelle et formidable illustration hier soir, au cours d’un dîner par ailleurs tout à fait sympathique dès lors que nous sommes passés à un autre sujet.
Je ne sais pas exactement pourquoi, la conversation a très tôt atterri (et cela ressemblait plutôt à un crash) sur la question des Palestiniens au Liban. A notre table, un jeune chrétien de 27 ans, passablement éméché (on va dire que c’est une circonstance atténuante). On va l’appeler Monsieur X. De ce que j’ai entendu, sa famille a beaucoup souffert et il est donc très remonté. Je peux comprendre.

Mais lorsqu’on ne voit d’autre solution au problème libanais que de «napalmer» les camps palestiniens, difficile de ne pas réagir; d’abord parce que dans l’absolu, je trouve cela ignoble; ensuite et surtout parce que, franchement, en admettant que ce genre de mesures radicales soit praticables (ce dont je doute), cela serait contre-productif et ne ferait qu’exacerber une violence qui nous suffit déjà telle qu’elle est. Calmement (j’ai des témoins!!!), c’est ce que j’ai tenté d’exprimer avant de me faire interrompre par un «Arrête, tu n’as pas vécu la guerre, ta famille était à l’étranger, tu ne sais pas de quoi tu parles.» Bon. J’avoue, cela m’a retourné les sangs. Mais j’ai fermé ma gueule, tout en n’en pensant pas moins.

D’abord parce qu’à 27 ans – il avait donc 9 ans quand les combats se sont terminés en 1990 – je n’ai pas le sentiment que Monsieur X soit assez âgé pour avoir vécu la guerre non plus, en tout cas pas comme ceux qui, souvent adolescents, se sont retrouvés la mitraillette à la main, embrigadés dans telle ou telle milice et confrontés à des horreurs sans nom, quel que soit leur camp.
Ensuite, parce que Monsieur X n’avait absolument aucune idée de ce que ma famille, restée au Liban, a pu subir ou non; et justement, des amis, des cousins, des oncles qui y ont laissé des plumes, j’en ai eu aussi. Comme tant de monde au Liban, d’ailleurs, il n’y a pas de palme d’honneur à ce niveau.

Enfin, parce que j’en ai plein les bottes (pour ne pas dire autre chose) de cette hiérarchie du vécu, de la légitimité. Ceux qui nous lisent depuis longtemps savent l’amour que je porte à ce pays et la douleur d’en avoir été éloignée dans ses heures les plus sombres. J’ai déjà écrit plusieurs posts là-dessus. J’ai bien conscience que d’autres, dont des proches, ont assisté, voire été victimes d’atrocités auxquelles mes petits soucis ne peuvent être comparés.  Mais la guerre, il y a eu mille et une façons de la vivre. Rester scotchée aux infos ou au téléphone, dans l’angoisse permanente et la culpabilité de ne pas «être là» en est une. Et cette guerre, j’avais à l’époque le sentiment de la vivre plus viscéralement que certains jeunes de mon âge qui, bien que restés au Liban, sortaient à Kaslik ou à Kleiat tout l’été, à Faraya tout l’hiver, comme si de rien n’était, alors que Beyrouth ou d’autres régions brûlaient. Ceux qui revenaient envers et contre tout chaque été – comme moi – ont aussi eu leur lot d’abris, de bombes, de transports divers et variés sous les obus (j’ai fait l’hélicoptère, l’hydroglisseur, le bateau, etc.) en direction de Chypre. Il faut arrêter de nier cela sous prétexte qu’il y aurait des monopoles de la souffrance. Dans tout à fait le même ordre d’idées, sur un autre post, quelqu’un attribuait aux aounistes l’apanage de la «résistance» à l’occupation syrienne.

Voici 13 ans que je vis sans interruption au Liban – je suis donc arrivée dix ans avant le départ officiel des troupes syriennes – mais aujourd’hui, encore, on me jette à la face que je n’ai pas la même légitimité, y compris d’opinion, que ceux qui sont restés là ou qui appartiennent à tel ou tel camp. Entre les lignes, il faut comprendre que je ne suis pas vraiment Libanaise, et que je ne le serai jamais. Cela me blesse profondément. C’est absurde, injuste et encore une fois contre-productif.
Parce que, c’est quand même drôle, ils sont nombreux à soi-disant souhaiter le retour au bercail des 14 millions de Libanais disséminés dans la diaspora. Ha, toutes ces voix feraient peser la balance électorale et démographique, c’est sûr! Mais parmi eux, beaucoup «n’auront pas vécu la guerre», «n’auront pas résisté à l’occupation» et donc, en fin de compte, ne seront pas vraiment Libanais… Si c’est ce type d’accueil qui leur est réservé, je leur conseille vivement de rester là où ils sont.

vendredi, 07 mars 2008

Subject: Prévisions LIBAN

374f36ad6a9c7d1782efcdb651fc3ba8.jpgC'est souvent comme ça en temps de crise, mais j'ai parfois l'impression de mettre des œillères pour éviter de voir que le panorama s'assombrit dangereusement. Et puis comme je bosse pour des médias étrangers, je leur envoie de temps en temps des mails pour les tenir au courant de la situation et de la «probabilité» que le Liban refasse les gros titres. J’intitule ces mails «Prévisions LIBAN». Alors, systématiquement, j'ôte mes œillères, regarde à droite et à gauche, et je fais le bilan. Je viens de le faire il y a 10 minutes, et ça donne ça:

  • Après les ambassades arabes, c'est l'ambassade américaine qui vient de prévenir ses ressortissants d'adopter un profil bas, de rester chez eux, voire de quitter le pays si c'est possible, car la situation locale et régionale sent le soufre. Elle avait fait de même début juillet 2006, juste avant la guerre.
  • Selon un quotidien libanais, il y aurait une mobilisation générale de réservistes au sein de l'armée syrienne (peut-être du vent, mais on ne sait jamais).
  • Une autre info (démentie par la Finul): il y aurait eu une incursion israélienne hier en territoire libanais jusqu'au Wazzani.
  • La tuerie à Jérusalem serait due, selon Al-Manar (info reprise par tous les médias ensuite) à une brigade nommée d'après le membre du Hezbollah assassiné à Damas, Imad Moughnieh. Certains avancent même que le Hezbollah serait lié directement l'attentat, en soutien au Hamas.
  • Les discours, que ce soit du côté du Hezbollah (Nasrallah a prévenu qu'il pourrait passer à l'action après le 40e de la mort de Moughnieh, soit le 24 mars) ou d'Israël, se radicalisent. La situation actuelle rappelle grandement le mois de juin 2006: Israël met le paquet sur Gaza, et les problématiques libanaises et palestiniennes se retrouvent à nouveau mêlées.

Bref, il n'y a rien de réjouissant. Wait and see donc, mais je préfère quand même vous tenir au courant de la température locale et des nuages noirs qui s'accumulent sur le Liban (même s'il fait très beau avec un bon 25ºC, mais c'est toujours par beau temps que les conflits commencent!).

[...] 

Vous me direz, ça fait beaucoup de verbes au conditionnel et de supputations (j’adore ce mot, presque autant que croquemitaine). N’empêche, vu d’ici, rien n’incite à la légèreté et à danser la lambada. Et c’est sans compter sur les déclarations de nos politiques – tous bords confondus – ajoutant de l’huile sur le feu quotidiennement, sur les Etats arabes qui se crêpent le chignon avant le sommet de Damas, sur notre foutue élection présidentielle reportée à la Saint-Glinglin, sur...

Au Liban, finalement, il existe trois sortes de personnes: les pessimistes qui voient la guerre partout, les optimistes béats (également appelés non-voyants) et les pragmatiques qui se disent que si ça dérape, il y aura toujours moyen de s’adapter.

vendredi, 07 septembre 2007

Beddawi: terminus pour réfugiés 2

medium_beddawivache.jpgAprès David j’ai à mon tour envie (besoin?) de raconter Beddaoui. Si tant est que cela puisse être raconté.
Achraf (voir album photo) a failli perdre sa jambe. Caché dans Nahr el-Bared, il était sorti pour trouver de la nourriture pour ses enfants qui n’avaient rien mangé depuis trois jours. Il n’a pas eu de chance. C’est ce jour-là que les voitures de l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens) ont été prises pour cible. Achraf était à côté, pour prendre du pain. Il est tombé, n’a pas pu se relever. Son père l’a entendu hurler: «Ma jambe brûle, ma jambe brûle!». En effet, elle ne tenait plus que par un lambeau de chair. Achraf a refusé d’être amputé, parce qu’il voulait pouvoir continuer à travailler ensuite. C’est son père qui a payé les 30000 dollars d’opération et de soins, en s’endettant. Et son papa est très fâché. «Cela vous fait quoi de voir ça?», me lance-t-il en montrait la jambe boursouflée de son fils. Que lui répondre… Que oui, parfois, on a l’impression d’être des charognards se repaissant de la misère humaine, source de nos revenus (parce que c’est ce qui intéresse les lecteurs)? Que oui, je me sens impuissante devant la souffrance du monde? Mais ce que je lui ai finalement répondu me semble tout aussi vrai: dans ce métier, nous voyons des enfants morts, des femmes violées, des hommes défigurés, des cadavres grouillant de vers, des larmes, du sang… Et si je devais pleurer à chaque fois, je n’en finirais jamais. Car le monde tourne ainsi, à mon plus grand regret. En racontant ce que nous voyons, nous espérons – peut-être à tort – interpeller les consciences. Et c’est toujours mieux que de rester les bras croisés, ce que je ne pourrais faire. Mais bien entendu, ce n’est pas mon fils sur ce lit, qui a tout perdu sauf la vie et une jambe estropiée…
La question palestinienne me heurte, me bouleverse et me pose question. «Combien de fois devrons-nous fuir? Qu’avons-nous fait pour mériter cela?» Ces questions, nous les avons entendues à de multiples reprises aujourd’hui. Et il n’y a pas de réponse, évidemment. Si la vie était juste, ça se saurait.

Colère, amertume, découragement… Ces sentiments sont compréhensibles chez une population ballottée de camp en camp, de pays en pays. Une vieille femme venait de vivre son quatrième exode. Comment exister sans passeport, sans carte d’identité, sans pays? Alors, c’est dans ces camps que les réfugiés ont investi leur affection. «Cela fait 60 ans que nous bâtissons Nahr el-Bared, explique une très jeune femme. C’est chez nous, même si nous savons que ce n’est pas notre patrie.» Il faut bien poser ses bagages quelque part. Mais ces 60 ans ont été rayés de la carte en quelques mois. Et il faut des coupables. Certains en veulent à Fatah el-Islam, affirmant avoir d’excellentes relations de voisinage avec les Libanais. Mais beaucoup en veulent au Liban tout court. Ce Liban qui ne leur donne pas le droit d’acheter une maison, de travailler et encore mois d’obtenir la nationalité. Ce Liban qui, je crois, ne peut tout simplement pas le faire. On a vu ce qui s’est passé en 1975. Mon père, Français, me racontait avoir décidé de quitter ce pays où il avait rencontré ma mère, Libanaise, dès 1973. Lorsqu’un Palestinien lui avait mis un flingue sur la tempe à un barrage dans Beyrouth. La souffrance légitime des Palestiniens a conduit à de bien regrettables excès. Et rien n’a changé depuis les années 70, si ce n’est la croissance exceptionnelle du taux de natalité palestinien, la montée de l’islamisme, la paupérisation du Liban et l’accentuation des tensions régionales. Tout cela est intimement imbriqué.

Je n’ai aucunement la prétention de proposer une solution. D’autres bien plus intelligents que moi s’y sont déjà cassé les dents. Mais je sais une chose: l’avenir du Liban passe par l’avenir des Palestiniens. Quel avenir? Haha! C’est bien le problème! Et si moi, qui ne suis pas directement concernée, me désespère devant l’absence d’alternatives, que serait-ce pour eux, qui voient leurs enfants grandir au milieu des poubelles, jouant pieds nus dans les eaux d’égout?

J’avais travaillé sur Nahr el-Bared il y a trois ans de cela. Et une image s’était imprimée durablement dans mon cerveau: des enfants jouant dans le fleuve El-Bared, au milieu des carcasses de moutons crevés qui suivaient son cours. A mes yeux, cette image comporte plus d’un symbole…

Beddawi: terminus pour réfugiés

medium_beddawi.jpgFaire un sujet sur un camp de réfugiés palestiniens, ce n’est jamais très bon pour le moral. Aujourd’hui, nous sommes allés à celui de Beddawi qui accueille depuis mai dernier les réfugiés du camp voisin de Nahr el-Bared, au nord du pays. Vous pouvez voir un album photos en cliquant ici ou sur la photo noir et blanc ci-dessus.

L’équation est simple, toujours la même: camp palestinien = misère humaine. Les ruelles sont sales, les gosses courent pieds nus, chahutent et lancent des sourires, les vieillards (ceux qui sont nés avant 48) comme sur une autre planète, les hommes en armes du Fatah presque à chaque coin de rue… Oui, ça fait mal au cœur, ça témoigne de quelque chose de pas très reluisant dans la nature humaine. Khaled, qui nous a servi plus ou moins de guide dans les ruelles, demande quel est leur crime pour être traités encore moins bien que des Sri-Lankais (au Liban, ça veut tout dire). Un autre, assez vindicatif, nous demande pourquoi on vient les voir car notre métier ne sert à rien, nous dit que l’on devrait utiliser notre argent à autre chose qu’à acheter des blocs de papier et des stylos. Des journalistes, ils en ont vu défiler, mais leur vie ne s’est guère améliorée. Le moral en prend encore un coup quand ce même homme dénigre le Liban dont il ne voudrait pas la nationalité même si on la lui proposait, car «le Liban n’existe pas». La discussion tourne court, elle ne servirait à rien de toute façon. Les Palestiniens vivent dans la misère, ils ont des raisons d’en vouloir à la terre entière, mais ils oublient parfois qu’ils sont aussi responsables de ce qu’est arrivé pendant 15 ans à leur pays d’accueil. Y’a des pilules qui restent dures à avaler pour tout le monde.

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