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jeudi, 17 janvier 2013

16 ans et je l'aime encore

samedi, 04 août 2012

6

ans.

vendredi, 11 novembre 2011

L’important, c’est de voter – ou non

liban,concours,new7wonders,grotte,jeita«Vote for Jeita so we can officially be cavemen.» Cette jolie phrase n’est pas de moi, je l’ai piquée au profil Facebook de Claude el-Khal ce matin. Dans un peu plus de deux heures, le Liban saura si la Grotte de Jeita fait partie – ou non – des 7 nouvelles merveilles de la nature. Cela fait des semaines que mon cellulaire reçoit des invitations à voter en ligne pour ce concours qui passionne – ou non – les foules. En tout cas, difficile de passer à travers cette hystérie virtuelle qui agite les réseaux sociaux et les huiles du pays, entre Facebook, le président, le Premier ministre, Nancy Ajram, MTC et différents sites web qui nous ont convaincu – ou non – du côté «cause nationale» d’un tel racolage. J’aimerais bien qu’il en soit de même pour l’instauration du mariage civil ou celle d'un vrai permis de conduire, la mise à la retraite forcée de Nabih Berri qui vient encore de rajouter une couche à la position libanaise quant à l’actualité syrienne, l’électricité 24h/24... Bref, les motifs de mobilisation ne se comptent pas vraiment sur les doigts de la main, alors placer en nº1  la Grotte de Jeita – promise à une lente destruction à cause de la pollution des eaux souterraines du bassin qui l’alimente – devait certainement être une priorité.

Ou non.

Mais bon, d’ici la fin de la journée, on pourra parler d’autre chose... Nous pourrons revenir sur la petite opération de censure sur les affiches de Tintin. Durant quelques heures, un nom a été rayé de l’affiche: Steven Spielberg. J’imagine bien la ou les raisons de nier l’existence de l’auteur de Schindler’s list. Que se passera-t-il si j’écris son nom plusieurs fois? Voyons voir: Spielberg, Spielberg, Spielberg, Spielberg, Spielberg... Hein? Rien? Je devrais peut-être aller en prison pour ça – ou non. Nous pourrons également blablater sur la lente et tardive arrivée de la 3G sur nos téléphones à l’heure où tout le monde parle de la 4G, sur l’avenir dont personne ne parle de la belle-fille libanaise de Kadhafi, sur le discours de Capitaine Caverne ce soir à la télévision durant lequel il nous parlera – ou non – de l’affaire de Tarchich, ou encore sur le Salon du livre francophone qui semble se réduire à peau de chagrin, année après année. Hein, quoi? Rien de positif? Si si, il y a le beau ciel bleu au-dessus de nos têtes tout de même, l’odeur du café le matin et le prix encore abordable du paquet de cigarettes pour les fumeurs.

Allez, il vous reste une poignée de minutes pour aller voter. Sinon...

vendredi, 02 septembre 2011

Lux gremlina

liban,beyrouth,électricité,lampadaires,bassil,berry,l'orient-le jour,magazine,rania magazine,gremlinsOh, c’est vrai, cela avait un petit côté pittoresque il y a 15 ans. Ces coupures de courant, ces sautes de tension, tous ces appareils électriques qui pétaient les plombs les uns après les autres. «C’est à cause des événements, me disait-on. Ça ne va pas durer.»

Mouais.

Nous sommes donc en 2011. Plus de vingt ans après les «événements». Ce matin, Gaby Nasr allumait encore tout le monde dans son billet de L’Orient-Le Jour, avec en point de mire deux aberrations politico-tribales: Berry et Bassil. Le numéro de Magazine, lui, faisait sa Une sur les «irréconciliables» Joumblatt et Aoun. Et dire qu’il y a encore des gens pour suivre ces esprits éclairés...

Pendant que ces tristes clowns s’évertuent à faire croire qu’ils sont vraiment en charge de la chose publique, je me demande simplement comment fonctionne l’éclairage public de Beyrouth. Il arrive souvent de se retrouver, la nuit tombée, dans des rues qui ressemblent plus à des coupe-gorges qu’à autre chose (ceci dit, je préfère ça à me balader aux Halles à Paris un samedi après-midi). Mais en pleine journée, alors que le dieu soleil nous abreuve de sa pluie de photons, les lampadaires fanfaronnent. Du coup, je m’interroge: comment cela fonctionne-t-il? Les heures d’éclairage sont-elles automatisées? Y a-t-il intervention humaine, avec un employé chargé d’appuyer sur un interrupteur pour allumer ces réverbères? Vraiment, quelqu’un pourrait-il me donner un soupçon de début d’indice?

Alors, devant cette énigme que je n’arrive toujours pas à résoudre, je préfère me replonger dans la lecture de la presse libanaise. Car c’est là finalement qu’il y a toujours (enfin, pas toujours...) quelque chose d’intéressant à trouver.

Tenez, hier, par exemple. J’étais chez Tony, le papetier en bas de chez moi. Je regarde le stand des magazines et trouve le dernier numéro de Rania Magazine. Je ne connais pas le nom du (de la) rédacteur(trice) en chef, ni celui du ou de la DA, mais je voudrais les remercier du fond du cœur pour avoir retrouvé la plus attachante des héroïnes ayant bercé mon enfance: la Gremlins fille.

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Vraiment, un très grand merci.

vendredi, 15 avril 2011

Pomme C Pomme V impossible

Très court extrait du dossier spécial (12 pages) sur les révoltes dans le monde arabe, paru ce matin dans le quotidien Le Soir. Vous pouvez le télécharger en intégralité ici, ça vaut le coup.

mark mansour.jpgLes politiciens libanais continuent à longueur d'interview de réclamer la paternité du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe. Selon eux, les révoltes actuelles sont les filles de la «révolution du cèdre» du printemps 2005 qui avait vu la population libanaise obtenir – pacifiquement – le départ de l'armée syrienne, après 30 ans de tutelle. Six ans plus tard, les soldats syriens ne sont plus là, mais Damas dispose toujours de ses relais, puissants, à Beyrouth.

Vu de la capitale libanaise, les révoltes en cours dans le monde arabe laissent perplexes: impossible d'en faire un copier-coller. Car ici, il n'y aurait pas un Ben Ali ou un Moubarak à chasser du pouvoir pour faire une «vraie» révolution, mais une bonne vingtaine. Tous chefs de partis politiques ou chefs de clans, ceux-ci décident de la direction à suivre pour toute leur communauté. Et les revirements à 180º ne leur font pas peur, leurs ouailles suivant aveuglément: l'intérêt de leur communauté prime, l'intérêt national passant au second plan.

Pas étonnant donc de trouver toute une frange de la jeunesse libanaise sans grande illusion. Mark Mansour en fait partie. Graphiste de 31 ans, il reste cloué à Beyrouth pour prendre soin de ses parents vieillissants. Sans quoi il serait parti. «Moi, je n'ai aucun engagement politique, explique-t-il. Les politiciens libanais, d'un bord comme de l'autre, sont tous pareils. Ils veulent le pouvoir, pas le bien du Liban. Alors quand je vois ce qui se passe en Tunisie, je suis heureux pour les Tunisiens. Idem pour les Egyptiens. Et puis un nouveau régime au Caire, moins favorable à Israël, poussera peut-être Tel Aviv à changer de comportement dans la région.»

Depuis trois semaines, évidemment, l'actualité de la grande sœur – la Syrie – retient l'attention. Là aussi, Mark espère du changement, pensant qu'un nouveau régime, plus modéré, pourrait modifier la donne dans la région et dans son pays: «Ça compliquerait la tache du Hezbollah pour faire transiter ses armes depuis l'Iran. Moi, je suis pour la paix, j'ai envie de vivre libre, sans que la personne en face de moi – quelle qu'elle soit – ait un pistolet sur la table pour me parler.»

[...]

Lors de l'interview, nous avons abordé un gros paquet de sujets: les révoltes arabes bien sûr, mais aussi la politique libanaise, la laïcité... Voici juste une petite phrase qui n'avait pas sa place dans le papier, mais qui m'a bien fait rire. Mark: «Au Liban, je n'existe pas en tant qu'agnostique. Un jour, on m'a posé cette drôle de question: "Vous êtes agnostique? Alors où priez-vous?"» Y'a du boulot.

mardi, 12 avril 2011

(H)OntorNet

Il est tout juste minuit ici à Beyrouth. Je laisse l'ordi allumé encore 15 à 20 minutes. En fait, j'ai demandé à mes proches de m'envoyer leurs mails un peu volumineux à partir de minuit (soit 23 heures en Europe). Parce que cela tombe dans la tranche horaire 0h-6h durant laquelle mon cher provider ne facture pas la bande passante. Avec un quota de 2,5 gigabytes par tranche de 50 dollars (download et upload confondus), il faut évidemment faire attention à sa consommation. Un accident est vite arrivé, genre la vieille tante qui vous envoie des tonnes de photos de cousins éloignés en pleine matinée. Et paf, 10 dollars qui partent en fumée! Pas étonnant que les vendeurs de DVD piratés fassent fortune car ici, on ne télécharge pas de film. Pas possible. Et même les courageux qui attendraient minuit pour le faire verraient leur connexion planter inexplicablement en plein milieu de la nuit.

En fait, y'a pas vraiment grand chose de nouveau. J'en ai juste marre.

Chaque mois, j'entends des nouvelles comme quoi «dans trois mois, j'te jure, on aura la meilleure connexion du monde!». Bein j'attends. Merci messieurs les ministres des Télécoms, toutes couleurs confondues mais alternant volontiers clientèlisme et incompétence, qui nous font passer pour des baltringues. Le Liban arrive donc en 169e position sur 169 pays classés, en termes de vitesse. Peut-être vaut-il mieux en rire qu'en pleurer, mais je n'y arrive pas. J'essaie pourtant. C'est tellement plus simple d'être champion du monde du plus gros hommos.

Voilà, il est minuit passé de 10 minutes et j'angoisse. Si ça se trouve l'arrière-grande-tante va m'envoyer son mail de 10Mo dans 5 minutes, quand j'aurai éteint, et il arrivera sur mon disque dur demain matin quand j'ouvrirai Mail.

Il n'y a pas longtemps, une amie en France me proposait une discussion vidéo sur Skype. J'ai eu presque honte, je ne savais pas trop comment lui dire que ce genre de passe-temps est plutôt à ranger dans la catégorie science-fiction. Car ici, en 2011, ça donne ça...

PS1: J'adore le rire de l'Asiatique. C'est ça le plus drôle...
PS2: Vous l'aurez compris, si vous voulez envoyer des trucs un peu lourds, faites-le à minuit pile, pas à minuit vingt. Merci de votre compréhension.

jeudi, 17 juin 2010

Les hirondelles font parfois le printemps

Journal école 2010.jpgEn lisant les journaux dernièrement, difficile de se dire que le pays est sur la bonne voie. Dernier exemple en date, qui a provoqué une levée de bouliers sur la blogosphère: le blocage des logiciels comme Skype. Motif officiel: ce mode de communication très prisé par les Libanais et par leurs proches à l'étranger induit des pertes sèches pour les télécoms d'Etat qui restent la principale vache à lait du Trésor. Les ministres en charge de ce dossier se suivent et se ressemblent, toutes tendances confondues, eux-mêmes confondant intérêts personnels ou calculs à très court terme avec vision globale et développement économique du pays.

Mais il y a tout de même des motifs d'espoir. Des politiques et des acteurs de la société civile se battent pour un Liban moderne et tourné vers le développement durable (histoire que l'on arrête de cataloguer ce pays entre la Syrie et la Corée du Nord comme c'est le cas pour le cellulaire). Entre développement – même timide – des énergies renouvelables, mise en place de nouveaux modes de transport et aides au développement local, il y a des choses intéressantes à dire (et à lire) sur le sujet.

Si cela vous intéresse, je vous conseille donc la lecture du journal-école réalisé par les étudiants en journalisme de l'Université libanaise et ceux de graphisme et de photo de l'Alba. La petite bande vient de publier un cahier de 16 pages au format tabloïd, intitulé Les Hirondelles et distribué hier en supplément du Nahar. Vous y apprendrez par exemple que même au Liban, on pense à l'énergie atomique. Et oui.

mardi, 23 février 2010

Ozero 2.0

Vous pensiez que tout allait bien dans le meilleur des mondes pour Madame X, depuis ses dernières mésaventures avec Ogero? Vous pensiez le pire était passé? Et bien non!
Notre feuilleton Ogero continue avec un nouveau chapitre: Internet!

Jour 1
kit portable stress.jpgMadame X a enfin obtenu, mais en plusieurs étapes, ses 3 lignes de téléphone. Bon, bien sûr, il y en a une qui grésille, mais c’est un moindre mal… L’objectif désormais est d’obtenir une connexion Internet car, après réflexion, il semblerait que ce soit encore via le service public qu’une connexion Internet digne de ce nom (suffisante pour l’usage intensif que sa compagnie doit en faire) soit disponible à un prix relativement raisonnable. En effet, la société privée par laquelle Madame X passe actuellement lui facture mensuellement 600 dollars pour une bande passante de 256K. Autrement dit, une misère question débit et une fortune question facture.

Or, Ogero propose en exclusivité une connexion HDSL de 2300K à 200 dollars par mois. Certes, un quota de 8G (qui sera allègrement dépassé en 10 jours seulement) est imposé; certes, il faut en principe compter un mois après l’installation d’une ligne téléphonique pour qu’Ogero fournisse l’accès Internet; certes, cela implique, inéluctablement, un service après-vente laborieux; mais par la capacité et le prix alléchée, Madame X se dit qu’elle n’a pas exactement le choix; grand bien lui fasse. Son fournisseur d’accès privé n’a qu’une alternative à proposer: 1024 Kbps en downlink et 512 Kbps en uplink pour la modique somme mensuelle de 1940 dollars (hors taxe)! Ha, les joies du monopole.

Madame X se rend donc dans le bureau d’Ogero qu’elle a appris à si bien connaître. Elle y retrouve Lilou et Madame P, mais aussi Monsieur O, le directeur de la branche qui l’invite aussitôt à s’asseoir, prendre une cigarette («Si, si! Tu t’en fous de ta santé!», insiste-t-il) et un café. Une fois les salamalecs d’usage passés, Madame X fait sa formalité et là, miracle, tout se passe sans encombre! Elle paye les 600 dollars d’installation, récupère son reçu. Mieux, elle apprend même que pour le HDSL, l’installation se fait en une semaine et non un mois, car la demande est moindre que pour l’ADSL! Madame X a l’impression de planer.

Mais Monsieur O la ramène bien vite sur terre. Il lui fait signe de revenir s’asseoir à son bureau.
– Monsieur O (souriant): Ça va? Tout s’est bien passé?
– Madame X (enthousiaste): Oh oui, merci beaucoup! Et donc, tout sera installé d’ici une semaine?
– Monsieur O (l’air chagriné): Je ne sais pas. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de modems adaptés sur le marché…
– Madame X (stupéfaite): Mais... J’ai payé l’installation! Comment facturez-vous un service que vous ne pouvez pas assurer faute de matériel?
– Monsieur O (qui prend un air affairé): Attends, attends…

Monsieur O se saisit de son téléphone, appelle et à voix très haute, explique à son interlocuteur: «Ecoute, tu as des modems HDSL? Deux? C’est parfait! Car j’ai ici une jolie dame (sic) qui en a besoin de toute urgence et il y a une autre jolie dame qui en veut un aussi. Pour une autre compagnie (l’interlocuteur répond quelque chose) Oui, moi je n’ai que des jolies clientes, cheft ? Hahahahaha ! Donc tu me les mets de côté, d’accord? Je compte sur toi. Et je n’oublierai pas le service que tu m’as demandé. Oui. Yalla, habibé.
– Monsieur O (triomphant): C’est arrangé! Demain ou après-demain au plus tard, ils viennent te l’installer.
– Madame X: Merci mille fois, Monsieur O. Vraiment.
– Monsieur O: Ça ne mérite pas un bisou, ça?
Madame X, prise de court, lui fait une bise sur la joue, sous la mine hilare des employés.
– Monsieur O: Haaaaaaaaaaa! Toi, c’est fini! Tu as un passeport international chez nous! (à l’adresse de sa fine équipe) Tu peux nous demander tout ce que tu veux, tu n’as qu’à dire «Passeport international»! Appelle-moi pour me dire comment ça s’est passé.

Jour 2
Rien. Personne.

Jour 3
Rien. Personne.

Jour 4
Madame X rappelle Monsieur O.
– Monsieur O (grognon): Chou, tu es encore vivante? Je me suis inquiété!
– Madame X: J’attendais que l’employé vienne installer la connexion pour vous rappeler, comme convenu, mais justement…
– Monsieur O (l’interrompant): Il n’est pas venu? Ya allah! Je vais le rappeler.
– Madame X: Merci, Monsieur O.
– Monsieur O (sur le ton de la confidence): Mais tu prendras bien soin de lui…
Blanc de quelques secondes…
– Madame X: Qu’est-ce que vous voulez dire par là?
– Monsieur O: Moi? Rien. Moi, je n’explique jamais rien. C’est à toi de savoir. Mais si tu veux une bonne maintenance après…

Jour 8
Rien. Personne.

Jour 9
Un employé appelle de la part de Monsieur O.
– L’employé (voix nasale): Allooooooo, j’appelle d’Ogeeeero…
– Madame X: Ha. J’attendais de vos nouvelles.
– L’employé: J’ai eu beaucoup de travail. Bon. Vous avez le câble pour relier le boîtier téléphonique à votre bureau?
– Madame X: Oui, tout est en place.
– L’employé: Vous êtes sûre? Parce que tout le temps les clients nous font venir et ils n’ont pas ce qu’il faut…

Madame X vérifie et confirme.
– L’employé: Yalla, je serai là demain.

Jour 10
Rien. Personne.

Jour 11
Rien. Personne.

Jour 12
Rien. Personne.

Jour 13
Rien. Personne.

Jour 14
Rien. Personne.

Jour 15
L’employé débarque enfin dans le bureau. Il est tout boudiné dans son pull bleu marine au logo vert Ogero et a l’air grognon.
– L’employé: Je viens de la part de Monsieur O. Vous avez les câbles alors?

Madame X l’emmène vers le placard qui contient toutes les arrivées de câbles.

– L’employé (pas content): Et où est le câble qui va d’ici jusque dans la pièce du serveur?
– Madame X (surprise): Mais c’est à vous de l’installer, justement!
– L’employé (furieux): Ha non! J’installe l’Internet, moi. Je ne fournis pas de câble. Je ne suis pas électricien. Je vous avais prévenue! Ha, ces clients qui n’écoutent pas.
– Madame X: Ecoutez, le bureau est relié…
– L’employé l’interrompt en maugréant: Moi, j’ai autre chose à faire. Si vous voulez, je vous installe la connexion ici.
– Madame X: Dans le placard???!
– L’employé: C’est la seule chose que je peux faire pour vous. Sinon je m’en vais. Ne me faites pas perdre mon temps.

Madame X, à contrecœur et passablement dégoûtée, demande à un membre de son équipe d’emmener l’employé dans la pièce du serveur sous prétexte de lui montrer les machines, et surtout de lui donner de sa part un billet de 100 000LL. Il faut bien «prendre soin de lui». A la guerre comme à la guerre. Elle retourne dans son bureau. Cinq minutes, plus tard, l’employé frappe à sa porte, un grand sourire aux lèvres.
– L’employé: Ya setna! Ça y est, tout est installé et tout marche! Kellik zoq! Si tu as besoin de quoi que ce soit n’hésite pas. Ya habibté, merci, merci!

Effectivement, en quelques minutes, l’employé a non seulement fini l’installation dite impossible, mais a même fait plus: il a arrangé les câbles, enlevé les bouts de chatterton qu’il a remplacés par de petits dominos tout propres… Et Internet fonctionne parfaitement.
Deux semaines plus tard, la principale ligne de téléphone du bureau tombe en panne. Silence au bout de la ligne, impossible d’appeler des portables ou des numéros internationaux, ce qui, vous en conviendrez, est problématique.
Madame X signale la défaillance sur le service téléphonique d’Ogero; la boîte vocale l’avertit que la réparation sera effectuée sous trois jours ouvrables.

Jour 3
Toujours pas de ligne.

Jour 4
Toujours pas de ligne.

Jour 5
Toujours pas de ligne.

Jour 6
Toujours pas de ligne.

Jour 7
Toujours pas de ligne.

Jour 8
Toujours pas de ligne.
Madame X essaie d’avoir le service après-vente d’Ogero, en vain. En désespoir de cause, et alors que cela ne lui plaît pas, Madame X se résout à rappeler Monsieur O. Monsieur O vérifie.
– Monsieur O: Dépose une plainte sur le service téléphonique.
– Madame X: C’est ce que j’ai fait il y a une semaine!
– Monsieur O: Alors je ne peux rien faire, ça ne dépend pas de nous. Appelle ce numéro.

Madame X appelle le numéro en question. Elle tombe sur Monsieur N, qui lui assure que la réparation sera faite le lendemain.

Jour 9
Toujours pas de ligne

Jour 10
Toujours pas de ligne.

Jour 11
En matinée, Madame X rappelle Monsieur N qui lui assure (c’est un vendredi, les administrations ne travaillent que jusqu’à 11 heures, et encore) que la personne en charge est sur la route et arrivera dans une demi-heure. Au bout de 3 heures, Madame X rappelle, bien sûr plus personne ne répond.

Jour 14
Madame X rappelle Monsieur N qui lui assure (oui, ça fait trois fois qu’il lui assure la même chose) que la personne en charge est bien venue en son absence. Apparemment, un câble téléphonique sous terrain a été abîmé (madroub taht el ard), mais la réparation va être effectuée de façon imminente.

Jour 17
Un nouvel employé d’Ogero téléphone sur la ligne qui était en panne. Hourra! La réparation a été effectuée.
Une demi-heure plus tard, Internet est en panne. Un membre de son équipe signale à Madame X qu’on a dû passer sur la connexion de back up.
Il faudra trois jours pour la réparer. La cause de la panne? Chers lecteurs, comme vous l’aurez deviné, en réparant la ligne téléphonique, notre impayable équipe d’Ogero avait bousillé le câble Internet!

lundi, 17 août 2009

Reconversion

stavro presse.jpgJe ne suis pas un fan de Stavro, mais il faut bien reconnaître une certaine pertinence à ce dessin daté de 2002 et qui, sept ans plus tard, est toujours d’actualité.

Qui n’avance pas recule. Voilà la devise de ce pays qui se prend pour le nombril du monde. Après la frénésie électorale du printemps, le soufflé est retombé. Plus de 2 mois après des législatives trop attendues, le bateau est toujours sans capitaine: pas de gouvernement, des vociférations télévisuelles régulières de ténors que je n’ai pas besoin de nommer, des ministres en sursis qui font n’importe quoi… Y’a comme un petit air de déjà-vu.

Si le contenu des journaux libanais donne jour après jour une impression d’immense gâchis, la presse internationale et les agences de presse, elles, s’émerveillent des folles nuits beyrouthines, des rentrées financières que l’afflux de «touristes» assure… C’est vrai finalement. Tout va bien au Liban pour les importateurs d’alcool et de cigares. Faudrait songer à se (re)convertir.

samedi, 02 mai 2009

Le crépuscule de monsieur Tueini

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense beaucoup à Ghassan Tueini ces jours-ci. Jusqu’à la nuit dernière où j’ai même rêvé de sa mort. Peut-être est-elle imminente. Je l’ai croisé il y a dix jours, à l’inauguration officielle de Beyrouth Capitale mondiale du livre. Il était porté à bout de bras par deux gaillards avec oreillette. Le lendemain, je croise un ami qui me dit: «Ghassan est mal en point. Vraiment très malade.» Ghassan Tueini a 83 ans.

Je me demande quel regard le vieil homme porte sur son pays, au soir de sa vie. Une vie difficile. Il a perdu une fille en 1964, sa femme Nadia en 1983, un premier fils en 1987 puis son héritier politique et professionnel en décembre 2005 quand le gros 4x4 de Gebran a explosé. Cet intellectuel – qui a connu ce qu’un homme peut vivre de pire: survivre à presque toute sa descendance – a derrière lui une carrière professionnelle exemplaire: patron du Nahar pendant des décennies après avoir fait des études à Harvard, il a participé à la création, dans les années 50, de la première faculté arabe de droit, de sciences politiques et d’économie. Il se lance aussi en politique: premier député du PSNS (dont il s’éloignera très rapidement lorsque la fraternité syro-libanaise aura pris le dessus sur les principes de laïcité qu’il défendait), il est nommé vice-Premier ministre en 1970 puis ministre du Travail en 1975. Puis il se tourne vers la diplomatie, devenant ambassadeur en Grèce avant de représenter le Liban à l’Onu, de 1977 à 1982. Farouche défenseur de la souveraineté et de l’indépendance du pays et opposant à la tutelle syrienne, Ghassan Tueini a raté d’un cheveu le prix Sakharov en 2006.

Nathalie avait eu à le côtoyer à la fin des années 90, lorsqu’elle travaillait au lancement par Gebran d’un féminin que Ghassan rejetait en bloc. A tel point que le bonhomme s’était vivement opposé à ce que le magazine en question soit baptisé Naharouki (ton Nahar), afin qu’aucun lien ne puisse être fait entre cette publication dont il ne voulait pas entendre parler et son cher Nahar. Les relations père-fils n’avaient pas toujours été simples entre un Ghassan intransigeant et un Gebran qui voulait à tout prix prouver qu’il pouvait être à la hauteur de son frère défunt, dans lequel le paternel avait placé tous ses espoirs. Suite à sa rencontre avec les deux Françaises en charge du projet éditorial, Tueini senior s’était adouci. Le label Naharouki avait tout de même été abandonné, mais le patriarche avait laissé le bénéfice du doute à l’équipe, et accepté de la soutenir dans sa démarche. Depuis, le magazine est devenu autre chose, aux antipodes de ce qu’il aurait pu être, mais ceci est une autre histoire. Il reste de cette époque le souvenir d’un homme de poigne, à la présence imposante et aux principes stricts, mais qui savait écouter ceux dont les arguments étaient cohérents.

Je vais m’arrêter là pour les présentations. Aujourd’hui, je me demande simplement si cet homme respectable sera encore là le soir du 7 juin. Ou si son cœur choisira de lui épargner ça.

jeudi, 19 mars 2009

Samandal

Une bonne nouvelle? Une magnifique nouvelle oui! Etant en ce moment à la recherche d’un(e) illustrateur(trice) pour un projet – je ne suis pas sexiste –, je suis tombé sur ça:

samandal covers.jpg

La joyeuse bande de Samandal publie donc un nouveau magazine composé de planches de BD «made in Lebanon» et «made in ailleurs». En noir et blanc (et oui, la couleur coûte cher), Samandal est une sorte de collectif de dessinateurs et de graphistes aux genres très disparates, aux langues mélangées (arabe, français, anglais) et aux influences clairement différentes, allant de Topor aux mangas japonais. Côté thèmes, comme en témoigne l’avertissement en couverture [18+], ça cartonne un peu (pas de sexe tout de même), mais ça parle religion, société et politique. Ça risque donc d’être difficile à exporter dans le reste du Proche-Orient…

Ce trimestriel en moyen format propose en outre un appel à candidature, tous les dessinateurs (libanais comme étrangers) pouvant soumettre leurs planches pour être publiées. Disponible dans toutes les bonnes crèmeries pour 3000LL, Samandal mérite franchement le coup d’œil et surtout d’être soutenu en l’achetant! Pour les curieux, le site web permet de télécharger les précédentes éditions (0, 1 et 2), le numéro 3 étant en vente actuellement et le numéro 4 devant sortir prochainement. En pour en savoir encore un peu plus, Alinea a mis en ligne une interview de l’un des 4 redchefs du magazine.

Espérons vivement que Samandal connaisse un autre destin que l’excellent Zerooo sorti il y a une dizaine d’années (avec d’autres ambitions certes) mais qui avait dû mettre la clé sous la porte après quelques numéros. Alors courez l’acheter…

dimanche, 31 août 2008

A bout de souffle

Jeudi, la petite goutte de trop est arrivée. Nous sommes simplement consternés de la hargne, voire de la rage exprimée dans un nombre croissant de commentaires, ici même et ailleurs.

Nous avons pensé ce blog comme un lieu d’échange convivial, ou tout du moins respectueux d’un minimum de correction. Certainement pas comme une arène où les uns et les autres viendraient régler leurs comptes et/ou exprimer, sous couvert de l’anonymat, tout ce qu’ils ne se permettraient pas de dire face à face.

Or, depuis quelque temps, le ton et les propos se radicalisent trop souvent. Que faire? Nous avons envisagé de modérer les réactions, ce que nous avions toujours pu éviter. Modérer n’est pas censurer. Il s’agissait de ne pas laisser la porte ouverte aux insultes et autres menaces qui se multiplient sur la blogosphère libanaise. Le procédé est fastidieux et, de toute façon, ne servirait qu’à se cacher derrière son petit doigt, nous nous en sommes très vite rendu compte.

En effet, nous avons rapidement reçu des messages outranciers, non mis en ligne. En voici un spécimen, qui reste relativement «modéré» par rapport à d’autres mais qui nous a paru d’autant plus révélateur que paradoxalement, cette commentatrice prônait quelques minutes plus tôt l’ouverture, le dialogue et le respect d’autrui, et n’avait jamais été censurée:

"je suis horriblement déçue! je ne croyais pas que le fléau de la censure allait vous atteindre. je ne croyais pas que les indépendants étaient à ce point gênants: je ne veux être ni atlantiste ni talibane, ni hezb, ni opposition ni majorité! réveillez-vous, vous devenez staliniens, ceux qui ne vous lèchent pas le cul et n'acquiessent pas à tous ce que vous dites ne sont pas bons pour être publiés, ils dérangent, ils salissent! démocratie mon cul, oui! je corrige donc, vous êtes des agents de division et de haine. faut que vos lecteurs tapent sur tous ce qui gène les usa-israel sinon vous les envoyez aux oubliettes. je vous dis merde, vous ne nous aurez pas et dans ce putain pays on est beaucoup trop nombreux et beaucoup plus lucides pour que votre "nouveau proche orient" à la sauce neo-CONS passe je ne vous salue pas"

Notez l’évolution du propos entre le début et la fin du texte! Parce qu’elle n’a pas compris qu’une modération implique un délai entre l’envoi du commentaire et sa publication, cette commentatrice en a tiré ces conclusions hasardeuses et insultantes. Ceux qui nous suivent depuis longtemps savent combien ces «accusations» sont vides de sens, mais cet exemple parmi d’autres illustre la facilité avec laquelle chacun verse désormais dans l’excès au Liban. Il est symptomatique.

N’ayant ni envie de fliquer en permanence ce qui se dit ici, ni d’entrer dans de vaines discussions, nous préférons fermer complètement la petite case blanche. Nous ne voyons pas l’intérêt de continuer ainsi.

Merci de nous avoir lus pendant deux ans.

jeudi, 29 mai 2008

Sowar

1517876770.jpgPetit passage à la librairie Antoine, à Sin el-Fil. J’attends à la caisse, et mon regard tombe sur une manchette que je ne connaissais pas, sur le présentoir des magazines libanais. Je tire un exemplaire. Ça s’appelle Sowar. J’ouvre, et un grand sourire commence à illuminer mon visage: un magazine 100% photo, édité au Liban. Je n’ai jamais entendu parler de l’éditeur, mais je me dis que ce gars-là gagne à être connu. 68 pages, 4 pubs seulement (économiquement non viable a priori, même vendu à 7500LL). Mais des belles images, certaines déjà connues, mais le principal est là: la presse libanaise s’est enrichie d’un titre intéressant. Et pour moi, c’est un beau cadeau.

Je profite également de l’occasion pour dire un petit mot d’un autre magazine de photo, édité à Dubaï celui-là et avec beaucoup plus de moyens: Soura. Une pure petite merveille pour les amateurs d’images.

jeudi, 03 avril 2008

Akak akakak !

Je ne sais plus qui me parlait il n’y a pas longtemps des compétences IT de nos divins amis. En gros, cela donnait ça: «Ils sont hyper forts, pour la surveillance du contenu, pour alimenter les forums, et pour le hacking… Ils n’ont rien à envier aux hackers israéliens (1, 2). Mais comme partout, il y a aussi au Liban des hackers du dimanche.» J’avoue ma complète ignorance en la matière: comment distinguer un hacker en culottes courtes d’un hacker vraiment agressif?

Ce matin, je suis tombé sur ça, en lançant le site de la journaliste Delphine Minoui. La fenêtre de Firefox a commencé à gigoter, je ne me suis pas attardé:

9d437901bbcfdf6fcf9607855bf903a9.jpg

Bon, OK, le design est un peu craignos, mais quel est le danger réel? Toute info est la bienvenue.

dimanche, 09 mars 2008

Offre d'emploi

Une fois n'est pas coutume, mais la nécessité faisant loi... 

Recherche jeune femme, 25-35 ans, anglophone ET parfaitement arabophone, ayant de préférence une expérience dans la presse, pour poste à Dubai de traductrice ou journaliste dans un nouvel hebdomadaire féminin. Capacité d'adaptation, esprit d'équipe et enthousiasme sont des must. 

Merci de faire circuler, c'est urgent et en tout bien tout honneur. Envoyez les CV sur notre mail. Merci!!! (pas sérieux s'abstenir).

vendredi, 07 mars 2008

Subject: Prévisions LIBAN

374f36ad6a9c7d1782efcdb651fc3ba8.jpgC'est souvent comme ça en temps de crise, mais j'ai parfois l'impression de mettre des œillères pour éviter de voir que le panorama s'assombrit dangereusement. Et puis comme je bosse pour des médias étrangers, je leur envoie de temps en temps des mails pour les tenir au courant de la situation et de la «probabilité» que le Liban refasse les gros titres. J’intitule ces mails «Prévisions LIBAN». Alors, systématiquement, j'ôte mes œillères, regarde à droite et à gauche, et je fais le bilan. Je viens de le faire il y a 10 minutes, et ça donne ça:

  • Après les ambassades arabes, c'est l'ambassade américaine qui vient de prévenir ses ressortissants d'adopter un profil bas, de rester chez eux, voire de quitter le pays si c'est possible, car la situation locale et régionale sent le soufre. Elle avait fait de même début juillet 2006, juste avant la guerre.
  • Selon un quotidien libanais, il y aurait une mobilisation générale de réservistes au sein de l'armée syrienne (peut-être du vent, mais on ne sait jamais).
  • Une autre info (démentie par la Finul): il y aurait eu une incursion israélienne hier en territoire libanais jusqu'au Wazzani.
  • La tuerie à Jérusalem serait due, selon Al-Manar (info reprise par tous les médias ensuite) à une brigade nommée d'après le membre du Hezbollah assassiné à Damas, Imad Moughnieh. Certains avancent même que le Hezbollah serait lié directement l'attentat, en soutien au Hamas.
  • Les discours, que ce soit du côté du Hezbollah (Nasrallah a prévenu qu'il pourrait passer à l'action après le 40e de la mort de Moughnieh, soit le 24 mars) ou d'Israël, se radicalisent. La situation actuelle rappelle grandement le mois de juin 2006: Israël met le paquet sur Gaza, et les problématiques libanaises et palestiniennes se retrouvent à nouveau mêlées.

Bref, il n'y a rien de réjouissant. Wait and see donc, mais je préfère quand même vous tenir au courant de la température locale et des nuages noirs qui s'accumulent sur le Liban (même s'il fait très beau avec un bon 25ºC, mais c'est toujours par beau temps que les conflits commencent!).

[...] 

Vous me direz, ça fait beaucoup de verbes au conditionnel et de supputations (j’adore ce mot, presque autant que croquemitaine). N’empêche, vu d’ici, rien n’incite à la légèreté et à danser la lambada. Et c’est sans compter sur les déclarations de nos politiques – tous bords confondus – ajoutant de l’huile sur le feu quotidiennement, sur les Etats arabes qui se crêpent le chignon avant le sommet de Damas, sur notre foutue élection présidentielle reportée à la Saint-Glinglin, sur...

Au Liban, finalement, il existe trois sortes de personnes: les pessimistes qui voient la guerre partout, les optimistes béats (également appelés non-voyants) et les pragmatiques qui se disent que si ça dérape, il y aura toujours moyen de s’adapter.

dimanche, 24 février 2008

Retour à l'ordre moral?

90caa8774c2d7990413990b7ad37b3b7.jpgLa nouvelle n’a pas fait les gros titres des quotidiens ni des journaux télé. Et pourtant, les ministres arabes de l’Information viennent de pondre un document qui sent bon le retour de manivelle, le retour à la moralité bien-pensante et religieuse. Le 12 février dernier, un document d’entente – intitulé «Suggested guidelines and principles for organizing satellite TV in the Arab world» et rédigé principalement par l’Arabie saoudite et l’Egypte – a été avalisé par les ministres arabes. Officiellement, les idées présentées sont là pour réguler un peu ce qui arrive sur le petit écran des téléspectateurs arabes (dont nous faisons partie). Concrètement, il s’agit de censure et d’une réduction de liberté flagrante sur le seul espace encore «libertaire» (je mets bien des guillemets) qui s’offre aux Arabes.

Les « limites» sont les suivantes:

  • Aucune attaque envers des leaders religieux ne sera tolérée
  • Aucune image incitant à la violence ne sera tolérée
  • Aucune image altérant l’unité nationale, l’ordre public, moral, familial et religieux ne sera tolérée

Le Liban, comme tous les autres pays arabes, était représenté par son ministre de l’Information, Ghazi Aridi. Il était contre, mais a voté quand même pour (pourquoi?). Seul le Qatar s’est abstenu. Mais qui sera exactement soumis à cette censure? Uniquement les chaînes arabes? Les chaînes occidentales diffusant sur la région aussi? Est-ce la disparition de la diffusion de Groland? Pour l’instant, la seule chose quasi sûre, c’est que les chaînes contrevenantes devront payer de lourdes amendes (à qui exactement?), et dans le pire des cas verront leur licence de diffusion retirée (par qui précisément?).

Cette nouvelle charte arabe des bonnes mœurs télévisuelles a été vivement condamnée par des organisations étrangères comme Reporters sans frontières ou Article 19, et évidemment par des chaînes arabes comme Al-Jazeera. Il semblerait en tout cas qu’avec un tel processus, les Etats arabes aient envie de reprendre le contrôle de l’information dans la région, pour rétablir en partie leur propagande étatique diluée depuis l’avènement du satellite.

Dans le cas du Liban, la mise en place de cette charte est un vrai point d’interrogation. Aridi a spécifié que le Parlement libanais devrait donner son accord pour la mise en place d’un dispositif aux contours encore flous. Et qui dit Parlement, dit députés en mesure de voter. La constitution de la prochaine Assemblée revêt donc une importance capitale pour éviter un retour au Moyen-Age de l’information. Pour faire bref, si des députés réactionnaires prennent le contrôle du Parlement, il faudra vraiment faire attention à ce que l’on dit.

Et y aura-t-il une prochaine étape? Internet par exemple?

jeudi, 10 janvier 2008

Beyrouth dans Coming up #22

coming_up.jpgNon, le Liban n’est pas qu’un ramassis de terroristes palestiniens, de Hezbollahis en armes, de politiciens verreux, ni un stand de tir aux pigeons. Vous ne me croyez pas? Alors un petit conseil (surtout à l’adresse de nos lecteurs ayant posé leurs valises en France): courez acheter le dernier numéro du magazine Coming up (#22), édité à Marseille mais disponible dans le reste de la France (vous trouverez ici la liste des points de vente ville par ville). Un gros dossier vous y attend sur le Beyrouth culturel qui m'est si cher, sous forme de carnet de route (ou de rue, au choix). Vous y découvrirez des endroits, des tendances, des gens, dont malheureusement on ne parle pas assez souvent dans la presse. Mais toute cette faune réunie donne à chacun de ses membres des raisons de rester au Liban.

PS: Pour les lecteurs potentiels «hors France» (on va quand même pas tirer une balle dans le pied d'Eric Foucher, rédacteur en chef et auteur dudit dossier!), nous pouvons envoyer les 15 pages en pdf. Comme le fichier est lourd et que nos connexions libanaises imposent des quotas ridicules en upload, je ne ferai qu’un envoi commun. Ceux qui sont intéressés n’ont qu’à laisser un petit commentaire contenant leur adresse e-mail dans le texte…
Offre valable jusqu'au jeudi 17 janvier midi.

Comme certains ne l'ont pas reçu ou se sont manifestés en retard, et que nous sommes super gentils, nous referons un envoi à la fin du mois de janvier.

vendredi, 23 novembre 2007

Considérations diverses à H-5

La Lune a continué sa jolie trajectoire dans le ciel, jouant à cache-cache avec les nuages. La montagne est magnifique de nuit. De Beyrouth, on voit très clairement jusqu'à Jbail ce soir... Finalement, c'est tout ce que l'on réclame, un peu de clarté. beyrouth_nuit.jpg

[...]

Il y a une chose toujours embêtante quand on écrit des papiers sur le Liban, particulièrement sur l'élection présidentielle actuelle. C'est au moment de faire son titre. Une fois qu'on a évacué "le dernier report", puis "l'ultime report", on écrit quoi?

[...]

Ils sont venus, ils ont vu, mais ils n'ont pas votu. (désolé, je suis fatigué, j'en ai marre des conneries de nos hommes politiques)

Considérations diverses à H-13

L’opposition veut boycotter, le 14 Mars veut envoyer ses députés coûte que coûte. Sur la place de l’Etoile où se situe le Parlement, il y a déjà une foule de journalistes, attendant ces parlementaires qui devraient pointer le bout de leur nez vers 13 heures. La pression grimpe, chacun fait monter les enchères. Réponse dans quelques heures pour savoir qui aura les plus gros biceps.

[...]

Emile Lahoud est en train de faire ses adieux au personnel du palais de Baabda. Bon débarras. Encore que... Comme me le disait Nat hier, on ne sait pas encore quelle trace ce personnage laissera dans l'Histoire, puisque celle-ci est en général écrite par les vainqueurs...

[...]

Ce matin, le soleil est revenu à Beyrouth. Et selon la météo, cette embellie devrait durer toute la semaine prochaine. En gros, tout le monde a laissé passer l’orage ces derniers jours (au sens propre comme au sens figuré), en attendant le ciel bleu. Si jamais la situation dérape à partir de demain avec quelques belles émeutes comme celles du janvier dernier, au moins, ce sera plus photogénique d’avoir des colonnes de fumées noires sur fond bleu plutôt que sur fond gris.
Pendant ce temps, dans cet horizon (presque) dégagé, des petits bateaux continuent leur train-train quotidien. Nos amis allemands veillent au grain au large.
ciel_bleu.jpg

[...]

Maurice Béjart vient de mourir. Est-ce que quelqu’un se souvient du petit scandale au festival de Baalbeck à cause de l’un de ses spectacles?

[...]

5765399fd108754f818655a6c3a181ea.jpgSur la page d’accueil de L’Orient, hier, un avertissement a attiré mon attention. En raison du 22 novembre, un jour chômé également par la presse, il n’y aurait pas de journal ce matin, la prochaine édition du quotidien serait donc datée du samedi 24 novembre. Je trouve ça hallucinant que, vu les circonstances, un quotidien (quel qu'il soit) respecte ce genre de dispositions syndicales. Ce matin donc, sur le site web du seul quotidien francophone du Liban, il n’y avait pas de «nouvelles neuves». L’équipe rédactionnelle aurait pu garder une veille, afin d’alimenter le site qui est énormément consulté par les Libanais de l’étranger. Faut pas s’étonner si les citoyens cherchant à s’informer vont voir ailleurs…

[...]

Ce matin, j’ai reçu un mail du Circuit Empire (l’un des principaux distributeurs de films au Liban). Le contenu disait en substance que, «à cause de la situation, l’avant-première du film de Robert Redford Lion for lambs, prévue demain matin, était reportée “until further notice”». Ça me rappelle étrangement l’après-12 juillet 2006 quand on recevait les annulations les unes après les autres.

[...]

Toujours dans la rubrique cinéma: un copain chef op’ a débarqué cette semaine de Paris pour participer au tournage d’un film libanais. Le tournage est censé débuter demain. Je trouve ça touchant (ou inconscient?) que certains poursuivent leur effort de vie de cette manière.

[...]

Dernière info d'ordre météorologique: avec ce qui est tombé ces derniers jours, la pointe du Mont Sannine est toute blanche.

 
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