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samedi, 25 février 2012

Amis touristes, c'est pour vous

Note à l'attention des éventuels touristes étrangers désirant visiter notre beau pays
Si jamais l'envie incongrue de vous rendre au Sud-Liban vous prend, n'oubliez pas le passage par la case "armée libanaise" à Saïda (en venant de Beyrouth, tournez à gauche après le Spinneys, faites 300m puis tournez à droite). Munissez-vous de photocopies de votre passeport et/ou du permis de séjour et rendez-vous chez nos charmants militaires. Oh, l'opération ne dure pas longtemps, elle est gratuite, mais se frotter à ces hommes coinçés dans leurs containers métalliques est tout sauf sexy pour le tourisme.

Ce que vous venez chercher, c'est ça: un petit bout de papier de rien du tout (un pauvre sticker du Crédit Libanais dans mon cas), censé vous permettre de passer les barrages au sud de Tyr. Obligatoire donc pour arriver à destination.

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Il y a 2 jours, j'ai eu la joie de gagner à la loterie et d'obtenir ce beau laisser-passer. Mais il m'est arrivé une chose qui ne m'était encore jamais arrivée en quinze ans. L'officier jette un coup d'œil sur les photocopies et me dit:
– "J'ai besoin de vos papiers libanais aussi.
– Euh, je n'en ai pas. Je ne suis qu'étranger (monseigneur).
– HHHHourrry? Ne mentez pas. Vous êtes Libanais. Pourquoi me montrez-vous un passeport étranger?
– Vous vous méprenez (votre seigneurerie), je suis Français. Regardez, j'ai un permis de séjour!
– Je te crois pas. Je suis sûr que tu es aussi Libanais..."

L'échange – dans un mélange d'arabe et d'anglais – a bien duré 5 minutes. Et 5 minutes, c'est long pour justifier d'une nationalité que je n'ai pas et que je n'aurai pas. C'est la première fois qu'une scène comme celle-là m'arrivait. Prouver que je n'étais pas (aussi) Libanais.

Je rêve.

PS: j'ai dû passer 15 fois des barrages en 48h, et personne ne m'a demandé ce fichu papier.

dimanche, 15 mai 2011

Ce n’est pas Beyrouth qu’il fallait regarder aujourd’hui

DSC_0116r.jpgIl y a des guerres qui ont débuté pour moins que ça. Alors que les partisans de la laïcité défilaient dans le centre-ville de Beyrouth, d'autres manifestants commémoraient la Naqba au Sud. A Maroun el-Ras – qui avait été rasée durant la guerre de 2006 –, les manifestants comptaient leurs morts et leurs blessés ce soir. Dix morts, cent douze blessés aux dernières nouvelles. Les tirs israéliens n'ont pas fait de détail. Vraiment, il y a des guerres qui ont débuté pour moins que ça.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

mardi, 20 juillet 2010

Blancs comme neige

snow white beirut.jpgCe tag est le meilleur résumé de ce début d'été au Liban. Y'a vraiment tout ce que l'on veut y lire...
A vous d'interpréter!

jeudi, 08 mai 2008

Day 2

23h35

• Ça tonne.
• Tiens, un petit sujet sur Euronews. De l'info très conventionnelle, mais ça donne une idée.

 
21h10

• Je viens de rentrer. Beyrouth ville morte. Tabaris et Sodeco bouclés. Pleut quelques gouttes. Ça tire de partout.
• Les militaires sont partout sauf là où ça chie. Sleimane a perdu l'occasion de montrer qu'il en avait.
• Le halloum a remplacé les yaourts importés au supermarché.
• J'ai 45 minutes pour pondre 4 colonnes. Hmm...

 
19h20

• Les gars du Hezb et du Futur s'en mettent plein la tronche dans Beyrouth-Ouest.
• Il y a toujours du courant.
• Les "boom boom" sont revenus.

 
19h00

• Les SMS vers l'étranger ne passent pas. Ou difficilement.
• Tiens, ça fait bien 2 minutes qu'il n'y a pas eu de "boom boom".
• Cellulaire en rade: plus de réseau. Hmm... Ah si, ça vient de revenir.

 
18h30

• SMS de l'ambassade de France: «Les consignes transmises hier restent valables jusqu'à nouvel ordre. Elles s'appliquent également en dehors de Beyrouth.» Sans blague? Et à l'ambassade, ils sont en première ligne pour les tirs de Ras en-Naba!
• Selon notre «correspondante sur le flan sud d'Achrafieh», des hélicos se sont posés à l'aéroport.
• Qu'est-ce que ça canarde! Si c'est pas la guerre, ça y ressemble drôlement.

 
17h40

• Le Sayyed vient d'inventer une nouvelle politique: celle de la petite carotte et du gros bâton. Il rigole, il compte sur ses doigts, demande au gouvernement de revenir sur ses décisions (pour une fois qu'il en prend!), et propose le dialogue. Hmm...
• Pas touche aux armes, sinon on coupe les mains. Hmm...
• Le Sayyed ne veut pas que la CIA et le FBI contrôle l'aéroport. Hmm...
• Ça pétarade grave, ils sont contents! Youpi! Hmm...
• Le généralissime va parler ce soir. Hmm...

 
15h35

81769147.jpg • Les vieux réflexes sont en train de refaire surface. Je suis allé faire le plein des réservoirs, et les pompistes étaient bien débordés. Idem pour les supermarchés. A la station près de chez nous, les 20 litres sont vendus à 29100LL. Une petite étiquette sur la pompe même fait mention d'autres tarifs pour "ARMY": 26800LL.


13h30

• Les médias français commencent à sortir de leur torpeur, tout occupés qu'ils sont avec le mariage de Jamel et Mélissa.

• Ça clashe fort à Tripoli.


12h40

• Comme j'aime beaucoup les cartes géographiques, je me suis «amusé» à voir ce que cela donne à Beyrouth, vu d'en haut. Voilà le résultat. C'est clair, non?

43697935.jpg

 

11h50

• Ça, c'est Tayouneh hier, là où a été prise la photo plongeante du post précédent. Vous pourrez y voir les fameux scooters...

• Et là, c'est au Sud, à Nabatiyeh, Tyr et Marjayoun.

• Pendant ce temps, Orange TV passait un feuilleton. Logique.
• Aujourd'hui, c'est bis repetita. Et ça bouge beaucoup du côté de la Bekaa. La route de Dahr el-Baïdar vient d'ailleurs d'être fermée, et le passage de Masna complètement bloqué par des tas de terre. On file vers l'isolement total.
• Je me disais ce matin que la dernière fois que l'aéroport a été mis hors service, c'était à cause des bombardements israéliens. L'histoire peut être ironique parfois.
• Rappel des faits: la grève a tourné en désobéissance civile car le parti de Dieu voudrait que le gouvernement fasse machine arrière sur le limogeage du responsable de la sécurité de l'aéroport et sur l'enquête concernant le réseau téléphonique parallère. C'est vrai quoi, il a du culot ce gouvernement fantôme de vouloir lever le petit doigt.

vendredi, 07 mars 2008

Subject: Prévisions LIBAN

374f36ad6a9c7d1782efcdb651fc3ba8.jpgC'est souvent comme ça en temps de crise, mais j'ai parfois l'impression de mettre des œillères pour éviter de voir que le panorama s'assombrit dangereusement. Et puis comme je bosse pour des médias étrangers, je leur envoie de temps en temps des mails pour les tenir au courant de la situation et de la «probabilité» que le Liban refasse les gros titres. J’intitule ces mails «Prévisions LIBAN». Alors, systématiquement, j'ôte mes œillères, regarde à droite et à gauche, et je fais le bilan. Je viens de le faire il y a 10 minutes, et ça donne ça:

  • Après les ambassades arabes, c'est l'ambassade américaine qui vient de prévenir ses ressortissants d'adopter un profil bas, de rester chez eux, voire de quitter le pays si c'est possible, car la situation locale et régionale sent le soufre. Elle avait fait de même début juillet 2006, juste avant la guerre.
  • Selon un quotidien libanais, il y aurait une mobilisation générale de réservistes au sein de l'armée syrienne (peut-être du vent, mais on ne sait jamais).
  • Une autre info (démentie par la Finul): il y aurait eu une incursion israélienne hier en territoire libanais jusqu'au Wazzani.
  • La tuerie à Jérusalem serait due, selon Al-Manar (info reprise par tous les médias ensuite) à une brigade nommée d'après le membre du Hezbollah assassiné à Damas, Imad Moughnieh. Certains avancent même que le Hezbollah serait lié directement l'attentat, en soutien au Hamas.
  • Les discours, que ce soit du côté du Hezbollah (Nasrallah a prévenu qu'il pourrait passer à l'action après le 40e de la mort de Moughnieh, soit le 24 mars) ou d'Israël, se radicalisent. La situation actuelle rappelle grandement le mois de juin 2006: Israël met le paquet sur Gaza, et les problématiques libanaises et palestiniennes se retrouvent à nouveau mêlées.

Bref, il n'y a rien de réjouissant. Wait and see donc, mais je préfère quand même vous tenir au courant de la température locale et des nuages noirs qui s'accumulent sur le Liban (même s'il fait très beau avec un bon 25ºC, mais c'est toujours par beau temps que les conflits commencent!).

[...] 

Vous me direz, ça fait beaucoup de verbes au conditionnel et de supputations (j’adore ce mot, presque autant que croquemitaine). N’empêche, vu d’ici, rien n’incite à la légèreté et à danser la lambada. Et c’est sans compter sur les déclarations de nos politiques – tous bords confondus – ajoutant de l’huile sur le feu quotidiennement, sur les Etats arabes qui se crêpent le chignon avant le sommet de Damas, sur notre foutue élection présidentielle reportée à la Saint-Glinglin, sur...

Au Liban, finalement, il existe trois sortes de personnes: les pessimistes qui voient la guerre partout, les optimistes béats (également appelés non-voyants) et les pragmatiques qui se disent que si ça dérape, il y aura toujours moyen de s’adapter.

vendredi, 02 novembre 2007

Pacem in terris, amen

medium_salim_ghazal.jpgCe qui est chouette dans notre métier, c’est qu’il y a souvent des «premières fois». Pour moi, la dernière en date – et toute fraîche – aura été de faire le portrait d’un «monseigneur». Comme quoi tout arrive. Quand je dis un «monseigneur» (aka «Mgr»), ce n’en est pas un à la sauce Don Saluste. J'aurais bien aimé, mais bon, la vie est ainsi faite.

Mon «monseigneur» à moi est un vrai «Mgr», avec tout le sérieux que le sujet impose. Moi qui ai plutôt l’habitude de «bouffer du curé» (au Liban, y'a rien de plus facile!), fallait bien que cela m’arrive. L’occasion d’applaudir l’un des «Mgr» du pays des cèdres est si rare que cela valait le coup de le noter ici.

Mon «monseigneur» s’appelle donc Salim Ghazal. Il a 76 ans, et il va recevoir dimanche le prix «Pacem in Terris», un prix honorifique américain récompensant les 45 années qu’il a passées au service du dialogue islamo-chrétien. Parmi les notes biographiques que j’ai pu récupérer sur mon «monseigneur», une anecdote m’a bien plu. Dans les années 60, alors qu’il venait d’être nommé à Saïda et qu’il enseignait les préceptes chrétiens dans les écoles, il a interverti sa classe avec celle d’un ami, un cheikh enseignant la parole de l’islam, histoire que les enfants de chaque confession s’ouvrent à la croyance de l’autre.
Depuis, Salim Ghazal a lancé une ribambelle d’initiatives pour le développement social au Sud-Liban: il a créé des ateliers d’ébénisterie pour les ex-miliciens en 1990, lancé des programmes de micro-crédits et de reconstruction d’habitations après le départ des troupes israéliennes en 2000-2001. Bref, ce monsieur – «monseigneur» ou pas – mérite un coup de chapeau pour tout ce qu’il fait pour le dialogue et la paix civile au Liban. Au palmarès du prix « Pacem in Terris » («Paix sur Terre»), son nom s’ajoutera donc à ceux de Martin Luther King, Mère Teresa et Desmond Tutu entre autres.

Alors de grâce, «monseigneur», vous avez 76 ans, mais ce n’est vraiment pas le moment de prendre votre retraite, tant le Liban a besoin de dialogue aujourd’hui.

jeudi, 02 août 2007

Y'en a marre de l'image «mythique» du Liban

medium_hermann.jpgmedium_kmaro.jpgDrôle d’idée que de mettre en parallèle un(e) casque bleu de la Finul et le chanteur K-Maro. En fait, hier, nous étions à Deir Kifa, au Sud-Liban, pour faire le portrait d’une femme casque bleu du contingent français. Nous avons passé la journée là-bas, nous avons été super bien accueillis… Dans le camp 9.1 de Deir Kifa, les Français s’occupent des transmissions pour toute la Finul. Les soldats y sont plutôt peinards, même si le boulot ne manque pas. A la buvette du campement, il y avait même un boulodrome, un jeu de fléchettes, une boule à facettes avec stroboscope pour danser le samedi soir. L’adjudant(e) que nous venions voir nous a dit être très heureuse d’être là, que le Liban est «mythique» pour tous les militaires...

Et puis hier soir, fatigué, je zappais. Après avoir vu un truc sur Rommel sur Arte, je suis tombé sur un best-of de l’émission de Fogiel sur M6. J’ai regardé une séquence où MOF accueillait Jacques Higelin et K-Maro (Cyril Kamar de son vrai nom). Le jeune chanteur libanais était là pour parler «avec pudeur» de son enfance, de là où il avait grandi. Il racontait les abris, les obus, qu’il avait vécus jusqu’à l’âge de 11 ans. Fogiel entame «Vous êtes né au Liban…», Higelin enchaîne «Au Liban? Waouh!!!» Comme si tous les natifs du pays des cèdres étaient des hurluberlus extraterrestres. Et Higelin de continuer: «Moi, je suis allé chanter là-bas. Beyrouth… C’est fou, tout est détruit…» Les images d’Epinal ont la vie dure. Ça me saoûle d’entendre les mêmes ritournelles, année après année. Va-t-on nous foutre la paix un jour avec l’image «mythique» du Liban? K-Maro poursuit, en parlant de sa famille, de ses oncles, tantes et cousins restés au pays et qui vivent en se disant «Ça changera, un jour ça ira…». Le jeune chanteur ne comprenait pas l’attachement de sa famille au Liban, lui qui a essayé de les faire venir en France tout en essuyant leur refus catégorique. Il semblait trouver ce lien indéfectible complètement à côté de la plaque. Cela m’a semblé tellement minable venant de lui.

Et puis sur le plateau, il y avait aussi la fille de Daniel Auteuil, qui a placé une petite phrase à la fin: «J’y suis allée aussi au printemps 2006. Beyrouth est une ville incroyable, les filles y sont des bombes atomiques.» Enfin quelqu’un qui parlait d’un aspect positif du Liban. C’était peut-être dérisoire de s’attacher à la beauté des Levantines, mais ça rendait un peu d’humanité au propos commun.

vendredi, 13 juillet 2007

Plateau du Golan, fermes de Chebaa… l’insoluble problème

Mais que se passe-t-il en ce moment du côté du Golan? Le site d’information israélien Debka fait état de mouvements inhabituels dans ce territoire conquis par l’Etat hébreu en 1967. D’abord, la Syrie aurait rouvert au public la route Damas-Quneitra (une ville à cheval entre le Golan occupé et une zone militarisée syrienne), fermée depuis 40 ans. Les services de renseignement israéliens voient là une volonté syrienne d’«activer» cette bande frontalière en permettant à des factions soit disant pro-palestiniennes (type FPLP-CG) de s’en servir comme base d’attaque vers le territoire israélien. Cette technique longuement éprouvée par Damas au Liban et apparemment en Irak aujourd’hui, dédouane la Syrie de toute responsabilité officielle. Objectif en filigrane: ajouter une carte à son jeu pour alléger la pression de la communauté internationale alors que le conseil de sécurité de l’Onu s’apprête à la «condamner» pour les transferts d’armes illégaux.

medium_golan.jpgEt qui dit Golan, dit fermes de Chebaa. Cette zone frontalière pose un problème insoluble aux diplomaties locales et étrangères. Il y a trois jours, dans le quotidien Haaretz, un responsable israélien anonyme révélait que l’Onu aurait demandé à Israël de se retirer des fermes de Chebaa, revendiquées par le Liban. Avant-hier, Ban Ki-Moon – le secrétaire général de l’Onu – a démenti, déclarant que le tracé définitif de la frontière était encore à l’étude, et que le cartographe onusien avait encore du boulot devant lui.

Voici un essai de mise à plat de ce double problème:


Le plateau du Golan (en rouge sur la photo satellite)

  • Un peu d’histoire

L’empire ottoman, à la fin du XIXe siècle, choisit le Golan pour installer des familles de Circassiens (des réfugiés musulmans de différentes ethnies venant du Caucase), afin d’en faire un poste avancé pour contrôler les bédouins arabes rétifs à son autorité. Ce sont ces Circassiens qui ont fondé la ville actuelle de Quneitra. Près de 20 ans après la chute des Ottomans, dans les années 30, certains Circassiens espèrent utiliser le Golan pour fonder un équivalent au Foyer national juif. Mais les mandats français et britanniques sur la région en décideront autrement, enterrant les rêves autonomistes circassiens. Le Golan devient syrien.

  • Selon la Syrie

Damas réclame le retrait de l’armée israélienne du Golan, territoire conquis en seulement 2 jours lors de la guerre de 1967. Mais pas question de reprendre ce territoire par les armes. La frontière syro-israélienne est l’une des plus calmes au monde depuis 40 ans. Le retour à la souveraineté globale sur le Golan est, selon Damas, la condition sine qua non à toute discussion avec Tel-Aviv.

  • Selon Israël

Israël a conquis le plateau du Golan en 1967, et l’a officiellement annexé en 1981, en en faisant, selon son administration, sa 6e région. La situation géographique du Golan est hautement stratégique pour Tsahal: il est au croisement de la Syrie, du Liban et d’Israël,. Mais à la fin des années 90, le Premier ministre Ehud Barak propose un moratoire pour geler l’implantation de colonies sur le Golan afin de faciliter les pourparlers avec la Syrie. Pourtant, en février 2001, Ariel Sharon alors devenu Premier ministre, relance le développement des colonies dans cette région.

  • Selon l'Onu

L’Onu ne reconnaît pas l’annexion du plateau du Golan par Israël. Le Conseil de sécurité a voté les résolutions 242 et 338 sur la question (exigeant d’Israël la restitution des territoires conquis par la force), résolutions restées lettres mortes.


Les fermes de Chebaa (en vert sur la carte du Golan)

  • Selon le Liban

L’Etat libanais considère que les fermes de Chebaa (25km2) font partie intégrante de son territoire, et sont donc soumises à la résolution 425 de 1978 exigeant le retrait complet d’Israël du pays du cèdre. Le gouvernement libanais a adressé à Kofi Annan (ex-secrétaire général de l’Onu) une série de documents cadastraux et la copie de l’accord libano-syrien de 1951, prouvant le don par la Syrie de ce petit territoire au Liban. Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a même exhibé, lors de la table ronde du Dialogue national en 2006, une carte américaine confirmant la «libanité» des fermes.
Le 26 juillet 2006, Fouad Siniora propose un plan de règlement plaçant ce secteur «sous juridiction de l’Onu en attendant que la ligne frontalière soit délimitée avant son retour sous souveraineté libanaise». Le 12 août, Annan reprend la proposition Siniora dans la résolution 1701, le Liban demandant ensuite à la Syrie de reconnaître «officiellement» la «libanité» de Chebaa, ce que Damas refusera tant qu’il y aura un soldat israélien sur le sol du Golan. Le serpent se mord la queue…

  • Selon Israël

Tel-Aviv considère que les fermes de Chebaa font partie du Golan syrien occupé, et sortent donc hors du champ d’application de la résolution 425. Israël se base sur la ligne de démarcation  franco-anglaise de 1923 et sur la ligne d'armistice de 1949 qui désignent la région comme territoire syrien.

  • Selon la Syrie

La Syrie considère que les fermes de Chebaa appartiennent au Liban, sans pour autant être soumises à la résolution 425. Damas refuse pour l’instant de donner suite à la demande de l’Onu de reconnaissance écrite et officielle par la Syrie de la «libanité» de Chebaa.

  • Selon l’Onu

Kofi Annan, alors SG de l’Onu, avait jugé irrecevables les demandes libanaises. Selon lui, la résolution 425 que tout le monde évoque ne réclame pas l’évacuation par Israël de la zone des fermes de Chebaa, qui relèverait des résolutions 242 et 338 traitant directement du conflit israélo-syrien. L’Onu reconnaît les frontières de 1923 (qui incluent Chebaa sur le territoire syrien). En fait, les Nations unies travaillent actuellement sur le tracé définitif de la frontière, son cartographe officiel devant revenir prochainement dans la région.

Bref. Comme souvent, la raison de cette chamaille généralisée (qui fournit au Hezbollah un motif officiel pour poursuivre la lutte armée contre Israël) trouve sa raison première dans l’or bleu. Le Golan syrien et les fermes de Chebaa libanaises sont les véritables réservoirs d’eau de la région : entre 30 et 35% des ressources aquifères israéliennes en proviennent. C’est dire combien il est improbable qu’Israël se passe du Golan en le rendant à son propriétaire d’origine, à moins qu’un accord sur la fourniture d’eau ne fasse partie du deal. Pour Israël, il s’agit d’une question de survie.

Enjeux stratégiques et militaires, ressources en eau, cartes politiques régionales: Chebaa et Golan sont intrinsèquement liés dans les négociations syro-israéliennes au sein desquelles le Liban ne pèse pas grand chose. En clair, on n’est pas sorti de l’auberge.

lundi, 09 juillet 2007

Sud-Liban : ground zero + 1

medium_bentjbeil.3.jpgLe Sud-Liban, un an après (ou presque)... Comme prévu, nous avons passé la journée sur les routes (le plus souvent défoncées) de cette région. Sous un soleil de plomb qui nous a valu à chacun un coup de soleil carabiné sur le bras (celui à la fenêtre de la voiture, bonjour le bronzage agricole!), nous avons passé moultes barrages de l’armée libanaise, traversé moultes ponts toujours impraticables, croisé moultes blindés de la FINUL roulant à tombeau ouvert au milieu de la route, et pris moultes photos dont voici une petite sélection. Plutôt que de répéter ici tout ce qu'on raconte dans cet album photos, on vous laisse le soin de lire chaque légende.

Pour ce petit périple, nous avons rejoint Tyr, puis bifurqué direction Tebnine, Bent Jbeil, avec Maroun el-Ras comme terminus. Puis nous sommes repartis vers Rmeich, puis vers Naqoura sur la côte méditerranéenne. Là, on s'est dit que le plus dur était fait, qu'il suffisait de tracer sur l'autoroute. Pauvres naïfs. Sur le tronçon Naqoura-Tyr, à deux reprises, la route est coupée, obligeant les automobilistes à utiliser des chemins de traverse, au milieu des bananeraies. Enfin, on vous laisse avec le tracé de la journée...

medium_sud20070709.jpg

dimanche, 08 juillet 2007

Direction Maroun el-Ras

Demain matin, direction le Sud pour un reportage à Maroun el-Ras, près de la frontière israélienne, qui avait été complètement rasé durant la guerre de juillet. Histoire de célébrer le premier anniversaire du déclenchement de la guerre. Nous vous ferons un petit diaporama... A demain soir.

dimanche, 01 juillet 2007

Thierry Meyssan et son « Effroyable imposture 2 » : le livre qui porte bien son nom

medium_effroyable_imposture2.3.jpgIl y a quelque temps, un visiteur de ce blog m’a envoyé un mail pour me poser une question. En gros, ça donnait ça: «Est-il possible que les Israéliens ou les Américains soient responsables de l’assassinat de Rafic Hariri?» J’avais répondu: «On ne le saura sans doute jamais. Alors peut-être oui, tout le monde avait la capacité technique et un intérêt à le faire, mais…»
Depuis, Thierry Meyssan – qui avait fait scandale en accusant les Etats-Unis d’avoir fomenté les attentats du 9/11 – a sorti un bouquin il y a quelques semaines, simultanément en France et au Liban (et passé inaperçu simultanément en France et au Liban d’ailleurs): «L’effroyable imposture 2». L’objectif déclaré du livre est de replacer ce qui se passe au Liban depuis 2004 dans l’agenda de Washington et de Tel-Aviv depuis le 11 septembre 2001 (et même avant d'ailleurs). Conclusions de Meyssan:

  • le Mossad a assassiné Hariri (principal allié de la Franco-Chiraquie que les Etats-Unis voulaient voir hors-jeu sur la scène proche-orientale);
  • la guerre de juillet 2006 a été voulue et préparée par les Etats-Unis bien à l’avance et sous-traitée à Israël (c'est pas non plus une grande trouvaille, ça...).

Je viens de finir le livre, et devant un tel manque de rigueur dans les démonstrations et dans la méthodologie, les bras m’en tombent (pauvre naïf que je suis).

En préambule, le responsable du Réseau Voltaire se pose en observateur libre mais neutre, et en pourfendeur de la ligne éditoriale des journaux occidentaux qui accusent la Syrie de tous les maux du Liban, et y compris donc de l’assassinat de Hariri. Au contraire, Meyssan dédouane la Syrie de toute implication néfaste au Liban, et la montre comme la principale victime de cette «imposture». Il s’érige contre les «tout porte à croire que». Soit.

Pourtant, l’auteur n’est pas là pour faire une enquête, mais pour faire une démonstration à partir de faits divers et variés, prenant la responsabilité israélo-américaine comme postulat de base. Toute son argumentation, souvent savante et documentée, est construite de sorte à parvenir à la conclusion souhaitée, quitte à laisser de côté certains faits qui iraient à l’encontre de son hypothèse ou qui en tempèreraient l’impact.
Ainsi, concernant l’assassinat de Hariri, dont il accuse le Mossad ouvertement, Meyssan tape beaucoup sur Marwan Hamadé dont les déclarations hostiles à la Syrie illustrent selon lui la partialité du pouvoir en place à Beyrouth et son instrumentalisation totale par les Etats-Unis. Mais il ne rappelle jamais que ce proche de Hariri a lui-même été victime d’un attentat à la voiture piégée le 1er octobre 2004 dans lequel il a failli laisser sa vie, et qu’il a perdu également son neveu, Gébran Tueini, le 12 décembre 2005. Omission étonnante alors que Meyssan fournit mille détails par ailleurs sur chaque sujet abordé. Et dans la catégorie «omissions (in)volontaires», il y en a beaucoup d'autres.

Meyssan évoque également – sujet très intéressant – l’interdiction faite à Al-Manar (la chaîne affiliée au Hezbollah) d'émettre en Europe, en asseyant son argumentaire sur un faisceau d'informations se recoupant logiquement, puis sur des affirmations invérifiables, comme l’appartenance de Dominique Baudis (alors président du CSA) au groupe Carlyle, et donc manipulé par le consortium militaro-industriel américain. Cette démonstration – qui partait bien – tombe subitement à plat.

L’auteur en vient ensuite au contexte politique actuel au Liban, présentant les forces en présence. Meyssan décrit la coalition du 14 Mars menée par Siniora et Hariri fils (sunnites) comme contre-nature, car alliant le «socialiste Walid Joumblatt (druze) aux fascistes des Forces libanaises (chrétiennes)». Meyssan revient d’ailleurs à la fin du livre sur les FL fondées par les Gemayel dont il fait une biographie aussi rapide que stupéfiante: pour Meyssan, le patriarche de la famille, Pierre Gemayel, était un ami d’Adolf Hitler. Certes, Gemayel père est allé en Allemagne en 1936 et a été si impressionné par les défilés des jeunesses hitlériennes que le parti Kataëb (dont sont issues les FL) s’en est inspiré. Mais l’utilisation répétée des qualificatifs «fasciste» et «extrême droite» pour parler de cette partie des chrétiens maronites semble aujourd’hui plus que déplacée. Meyssan évoque même la rivalité entre Pierre Gemayel (le petit-fils) et Samir Geagea (le chef actuel des FL), sous-entendant – sans le dire explicitement donc – que cette rivalité pourrait être le mobile de l'assassinat du jeune ministre de l'Industrie le 21 novembre dernier. Bon, concernant le fascisme, prenons donc notre dictionnaire…

Définition du Petit Larousse illustré
FASCISME n.m. 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, instauré par Mussolini et fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine et pratique visant à établir un régime comparable, à des degrés divers, au fascisme italien.

En prenant cette définition au pied de la lettre, toutes les dictatures sont fascistes. En prenant celles de la région, nous n’avons pas à aller bien loin pour en trouver une… Certes, les Phalanges de Gemayel n’étaient pas des enfants de chœur, mais il faut les replacer dans le contexte politique très particulier de l’époque et ne pas occulter les autres acteurs en faisant une sorte d’angélisme de mauvais aloi. On est en droit de s’interroger quant à la «neutralité» de Meyssan devant un tel acharnement qui ne sert en rien sa démonstration sinon à stigmatiser le camp des gentils et celui des méchants. Les choses sont beaucoup plus compliquées que ça.

Sinon, notons en passant une coquille magnifique: l’orthographe du nom du président du Parlement libanais, rebaptisé dans le livre Nabib Berri. Pourquoi pas Nabab Berri (ce qui aurait été plus juste)? Bon, ça arrive à tout le monde de se tromper, mais celle-là est rigolote… Dans le genre drôle, il y a aussi le bilan de la guerre de juillet (qui ne l’est pas, lui), dans lequel Meyssan détaille l’infrastructure détruite au Liban, mentionnant les voies de chemin de fer. Personne ne lui a dit que les trains ne circulent plus dans ce beau pays depuis des décennies?

Bref. Le livre se conclut sur la situation présente au Liban. Hariri Junior et Siniora sont discrédités et haïssables car manipulés par les Etats-Unis et Israël, le Hezbollah glorifié, le général Emile Lahoud porté aux nues (je crois que j’ai dû rire jaune, là)… Dans les dernières pages, Meyssan commence un paragraphe par «Tout porte à croire que», et adopte finalement le même comportement que ceux qu’il accuse au départ. Résultat des courses: «L’effroyable imposture 2» ne fait absolument pas avancer le schmilblick. Ce qui était en fin de compte prévisible.

Alors, pourquoi avoir lu ce livre connaissant l’auteur et le probable raisonnement qu’il allait développer? Par acquis de conscience, par curiosité et pour casser les pieds de ma femme qui ne voulait pas dépenser 21 euros pour ça. J’aurais dû l’écouter… Comme d’hab, quoi!

lundi, 25 juin 2007

Attentat contre la Finul : c’est qui ce coup-ci ?

medium_finul2.jpgHier, 6 soldats du contingent espagnol de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban – j’adore l'adjectif «intérimaire», elles sont là depuis 1978!) ont sauté avec leur véhicule blindé. Une voiture piégée – ou un kamikaze, les deux thèses ont été avancées – bourrée de 50kg d’explosifs n’a laissé aucune chance à ces soldats de la paix. Ce matin, j’ai appelé le camp belge de Tebnine, où 380 casques bleus du plat pays sont stationnés. Le responsable presse me disait que les soldats sont maintenant dans l’obligation de porter un casque et un gilet pare-éclats lorsqu’ils sortent du camp. Ça paraît un peu dérisoire vu les moyens mis en œuvre par les auteurs de l’attentat. Auteurs qui n’ont toujours pas revendiqué l’attaque. Le 17 juin dernier, nous avions eu l’honneur de faire connaissance avec «la branche libanaise des brigades de Jihad Badr» lors de l’attaque à coup de Katiouchas sur le nord d’Israël. Rappelons au passage qu’un missile un peu tête en l’air s’était égaré sur le territoire libanais, non loin d’une position de la Finul. Et puis avant ça, le 20 mai, c’est le Fatah al-Islam qui se manifestait avec fracas au Nord, avec les affrontements dans le camp de Nahr el-Bared. A chaque fois qu’il se passe quelque chose au Liban en ce moment, on nous invente un nouvel adversaire, avec un nom mystico-guerrier du plus bel effet et qui permet à tous les «spécialistes» occidentaux de passer à la télé. Tout ça ne fait en réalité qu’épaissir le brouillard sur la situation libanaise, qui n’avait pourtant pas besoin d’être compliquée davantage. Alors, comment vont s’appeler nos nouveaux maquisards terroristes: «les brigades de Trucmuche», «le Front de libération de Pétaouchnoqueland»? Avis aux amateurs, si vous avez des idées, envoyez-les nous!

En attendant, les responsables de la Finul serrent les dents, et affirment que ce genre d’attentat n’est qu’une nouvelle preuve de la volonté de déstabilisation de forces étrangères au Liban. Ah bon, qui ça?

PS: Un petit mot pour Sou qui nous avait écrit le 20 juin dernier, nous disant que son copain était casque bleu et qu'elle stressait pour lui. J'avais tenté de la rassurer, mais je me suis mis le doigt dans l'œil, vraiment désolé... 

samedi, 28 octobre 2006

Vous reprendrez bien un peu d'uranium?

medium_nuclear_bomb.jpgA plusieurs reprises, nous avons parlé ici des bombes à fragmentation, des bombes au phosphore... Dans la famille des bombes immondes, voici la dernière venue, la bombe à uranium enrichi. Selon le quotidien britannique The Independent, Israël aurait utilisé durant la guerre des missiles porteurs de charge d'uranium, non pas appauvri, mais enrichi. Un procédé déjà appliqué au Sud il y a quelques années.

Une équipe de scientifiques anglais, menée par Chris Bellamy, a travaillé au Sud Liban, et a relevé des taux de radioactivité très étranges, principalement dans la région de Khiam. Dans son rapport, il émet plusieurs hypothèses pour expliquer la présence d'uranium enrichi: cela va de l'erreur humaine (j'adore l'humour britannique) au test grandeur nature de petites bombes ultraperformantes. Bref, quoi qu'il en soit, nos chers voisins montrent encore une délicieuse facette de leur volonté unilatérale de piétiner le droit international...

PS 1: en passant, vous pouvez aller voir un blog d'information libanais plutôt intéressant.
PS 2: j'ai rajouté quelques infos dans le post Le Liban, Israël, la Palestine et les présidentiables daté du 18 octobre, concernant DSK, Fabius et Ségolène. A voir donc.

13:35 Publié dans Sud-Liban | Lien permanent | Commentaires (1)

mardi, 24 octobre 2006

Bangs, bombes & Co

medium_bombe.pngTout le monde tergiverse, les officiels étrangers, les politiques libanais. Les seuls à ne pas le faire, ce sont les avions israéliens qui passent, repassent et rerepassent à basse altitude au-dessus du Sud et de la capitale. Au-delà de la simple violation de la résolution 1701 qui condamne ces survols, c'est l'arrogance qui écoeure. Dernier exemple en date: la reconnaissance par un porte-parole de l'armée israélienne de l'utilisation au Liban de bombes au phosphore lors de la guerre de juillet. Un type de bombe interdit, comme l'a immédiatement dénoncé la Croix-Rouge internationale. Un rapport russe explique même que des bombes à fragmentation auraient été utilisées (elles aussi interdites), et ce des deux côtés de la frontière, par Tsahal et par le Hezbollah. En substance, le rapport donne aussi l'origine de fabrication de ces bombes: "Made in USA". C'est quand même pathétique de se dire que les Israéliens ont pu se prendre des bombes américaines sur la tête...

mercredi, 27 septembre 2006

Promenade dominicale

medium_occupation_5.jpgDimanche dernier, je suis descendue à la frontière sud, pour voir ce qu'il était advenu des villages funestement célèbres de Bint Jbeil, Maroun el-Ras, Yarine... En résumé, le ciel leur est tombé sur la tête, au propre comme au figuré. Et les quelques maisons qui ont été épargnées par les bombes ont connu une autre sorte d'enfer. "J'aurais encore préféré qu'elle soit détruite", m'a confié l'un des habitants qui a retrouvé sa demeure dans un drôle d'état. Vous pourrez en juger sur les deux derniers albums Quel reste-t-il du joli Sud? et Sud sur graffiti. La preuve par l'image.

J'étais accompagnée de Michel, un gentil pompier et bon chrétien du Nord qui, pour la première fois de sa vie, allait dépasser Saïda et qui ne revenait pas de ce qu'il voyait. A défaut d'autre chose, cette excursion – ou balade digestive selon certains – aura au moins servi à ouvrir les yeux d'une personne sur ce qu'a traversé son propre pays. Je ne peux même m'imaginer ce que vivre ces trois derniers jours de la guerre à Maroun el-Ras a dû être. Et je me demande souvent comment les hommes qui sont payés pour concevoir des bombes toujours plus puissantes et toujours plus destructrices dorment la nuit... 

vendredi, 22 septembre 2006

Pendant ce temps...

"Ils ont travaillé plusieurs jours avec un char et deux bulldozers. Les gens sont en colère. Après autant de destructions, nous voulons qu'ils partent!" Abdel habite Markaba, près de la frontière avec Israël, et il n'est pas content. La ligne bleue, qui délimite en principe les deux pays, aurait été bougée d'un kilomètre près de cette localité. Par Israël, à l'intérieur des terres libanaises évidemment. Officiellement, l'armée israélienne occupe encore deux positions au Liban: à Marwahine et à Yarine. Par endroits, le grillage de la ligne bleue est percé et c'est par là que les soldats passent. Des remblais de terre sont installés, l'eau du fleuve Wazzani est détournée, les avions survolent le pays, comme au bon vieux temps. L'armée israélienne déploie des barbelés sur une dizaine de villages et grignote des terres. A tel point que même le commandant en chef de la FINUL, le sieur Pellegrini, a manifesté son mécontentement, et que le Liban a porté plainte devant l'ONU. Un cri dans le désert, mais que, s'il reste sans réponse, Nasrallah a assuré de faire entendre. Comme au bon vieux temps, on vous dit.

21:25 Publié dans Sud-Liban | Lien permanent | Commentaires (0)

Victoire divine

medium_Hezbollah.jpgÇa aurait pu être une kermesse, tant la foule était joyeuse et bigarrée, se pressant pour assister au "festival de la victoire" organisé vendredi par le Hezbollah au cœur de la banlieue sud dévastée. Mais c’est en fait à une démonstration de force populaire et politique sans précédent que le Liban a assisté. Une véritable déferlante de partisans acharnés, de simples sympathisants et de curieux, a répondu à l’appel de Hassan Nasrallah, chacun arborant ses couleurs politiques: l’orange du général Aoun, les verts de l’autre parti chiite Amal et du courant prosyrien chrétien des Marada. Mais ce vendredi, la place blanche fut surtout jaune: drapeaux accrochés à des cannes à pêches ou tenus à bout de bras, casquettes, T-shirts, ballons, tous à la gloire du Hezbollah... «Le plus grand rassemblement de l’Histoire du Liban», selon les organisateurs, faisant implicitement référence à la manifestation antisyrienne du 14 mars 2005 (ayant réuni plus d’un million de personnes). Ils furent peut-être 500000 à braver les embouteillages dantesques pour s’entasser sur le terrain vague déblayé, asphalté et sécurisé par le parti de Dieu. Certains sont même venus de l’étranger, comme Salim qui explique: «J’ai vu d’Allemagne ce que le pays a vécu; j’ai pris mon billet d’avion dès que j’ai entendu l’annonce de Nasrallah.» Un autre débarque d’Arabie Saoudite pour «célébrer cette victoire divine qui fait honneur à tous les Arabes» et qui, pour tous, revient d’abord à Nasrallah le bien nommé: Nasr signifie victoire en arabe et Allah Dieu. Tous sont venus l’applaudir sans savoir, jusqu’au dernier instant, s’il serait présent, en chair et en os. Mais à 16h30, comme prévu, le secrétaire général du Hezbollah, solidement encadré de deux gardes du corps, traverse la foule, la saluant au passage, un sourire radieux sur les lèvres, tandis qu’un flot de ballons est lâché dans les airs. «Ma présence vous met en danger, mais je n’avais pas le cœur de ne pas être avec vous», explique-t-il à la foule qui boit ses paroles. Dans son discours fleuve, il fait de l’humour, ironise, apostrophe, félicite. «Vous êtes les résistants! Personne ne peut vous retirer cette victoire politique, stratégique et voulue par Dieu!». La foule, tendue, est parcourue d’un frémissement à chaque mot bien pesé. Car Nasrallah n’épargne personne. Les Etats-Unis «responsables de cette guerre qu’ils ont voulue, préparée et armée. Les trois derniers jours ont été les pires alors que la 1701 avait été signée et l’on veut nous vendre que les Etats-Unis ont voulu arrêter la guerre? Si les Américains étaient arrivés à leurs fins, le Liban se serait transformé en Irak.» Les pays arabes ensuite «qui restent impuissants devant les enfants tués au Liban et en Palestine occupée, alors qu’ils disposent de l’arme pétrolière». Nasrallah va loin, assurant que si les peuples arabes s’alliaient, ils pourraient libérer la Palestine «de la mer jusqu’au Fleuve (Jourdain)». Il égratigne aussi le Premier ministre Siniora («ce n’est pas avec des larmes que l’on bâti un Etat fort») et le chef druze Walid Joumblatt, fer de lance des «pro-désarmement» («Je suis un homme du peuple! Ni moi, ni mon père, ni mon grand-père n’avons été ‘Bek’» en référence au titre tribal de Joumblatt). A la Finul, il répète que, du moment qu’elle ne tente pas de le désarmer, elle est la bienvenue «même si aucun des pays membres n’a dit envoyer ses hommes pour défendre le Liban (...) Nous faisons tout pour ne pas violer la résolution 1701 car le monde entier n’attend que cela, alors qu’Israël détourne notre eau et grignote nos territoires, ce qu’il ne pouvait pas faire quand nous étions au Sud. Mais soyons clairs: si le gouvernement laisse faire, le peuple réagira!» Car, conscient de son nouveau poids politique, Nasrallah renouvelle ses exigences: un gouvernement d’union nationale «car l’actuel est incapable de garantir l’unité et la sécurité du pays» et un retrait israélien total, y compris des controversées fermes de Chebaa, assurant qu’il disposait toujours de 20000 roquettes et que le Hezbollah «n’avait jamais été aussi puissant». Nasrallah affirme cependant que ses armes ne sont pas éternelles, n’étant que la conséquence d’un état de fait: «Les violations de la souveraineté libanaise par Israël et l’absence de volonté politique réelle de régler le problème. Réglez les causes et les conséquences disparaîtront d’elles-mêmes, simplement!», conclut-il avec un sourire entendu, martelant enfin un «Personne ne me fera taire» salué par les vivats d’un auditoire entièrement acquis à sa cause.

Ceux qui espéraient un virage "historique" de la ligne politique du Hezbollah sont sous le choc. Et en attendant, le reste du pays se demande si un coup d'Etat se prépare... Quelle journée. Il paraît qu'elle devrait devenir fête nationale, et même arabe. Franchement, moi, je ne sais qu'en penser...

jeudi, 21 septembre 2006

Guerre déclarée

Nous en parlions ici même il y a quelques temps, de ces putains de bombes à sous-munitions (BASM), joyeusement et généreusement larguées sur le Sud-Liban dans les 72 dernières heures de la guerre. Nous venons de recevoir, par mail, un message les concernant. Allez-y, ça peut pas faire de mal.

22:45 Publié dans Sud-Liban | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 31 août 2006

La guerre des ultimatums

Lèvera, lèvera pas, le blocus? Déploiera, déploiera pas, l'armée libanaise au Sud? Désarmera, désarmera pas, le Hezbollah? Tant de questions (entre mille), qui ne trouveront - ou non - de réponses que face à la réalité des choses, à la volonté de tel ou tel homme. Avant de partir à Paris, il y a 10 jours, je discutais avec un professionnel de la pub à Beyrouth, qui avait gelé toutes ses activités libanaises en attendant la date fatidique du 31 août, en faisant référence à l'ultimatum de la communauté internationale adressé à Téhéran concernant son avenir de puissance nucléaire, et à l'incidence que cette date aurait sur la scène libanaise. Le 31 août, on y est, et je ne pense pas que l'après-31 apportera la moindre réponse. Au mieux, cet ultimatum va être prorogé (on est très fort au Proche-Orient pour proroger les mandats... suivez mon regard). Au pire, la sacro-sainte "communauté internationale" votera d'effrayantes "représailles économiques". Bonne blague...

Cette "communauté internationale" ne ménage pas sa peine depuis des mois pour freiner l'apétit atomique de monsieur Ahmadinejad, de peur de voir ces "diaboliques" armes de destruction massive entre les mains des ayatollahs. Moi, ce qui me fait bien plus peur, c'est de penser aux gamins du Sud-Liban ramassant une petite bombe israélienne en pensant pouvoir jouer avec, comme avec une boîte de conserve. Durant les 72 dernières heures (officielles) de son offensive, l'armée israélienne a largué 90% de ses bombes à sous-munition. Si certains officiels occidentaux (comme Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des affaires humanitaires) ont soulevé le problème hier, c'est à une véritable hécatombe au compte-gouttes à laquelle il va falloir s'attendre dans les prochains mois - voire les prochaines années - dans le sud du pays. Les bananeraies en sont infestées, les bas-côtés des routes, les champs... Voilà les vraies armes de destruction massive. Elles existent déjà, on sait qui les fabrique, on sait qui les achète et qui les utilise. Faudrait peut-être que la "communauté internationale" bouge son gros derrière en adressant un ultimatum aux nations concernées (suivez mon regard, bis) pour empêcher ce genre de pratiques absolument inhumaines, mesquines et aveugles. Simplement "immorales", pour reprendre le mot de Jan Egeland.

On peut toujours rêver. Ce n'est pas encore interdit, ça?

 
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