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dimanche, 25 mai 2008

Michel Sleimane ou le charme discret du funambule

1233524357.jpgAlors voilà. Nous devrions être les heureux propriétaires d’un président tout neuf, d'ici la fin de ce dimanche 25 mai 2008. Enfin, tout neuf, façon de parler, le modèle que l’on devrait récupérer à quelques milliers de kilomètres au compteur.
Depuis le retour de nos pontes de Doha, la joie et l’allégresse se lisaient sur tous les visages des colleurs d’affiches (et des imprimeurs aussi). Les murs de Beyrouth sont recouverts de portraits, englués par dizaines. C’est beau, ça fait un peu déco urbaine nouvelle tendance. Ça sent aussi à plein nez le culte de la personnalité. Mais ne jugeons pas l’homme (ou le militaire, pardon) alors qu’il n'a pas encore franchi les grilles de Baabda. Le plus dur reste à faire pour lui:
• Ne pas décevoir les attentes d’une population lassée par 18 mois de guéguerre institutionnelle.
• Faire des risettes à toutes les délégations étrangères attendues à Beyrouth: les Iraniens (les mentors de son ami Hassan), les Syriens (ceux qui l’ont placé à la tête de l’armée en 1998) et les Américains (les mentors de l’actuelle majorité) en premier lieu.
• Commencer la semaine prochaine par des consultations pour le poste de Premier ministre (pas le plus dur), mais surtout pour la constitution du gouvernement. Aoun a déjà affiché ses préférences, avec des portefeuilles comme ceux de la Justice ou des Finances (ben voyons). Et les autres de devraient pas tarder à faire leur lettre au père Noël également. Ce matin, Geagea a profité de cette journée de «fête» pour accuser Aoun d’avoir sacrifié les intérêts des chrétiens au profit du Hezbollah. La semaine prochaine s’annonce rock n’roll.

En conclusion: souhaitons lui bonne chance pour le job le plus ingrat à pourvoir dans ce pays.

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Hasard du calendrier (?!), le 25 mai, c’est aussi l’anniversaire de la libération du Sud par le Hezbollah en l'an 2000. Une belle occasion pour célébrer l’omnipotence spatio-temporelle du sayyed.


samedi, 24 novembre 2007

Considérations diverses à H+1

Scheiße, j'ai loupé l'heure H.

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Bon, d'abord, sortons les cotillons! Lahoud n'est plus président. En fait, pour une génération de (jeunes) Libanais, ça va faire bizarre. Pour moi aussi. Sur presque 11 ans passés au Liban, j'ai eu 9 années de lahoudisme. C'est un peu comme en 1995 quand Chirac a pris l'Elysée. Je ne connaissais que Mitterrand dans le costard présidentiel. Maintenant, il va falloir trouver quelqu'un pour enfiler le charouel présidentiel local, ce qui n'est de toute évidence pas gagné.

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Merci d'avoir suivi cette journée absolument pas palpitante en notre compagnie, nous reprenons maintenant notre programmation habituelle.

vendredi, 23 novembre 2007

Considérations diverses à H-1

Finalement, ce pays devrait être une junte militaire. Ils sont partout, colorent nos rues d'un beau vert, polluent aussi avec les camions des années 60... Et puis nous avons trois gradés qui trustent les places d'honneur depuis un peu trop longtemps pour certains: nous avons deux Michel, un vieux et un neuf, et un Mimile. Le Mimile doit dire bye bye à la nation dans une heure, mais pour embêter tout son petit monde, il vient de passer le flambeau à Michel (le neuf) qui se retrouve bien emmerdé avec cette patate chaude. Pendant ce temps, l'autre Michel (le vieux) qui avait eu son heure de gloire à la fin des années 80, se frotte les mains...

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Plus sérieusement, je viens d'avoir une source chez nos amis militaires. En gros, faut faire attention à l'expression "état d'urgence" qui fait peur aux Occidentaux, mais qui signifie ici que tout est normal, que la mission de l'armée reste inchangée et qu'elle n'a pas plus de pouvoir qu'avant. Le meilleur exemple de cette situation tout-ce-qu'il-y-a-de-plus-normal, c'est qu'il n'y a pas de couvre-feu. Enfin, "until further notice". 

Considérations diverses à H-5

La Lune a continué sa jolie trajectoire dans le ciel, jouant à cache-cache avec les nuages. La montagne est magnifique de nuit. De Beyrouth, on voit très clairement jusqu'à Jbail ce soir... Finalement, c'est tout ce que l'on réclame, un peu de clarté. beyrouth_nuit.jpg

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Il y a une chose toujours embêtante quand on écrit des papiers sur le Liban, particulièrement sur l'élection présidentielle actuelle. C'est au moment de faire son titre. Une fois qu'on a évacué "le dernier report", puis "l'ultime report", on écrit quoi?

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Ils sont venus, ils ont vu, mais ils n'ont pas votu. (désolé, je suis fatigué, j'en ai marre des conneries de nos hommes politiques)

Considérations diverses à H-7

Kouchner est parti, Lahoud a prévenu qu'il attendrait minuit pour plier bagages (ou non), tout le monde s'active encore alors qu'un nouveau délai (au 30 novembre) a été avancé pour une nouvelle session parlementaire... Je me suis mis le doigt dans l'œil. Je pensais que l'attente insupportable prendrait fin demain, il semblerait bien qu'on en remette une couche. Pourquoi nous avoir cassé les pieds depuis des mois avec cette fatidique date du 23 novembre à minuit? Ça va pouvoir durer jusqu'à 2020 comme ça, à nous imposer des reports de semaine en semaine. Remarquez, 2020, c'est plutôt pas mal comme hypothèse, il y a des chances pour que nos seigneurs de guerre aient passé l'arme à gauche.

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Je reviens d'un petit tour en ville. J'en ai profité pour faire un crochet par le magnifique sit-in du centre-ville (photo ci-dessous à gauche). Toujours aussi accueillant et chaleureux. Les deux pelés et trois barbus qui font semblant d'être là se réchauffent comme ils peuvent. Mais attention, il ne faut pas se fier aux apparences... Nos amis CPL et Hezbollah sont là depuis presque un an, à bloquer les places des Martyrs et Riad el-Solh, des emplacement bien stratégiques. Depuis des mois, les tentes et les posters jaunissent, il n'y a quasiment personne sur place. Ils attendent quoi exactement?

d67d185fb1fefd0dbd7ae959d7350ae8.jpga831854300d2cd4c43b306b51f1d4ec8.jpgPendant ce temps-là, le reste de la ville ronronne doucement. J'ai même croisé quelques transports scolaires, comme quoi certaines écoles ont ouvert leurs portes aujourd'hui malgré tout. Et à Gemmayzeh, plusieurs cafés comme le Torino Express (ci-dessus à droite) sont pleins. Remarquez, c'est pas difficile, on doit pouvoir y rentrer à 20 maximum...

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5685e4c7193923fcac2361a9709db4d5.jpg Comme je l'écrivais hier, les rues de Beyrouth sont kaki. Les militaires sont partout. On se sent bien protégés comme ça, oh ça oui... J'espère que, en cas de conflit, nos amis en treillis respecteront le drapeau libanais plutôt que ceux des milices.

 

 

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Bon, côté météo, mes informations ne sont pas très fiables. Ce soir, les nuages sont très menaçants au-dessus de la montagne...
nuages.jpg

Considérations diverses à H-11

Alors, la tendance du moment est à l'annulation du vote au Parlement. Mais tant que l'heure fatidique de 23h59, ce soir, ne sera pas atteinte, il reste peut-être un petit espoir...

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Hier soir, je me disais que finalement, malgré tous les risques qu'encoure le pays, j'étais content (plutôt soulagé) que l'on soit enfin arrivé au terme de cette période électorale. Que ça pète ou que ça se calme, de toutes façons, le pays et sa population ne pouvaient plus continuer comme ça. Au téléphone, une amie me disait quelques heures plus tôt que pour elle, la guerre de 2006 avait été plus stressante que les semaines qui viennent de s'écouler. Je ne suis pas vraiment d'accord: le manque total de visibilité et l'instabilité ambiante sont à mes yeux bien plus éprouvants. En tout cas, nous allons entrer dans une nouvelle ère à partir de demain, que ce soit le chaos ou l'accalmie. Du moment que ça change, je suis preneur, parce que ça ne pouvait plus durer.

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c05ab9bc80841af5bfe2f60bad65d025.jpgRendez-vous demain soir (samedi 24 novembre) au Basement. Un détail en passant, allez jeter un petit coup d'œil au MySpace du Basement, il y a en écoute un bon petit remix de Lumi. Il faut continuer de faire la fête!

Considérations diverses à H-13

L’opposition veut boycotter, le 14 Mars veut envoyer ses députés coûte que coûte. Sur la place de l’Etoile où se situe le Parlement, il y a déjà une foule de journalistes, attendant ces parlementaires qui devraient pointer le bout de leur nez vers 13 heures. La pression grimpe, chacun fait monter les enchères. Réponse dans quelques heures pour savoir qui aura les plus gros biceps.

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Emile Lahoud est en train de faire ses adieux au personnel du palais de Baabda. Bon débarras. Encore que... Comme me le disait Nat hier, on ne sait pas encore quelle trace ce personnage laissera dans l'Histoire, puisque celle-ci est en général écrite par les vainqueurs...

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Ce matin, le soleil est revenu à Beyrouth. Et selon la météo, cette embellie devrait durer toute la semaine prochaine. En gros, tout le monde a laissé passer l’orage ces derniers jours (au sens propre comme au sens figuré), en attendant le ciel bleu. Si jamais la situation dérape à partir de demain avec quelques belles émeutes comme celles du janvier dernier, au moins, ce sera plus photogénique d’avoir des colonnes de fumées noires sur fond bleu plutôt que sur fond gris.
Pendant ce temps, dans cet horizon (presque) dégagé, des petits bateaux continuent leur train-train quotidien. Nos amis allemands veillent au grain au large.
ciel_bleu.jpg

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Maurice Béjart vient de mourir. Est-ce que quelqu’un se souvient du petit scandale au festival de Baalbeck à cause de l’un de ses spectacles?

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5765399fd108754f818655a6c3a181ea.jpgSur la page d’accueil de L’Orient, hier, un avertissement a attiré mon attention. En raison du 22 novembre, un jour chômé également par la presse, il n’y aurait pas de journal ce matin, la prochaine édition du quotidien serait donc datée du samedi 24 novembre. Je trouve ça hallucinant que, vu les circonstances, un quotidien (quel qu'il soit) respecte ce genre de dispositions syndicales. Ce matin donc, sur le site web du seul quotidien francophone du Liban, il n’y avait pas de «nouvelles neuves». L’équipe rédactionnelle aurait pu garder une veille, afin d’alimenter le site qui est énormément consulté par les Libanais de l’étranger. Faut pas s’étonner si les citoyens cherchant à s’informer vont voir ailleurs…

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Ce matin, j’ai reçu un mail du Circuit Empire (l’un des principaux distributeurs de films au Liban). Le contenu disait en substance que, «à cause de la situation, l’avant-première du film de Robert Redford Lion for lambs, prévue demain matin, était reportée “until further notice”». Ça me rappelle étrangement l’après-12 juillet 2006 quand on recevait les annulations les unes après les autres.

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Toujours dans la rubrique cinéma: un copain chef op’ a débarqué cette semaine de Paris pour participer au tournage d’un film libanais. Le tournage est censé débuter demain. Je trouve ça touchant (ou inconscient?) que certains poursuivent leur effort de vie de cette manière.

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Dernière info d'ordre météorologique: avec ce qui est tombé ces derniers jours, la pointe du Mont Sannine est toute blanche.

mardi, 20 novembre 2007

Météo et politique, même combat

Aujourd'hui, j'ai commencé un papier par une comparaison entre le climat politique à Beyrouth et la météo, la vraie, qui fait un peu peur depuis 24 heures, avec ses orages, ses rafales de vent et ses coups de tonnerre. Un copain français de passage en ville vient de me dire qu'une amélioration du temps est prévue à Beyrouth d'ici jeudi ou vendredi. Espérons que les deux phénomènes suivent la même trajectoire. Car si ça reste comme ça... Jugez plutôt avec cette vidéo tournée la nuit dernière. Ça dure 5 minutes, et c'est 5 minutes de pure violence. Et ce soir, c'est le même topo.

La quadrature du cercle «made in Lebanon»

db3df574abfea5cfb27fd2824689c565.jpgCe matin, comme tous les matins, je passe chez mon boucher pour acheter des cigarettes (oui, c’est pas comme en France, ici, on ne passe pas par les bureaux de tabac). Comme tous les jours, il me demande «Comment va la situation?», ajoutant aujourd’hui: «Alors, c’est qui dans l’enveloppe?». Un peu comme si, tel un magicien, j’allais lui sortir une réponse en forme de lapin blanc de mon chapeau. Mais vendredi soir à minuit dernier carat, ce seront les députés qui devront nous en sortir un de leur haut-de-forme. En principe. Depuis des semaines, nous connaissons les candidats déclarés et «potentiels», comme mon commandant Michel Sleimane, mon gouverneur Riad Salamé ou mon PDG de L’Orient, Michel Eddé (si jamais celui-là passe, espérons qu’il ait le bon goût de démissionner du journal). On les voit se bousculer au portillon, les Aoun (édifiante interview de lui dans Libé hier matin), les Harb, les Lahoud (non, pas l’affreux, mais le beau-frère de sa majesté saoudienne), les Rizk, les Ghanem. Je me demande si ces gens sont bien conscients de ce à quoi ils s’exposent avec une fascination certaine pour le fameux fauteuil.

L’heureux élu doit donc être «consensuel» ce qui signifie que concrètement, il va se retrouver avec un panier ingérable sur les bras: convenir au 14 Mars et respecter les acquis de «l’intifada de l’Indépendance» (expression bien ronflante, comme la «Révolution du Cèdre» d’ailleurs, dont on attend encore qu’elles aient effectivement révolutionné quoi que ce soit: les mêmes mafieux de tous bords ont pu conserver les mêmes postes dans le même système pourri qui préserve les mêmes avantages aux mêmes privilégiés), tout en promettant au Hezb que ses armes resteront bien au chaud et en ne se mettant pas à dos le Conseil de sécurité qui attend de voir ses multiples résolutions mises en application sur le terrain… Il y a comme une contradiction, là. Mais bon, en admettant que l’élection se fasse dans ces termes, le nouveau président, et avec lui le Liban tout entier, tiendra combien de temps avec une équation aussi bancale? Un mois? Six mois? N’en déplaise à certains, l’épineuse question des armes de la «Résistance» ne pourra pas rester sans réponse.

Justement, tiens, à propos de la «Résistance», on peut voir aujourd’hui combien elle résiste parfaitement à tout, y compris à la logique: à J-3 (l'élection vient d'être reportée une nouvelle fois, à vendredi prochain), le Hezbollah se refuse toujours à rendre public le nom de son candidat à la présidentielle, attendant le «moment opportun» (après l’élection, peut-être?). C’est quand même surréaliste: l’opposition prétend représenter la majorité populaire mais celle-ci n’est pas en droit de savoir qui la principale formation de cette opposition appuie officiellement. Autrement dit, le Hezbollah peut soutenir qui bon lui semble, sa base populaire n’a pas besoin de le savoir, comme si elle allait le suivre aveuglément de toute façon. Il doit considérer qu'en fait, le peuple n'est pas directement concerné, ce qui est d'autant plus paradoxal puisque ce même parti a proposé de passer au suffrage universel pour ce scrutin. Cela reste un bien bel exemple de démocratie de la part d’une formation politique qui se pose en défenseur des droits du citoyen! Sans compter qu’il semble difficile de négocier un président de compromis lorsqu’en face, il y a quelqu’un pour dire non sans faire de contre-proposition. Et tout le monde a l’air de trouver cela normal de ce côté de la barrière. Panurge aurait de beaux jours devant lui.

lundi, 12 novembre 2007

Un petit tour et puis s'en va

Et hop, Kouchner débarque à Beyrouth ce soir pour une énième visite en quelques mois. Pour reprendre l’image d’un éditorialiste d’al-Hayat, « quand le docteur [c ‘est le cas de le dire] est tellement assidu au chevet d’un malade, c’est que ce patient est dans un état grave. » Qui saurait le nier aujourd’hui ?

J’avais envie de titrer ce post « Bruits de bottes », mais devant le ballet diplomatique déployé au et autour du Liban, celui-ci m’a paru plus approprié.

Ce qui n’enlève rien au vacarme belliqueux qui retentit de plus en plus fort chez nous. Certains espèrent que nous sommes en présence de joueurs de poker, qui feront monter les enchères à coups de bluff retentissants jusqu’à l’ultime instant où ils abattront leurs cartes. Est-ce ce que signifie le discours enflammé de Hassan Nasrallah d’hier ? Ou les envolées absolutistes de Walid Joumblatt les jours précédents ?

Toujours est-il que le ton monte de part et d’autre et que sur le terrain, les tensions s’exacerbent entre partisans des deux camps. Les interventions plus ou moins bien intentionnées, plus ou moins bienvenues d’un Sarkozy qui a fait de la crise libanaise une occasion de renouer les liens entre la France et les Etats-Unis, d’un Bush qui, en fin de mandat, compte bien afficher au moins une « réussite » à son palmarès moyen-oriental, d’un Poutine qui soutient la Syrie quand ça l’arrange puis fait pression sur elle quand ça ne l’arrange plus, d’un Ahmadinejad qui a décidé que le Liban serait le fer de lance de son combat contre le Grand Satan, d’un Assad (et sa clique) qui est plus que jamais décidé à faire traîner les choses dans l’espoir que le vent tourne et remette son régime au cœur de la scène politique régionale, d’un Erdogan tiraillé entre son alliance avec Israël qui l’a mis dans un drôle de pétrin en survolant son territoire pour effectuer un mystérieux raid en Syrie, et sa voisine la Syrie justement, et c’est toujours mieux de bien s’entendre avec ses voisins, d’un Olmert qui n’a pas digéré le camouflet militaro-politique de l’été dernier et qui doit faire avec une population inquiète de l’ostentatoire remilitarisation du Hezbollah, d’un roi Abdallah décidé à prouver à Bachar qu’il n’est pas un "sous-homme" – la preuve, il a rencontré le pape Benoît XVI – et d’un Benoît XVI, justement, qui « s’inquiète » pour la communauté chrétienne du Liban… Même les Chypriotes se sont mis de la partie.

Hafez el-Assad doit se retourner dans sa tombe lui qui, depuis 1975, avait toujours tout fait pour empêcher l’internationalisation de la question libanaise. C’est raté.

Tout ce petit monde s’active autour d’un pays – le nôtre – pour tenter de dissuader son peuple – nous – de se suicider. C’est quand même un comble !

Toujours est-il que nous nous retrouvons avec tout un tas des ballerines diplomatiques dont le pas souvent disgracieux, rarement léger, ne risque pas de mettre les bruits de bottes en sourdine. Parce qu’au Liban, certains considèrent que les bruits de bottes, c’est festif.

Hier, en ce beau dimanche pluvieux et gris, alors que je travaillais péniblement sur un article complètement déconnecté des questions du moment (la pub, que du bonheur…), des pétarades m’ont fait sursauter pour la même raison que la veille, je m’étais précipitée au balcon en entendant des hurlements dans la rue : la crainte que l’étincelle qui allait mettre le feu aux poudres se soit produite et que les Libanais aient décidé d’en venir aux mains (enfin, façon de parler, parce que mes chers compatriotes se serviraient sans doute d’outils plus… définitifs que leurs poings). Mais non. Dans le dernier cas, il s’agissait d’une dispute de quartier particulièrement violente. Dans le premier, il s’agissait de tirs de joie des partisans du Hezbollah, suite au virulent discours de leur sayyed. Mais cela en dit long sur l’état d’anxiété permanente dans lequel nous vivons (et dire que je me plaignais des coupures d’électricité…).

Nous vivons actuellement sur une bombe à retardement. Certains jettent de l’huile sur le feu, partant du principe que la meilleure des défenses, c’est l’attaque ; d’autres s’arment parce qu’ils estiment qu’il vaut mieux prévenir que guérir et qu’ils doivent pouvoir se protéger ; d’autres encore fichent le camp, leur faculté d’espérer ayant été usée jusqu’à la corde; les derniers s’accrochent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que le constat d’échec serait trop terrible. Ou parce qu’ ils estiment que de toute façon, le Liban en a vu d’autres, et eux avec.

Personnellement, je crois que jamais le Liban tel que nous le connaissons n’a été autant en danger. Qu’importe les camps, les médiations, les interférences étrangères.

La responsabilité de ce qui arrivera incombera en premier lieu aux Libanais qui n’auront pas su faire passer leur pays et sa paix avant leur culte idolâtre d’un quelconque leader et avant les rancunes et incompréhensions que, certes, on ne leur a pas laissé le loisir de régler au cours des 15 années d’occupation syrienne, mais qu’eux-mêmes n’auront bien souvent pas appris à dépasser tout seuls.

Je reste convaincue qu’il se trouve au Liban une majorité silencieuse qui rejette ces bruits de bottes. Mais bon sang, il est des cas où décidément, le silence n’est pas d’or.

vendredi, 09 novembre 2007

Hôtel Phoenicia: je n'avais jamais vu des pieuvres passées aux rayons X

Hôtel Phoenicia, front de mer de Beyrouth, 11 heures passées. Une pluie fine fait son apparition. Des bodyguards bodybuildés (ça fait beaucoup de bodykekchose!) veillent au grain devant l’entrée des artistes, à l’arrière de l’imposant bâtiment. Dans un immeuble adjacent à l'abandon, un sniper boit une tasse de café. On attend le OK de l'un des vigiles (sur)armés. A quelques mètres, sous une tente, les camionnettes de livraison défilent les unes après les autres. Les ouvriers déchargent cartons de thé et autres cageots bardés de pieuvres et de bars, et passent le tout dans un caisson à rayons X, comme à l’aéroport. Il y a du monde, tout est très sérieux.

wael_bou_faour.jpgammar_houri.jpgLe vigile reçoit un OK nous concernant, on y va. Encore un checkpoint, on vide nos poches et passons un portique de sécurité. Un garde vérifie si mon appareil photo prend bien des photos et ne sert pas à autre chose. Puis un nouveau chaperon nous invite à prendre l’ascenseur. Direction le 16e étage. Dans les couloirs, des sbires jouent aux cartes, dévisageant les étrangers sortant de l’ascenseur. Chambre 1602. Les députés du 14 Mars – reclus dans cette prison feutrée et dorée – se relaient, les journalistes du Liban et d’ailleurs défilent. On discute avec Wael Bou Faour (ci-contre en haut), un proche de Joumblatt, puis avec Ammar Houri (en bas), un aficionado haririen. Ils nous disent tous deux être prêts à mourir pour leur cause (faut-il les croire?), pour l’indépendance et la souveraineté du Liban, dénoncent avec vigueur et cynisme le régime de Damas, détaillent leur emploi du temps, précisent bien que ce sont leurs partis politiques et non le gouvernement de Siniora qui paye les factures de l’hôtel… Ils sont comme ça une quarantaine, depuis l’assassinat d’Antoine Ghanem le 19 septembre. Ils sont souriants, aimeraient bien revoir la lumière du soleil dans ces chambres où tous les rideaux sont fermés en permanence. Dans deux semaines très exactement, le 23 à minuit, le mandat de Mimile prendra fin. Eux sont persuadés que le Liban aura un nouveau président d’ici là, et que l’élection de tout président n’étant pas issu du 14 Mars serait une défaite pour eux. Connaissant le jusqu’au-boutisme des copains d’en face, on se prépare une bonne grosse tempête.

On ressort de l’hôtel, la bruine est toujours là. L’été a tiré le rideau il y a deux jours, il ne fait plus que 21ºC. Le ciel est bas, les nuages gris anthracite. Ça va craquer.

mardi, 02 octobre 2007

Aoun ne sera pas président

medium_eraserhead_hassan.jpgBon, ce n’est pas la première fois que l’on parle ici de l’éventuelle non présence du généralissime dans le fauteuil de président cet automne. Les événements actuels semblent en train de tourner à son désavantage: le Hezb ne veut toujours pas dire qu’il sera le seul et unique candidat de l’opposition, Murr pense qu’il peut y avoir d’autres options (il se serait bien vu dans le costard s’il avait été maronite, la fripouille!)… Il est très probable qu’Aoun se fasse tacler dans ces prochaines semaines par ses alliés.

Victoire au Metn ou non, Aoun pourrait récolter ce que sa folie a semé (non pas son document d’entente avec le Hezb, mais ses nombreuses casseroles et autres déclarations délirantes…). Il y a 10 jours, outre son avertissement d'une possible guerre civile si la majorité voulait élire son président à la majorité simple, il a eu une sortie magnifique, du genre «élisez-moi président, et je démissionnerai juste après», en guise de bonne foi face à ses détracteurs qui considèrent qu’être président est le seul but dans sa vie. Alors, Aoun président ou non, on prend les paris?

En attendant, une autre question se pose en ce moment: que faisaient précisément les orangistes armés appréhendés par les forces de l’ordre dans la montagne le week-end dernier? Ah, oui, pardon, j'oubliais... Ils faisaient un pique-nique.

mercredi, 19 septembre 2007

Le tir aux pigeons continue: Antoine Ghanem a été assassiné

Et voilà, nous allons encore recommencer avec nos cartes morbides...

medium_attentats200709818.jpgmedium_antoine_ghanem.jpgJ'étais en train d'écrire un papier sur la présidentielle pour Le Soir, et une bombe a sauté à Sin el-Fil. Premier bilan: 4 puis 6 puis 9 morts et 20 blessés. Dans les premières minutes, on a parlé de 2 députés de la majorité tués, il n'y a pour l'instant qu'un de confirmé, l'avocat Antoine Ghanem. Il ne reste que 6 jours avant l'élection présidentielle, et la majorité parlementaire ne tient plus qu'à un fil numériquement. Le procédé méticuleux d'élimination me fait vomir...

Une heure plus tôt, je discutais avec Joseph Chami, journaliste, historien et auteur d'une belle série de bouquins sur les différentes présidences libanaises. Selon lui, le nom du prochain président n'a aucune importance, car le prochain président, quel qu'il soit, ne pourra rien faire. «Il faut repenser le Liban, qui est un non-Etat boîteux. Une fédération est peut-être la solution: chacun chez soi mais on mange ensemble tous les soirs. Vu les conditions actuelles, le futur sera fait soit de cassures soit de conflits armés. Ça va se durcir jusqu’à l’extrême.» Il a vu juste le bougre.

Toujours est-il que la disparition de Ghanem est une véritable bombe et un message (de qui?) à ceux qui tentaient de trouver des solutions pour rabibocher majorité et opposition. Chami me disait d'ailleurs: «Il faut compter avec la volonté de X de ne pas laisser se faire l’élection normalement.» Il a bien dit «X», sans préciser qui – même si les soupçons se tournent toujours dans la même direction.

Si je fais bien mes comptes, le score du match des assassinats est de 8-0 en défaveur des anti-syriens (Hariri, Fleihane, Kassir, Haoui, Tueini, Gemayel, Eido et maintenant Ghanem). Bizarre, c'est toujours dans le même camp qu'on se fait dessouder.

En tout cas, on file tout droit dans le gouffre, ma bonne dame... 

jeudi, 06 septembre 2007

Silence radio sur Nahr el-Bared

medium_googleearth_nahr_el-bared.jpgPeut-être êtes-vous étonnés de ne pas avoir lu ici une seule ligne sur la fin du conflit de Nahr el-Bared ces derniers jours. Nous n’avons tout simplement pas grand chose à dire. On peut toujours se féliciter de la victoire de l’armée libanaise et fêter ça comme tout le monde ici, à coups de feux d’artifices supersoniques. C’est vrai, la troupe est sortie victorieuse et c'est très bien comme cela mais on peut aussi se poser la question, comme l’a fait si justement Issa Ghorayeb dans son édito dans L’Orient d’hier, sur le fait que cette armée ait été à bout de souffle et de munitions à peine une semaine après le début du conflit et qu'elle ait dû être sponsorisée sans cesse par des pays étrangers (Etats-Unis, Italie...). Ghorayeb se demandait simplement si cette vénérable institution n’aurait pas dû investir dans du matériel ces 15 dernières années plutôt que de construire des bains militaires luxueux et de verser des pensions faramineuses aux militaires à la retraite.

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jeudi, 09 août 2007

Coup de poignard dans le dos ?

Depuis dimanche, une idée me trotte dans la tête et prend de plus en plus de consistance au fur et à mesure que les événements se déroulent. L’avenir dira si cette idée est farfelue ou non.

Devant les résultats de la partielle, moins glorieux pour les aounistes qu’ils ne le prévoyaient, je me disais que le régime syrien allait probablement arrêter de miser sur Aoun pour la présidentielle. Attention, je ne dis pas que Aoun fait sciemment le jeu de la Syrie, pas la peine de me tomber dessus! Mais je pense en revanche que la Syrie a un intérêt majeur à favoriser et instrumentaliser les dissensions inter chrétiennes. On en a eu un bel exemple en 1990.

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