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vendredi, 02 septembre 2011

Lux gremlina

liban,beyrouth,électricité,lampadaires,bassil,berry,l'orient-le jour,magazine,rania magazine,gremlinsOh, c’est vrai, cela avait un petit côté pittoresque il y a 15 ans. Ces coupures de courant, ces sautes de tension, tous ces appareils électriques qui pétaient les plombs les uns après les autres. «C’est à cause des événements, me disait-on. Ça ne va pas durer.»

Mouais.

Nous sommes donc en 2011. Plus de vingt ans après les «événements». Ce matin, Gaby Nasr allumait encore tout le monde dans son billet de L’Orient-Le Jour, avec en point de mire deux aberrations politico-tribales: Berry et Bassil. Le numéro de Magazine, lui, faisait sa Une sur les «irréconciliables» Joumblatt et Aoun. Et dire qu’il y a encore des gens pour suivre ces esprits éclairés...

Pendant que ces tristes clowns s’évertuent à faire croire qu’ils sont vraiment en charge de la chose publique, je me demande simplement comment fonctionne l’éclairage public de Beyrouth. Il arrive souvent de se retrouver, la nuit tombée, dans des rues qui ressemblent plus à des coupe-gorges qu’à autre chose (ceci dit, je préfère ça à me balader aux Halles à Paris un samedi après-midi). Mais en pleine journée, alors que le dieu soleil nous abreuve de sa pluie de photons, les lampadaires fanfaronnent. Du coup, je m’interroge: comment cela fonctionne-t-il? Les heures d’éclairage sont-elles automatisées? Y a-t-il intervention humaine, avec un employé chargé d’appuyer sur un interrupteur pour allumer ces réverbères? Vraiment, quelqu’un pourrait-il me donner un soupçon de début d’indice?

Alors, devant cette énigme que je n’arrive toujours pas à résoudre, je préfère me replonger dans la lecture de la presse libanaise. Car c’est là finalement qu’il y a toujours (enfin, pas toujours...) quelque chose d’intéressant à trouver.

Tenez, hier, par exemple. J’étais chez Tony, le papetier en bas de chez moi. Je regarde le stand des magazines et trouve le dernier numéro de Rania Magazine. Je ne connais pas le nom du (de la) rédacteur(trice) en chef, ni celui du ou de la DA, mais je voudrais les remercier du fond du cœur pour avoir retrouvé la plus attachante des héroïnes ayant bercé mon enfance: la Gremlins fille.

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Vraiment, un très grand merci.

vendredi, 09 octobre 2009

Beyrouth ne tient qu'à un fil

beyrouth fils electriques ciel2.jpgIls font partie du paysage urbain de Beyrouth depuis l’époque pré-phénicienne, comme ces vieux chauffeurs de taxi à la gueule fatiguée ou ces rustines de parpaings et de ciment sur ces façades n’ayant pas eu droit à un lifting cinq étoiles après «les événements». Ils forment dans le ciel des nœuds que mille petites mains habiles n’auraient su tricoter avec autant de minutie. Ils sont noirs et poussiéreux, mais aussi rouges, jaunes, bleus, zébrés ou blancs. Ils peuvent partir du haut d’une colline et se faufiler en contrebas jusqu’à la fissure d’une maison pour finalement alimenter tout un quartier. Ils ressemblent parfois aux constructions en trois dimensions apparemment anarchiques des néphiles des forêts tropicales. Anarchiques? Pas le moins du monde.

Depuis que nos rues se sont laissé envahir par ces faux signes de modernité que sont parcmètres et feux rouges, on voudrait nous faire croire que le pays est en voie de développement. Que l’homme d’ici recherche parfois le conformisme et le confort tout court. Depuis dix jours, la nouvelle mode levantine, c’est de dessiner de grands rectangles blancs parallèles sur les chaussées pour donner l’illusion aux piétons qu’ils peuvent traverser grands boulevards et petites ruelles en toute sérénité. Non, le Liban, ce n’est pas ça. Ils n’ont rien compris à ce pays à la Banque mondiale ou dans je-ne-sais quelle institution ayant ouvert le robinet à devises pour financer ce genre de projet anagéographique.

Les myriades de câbles qui traversent les rues à hauteur de géant, qui serpentent entre les murs en se moquant bien des hommes, qui tombent du ciel comme les rayons du soleil, qui accueillent le son des klaxons comme des notes sur une portée, qui dessinent ces tableaux de fils tendus comme sur les murs de la chambre de ma copine allemande il y a 25 ans… et bien ces fils par millions, il ne faut surtout pas y toucher. Par pitié. Moi, je viens de comprendre à quoi ils servent: sans eux, les immeubles de Beyrouth s’écrouleraient.

vendredi, 09 novembre 2007

Un peu de lumière, siouplaît

Achrafieh, ce matin vers 10h30. Comme au moins une fois par jour, je me retrouve devant la porte de l’ascenseur, navrée. Je vais devoir me taper à pied les huit étages qui mènent chez nous. Inspiration, et c’est parti mon kiki. Je me dis que c’est bon pour la santé, que d’autres ont encore moins souvent d’électricité que nous à Beyrouth et qu’au moins, je n’ai pas les sacs de course ou les enfants avec moi, dont au moins une et ses 20kg auraient immanquablement fini dans mes bras. Je grince des dents quand même.
Les légendaires coupures de courant libanaises sont devenues au fil des ans une donnée de la vie quotidienne. Quelque chose dont on ricane, un objet de plaisanteries mais qui est désormais acquis et qui ne choque même plus. Ou si peu… Je me dis souvent que les Libanais ont une extraordinaire capacité d’adaptation, mais que cette qualité est décidément à double tranchant: elle permet de survivre, mais elle conduit à l’acceptation d’à peu près tout et n’importe quoi. Au lieu de réagir, on ronchonne un peu et on s’adapte. Le rationnement de l’électricité en fournit un excellent exemple.

On prend un abonnement à un générateur de quartier ou bien on paie une fortune pour s’en faire installer un dans l’immeuble, comme certains de mes voisins voudraient le faire pour la bagatelle de plusieurs milliers de dollars. Débrouillons-nous et après, on verra bien.Je ne veux vraiment, mais alors vraiment pas entrer dans la polémique «C’est la faute du clan Hariri» ou «C’est la faute des Syriens» ou «C’est la faute de Berri». Ce n’est pas l’objet de ce post.

Disons simplement que je m’inquiète. Le coût de la vie au Liban laisse à penser que, pour les classes moyennes – et a fortiori pour les plus pauvres – assurer la satisfaction des besoins élémentaires va devenir de plus en plus ardu. Grosso modo, faire ses courses revient 25% plus cher aujourd’hui qu’il y a quelques mois. Quelle qu’en soient les explications (la hausse de l’euro, des cours du pétrole, la crise politique locale, etc.), 25%, c’est absolument énorme. Evidemment, certains produits importés que nous apprécions, expatriés que nous sommes, comme les yogourts ou de nombreux fromages par exemple, se sont carrément transformés en cadeau de luxe pour grandes occasions.  Mais même des aliments basiques ont accusé une hausse des prix flagrante : 2500LL au lieu de 2000LL pour un pot de labneh, cinq œufs au lieu de sept pour 1000LL… A la fin du mois, la différence dans le porte-monnaie est perceptible.

Avec un baril de Brent qui flirte avec les 100 dollars, la livraison de mazout va devenir un poste de dépense à prévoir des mois à l’avance: 1100$ les 1000 litres aujourd’hui, contre 450$ il y a six mois et 750$ il y a deux mois.

Le prix de l’essence est toujours artificiellement entretenu par l’Etat à un niveau acceptable, mais cela est appelé à cesser d’ici peu. Et l’électricité donc. Ha, l’électricité. Pour l’instant, nous déboursons 50$ par mois pour un abonnement de trois heures par jour à un générateur qui se met en marche quand ça l’arrange et qui nous permet de nous croire en boîte de nuit tant la lumière faiblit et se renforce presque rythmiquement. Il semblerait que la facture s’apprête à être plus salée. Le conseiller du ministre des Finances que je rencontrais cet après-midi pour un papier sur les privatisations est anxieux. Très anxieux.  Les coupures sont déjà très handicapantes, alors que nous sommes dans la saison la plus légère en termes de consommation électrique: pas besoin de chauffage, ni d’air conditionné. Il faut s’attendre à ce que les coupures doublent (au minimum) dans les semaines à venir (avec l’arrivée de l’hiver) et rien ne laisse présager une quelconque amélioration par la suite. L’EDL est un office en voie de désintégration: les énormes pertes techniques liées aux mauvaises connexions du réseau (44% de la production totale), alliées au faible taux de récupération des factures (à peine 40% des dûs), ainsi qu’au fait que des centrales censées fonctionner au gaz (plus économique) utilisent en fait du fuel comme carburant, que les capacités de stockage sont inadaptées et insuffisantes, que l’entretien des centrales et des réseaux sont presque inexistants, et… et… et… ont un résultat net: l’EDL coûte 3 millions de dollars quotidiennement à l’Etat.

En admettant que l’administration soit assainie et rationalisée, et que les factures soient payées normalement, il faudrait au moins 3 milliards de dollars pour remettre l’office sur pied. La privatisation prévue pour la fin 2008 par le plan de réformes ne sera en fait possible que d’ici trois à quatre ans… Que du bonheur en perspective, donc.

Tout ça pour dire que j’en viens à faire des crises d’angoisse à la perspective de ne plus pouvoir payer les factures. Avec trois emplois simultanés, je parviens à assurer des rentrées financières honorables – au prix d’une vie privée inexistante, ce qui explique pourquoi je me lance rarement sur notre blog – mais qui semblent toutefois insuffisantes au regard du coût de la vie libanaise. En dépit d’une complète absence de dépenses superflues, les fins de mois sont ric rac, l’avenir incertain. Je me demande sincèrement comment fait cette masse qui vit avec moins de 1000$ par mois. Certains vivent chez leurs parents, d’autres dans un immeuble familial et limitent au moins la casse sur les loyers, mais tous les autres et tout le reste?

Il est clair qu’à moins d’être (très) riche, il devient difficile de vivre au Liban. Moi, j’ai l’impression d’y survivre, et de jouer en permanence les équilibristes sans aucun filet de sécurité. Point de RMI, d’indemnité chômage ou d’allocations familiales ici. Et surtout, aucune garantie de pouvoir assurer une scolarité de qualité à nos enfants, ce qui me hante le plus. Aujourd’hui, nous déboursons 3500$ par an et par enfant pour le primaire (plus 1000$ de «frais d’ouverture de dossier» chacune), sachant que les tarifs augmenteront avec les classes. Là encore, c’est énorme et je ne sais pas si nous pourrons continuer longtemps à ce rythme. Mais, encore une fois, nous ne devons pas nous plaindre, nous nous en tirons mieux que d’autres, sachant que le taux de chômage galopant frôle officieusement les 30%.

Le Liban offre une multitude de raisons de s’inquiéter: politiques, urbanistiques, sociales, humaines. Mais pour une immense majorité, il s’agit surtout de savoir s’il sera tout simplement possible d’avoir les moyens de vivre décemment ici. Oui, nous manquons de lumière, surtout au bout du tunnel.

jeudi, 06 septembre 2007

Voilà la solution au problème libanais!

medium_parcmetre.jpgmedium_generateur.jpgQuizz 1 Que cachent les deux objets emballés dans du plastique noir sur la photo de gauche?
1. Une sucette géante et un carambar non moins géant.
2. Une œuvre d’art contemporain oubliée sur la voie publique par son auteur.
3. Un panneau routier et un parcmètre.
Quizz 2 Que signifie cette lumière rouge sur la photo de droite?
1. Nous sommes dans un sous-marin nucléaire.
2. Le photographe du coin est en train de développer ses clichés dans sa chambre noire.
3. L’EDL est en rade et le générateur du quartier alimente les immeubles environnants.

Fini de rigoler! La grande question aujourd’hui, essentielle, qui se pose au Liban, est: qui veut remplir avec quoi la carcasse vide de l’Etat libanais? Car le vide est abyssal.

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