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vendredi, 19 octobre 2012

Achrafieh pleure ce soir

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Ce soir, pas besoin de gouttes de pluie pour simuler les larmes. A 14h48, gros boom. Colonne de fumée noire qui monte dans le ciel d'Achrafieh. Attentat. Voiture piégée. Bombe. Morts et blessés. Parmi eux le chef des renseignements des FSI, Wissam al-Hassan. J'espère que nous n'aurons pas à refaire de cartes comme celle-ci. Mais j'ai des doutes. De gros doutes.

Ce matin, je discutais avec un copain, on parlait Syrie, Liban et tout le tralala. Ça faisait plusieurs semaines que je m'étonnais que le Liban n'ait pas connu d'épisodes plus violents que les heurts du printemps à Tripoli. Bein voilà, c'est fait. Samaha est en prison, les autres lâches en liberté; Al-Hassan au paradis aux côtés de Wissam Eid. Je me demande ce qu'ils se racontent tous les deux.

dimanche, 05 avril 2009

Tawlé à volonté

taoule.jpgCela fait bien six mois que le magasin au rez-de-chaussée de notre immeuble, laissé à l’abandon depuis des années, a été retapé en vue des élections législatives du 7 juin prochain. Le duo de propriétaires dudit magasin s’écharpe depuis plus de cinq ans devant les tribunaux sur la question de savoir lequel a droit à quoi dans ce bâtiment de grand renom. Mais il faut croire que l’appât du gain rapide et sans histoire offert par cette location atypique a su les mettre d’accord. C’est comme ça. Nous aurions rêvé d’un bon boulanger, éventuellement d’un petit primeur sympa ou, à la rigueur, d’une boutique de fringues. Mais non. C’est à un bureau de campagne électorale dans lequel seront vantés les mérites de Michel Pharaon, candidat pour Beyrouth I sur les listes du 14 Mars, que nous avons eu droit.

Nouvelle peinture bien blanche, néons allumés 24/7, unique bureau sur lequel, dès le premier jour, un cendrier et une icône ont été posés bien en évidence… Et puis la crèche de Noël pendant les fêtes, forcément. Six mois durant donc, cet espace flambant neuf, dont la propreté immaculée contraste brutalement avec le magasin mitoyen laissé à l’état de dépotoir, est resté désespérément vide.

Et puis il y a quelques jours, alors que la sphère politique libanaise s’agite de plus belle, des signes d’activité se sont manifestés en bas de chez nous, un peu comme si l’on découvrait des traces de vie sur Mars. Et bien oui! Il est clair que la campagne électorale bat son plein, à moins de deux mois de l’échéance dont, selon nos leaders divers et variés, dépendra l’avenir du Liban pour les générations à venir. La fin justifiant les moyens, notre candidat au strapontin s’est lancé à corps perdu dans la bataille, prêt à tout mettre en œuvre pour démontrer au chaland achrafiote qu’il fera bien de lui confier ses destinées. Jugez plutôt. Preuve du dynamisme politique et de la popularité du bonhomme, une large banderole à son nom a été placée sur la façade de l’immeuble. Les places de parking tout autour du magasin sont désormais réservées à ses partisans, ce qui risque de ne pas simplifier les choses dans cette impasse déjà bien encombrée. Des palettes de sodas s’amoncellent dans un coin, attendant d’étancher la soif des foules en délire alors que de gros climatiseurs sont fin prêts pour balancer en continu des courants d’air glacé. On ne recule devant rien pour assurer le confort des éventuels votants. Et des rangées de chaises en plastique ont été disposées tout autour de la grande pièce, avec une rigueur implacable: alternance de deux chaises et d’une table basse ornée de l’incontournable cendrier en inox. Deux chaises, une table et son cendrier, deux chaises, une table et son cendrier… A la réflexion, nous nous sommes rendu compte que cette disposition est la même que celle du rituel des condoléances au Liban, lorsque les proches (ou moins proches) du défunt viennent manifester leur soutien à la famille éplorée, attendant leur tour à coups de cigarettes et de café.

Le plus étonnant reste toutefois que, si ces chaises sont pour l’heure inoccupées, des hommes du quartier passent désormais leurs journées autour du bureau trônant dans le fond de la pièce. Il faut croire que Pharaon a recruté à tours de bras dans notre pâté de maisons. Sur base de quoi? De sous, a priori. Probablement pas bien gros, mais de sous quand même. Attention, il ne s’agit pas ici d’achats de voix. Mais le militantisme à la libanaise s’accommode fort bien d’être aussi lucratif. Ce qui est certain en tout cas, c’est que ce militantisme – tous bords et tous partis confondus – n’est pas motivé par un programme quelconque. Un programme, c’est tabou. C’est sale. Et puis, inciter les électeurs à réfléchir et à faire un choix argumenté par autre chose que «J’adore/J’exècre», «Les autres sont méchants» ou «Par mon âme et par mon sang», ça ferait mauvais genre. Des concepts socio-économiques, des principes de politique étrangère et intérieure, des propositions structurées avec calendrier, mesures et données chiffrées à l’appui sont de l’ordre de la science-fiction, presque du film classé X (ou interdit aux plus de 18 ans, âge auquel sera rabaissé le droit de vote pour la prochaine fiesta). En fait, j’adorerais assister à l’une de ces belles émissions TV dont nous avons été gavés pendant la présidentielle française. Un 100 minutes pour comprendre, ou mieux, J’ai une question à vous poser. Mais l’idéal, en ce qui me concerne – et cela ne me paraît pas être trop demander – serait un vrai débat télévisé, en direct, entre des candidats qui seraient contraints d’échanger des arguments un minimum crédibles avec un minimum de correction. Oui, je sais. Science-fiction encore. Film classé X.

Toujours est-il que pour revenir à notre bureau de campagne du rez-de-chaussée, il me semble que Pharaon aurait une carte à jouer côté programme, ce qui est trop rare pour ne pas être souligné. Du matin au soir, sa petite équipe – exclusivement masculine, précisons-le, car la politique semble classée Y de par chez nous – passe son temps à jouer au tawlé (ou trictrac, ou encore backgammon). L’affaire a l’air si sérieuse, à observer leurs mines concentrées, que j’y vois la recette d’un programme électoral qui ferait l’unanimité: Tawlé à volonté!

lundi, 21 mai 2007

L'été est revenu, mais il pleut du verre

Ce matin, notre quartier de Mar Mitr s'est réveillé meurtri. Réveillé est un mot peut-être déplacé, car beaucoup n'ont pas dormi. Lentement, tout le monde est sorti, balai à la main, pour évacuer les tas d'éclats de verre jonchant les trottoirs et les balcons. En bas de chez nous, je croise une voisine, le visage hagard, avec sa balayette et sa petite pelle en plastique bleue. Elle habite au rez-de-chaussée, et toutes les vitres sont parties en poussière hier soir. Elle me raconte l'onde de choc et la chaleur instantanée qui a envahi son appartement.

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Un peu plus loin, sur le boulevard qui remonte vers la place Sassine et qui longe la scène de l'attentat qui a coûté la vie à une femme de 64 ans écrasée par la chute d'un mur, les façades sont toutes marquées: la devanture du supermarché Spinney's, celle d'un grand magasin de jouets, celle d'un resto où nous mangeons habituellement de délicieux sandwichs jebné batata... Et puis plus haut se trouve l'ABC, seul poumon commercial de la capitale libanaise qui respirait encore. L'explosion n'a fait que noircir sa façade, mais les dégâts seront bien plus importants que ça. Il va falloir reconstruire la confiance maintenant. Et ça, c'est bien plus compliqué que d'entasser des parpaings.

En passant devant ce matin au moment d'accompagner les filles à l'école, j'ai tracé le plus vite possible pour qu'elles n'y fassent pas attention. Miracle, elles ont le sommeil lourd et ne s'étaient pas réveillées hier soir. Hier justement, l'aînée, nous voyant assez stressés à cause des événements de Tripoli, nous disait qu'elle voulait partir du Liban, "car il y a toujours la guerre". Nat l'a rassuré en lui disant que c'était loin, au nord du pays... Le problème, c'est que ça se rapproche dangereusement.

Enfin. Hier, j'ai reçu un mail d'un copain installé en Patagonie, tout au sud de l'Argentine. Il m'envoyait des photos sublimes de la région où il vit. Je me demande simplement s'il n'a pas eu raison de partir loin de tout, dans une région paisible. Faire partir les gens encore accrochés au rêve libanais est certainement l'un des objectifs de cette nouvelle campagne de terreur qui pointe le bout de son nez. 

jeudi, 22 février 2007

Et si ça pétait?

medium_tnt.jpgCe matin en partant de chez nous, la circulation était fortement ralentie sur le grand boulevard, au niveau de l’ancien immeuble de la chaîne de télé MTV (à 300m de chez nous, en plein cœur d'Achrafieh): militaires et gendarmes quadrillaient le périmètre. Une caisse de bâtons de dynamite venait d’être trouvée et les démineurs étaient en train de faire leur boulot. Tout le monde a en tête le double attentat de la semaine passée à Aïn Aalaq (3 morts près de Bikfaya). Il y a 2 jours, une caisse identique à celle de ce matin avait été désamorcée à Bir Hassan, dans la banlieue sud. Et ce midi, la nouvelle de 2 autres caisses découvertes aujourd’hui circulaient en ville.

La question est: ces caisses sont-elles là pour être trouvées à temps? Sont-elles là pour exploser? En tout cas, elles atteignent un but dans l’une ou l’autre des hypothèses: elles entretiennent la peur, et jettent un peu plus de suspicion sur cette «main étrangère» qui n’a d’autre ambition de que foutre le bordel dans le pays.

 
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