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samedi, 10 mai 2008

Day 4

19h05

• Bon, il semblerait que les hommes du Hezb commencent à se retirer de quelques rues de Beyrouth-Ouest, mais ça barde à nouveau à Tripoli.
• Souhaid avait raison hier: «L’armée joue la carte de la patience en attendant de se présenter comme sauveur.» Super, nous sommes sauvés!
• Extinction des feux.

 
18h15

• Le Hezb fait sa mijaurée. Le gouvernement s'humilie un peu plus.
• On est reparti pour un tour. Combats au nord.

 
17h00

• L'armée libanaise vient de planter une hallebarde dans le dos de Siniora: elle vient de révoquer les décision du gouvernement. On attendait que l'armée bouge, mais pas dans ce sens. Y doivent bien se marrer au Hezbollah. Ça évitera peut-être un bain de sang dans les heures qui viennent, mais on recule pour mieux sauter. Dans les faits, le pouvoir vient de changer de mains.
• Souvenons-nous que Sleimane est l'un des derniers héritages de la tutelle syrienne.
• Je vais me coucher après ça. 1118276215.jpg

 
16h20

• Pour les étourdis qui ont raté les 3 premiers épisodes de «Guerre civile au Liban» Saison 2 (disponible bientôt en DVD pirates), voici un petit résumé ici.
• Qu'est-ce que c'est calme à Achrafieh! On se croirait presque au mois d'août à Paris.
• Et ça, c'était l'ambiance à Beyrouth-Ouest hier. Y paraît que c'est la même ville. Les gens d'Achrafieh et du Kesrouan ne doivent pas avoir la télé, les pauvres, les temps sont durs.



15h50

• Les combats au Chouf ne ressemblent pas à une promenade de santé pour le Hezb, les druzes de Joumblatt savent un peu mieux se battre que les sunnites de Beyrouth. Le Hezb accuse même le PSP d'avoir «exécuté» deux de ses combattants.
• L'ambassade de France, contactée au téléphone: «Aucune évacuation des Français n'est prévue pour l'instant. Pour les vacanciers de passage, on traite les dossiers au cas pas cas, mais de toute façon, il n'y a pas moyen de quitter le territoire pour l'instant, à cause des barrages vers la Syrie ou à la frontière nord.»
• Siniora se veut fédérateur: «Israël reste le seul ennemi du gouvernement libanais.» Y a-t-il un homme politique digne de ce nom dans ce pays?

 
12h30

• Le Hezbollah dit que ce qui se passe depuis 4 jours n'est pas un coup d'Etat. Cool.
• Après la Future, le Mustaqbal, ce sont des stations de radio qui sont brûlées. Les journalistes pro-Hariri sont chassés. Reste à brûler les livres et on sera en plein régime fascite (sur la vidéo qui suit, ce sont les bureaux de Future qui flambent).



• Les lignes de fracture héritées de la guerre de 1975 sont encore bien présentes. Nous sommes entrés dans une période de statu quo où une moitié de la capitale est occupée, tandis que l'autre fait comme si de rien n'était. A Beyrouth-Est, les ouvriers continuent de travailler sur les chantiers ce matin. Pas beaucoup de solidarité citoyenne, si ce n'est une marche ce matin à Tabaris pour condamner la fermeture du Mustaqbal. Faudrait que ça bouge plus.
• Voici la carte de Beyrouth ce matin, ça vous rappelle rien?

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• Questions "carte", NowLebanon en a mise une intéressante également. C'est ici.
• Ça cartonne au pied du Chouf et dans le Akkar.
• Les portraits de Bachar el-Assad refleurissent dans Beyrouth-Ouest.
• Les médias occidentaux risquent de se lasser bien vite de ce qui se passe ici: ce n'est qu'un conflit entre sunnites et chiites de plus. On est tellement habitué.
• Le 14 Mars est-il mort?

dimanche, 02 mars 2008

Oh la belle rouge !

9ea56c46c77678e6ac0b4289cb285602.jpgPendant plusieurs années, mes soirées étaient rythmées par les réveils épisodiques de l’une ou l’autre de nos filles. Que ce soit en dînant, en regardant la télé ou simplement en passant un petit moment à discuter avec mon homme, j’avais toujours l’oreille tendue, discrètement mais assidûment, pour guetter les pleurs d’une petite fille réclamant sa maman.

Les années ont passé, les filles ne se réveillent plus que rarement, une fois endormies. Mais depuis plusieurs semaines, pour ne pas dire des mois, je me surprends à tendre de nouveau l’oreille, à guetter des bruits suspects. Bien plus inquiétants cette fois que des pleurs d’enfants. Un convoi de voitures tous slogans dehors, bondées de jeunes énervés qui clament leur appartenance politique; une altercation dans la rue, le plus souvent une querelle de voisinage, mais dont je crains toujours que ce soient des partisans de l’un et l’autre bord qui en viennent aux mains; des pétarades qui me font surgir sur le balcon dans l’espoir qu’il ne s’agit que d’un énième feu d’artifice de bien mauvais goût…

Vendredi dernier, il s’agissait de tout à la fois: dans cette surenchère qui veut qu’à chaque intervention télévisée d’un politicard, il faille manifester son enthousiasme à coups de pétard et de pétoire, cette soirée a battu des records absolus. Feux d’artifice se mêlant aux balles traçantes, bombes sonores, rumeurs de voix excitées parvenant jusqu’à chez nous… Estez Nabeuh s’offrant une interview à rallonge sur la Nabih Berri Network, cela valait bien une petite célébration de derrière les fagots qui, à n’en pas douter, a enterré les «minables» tirs de joie qu’obtiennent un Hariri, un Siniora et même un Nasrallah. C’est dire combien Berri est populaire! Pareille débauche pyrotechnique en est la preuve. Non? A l’aune de la mitrailleuse en folie, le président du Parlement a donné une vraie leçon de savoir vivre à ses collègues, cela mérite d’être salué. Non? Lors de sa «réélection», il avait déjà fait très fort (un moniteur blessé par une balle perdue sur la terrasse des Créneaux. Mais que faisait-il là, celui-là, faut dire aussi…), mais les temps changent, les proportions aussi. Beyrouth a été tant à la fête ce vendredi qu’un raid aérien israélien n’aurait pas eu plus bel accueil: un ciel s’illuminant de tous ses feux, le sol tremblant sous les pieds, des staccati fleurant bon la poudre, des traînées rouges dignes d’une mini-DCA…

Allons, assez d’ironie. Je ne me suis pas connectée depuis longtemps pour raison de santé, cela m’a au moins fait du bien au moral. Je comprends l’une de mes copines qui refuse de suivre l’actualité pour pouvoir continuer à vivre avec un minimum d’insouciance. Je ne peux m’offrir ce luxe et le retour à la réalité est abrupt. Le Liban n’a rien appris, ou tout du moins cela vaut pour une bonne part de ses habitants qui se délectent en débats stériles, en vaines démonstrations de force, et dans une anarchie de plus en plus prégnante. Prégnante de quoi, demanderez-vous? De chaos, bien entendu, de guerre peut-être. Quand on sort les flingues en pleine rue et que l’on tire en dépit du bon sens, parfois avec la grosse artillerie, pour honorer un homme parlant à la télé, c’est que le rapport à la réalité, aux armes, à la violence, à l’autre.. tout en fait, est sérieusement biaisé. Mon père, un Français qui vivait au Liban à l’époque, se souvient d’avoir cru à la guerre civile libanaise en 1973, lorsqu’une camionnette à laquelle des p’tits jeunes en arme était agrippés comme en grappes, lui est passé sous le nez. C’est le cran au-dessus, peut-être, mais ce qui se passe aujourd’hui m’inquiète diablement quand même.

Parce que cela illustre, entre autres choses, une terrible réalité: les Libanais sont en train de donner la preuve que oui, soit disant (j’insiste sur ce soit disant) laissés à eux-mêmes, ils sombrent dans la folie collective. Cela s’est vu ce vendredi soir, entre autres, tout comme au niveau politique et civique.

Du coup, il ne faut pas s’étonner – et cela fait peine à entendre – que certains (qui ne peuvent pas partir comme tant d’autres) en viennent à penser qu’«au moins, quand les Syriens étaient là, la vie était plus calme». Oui, tout ce que ce pays arrive à faire aujourd’hui, c’est donner raison à Bachar qui prédisait qu’en l’absence de sa poigne de fer, le Liban retomberait dans les limbes. D’ici à accepter le retour de notre «pays sœur», il n’y a qu’un pas que je me refuse à franchir mais que d’autres Libanais lambda envisagent en ultime recours, écoeurés par un Liban qui va à vau l’eau avec une belle énergie.

C’est le comble, et c’est bigrement triste…

 
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