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dimanche, 03 août 2008

Ces délicieuses amandes fraîches

871977906.jpgMon premier été à Beyrouth avait été parsemé de jolies petites joies pour mes papilles. Tout frais débarqué de Paris où Tricatel avait pris le pouvoir depuis trop longtemps, j’étais en train de (re)découvrir le plaisir des fruits de saison. Il y avait eu les mûres grosses comme mon pouce, les cerises au jus pigmenté comme de l’encre de Chine, les pastèques généreuses, les pêches blanches de Bikfaya, les tomates cœur de bœuf, les melons-ananas, les figues vertes caramélisées par le soleil, puis mi-août les pistaches fraîches, engoncées dans leur peau rouge et noire… Chacun d’entre eux étaient disponibles sur les étals colorés des primeurs quelques semaines seulement, le temps pour ces fruits de la terre d’être consommé selon le calendrier de Dame Nature. Mais avant la dégustation, il y a un autre plaisir: celui de pouvoir choisir, tâter, sentir ces fruits que l'on va acheter. Lorsque la mère de Nat avait débarqué en France, c'est avec stupeur qu'elle avait entendu un commerçant en primeurs la rembarrer parce qu'elle tripotait ses produits comme elle en avait l'habitude ici. Au-delà du choix de la tomate la plus ferme ou de l'abricot le plus mûr, c'est un véritable bonheur dont elle se sentait privée mais qu'ici, nous apprécions pleinement.

Hier soir, je suis passé chez mon marchand de légumes pas loin de la mosquée Beydoun, la seule du quartier chrétien de Beyrouth. Cet homme sans âge, rarement rasé de près, m’accueille toujours par des «ahlan raïs» accompagnés de 40 secondes de salamaleks imbriqués les uns dans les autres et tout aussi flatteurs pour moi que pour mes descendants. Quand je suis arrivé devant sa boutique bricolée dont l’éclairage est assuré par des guirlandes de Noël 365 jours par an, il y avait un jeune homme qui faisait comme moi. Je ne sais pas pourquoi, mais ce jeune homme m’a fait penser à un ami d’enfance qui m’est très cher. Peut-être à cause de son profil bien marqué. En finissant ses emplettes, l’inconnu a demandé «kilo loz». Je me suis dit que j’allais l’imiter.

En repartant en voiture, j’ai commencé à croquer mes «loz» à moi, une à une, en écartant la bogue verte et duveteuse, puis la fine peau amère. En pleine euphorie gustative, je me suis aperçu que mon ami de France n’avait jamais goûté ces délicieuses amandes fraîches du début de l’été.

 
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