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jeudi, 09 août 2007

Coup de poignard dans le dos ?

Depuis dimanche, une idée me trotte dans la tête et prend de plus en plus de consistance au fur et à mesure que les événements se déroulent. L’avenir dira si cette idée est farfelue ou non.

Devant les résultats de la partielle, moins glorieux pour les aounistes qu’ils ne le prévoyaient, je me disais que le régime syrien allait probablement arrêter de miser sur Aoun pour la présidentielle. Attention, je ne dis pas que Aoun fait sciemment le jeu de la Syrie, pas la peine de me tomber dessus! Mais je pense en revanche que la Syrie a un intérêt majeur à favoriser et instrumentaliser les dissensions inter chrétiennes. On en a eu un bel exemple en 1990.

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lundi, 06 août 2007

Le Liban perdant sur tous les fronts

medium_Aoun_in_Gemmayze.2.jpgIl y avait une défaite prévisible, et une autre un peu moins. D’abord, commençons par celle à laquelle nous ne nous attendions pas vraiment: le Liban s’est incliné en finale de la coupe d’Asie de basket, face à l’Iran. Dommage.

Et puis il y a eu ce dimanche électoral qui n’aurait pas dû avoir lieu. Pour la petite histoire, Gemayel père ne reprendra a priori pas le siège de son fils, puisque le mystérieux Dr Camille a remporté une victoire inepte pour le compte de son parrain, Don Aoun. Ce fou. Je ne peux plus les encadrer ces orangistes qui donnent des leçons de démocratie sur les plateaux de télé, alors que leur raïs appelle ses partisans à faire le siège du sérail de Jdeidé le soir même de ce scrutin contesté. Il veut mettre le feu aux poudres ou quoi? Il se croit où? Il meure d’envie d’occuper Baabda, qu’on lui donne, on verra bien ce qu’il en fera…

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vendredi, 03 août 2007

Recherche démocratie désespérement

medium_liban-divise.2.jpgAux alentours de 15h aujourd’hui, un épais panache de fumée noire s’est élevé au-dessus de la banlieue nord de Beyrouth. De notre terrasse, cela semblait aussi énorme qu’un certain 14 février 2005. Le son et l’onde de l’explosion en moins. On allume la télé, on zappe sur les sites d’infos: que dalle dans un premier temps, puis un site mentionne des pneus brûlés à 150m des cuves d’essence de Dora. Nat appelle un copain: ce n’étaient que des poubelles brûlées à la décharge voisine. Comme d’habitude, on s’attendait au pire. Et puis dans le Metn ce week-end, les bars, pubs et boîtes de nuit seront fermés, tandis que plusieurs milliers de représentants des forces de l'ordre se déploieront dans la région pour contrôler les perdants de dimanche.

Avec le climat merdique régnant au Liban – et plus particulièrement au Metn –, certains dérapages sont possibles. Mais pourquoi exactement? Nous ne sommes ni pro-14 mars, ni pro-8 mars, mais organiser une partielle pour remplacer le titulaire du siège de Pierre Gemayel (assassiné le 21 novembre 2006) nous semble complètement déplacé. Cette élection n’est même pas le signe que la démocratie libanaise bouge encore. Elle ne fait que donner une nouvelle occasion aux chrétiens pour se déchirer.

Pierre Gemayel – qu’on aime sa famille ou pas, le système clanique qui l’a porté au pouvoir ou pas – appartenait à un camp. Son siège devrait revenir naturellement au numéro 2 de sa liste. Et l'inverse serait tout autant valable dans le cas où un député de l'opposition se ferait dégommer (ce qui arrive nettement moins souvent, il faut bien le dire). Sinon, c’est la porte ouverte au tir aux pigeons généralisé.

jeudi, 02 août 2007

Metn : Elections partielles et bordel total

medium_michelmurr.jpgmedium_Murr.jpgmedium_eliasmurr.jpgmedium_moukheiber.jpg
De gauche à droite: Michel Murr, Gabriel Murr (alias Mister Magoo), Elias Murr et Ghassan Moukheiber.


Mais qui est donc Camille Khoury, le candidat aouniste s’opposant à Amine Gemayel pour l’élection partielle du Metn qui aura donc bien lieu dimanche prochain? On ne le voit pas, on ne l’entend pas, on ne le sent pas… Il me rappelle curieusement Myrna el-Murr, qui fut elle aussi une candidate d’une discrétion exemplaire à une autre élection partielle, c’était en 2002.

Dans les deux cas, un personnage revient sur le devant de la scène: Michel el-Murr, l’inénarrable. Ha, Michel el-Murr… Tout un poème, ce monsieur. Mouillé jusqu’à l’os dans des affaires plus abracadabrantes les unes que les autres (ce n’est pas le sujet ici mais repenser à sa magouille des plaques d’immatriculation – entre autres – me fait toujours marrer), le seigneur de Bteghrine ne manque pas d’un certain culot; alors qu’il était ministre de l’Intérieur en 2001, il n’avait pas hésité à faire tabasser les étudiants aounistes qui manifestaient devant feu la MTV (M comme Murr TV, rien à voir avec la chaîne musicale). Les images étaient arrivées jusqu’en France. Mais aujourd’hui, il peut affirmer avec candeur qu’il «soutient le général Aoun depuis plus de 16 ans», personne ne bronche. Il faut dire que depuis, il a confessé ses fautes et que le généralissime «lui a pardonné». C’est beau, la grandeur d’âme…

Bref, pour en revenir aux élections partielles qui font tant de bruit actuellement, Michel el-Murr joue donc les médiateurs pour essayer de réconcilier les deux blocs inconciliables, avec une diligence touchante. Il faut dire que le père Michel est un spécialiste des élections partielles. Et l’affaire mérite d’être racontée, ne serait-ce que pour l’indescriptible imbroglio familial. Accrochez-vous, il faut suivre…

Situons d’abord le contexte en retraçant les liens familiaux entre protagonistes, parce que le plus «rigolo» dans cette histoire réside là-dedans. Nous sommes en 2002, c’était donc avant que Aoun ne revienne en odeur de sainteté, je vous le rappelle. Michel el-Murr, ex-ministre de l’Intérieur, a deux enfants: Myrna et Elias, son successeur au ministère (puis actuel ministre de la Défense) et accessoirement gendre du «président de la République», le général Lahoud. Michel a aussi un frère, Gabriel, PDG de la très gênante chaîne de télévision MTV qui est la seule, à l’époque, à oser diffuser des interventions de Michel Aoun. Comme frères ennemis, on ne peut guère faire mieux.

Cette année-là, le plus vieux député de l’Assemblée, Albert Moukheiber, passe l’arme à gauche, laissant vacant son siège au Parlement. Une élection législative partielle doit être organisée pour lui trouver un remplaçant. Trois prétendants ont sollicité les suffrages des électeurs: Ghassan Moukheiber, l’héritier moral de son oncle Albert mais qui se fout un peu de la politique; Gabriel Murr, candidat de l’opposition (la majorité actuelle); Myrna Murr, candidate parachutée par le pouvoir mais qui n’a pas spécialement envie d’être là. Son silence radio au cours de la campagne fait ricaner pas mal de monde. Ce n’est pas grave, papa était là pour parler à sa place, un peu comme Aoun aujourd’hui pour Camille Khoury.

A la sortie des urnes, Gabriel l’emporte face à Myrna, Ghassan Moukheiber étant renvoyé à ses chères études avec 2,36% des suffrages exprimés. Mais voilà, dans toute bonne dictature qui se respecte (à l’époque, les Syriens sont encore là et serrent la vis), laisser le candidat de l’opposition l’emporter fait mauvais genre. Les quelques jours suivant l’élection sont suffisamment hallucinants pour qu’on s’en souvienne encore aujourd’hui: il y a réclamation, recomptage des bulletins à la main dans un petit village de la montagne… Bref. Gabriel est toujours gagnant.

En désespoir de cause, Myrna pose, sur l’impulsion de papa, un recours en invalidation face à son oncle. Elias le ministre (qui n’avait pas encore failli laisser sa peau dans un attentat, ce qui a quelque peu changé sa perspective sur le pouvoir depuis) constate de soi disantes irrégularités dans la campagne électorale, accusant son oncle de s’être servi de sa chaîne de télévision pour faire sa propre promotion. Comme si d’autres avant lui s’étaient gênés pour le faire… Toujours est-il que hop! L’affaire est dans le sac. Ghassan Moukheiber est déclaré gagnant par défaut (avec 2,36% des voix, tout de même!) car Myrna – qui en a plein les bottes et puis parce que l’essentiel, c’est de faire chuter Gabriel en sauvant un petit peu les apparences – se retire. Gabriel est non seulement déchu mais pour le punir de sa fronde, Elias envoie ses fantassins à l’assaut de la forteresse MTV. Pour la fermer.

Vers 15 heures environ, les forces de sécurité intérieure arrivent en nombre dans le quartier de Fassouh, dans le bas d’Achrafieh. Là se dresse l’immeuble que tout le monde en ville connaît, à commencer par les taxis service: l’immeuble de RML, Radio Mont-Liban. Dans ce grand building, de nombreuses sociétés travaillent en ce mercredi après-midi. Parmi elles, il y a bien sûr RML, mais aussi sa sœur Nostalgie (pour laquelle je bossais déjà à l’époque) et évidemment la MTV.

Les FSI sont venus matraquer un petit peu. Cela devait les démanger, ils n’avaient rien eu à faire depuis les rafles du 7 août 2001 contre les aounistes. Ils investissent les lieux, foutant dehors tout le monde manu militari. Les techniciens en train de boire leur café, les présentateurs à leur micro… Tout le monde y passe, sans même qu’on leur laisse le temps de prendre leurs affaires personnelles. Les bureaux sont mis sous scellés. L’affaire est rondement menée. Dans la rue, des dizaines de flics évacuent tout ce beau petit monde qui n’en croit pas ses yeux, avec interdiction d’approcher l’immeuble vidé. Une belle leçon de dictature.

Voilà. Aujourd’hui, la MTV est toujours fermée, mais le général orange a sa propre chaîne de télé, donc tout va bien. Gabriel el-Murr a été récompensé de son soutien en se retrouvant tout seul et perdant aux législatives de 2005, mais le général orange est élu député, donc tout va bien. Michel el-Murr se refait une virginité en jouant les bons offices et affiche un soutien sans faille pour le général orange (tout comme Ghassan Moukheiber soit dit en passant), donc tout va bien. De nouvelles élections partielles vont avoir lieu à grand renfort d’insultes et d’arguments passéistes, précédées d’une campagne dont la virulence – pour ne pas dire la violence – démontre combien les chrétiens sont divisés. Et là, tout ne va pas bien.

Rendez-vous dimanche pour une journée et surtout une soirée qui, à mon humble avis, risquent d’être agitées quel que soit le résultat. Mais peut-être verrons-nous quelque chose de positif en ce 5 août: nous aurons peut-être une petite chance de mettre un visage et une voix sur le nom de Camille Khoury. Ce sera déjà ça.

jeudi, 26 juillet 2007

Grand concours Simpson !

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Ça, c'est nous. Nous vous invitons à aller sur le site du film des Simpson, où vous pouvez créer en quelques clics toutes sortes d'avatars. En voici quelques uns. Les amateurs pourrons nous envoyer leurs créations ici, et nous mettrons en ligne les meilleures (en admettant qu'on en reçoive...).

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Joumblatt, envoyé par JiPé le 27 juillet:

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Bachar, envoyé par Ziad22 le 28 juillet:
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mercredi, 11 avril 2007

Taxi service

medium_taxi.jpgCe matin, notre chère et vieille Suzuki a refusé de démarrer. Du coup, je suis redevenu adepte des taxis service le temps d’une journée. A Tabaris, super à la bourre pour un rendez-vous, je me dis: «Le premier qui passe, même s’il me demande 3000LL pour le trajet, je prends!» Dix secondes plus tard, je vois arriver un pot de yaourt flambant neuf orné d’une plaque rouge de taxi. J’embarque, direction Tayouné (pour ceux qui ne connaissent pas, Tabaris-Tayouné, ça prend 3 plombes aux heures de pointe, surtout avec les énormes travaux vers le Musée).

Et là, je commets une erreur fatale en m’installant. Je balance au conducteur: «Kifak?»

A Beyrouth, il y a 2 sortes de chauffeurs de taxis: les muets et les gros bavards. Et là, je pioche sans le savoir dans la seconde catégorie. Il me demande si je suis Belge. Je lui dis non, que je suis Français. Direct, il m’embraye sur le général Aoun, un «ami de la France». Je dois les attirer ces oiseaux-là. Avec son klaxon, il me fait la démonstration du «tatata-tata», ouvre sa boîte à gant, me montre son badge du CPL (sur lequel je découvre un prénom – William – peu usité au Liban) et sa casquette orange. Pendant les 20 minutes de trajet, il me fait une leçon de géopolitique libanaise, me dit que Geagea devrait retourner en prison, que le généralissime est le seul qui a les mains propres, que les jeunes aounistes sont des «abaday» (gros bras). De sa voix erraillée par quelques dizaines d’années de fumée (des Winston rouges), il me raconte son village dans la montagne, me montre ses mains usées par sa bêche (il cultive des tomates grosses comme 2 mains), m’assure que le Liban pourrait être un paradis si la bande de voleurs au pouvoir partait… Au moment où je descends de son tacot à plaques rouges, le chauffeur me lance, avec un grand sourire: «Allah ma’ak!» (Que Dieu soit avec toi!) Je souris. En voyant le Liban aujourd’hui, on se dit que Dieu est vraiment un déserteur de première.

mercredi, 21 février 2007

Quoi de neuf docteur?

medium_dentier.jpgIl circule depuis quelques jours cette blague sur des hommes politiques libanais tout à fait identifiables...

Il y a deux leaders chrétiens au Liban: un docteur qui n’a jamais vu de malade, et un malade qui n’a jamais vu de docteur.

mardi, 09 janvier 2007

La «bravitude» des hommes politiques libanais

Définition du petit Larousse
BRAVE adj. et n. (ital. bravo, du lat. barbarus, barbare). 1. Qui ne craint pas le danger, courageux. 2. Mon brave: s’emploie par condescendance à l’égard d’un inférieur (ou présumé tel). 3. Bon et honnête. 4. Gentil, mais peu subtil. «Il est bien brave».

Définition dans le langage courant libanais
BRAVE adj. 1. S’emploie pour décrire le caractère besogneux, intelligent et honnête de quelqu’un. Par exemple, dans le cas d’un écolier: «Il est très brave dans les études, le petit Michel».

Maintenant, à vous de choisir les bonnes significations du mot «brave» dans le texte suivant…

medium_aounsiniora.jpgCes temps-ci, on ne parle plus à Beyrouth que de cette fameuse conférence de Paris III, lors de laquelle le gouvernement du brave Fouad Siniora espère ramené 4 milliers de dollars, tout en promettant de faire des réformes qu’il ne pourra probablement jamais mener à bien. C’est vrai quoi, prenons un exemple (au hasard): le ministère du Travail. Réformer cette brave et vénérable institution reviendrait à mettre au chômage les 90% de son personnel (tous des braves gens) rémunérés par ledit ministère à boire le café et à fumer des cigarettes toute la journée. Dur. Surtout quand tout ce beau monde a prêté allégeance à l’un des piliers de l’opposition. Dur et impossible. Mais tellement beau sur le papier!

Bref. Hier, le brave généralissime nous a fait une belle démonstration de son discours pour le moins bizarre: «La tutelle syrienne était superficielle et cachait une tutelle mondiale». En clair, les maux du pays viennent de Paris et Washington, clairement accusés d’être les kleenex de Siniora. Je me demande vraiment ce qui a bien pu se passer en coulisses avant son retour au pays… Qu’ont fait (ou pas fait) les Américains et les Français pour que ce brave Orange-man vire sa cuti comme ça?
Et puis dans le genre petite-phrase-magnifique, il y a celle-là, du brave monsieur Frangié (Sleimane de son petit nom): «Je suis pour le fait de savoir qui a tué Hariri. S’il s’avère que ce sont les Syriens qui sont derrière l’assassinat, je serai triste mais je resterai en bons termes ave le président syrien, Bachar el-Assad.» Faut le faire… Remarquez, après sa tirade sur l’excitation du patriarche Sfeir lors d’une manifestation féminine, on peut s’attendre à tout.

Bon, bein nous, on a une petite manifestation ce midi du côté du palais de Justice, organisée par la CGTL. Une manifestation contre les réformes économiques (hausse de la TVA…) promises par le gouvernement dans le cadre de Paris III. Le serpent se mord la queue. Aoun le militaire a même appelé à une participation massive pour une manifestation syndicale (qui a dit que la CGTL n’était pas télécommandée?). En tout cas, il semble bien qu’il ait été entendu, au moins par les étudiants car le parking de l’Université Saint-Joseph était désert ce matin. A moins que ceux-ci, qui sont certainement très braves, aient pris en masse la direction de l’aéroport (tant qu'il est encore ouvert) pour fuir ce pays dont tous les politiques veulent les dégoûter.

jeudi, 14 décembre 2006

«J’étais déjà aouniste dans le ventre de ma mère»

medium_Aouniste1.jpgComme prévu, j’ai fait mon petit reportage place des Martyrs, hier au centre-ville de Beyrouth. L’objectif: comprendre comment fonctionne le cerveau de ces jeunes militants qui soutiennent le généralissime Michel Aoun? Résultat: je suis tombé sur un garçon charmant, Jawad, originaire du nord du Liban, dans le Akkar précisément. Une région magnifique mais complètement oubliée. A 22 ans, Jawad est déjà bien impliqué dans la vie politique de son mouvement, le Courant patriotique libre. «J’ai eu 3 côtes cassées lors des rafles d’août 2001», m’a-t-il raconté.

medium_Aouniste4.jpgEn tout honnêteté, il m’a bluffé par la sincérité de son engagement. Rien à dire là-dessus. Il y croit dur comme fer, il obéira à tous les ordres de son général (texto)… Si plusieurs de ses arguments tiennent la route (les proches de Hariri sont d’ex-corrompus comme les actuels alliés d’Aoun, hors Hezbollah évidemment…), d’autres font preuve d’un esprit candide. Exemple, concernant deux anciens ministres franchement pas fréquentables: «Aoun a pardonné à Michel el-Murr et Sleimane Frangié, car ils ont demandé pardon.» On se croirait dans la cour d’une école religieuse avec un caïd qui distribue ses bons points, au gré de ses intérêts du moment. Sinon, que dire de la laïcité, point difficilement compatible entre le programme officiel de Aoun et celui du Hezb... Bref, je ne vais pas m’étendre cent ans sur mes petits aounistes, je continuerai d’essayer de les comprendre. Mais ce qui est sûr, c’est que je vois surtout un bon gros manipulateur (déguisé en bouteille de Fanta dimanche dernier) à la baguette...

mardi, 12 décembre 2006

«Vous êtes laïcs, pourquoi ne soutenez-vous pas Aoun?»

Tout d’abord, je vous invite à lire les 5 remarques du commentaire de FrenchEagle sur le post de Nathalie, «Le Hezb, Aoun et le pouvoir». Il a le mérite d'offrir un éclairage différent, mais qui appelle selon moi quelques corrections. S’il est très probable que le Proche-Orient est en train de vivre de grands bouleversements dont la finalité nous échappe encore, s’il est important d’essayer de voir plus loin que le bout de son nez et de raisonner avec des arguments portés vers le futur, il ne faut tout de même pas oblitérer le passé et les composantes de la société libanaise.

medium_croix.2.jpgJ’explique maintenant le titre de ce post: l’année passée, je discutais le soir de mon anniversaire, tranquillement sur notre terrasse, avec un ami aouniste (et fier de l’être). Il me disait: «Toi, tu es pour la laïcité, tu soutiens les associations qui militent pour le mariage civil. Or le général Aoun est le seul homme politique au Liban qui affiche son désir de rendre le Liban laïc. C’est dans ses propositions!» C’était tout à fait vrai. Mais sans être pessimiste, c’est simplement impossible à appliquer au système libanais. Il faudrait même une véritable apocalypse pour que ça se produise. Simplement parce que les clergés, chrétiens et musulmans, ne pourraient pas supporter cette idée, leurs finances étant totalement dépendantes de cette suprématie religieuse sur le domaine public. Au Liban, les sacrements (mariage surtout) sont de grosses usines à fric pour eux, et si l’Etat prenait ce domaine en main, les clergés courraient à la faillite. Un scénario totalement inenvisageable pour ces entreprises très prospères. Bref, la laïcité est un vœu pieux. Ça, c’est une donnée de la réalité passée et présente à prendre en compte.

Avant-hier, on essayait de se remémorer le moment où tout a basculé au Liban ces deux dernières années. Résultat: c’est le retournement de Rafic Hariri contre les Syriens, à cause de la prorogation du mandat du président de la République Emile Lahoud (qui laissera vraiment une triste empreinte dans l’Histoire du pays) par Damas. Hariri (qui je ne portais pas vraiment dans mon cœur) supportait une «cohabitation» avec Lahoud. Chaque conseil des ministres, chaque réforme (privatisations, dossier du cellulaire…) étaient bloqués par Mimile 1er. Hariri n’en pouvait plus et s’était opposé à la reconduction de son président. Il a perdu son pari face aux Syriens. Et ça a été la boule de neige que l’on connaît.

Toujours sur notre terrasse, il y a quelques mois, nous discutions avec un ami appartenant aux Forces libanaises, ex-combattant durant la guerre, et très proche du patriarche Nasrallah Sfeir. Lui avait un discours radical. En résumé, le Liban, ce sont les chrétiens de la montagne. Il parlait de l'avenir de son pays, et s'arrêtait systématiquement sur une donnée: le poids démographique des chiites dans 10 ou 20 ans. Il voyait sa communauté (les maronites) disparaître sous forme de minorité comme les coptes d'Egypte. Quand on prend les estimations et les projections démographiques, son "angoisse" se justifie. Que deviendra la pacte national dans ce cas? Que deviendront les équilibres politiques d'aujourd'hui?

Je n'ai pas la réponse. Moi, j'ai juste envie que le Liban ne se retrouve pas encore une fois victime d'enjeux qui le dépassent dans la région et de la versatilité de la politique américaine. Et tout me laisse croire que le régime syrien, "agonisant" selon certains, est en phase de grandes manœuvres à l'heure où le juge Brammertz remet son rapport d'étape à Kofi Annan (aujourd'hui même d'ailleurs...).

Suite au prochain épisode.

Demain, je vais me faire un petit reportage, genre immersion complète dans le camp des aounistes sous le ring. On verra ce que ça donne.

lundi, 11 décembre 2006

Le Hezb, Aoun et le pouvoir

medium_aoun.jpgPuisque David a décidé de mettre les pieds dans le plat (sacré mais guère sucré) du Généralissime, je vais en remettre une couche.

En effet, le Hezbollah est en position de force pour les raisons mentionnées dans le post précédent, mais aussi par la possession d'un arsenal pour le moins conséquent. Cet arsenal compte dans l'absolu, non parce qu'il pourrait servir contre des Libanais, mais parce qu'il donne au Hezb les moyens d'imposer ses choix de politique étrangère au pays. L'exemple le plus frappant en a été donné cet été, alors que Nasrallah s'était lui-même engagé à "ne rien faire qui puisse mettre en péril la saison touristique" tellement attendue par une économie à bout de souffle. Certes, tout au long de cette guerre, nous avons nous-mêmes défendu le droit du Hezb à riposter face à une agression barbare et disproportionnée. Nous l'avons fait non parce que c'était le Hezbollah, mais parce que l'essentiel était alors de défendre le pays. J'estime toutefois que cela ne dédouane pas le Hezbollah de sa responsabilité vis-à-vis d'un gouvernement dans lequel il avait des ministres.

Le Hezbollah est par ailleurs en position de force en raison de sa popularité et de la loyauté de ses partisans. Pas plus tard que samedi, Hussein Hajj Hassan, député du Parti, me disait bien en face qu'il "ne demandait pas le pouvoir parce qu'il l'avait déjà" (sic). Il demandait la participation de toutes les parties afin qu'aucun  des camps ne puisse prendre de décision sans l'accord de l'autre. Un détail cependant: dans ces conditions, quel est le rôle du Parlement qui est justement supposé jouer le rôle de levier contre le gouvernement?

Bref, sur le principe, pareil consensus serait idéal (bien que difficilement applicable dans la pratique). Mais il faut le replacer dans le contexte. Le Hezbollah ne s'en réfère clairement pas au gouvernement lorsqu'il prend des décisions (on l'a vu cet été), un refus au niveau du conseil des ministres ne l'arrêterait pas. La finalité consiste donc à bloquer certains processus. Lesquels, devrait-on demander? De plus, ce droit de blocage, il en dispose déjà dans les faits, via:

1. un président du Parlement qui lui est acquis et qui dispose de cette prérogative hallucinante de pouvoir non seulement fixer l'ordre du jour de l'Assemblée mais aussi de refuser de la réunir, comme il le fait actuellement concernant le projet de tribunal international (mais ce n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres).

2. un président de la République qui peut bloquer tout projet de loi  ne lui convenant pas (idem pour le tribunal international). L'exemple des cohabitations Mitterrand/Chirac en France, un peu du même ordre, a été probant en termes d'inefficacité! 

Concrètement, l'opposition maîtrise déjà deux pôles de pouvoir sur trois. On est donc en droit de se demander ce qu'une minorité de blocage au gouvernement changera, si ce n'est contrôler l'ensemble des acteurs institutionnels! Il n'y aurait pas "partage des pouvoirs" comme annoncé, mais mainmise totale.

On peut aussi s'interroger sur le bien-fondé du recours à la rue sous prétexte que le gouvernement n'est pas représentatif de la majorité. Beaucoup font un parallèle avec une hypothétique crise de ce genre en France. Que je sache, dans un pays démocratique, lorsque une opposition n'est pas satisfaite, elle attend la prochaine échéance électorale pour sanctionner le gouvernement (cela s'appelle l'alternance, non?).

Bien sûr, ces considérations ancrées dans le respect du droit et des lois sont nettement moins séduisantes que des idéaux de liberté, d'union nationale (et même d'amour, selon le nº2 du Hezb, Naïm Kassem). Mais ce n'est pas - seulement - avec de belles idées et des principes charmants mais nébuleux que l'on bâtit dans la solidité. Cela s'appelle du populisme. Le procédé des manifestations de masse constitue un précédent, une "jurisprudence", dangereux. Et si Aoun fait référence au mouvement populaire de l'Ukraine, il oublie de mentionner qu'un an plus tard, le nouveau pouvoir s'est effondré, faute de réelles bases politiques.

Pour revenir au père Michel, je rappellerai aussi qu'il n'a pas le monopole de la résistance. Je n'ai strictement aucune affection pour les Forces Libanaises, mais il me semble que Geagea et ses partisans ont aussi payé leur tribut au combat pour la liberté du pays. Eux aussi ont été battus, exilés, emprisonnés. Sans doute ont-ils  beaucoup de choses à se reprocher aussi, mais la méthode Aoun a-t-elle été  irréprochable? Et, ironiquement, pendant la guerre civile, la "résistance" qui désigne aujourd'hui le Hezbollah, concernait alors les Forces Libanaises. Ces FL de Bachir Gemayel avec lesquelles Michel Aoun s'entendait si bien qu'il avait lui-même aidé à préparer un plan de coup d'Etat afin de faire accéder Bachir à la présidence... Et comme JiPé le fait remarquer dans un de ses commentaires, les prisonniers libanais en Syrie sont oubliés...

Enfin, et cela je le dis pour moi, je trouve positivement indécent de la part de Aoun de récupérer l'assassinat de Gebran Tueini dans son discours d'hier, pour accuser le gouvernement d'incompétence. Un Gebran Tueini qui l'avait soutenu inconditionnellement en 1989, qui avait été profondément blessé par son revirement de 2005 et qui n'aurait pas apprécié d'être ainsi manipulé. Que je sache, il y a bel et bien un camp dans lequel les gens sont tués, et un autre où l'on donne des leçons. Ce camp compte des gens comme Frangié qui a tout de même déclaré un jour: "Je peux me passer de mes enfants mais pas de la Syrie." Et ce n'est pas parce que Aoun a "pardonné" comme il dit, que cela les blanchit. 

Pour le "Skoto" de l'aéroport, certains ont trouvé cela drôle. Cela l'est peut-être en effet. Mais pour sa première parole publique sur le sol libanais après un exil de 15 ans, je trouve cela pathétique.

Une dernière chose: je me demande quand même comment Aoun, en tant que héraut de la lutte pour la souveraineté libanaise, vit le fait que "l'envoyé spécial du secrétaire général de la Ligue arabe ait été informé à Damas que le chef du Hezbollah accepte les propositions que la Ligue arabe lui a soumises."

Michel Aoun ou les incohérences d'un "saint"

Là, je vais pas me faire de copains, mais au moins, j'augmenterai le trafic de ce blog! 

Personnellement, je ne suis ni pro-Aoun, ni pro-FL. Ni pro-Hezb, ni pro-Hariri. Je fais plutôt partie de la minorité silencieuse. Manif après manif, je regarde autour de moi, j'interroge les gens. Comme hier, où la place des Martyrs était orange tant les aounistes se sont appropriés les lieux. Dans mon rôle, quand je pose des questions aux gens, je suis là pour les faire parler, pas pour débattre. Mais cela fait pas mal de temps que j'en ai marre de les écouter me servir inlassablement les mêmes discours...

medium_DSCN4074.2.JPGSi, pour moi, la sincérité du Hezbollah n'est pas vraiment à mettre en doute, l'intégrité des orangistes pose question (ouhlala, ça, ça va pas plaire!!!). Le Hezbollah, lui, n'a finalement rien à gagner dans son bras de fer avec le gouvernement. Il représente déjà la communauté la plus nombreuse du pays, et il a deux alliés bien placés: le président de la République et celui du Parlement. Ces deux personnages, comme on le voit actuellement avec la question du Tribunal international, ont le pouvoir de ne pas signer les lois pour le premier, et de ne pas convoquer les députés pour ratifier un texte pour le second. Bref, tout va plutôt bien pour le Hezb, et il ne dépend de personne. Il réclame le tiers de blocage au gouvernement, alors qu'il a déjà  toutes les cartes en main pour bloquer toute décision gouvernementale. C'est juste l'habillage qui change...

Le généralissime orangiste, en revanche, est en pleine dépendance, et il le sait. L'objectif de l'Amer Michel (comme l'a surnommé un billettiste de L'Orient-Le Jour) est simple, unique: devenir président. Comme le disait récemment un homme politique à Nat, "on ne va tout de même pas remplacer un débile par un obsédé." Dans sa quête du pouvoir, Aoun a donc choisi son camp (où il n'a pas de vraie concurrence pour la présidence), et a choisi ses alliés. Aujourd'hui, il campe sur un discours genre "tous pourris" en parlant des membres de l'actuelle majorité parlementaire. Ce en quoi il n'a pas tout à fait tort, plusieurs des piliers du 14 Mars étant d'anciens bénéficiaires de la tutelle syrienne. Mais jouer les vierges effarouchées alors qu'il pose aujourd'hui aux côtés de Berri (mister corruption himself), Murr Senior (l'ex-VRP de la Syrie), Frangié... ça, franchement, faut arrêter de se foutre de la gueule du monde. Et ça ne semble gêner personne! Et puis il fustige la majorité parlementaire, alors que celle-ci est née de la loi électorale voulue par ses "amis" d'aujourd'hui et écrite par les squatteurs de Damas.

Bref, devant tant d'incohérences de la part du boss, je reste systématiquement bouche bée face à l'aveuglement des partisans du jus d'orange en chef. Ils le prennent pour un saint d'une intégrité totale. Moi, je me demande ce qui s'est passé avant son retour triomphal au Liban en mai 2005. Quand il sortait de son placard doré en France, c'était pour aller à Washington faire la bise aux faucons, pour lever des fonds en Australie... Qu'est-ce qui l'a retourné?

Juste pour l'anecdote, je me souviens du jour de son retour à Beyrouth, le 7 mai. Cela faisait 15 ans que tout le monde attendait ça. Un vrai événement, et donc une vraie effervescence. A l'aéroport, il décide de tenir sa première conférence de presse. Dans la grande salle, les journalistes font du bruit, les photographes veulent avoir la meilleure place. Le brouhaha énerve Aoun, il tape du poing sur la table et crie sur un ton péremptoire à l'attention des fauteurs de bruit: "Skoto!", ce qui est très facilemement traduisible par "Taisez-vous!". Gloups, le ton était donné. Quand on chasse le naturel... Ils sont trop rares les exemples où un militaire a réussi en politique.

Aujourd'hui, saint Michel réclame le départ de Siniora, qu'il accuse de "s'accrocher au pouvoir". C'est assez drôle venant de lui quand on se rappelle sa triste déconfiture sur l'échiquier libanais à la fin des années 80. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes chrétiens le suivent dans son délire. Il y a 16 ans, d'autres croyaient en lui (jusqu'à se faire botter le cul par les CRS quand ils occupaient l'ambassade du Liban à Paris...), mais beaucoup d'aounistes de la première heure en sont revenus... Ce serait pas mal de leur donner la parole, à ceux-là. Ce serait riche d'enseignements.

dimanche, 10 décembre 2006

Hier, j'ai fait un rêve

Rien à voir avec Martin Luther King. J'ai juste fait un rêve confus. A 5 heures du matin, je me suis réveillé avec une image en tête: celle d'une hallebarde plantée dans mon épaule. Je me trouvais sur une colline (genre Poitou), menacé par un aouniste tout d'orange vêtu. Je me rebèle, il me plante son arme dans l'épaule, je l'enlève et lui coupe une jambe, plein de haine pour mon assaillant. Je le tue et hurle dans la vallée "Vas te faire foutre Nayla!" (elle se reconnaîtra si elle tombe sur ce post). Voilà, c'était juste un rêve...

mardi, 05 décembre 2006

Le Liban sous haute tension

medium_cercueilAmal.jpgAujourd'hui, Beyrouth, dans son cœur et dans sa banlieue, a vécu au rythme des chants funèbres et des slogans politiques. La communauté chiite, Amal en tête, a organisé des funérailles géantes pour le jeune Ahmad, tué dimanche dans des conditions encore tout à fait troubles. Mais une chose est sûre: la tension monte très dangereusement entre sunnites et chiites (sans parler des factions chrétiennes qui se regardent en chiens de faïence).

Hier soir, je demandais simplement à Nat si les gens, le 13 avril 1975, avaient réalisé, sur le moment, qu'ils étaient en train de vivre un jour qui allait rester dans les livres d'Histoire. Probablement que non, car il fallait bien trouver une date précise pour le début de cette guerre, comme ce fut le cas avec l'assassinat de l'archiduc pour la Première guerre mondiale. Ce dimanche 3 décembre 2006, jour de la mort d'Ahmad, fera-t-il date dans l'Histoire macabre de ce beau pays?

 
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