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vendredi, 27 décembre 2013

Trêve des confiseurs: coupure momentanée des programmes

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Beyrouth, ce sont ces petits gestes quotidiens, comme saluer Saïd en bas de chez moi alors qu'il enfourne ses manouchés, pester contre les camions de livraison du supermarché voisin, enrager 30 minutes plus tard à cause des embouteillages à l'autre bout de la ville... Et, pour d'autres, balayer les éclats de verre sur les trottoirs. 

Je me souviens que Nathalie avait noté ce détail dans son post post-attentat contre l'ABC en 2007, avec la voisine qui avait elle aussi sorti illico son balai et sa petite pelle bleue pour "effacer" les traces les plus visibles de l'attentat qui venait d'avoir lieu, le jour du 4e anniversaire de l'une de nos gamines. Et puis ce matin, en tournant le dos à la scène de l'explosion qui a emporté Mohammad Chatah à Bab Idriss, j'ai vu ce gars au restaurant L'Avenue du Parc. Refaire ce même geste anodin. Balayer les éclats de verre.

Cela faisait "presque longtemps" que le 14 Mars n'avait pas été visé de la sorte (après avoir bien encaissé entre 2004 et 2008, remember la fameuse carte). Les derniers attentats – ceux de 2013 en tout cas – ont eu lieu dans la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Un Hezbollah qui, directement pointé du doigt ce midi, a dénoncé un acte de "haine". Le truc avec les démentis du Hezb, c'est qu'on ne sait jamais vraiment s'ils sont sincères (qui sait?) ou s'ils se foutent ouvertement de notre gueule.

2013 s'achève donc sur ça. Des voitures calcinées, des marres de sang et des façades éventrées. 2014 débutera par autre chose, histoire de boucler la boucle. Le 16 janvier s'ouvrira le procès au Tribunal spécial pour le Liban. Je me demande avec la plus grande candeur s'il n'y aurait pas de lien entre ces deux histoires...

vendredi, 19 octobre 2012

Achrafieh pleure ce soir

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Ce soir, pas besoin de gouttes de pluie pour simuler les larmes. A 14h48, gros boom. Colonne de fumée noire qui monte dans le ciel d'Achrafieh. Attentat. Voiture piégée. Bombe. Morts et blessés. Parmi eux le chef des renseignements des FSI, Wissam al-Hassan. J'espère que nous n'aurons pas à refaire de cartes comme celle-ci. Mais j'ai des doutes. De gros doutes.

Ce matin, je discutais avec un copain, on parlait Syrie, Liban et tout le tralala. Ça faisait plusieurs semaines que je m'étonnais que le Liban n'ait pas connu d'épisodes plus violents que les heurts du printemps à Tripoli. Bein voilà, c'est fait. Samaha est en prison, les autres lâches en liberté; Al-Hassan au paradis aux côtés de Wissam Eid. Je me demande ce qu'ils se racontent tous les deux.

vendredi, 25 janvier 2008

Des étincelles et 4 morts à Chevrolet

attentat_FSI.jpgComme une grosse tripotée des journaleux installés à Beyrouth, j'ai passé ma matinée sur le lieu du nouvel attentat. L'odeur qui régnait là-bas m'a fait penser à celle des étincelles quand on cisaille à chaud du métal. A Beyrouth, 10 jours après l'explosion visant la voiture de l'ambassade US, et 6 semaines après celle de Baabda contre le général el-Hajj, les scènes se suivent et se ressemblent. Voitures carbonisées, secouristes de la Croix-Rouge les larmes aux yeux à force de travailler sur ce genre d'événement, synonyme de pays qui part en lambeaux. En écartant les guéguerres politiciennes interlibanaises, il faudrait vraiment se pencher sur les responsabilités extérieures. Je n'arrive pas à croire que des Libanais puissent faire subir ça à leurs compatriotes. Sur ces quelques lignes, je m'en vais faire mon travail. Comme je le disais à la responsable de 20 Minutes il y a une vingtaine de minutes (justement), j'en ai marre d'écrire tout le temps la même chose sur les mêmes sujets. Marre, marre, marre.

[...]

Lu dans une dépêche d'agence: «Eïd (le capitaine des FSI visé par l'attentat) jouait un rôle dans tous les dossiers liés aux attentats terroristes", a souligné Achraf Rifi, chef de la police, s'adressant à la presse sur les lieux de l'explosion.»

Qui? Qui? Qui? Qui? Je ne veux pas croire qu'en 3 ans et demi d'attentats, il n'y a pas le début d'un soupçon d'indices ou de preuves concernant les commanditaires...

[...]

Perché sur un monticule de parpaings en train de scruter la scène, je sens quelqu'un à côté de moi. L'homme – étranger à première vue – me demande en anglais: «Combien y a-t-il de victimes?» On discute, il me dit être un journaliste hollandais, et lache un peu désabusé: «Ça commence à être lassant. Les attentats, ce n'est plus vendeur...» Triste réalité de notre métier.

mercredi, 12 décembre 2007

« Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m... »

Témoignage d'Aurore, une habitante de Baabda, dont l'appartement se situe à 50m de l'explosion:

«La détonation a été si violente que j’ai cru que la voiture piégée était au pied de notre immeuble. Dans notre appartement, toutes les vitres ont volé en éclats, le portail de la cour a été propulsé dans notre salon, mais personne n’a été blessé. J’ai pris ma fille de 11 mois dans les bras, et nous sommes descendus dans la rue avec mon mari pour voir ce qui se passait. Un car scolaire de Louise Wegman était là, à moins de 100m de l’explosion. Tous les enfants en sont descendus, jaunes de peur de sachant pas ce qui se passait. Nous avons appelé leurs parents pour qu’ils viennent les chercher. Moi-même, j’étais en état de choc. Ma première réaction était de me dire “Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m...”. Une fois calmée, je me suis fait une raison: c’est ça le Liban.»

Les 12 décembre sont meurtriers

attentat_jean_hajj.jpgEn langage diplomatique, cela s’appelle un message. A 7h du matin, une bombe explose près du palais présidentiel, à quelques encablures du ministère de la Défense. Quelques minutes après l’attentat, la rumeur commence à circuler: un militaire de haut rang ferait partie des victimes. Tout le monde pense à Sleimane… Vers 7h45, la cible est définie: c'est le futur successeur de Michel Sleimane à la tête de l’armée si ce dernier accédait à la présidence (ce qui n’est plus du tout joué d’avance en ce moment). Le général el-Hajj avait été en charge des opérations lors de la crise de Nahr el-Bared cet été. Le message s'adresse donc clairement à Sleimane, et à l'institution militaire dans son ensemble.

Ce matin, un commerçant de mon quartier me dit: «Avec ce qu’a dit Chareh hier [les alliés de la Syrie au Liban n’ont jamais été aussi puissants] et l’attentat de ce matin, faut pas chercher bien loin le rapport…» Faut-il se laisser aller à cette facilité intellectuelle en ce moment? En tout cas, les déflagrations reprennent cette veille de fêtes de fin d'année: hier soir, une grenade a explosé entre Chiyah et Aïn el-Remmaneh, sans faire de victime.

Aujourd’hui mercredi 12 décembre, une partie de la population libanaise (en tout cas les gens de notre quartier) allait célébrer le deuxième anniversaire de la mort de Gébran Tueini, assassiné par très loin de l'attentat de ce matin, en 2005. Certains écrivent des bouquins titrés «Les mois d’avril sont meurtriers», on peut rajouter «les 12 décembre».

mercredi, 19 septembre 2007

Le tir aux pigeons continue: Antoine Ghanem a été assassiné

Et voilà, nous allons encore recommencer avec nos cartes morbides...

medium_attentats200709818.jpgmedium_antoine_ghanem.jpgJ'étais en train d'écrire un papier sur la présidentielle pour Le Soir, et une bombe a sauté à Sin el-Fil. Premier bilan: 4 puis 6 puis 9 morts et 20 blessés. Dans les premières minutes, on a parlé de 2 députés de la majorité tués, il n'y a pour l'instant qu'un de confirmé, l'avocat Antoine Ghanem. Il ne reste que 6 jours avant l'élection présidentielle, et la majorité parlementaire ne tient plus qu'à un fil numériquement. Le procédé méticuleux d'élimination me fait vomir...

Une heure plus tôt, je discutais avec Joseph Chami, journaliste, historien et auteur d'une belle série de bouquins sur les différentes présidences libanaises. Selon lui, le nom du prochain président n'a aucune importance, car le prochain président, quel qu'il soit, ne pourra rien faire. «Il faut repenser le Liban, qui est un non-Etat boîteux. Une fédération est peut-être la solution: chacun chez soi mais on mange ensemble tous les soirs. Vu les conditions actuelles, le futur sera fait soit de cassures soit de conflits armés. Ça va se durcir jusqu’à l’extrême.» Il a vu juste le bougre.

Toujours est-il que la disparition de Ghanem est une véritable bombe et un message (de qui?) à ceux qui tentaient de trouver des solutions pour rabibocher majorité et opposition. Chami me disait d'ailleurs: «Il faut compter avec la volonté de X de ne pas laisser se faire l’élection normalement.» Il a bien dit «X», sans préciser qui – même si les soupçons se tournent toujours dans la même direction.

Si je fais bien mes comptes, le score du match des assassinats est de 8-0 en défaveur des anti-syriens (Hariri, Fleihane, Kassir, Haoui, Tueini, Gemayel, Eido et maintenant Ghanem). Bizarre, c'est toujours dans le même camp qu'on se fait dessouder.

En tout cas, on file tout droit dans le gouffre, ma bonne dame... 

lundi, 25 juin 2007

Attentat contre la Finul : c’est qui ce coup-ci ?

medium_finul2.jpgHier, 6 soldats du contingent espagnol de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban – j’adore l'adjectif «intérimaire», elles sont là depuis 1978!) ont sauté avec leur véhicule blindé. Une voiture piégée – ou un kamikaze, les deux thèses ont été avancées – bourrée de 50kg d’explosifs n’a laissé aucune chance à ces soldats de la paix. Ce matin, j’ai appelé le camp belge de Tebnine, où 380 casques bleus du plat pays sont stationnés. Le responsable presse me disait que les soldats sont maintenant dans l’obligation de porter un casque et un gilet pare-éclats lorsqu’ils sortent du camp. Ça paraît un peu dérisoire vu les moyens mis en œuvre par les auteurs de l’attentat. Auteurs qui n’ont toujours pas revendiqué l’attaque. Le 17 juin dernier, nous avions eu l’honneur de faire connaissance avec «la branche libanaise des brigades de Jihad Badr» lors de l’attaque à coup de Katiouchas sur le nord d’Israël. Rappelons au passage qu’un missile un peu tête en l’air s’était égaré sur le territoire libanais, non loin d’une position de la Finul. Et puis avant ça, le 20 mai, c’est le Fatah al-Islam qui se manifestait avec fracas au Nord, avec les affrontements dans le camp de Nahr el-Bared. A chaque fois qu’il se passe quelque chose au Liban en ce moment, on nous invente un nouvel adversaire, avec un nom mystico-guerrier du plus bel effet et qui permet à tous les «spécialistes» occidentaux de passer à la télé. Tout ça ne fait en réalité qu’épaissir le brouillard sur la situation libanaise, qui n’avait pourtant pas besoin d’être compliquée davantage. Alors, comment vont s’appeler nos nouveaux maquisards terroristes: «les brigades de Trucmuche», «le Front de libération de Pétaouchnoqueland»? Avis aux amateurs, si vous avez des idées, envoyez-les nous!

En attendant, les responsables de la Finul serrent les dents, et affirment que ce genre d’attentat n’est qu’une nouvelle preuve de la volonté de déstabilisation de forces étrangères au Liban. Ah bon, qui ça?

PS: Un petit mot pour Sou qui nous avait écrit le 20 juin dernier, nous disant que son copain était casque bleu et qu'elle stressait pour lui. J'avais tenté de la rassurer, mais je me suis mis le doigt dans l'œil, vraiment désolé... 

mercredi, 13 juin 2007

Après Walid Eido, il n'en faut plus que trois...

medium_attentats20070613.4.jpg Plus que trois. Après les assassinats des députés Rafic Hariri, Bassel Fleihane, puis de Gébran Tueini le 12 décembre 2005 et celui de Pierre Gemayel le 21 novembre 2006, c’est le sunnite Walid Eido, proche de la famille Hariri, qui a été rayé de l’échiquier politique en même temps que son fils Khaled. Déjà cinq députés assassinés, plus que trois donc à «effacer». Le(s) commanditaire(s) de ces assassinats est(sont) donc à mi-chemin dans leur basse besogne: en effet, si trois autres députés de la majorité parlementaire venaient à disparaître, la majorité perdrait sa majorité et le Parlement tomberait.

Qui cela arrangerait-il? A qui le chaos ambiant au Liban profite-il? La réponse paraît si simple, suivez mon regard...

Les arrestations se multiplient, les rumeurs aussi. Hier, une fillette de 7 ans me disait qu'elle discutait avec ses copines en cour de récré de camions piégés. C'est sain ça? Ça me fait vomir… Comme les deux tiers des jeunes Libanais (18-25 ans) qui, selon un rapport très récent du Centre libanais de recherche et d'études de Kamal Hamdane, veulent tout faire pour s'expatrier. Cela aussi fait partie de la stratégie de la terreur: vider le pays de sa sève intellectuelle, culturelle et technique. Vu la saignée parmi les "cerveaux" depuis 2005, ce but pourrait être facilement atteint.

Le Liban est si facile à mettre à genoux que c'en est pathétique. 

mercredi, 23 mai 2007

Et de trois!

21h10 Un troisième attentat vient d'avoir lieu à Aley (en région druze), sur les hauteurs de Beyrouth. Comme ça, chrétiens, sunnites et druzes auront morflé.

21h30 Les combats viennent de reprendre à Nahr el-Bared. Il fait nuit, c'était plus que prévisible.

Ce soir Des avions israéliens survolent le nord du Liban, des Palestiniens du camp de Saïda (Aïn el-Helwé) disent vouloir combattre aux côtés du Fatah al-Islam.

Bref Tout va bien. On y va tout droit à la guerre civile. 

lundi, 21 mai 2007

L'été est revenu, mais il pleut du verre

Ce matin, notre quartier de Mar Mitr s'est réveillé meurtri. Réveillé est un mot peut-être déplacé, car beaucoup n'ont pas dormi. Lentement, tout le monde est sorti, balai à la main, pour évacuer les tas d'éclats de verre jonchant les trottoirs et les balcons. En bas de chez nous, je croise une voisine, le visage hagard, avec sa balayette et sa petite pelle en plastique bleue. Elle habite au rez-de-chaussée, et toutes les vitres sont parties en poussière hier soir. Elle me raconte l'onde de choc et la chaleur instantanée qui a envahi son appartement.

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Un peu plus loin, sur le boulevard qui remonte vers la place Sassine et qui longe la scène de l'attentat qui a coûté la vie à une femme de 64 ans écrasée par la chute d'un mur, les façades sont toutes marquées: la devanture du supermarché Spinney's, celle d'un grand magasin de jouets, celle d'un resto où nous mangeons habituellement de délicieux sandwichs jebné batata... Et puis plus haut se trouve l'ABC, seul poumon commercial de la capitale libanaise qui respirait encore. L'explosion n'a fait que noircir sa façade, mais les dégâts seront bien plus importants que ça. Il va falloir reconstruire la confiance maintenant. Et ça, c'est bien plus compliqué que d'entasser des parpaings.

En passant devant ce matin au moment d'accompagner les filles à l'école, j'ai tracé le plus vite possible pour qu'elles n'y fassent pas attention. Miracle, elles ont le sommeil lourd et ne s'étaient pas réveillées hier soir. Hier justement, l'aînée, nous voyant assez stressés à cause des événements de Tripoli, nous disait qu'elle voulait partir du Liban, "car il y a toujours la guerre". Nat l'a rassuré en lui disant que c'était loin, au nord du pays... Le problème, c'est que ça se rapproche dangereusement.

Enfin. Hier, j'ai reçu un mail d'un copain installé en Patagonie, tout au sud de l'Argentine. Il m'envoyait des photos sublimes de la région où il vit. Je me demande simplement s'il n'a pas eu raison de partir loin de tout, dans une région paisible. Faire partir les gens encore accrochés au rêve libanais est certainement l'un des objectifs de cette nouvelle campagne de terreur qui pointe le bout de son nez. 

 
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