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vendredi, 08 juin 2007

Météo au Liban : 24 attentats en 33 mois

Au moment de nous coucher, vers 1h du matin, on a commencé à refaire dans nos têtes la liste des attentats qui ont frappé le Liban depuis octobre 2004 (le premier de la série étant celui perpétré contre Marwan Hamadé le 1er octobre 2004 près du Riviera, et non celui contre Hariri le 14 février 2005). Nous en avons comptabilisé 24 (on en a peut-être oublié un en cours de route, pardonnez-nous!), avec celui qui venait d’avoir lieu trois heures plus tôt à Jounieh près du Christ-Roi.

medium_attentats_liban_2004_2007.2.jpg

Parmi les derniers attentats (ceux ayant eu lieu depuis le 20 mai et le début de la «crise» avec le groupe Fatah al-Islam au camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared), nous avons cherché à trouver une logique. Exercice difficile: Achrafieh, Verdun, Aley, Chiyah, Sed el-Bauchrieh, Jounieh… Le groupuscule jihadiste a affirmé il y a 15 jours qu’il s’en prendrait aux symboles chrétiens. Examinons la carte… Sur les 6 derniers attentats, 4 ont eu lieu près d’églises (Mar Mitr en face de l’ABC, à Chiyah même si ce quartier est à majorité chiite, Mar Takla à Bauchrieh) ou de forts symboles chrétiens (la statue du Christ-Roi à Jounieh). Manquerait plus que cela arrive à Bkerké, Harissa ou à la cathédrale Saint-Georges...

Avec ces 6 attentats, on peut remarquer aussi qu’ils se produisent tard dans la soirée, dans des endroits quasiment déserts à cette heure-là. L’objectif ne semble donc pas (pour l’instant) de tuer, mais de faire peur. La question est donc (comme toujours): à qui profite le crime? Qui cela arrange-t-il que le pays sombre dans la psychose? Il y a 4 options (avec pour chacune des raisons bien différentes):

  • Le groupe Fatah al-Islam ou un groupuscule «frère»
Comme promis, ils mettent le bordel, et le font volontairement sans bain de sang pour dire «vous voyez, on peut le faire, ne nous cherchez pas trop sinon ça saignera beaucoup plus…»
  • Les services de renseignements syriens
Comme d’hab, pour montrer que les Libanais ne savent pas y faire pour la sécurité sans eux. La méthode (voitures et valises piégées) est plutôt coutumière.
  • Les services de renseignements israéliens
Pour casser la saison touristique comme l’année dernière, en profitant du chaos ambiant. Pour eux, un Liban à genoux est un Liban comme il faut.
  • Le gouvernement libanais

Pour montrer que le pays est au bord du gouffre (situation dont l’opposition peut difficilement profiter aujourd’hui), et pour gagner du temps d’ici la présidentielle de l’automne. Une hypothèse certes tordue, mais...

Même si certaines de ces options peuvent paraître loufoques, il ne faut rien écarter dans ce beau pays de fous. C'est bien la seule chose qu'il y a à apprendre je crois.

vendredi, 08 décembre 2006

Billard en 5 bandes

medium_billard.jpgLes amateurs de billard français comprendront facilement l’analogie. Les derniers développements locaux et internationaux nous font craindre le pire, et comme on s'attend à tout là où nous sommes... C’est toujours comme ça avec le Liban: les plus graves dangers qui le guettent viennent d’abord de l’extérieur avant de trouver des grosses caisses de résonance sur la scène interne.

Première bande
2003: Les Américains se lancent dans une guerre inepte en Irak.
Deuxième bande
2005: La Syrie, pointée du doigt par la communauté internationale (à tort ou à raison) suite à l’assassinat de Rafic Hariri, est obligée de suspendre sa tutelle sur le pays du cèdre. Cette tutelle avait été avalisée par Washington au moment de la Guerre du Golfe. Là, honneur arabe bafoué oblige, on se dit que le régime syrien va jouer la carte de la terre brûlée… En tout cas, Assad Junior ne peut pas se laisser déculotter alors que son cher papa avait mis tant de savoir-faire dans ses magouilles géopolitiques.
Troisième bande
2006: Après une grande campagne de déstabilisation menée en 2005 avec plus d’une dizaine d’attentats, le Liban subit une guerre ultra violente en juillet-août. Le processus politique local (baptisé dialogue national) est au point mort. Parallèlement, Damas – passé maître dans l'art de gagner-du-temps-on-verra-bien-plus-tard – semble exaspéré par l’idée d’un Tribunal international dans l’affaire Hariri (un aveu de culpabilité?). Il va bien falloir trouver une solution pour monnayer une alternative…
Quatrième bande
2006 toujours: Flûte, les Américains s’aperçoivent, officiellement, que leur guerre en Mésopotamie est un désastre, dans cet Irak coincé entre le maléfique Iran et cette charmante Syrie. James Baker (qui avait indirectement fait tant de mal au Liban sous la présidence de Bush père) arrive avec son rapport: la guerre est un échec, il va falloir intégrer l’Iran et la Syrie dans une solution régionale (eh voilà, le temps gagné peut toujours servir....). Une Syrie qui a, 3 semaines plus tôt, officiellement repris des relations diplomatiques avec l’Irak sous tutelle américaine après 24 ans de brouille (cherchez l'erreur!).
Cinquième bande

Et c’est là que commence la politique-fiction… Damas, qui pourrait avoir un rôle «stabilisateur» en Irak, s’attire temporairement les bonnes grâces de Washington. Et quoi comme monnaie d’échange? Bein on peut commencer par enterrer (ou travestir) l’idée du Tribunal, et puis au pire des cas, on peut envisager un retour tranquillou de Bashar et de ses acolytes sur la scène libanaise (via un cheval de Troie?). Et comme l’Histoire a souvent tendance à se répéter, ce scénario n’est pas complètement inepte, lui.

 
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