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jeudi, 26 avril 2012

Cachez ce slip que je ne saurais voir

liban,beyrouth,procès,graffiti,semaan khawam,superman,palais des justiceIl faut une sacrée dose d’humour (noir) pour en sourire encore. Les prétoires beyrouthins sont actuellement débordés. Les affaires de la plus haute importance se succèdent. Un graffeur attend son verdict le 25 juin prochain. Le crime de Semaan Khawam? Un pochoir montrant un soldat armé d’un AK-47. Il risque 3 mois de prison pour «trouble à l’ordre public». Personnellement, la vue d’une kalashnikov me semble plus violente sur un drapeau que sur les murs déjà bien encombrés de Beyrouth. Toujours dans le domaine du tag politiquement incorrect, Ali Fakhri et Khodr Salamé ont goûté la joie d’être arrêtés et interrogés pour des graffs en faveur de la «révolution» actuelle en Syrie. Puis, dernier dossier en date, celui d’Edmund Hedded et de Rawya el-Chab, poursuivis pour «atteinte à la pudeur» et «humour, terminologie et gestes indécents sur scène» suite à une vente d’hommes aux enchères (au bénéfice d'une association s'occupant d'enfants malades du cœur) durant laquelle Edmund a dévoilé un bout de son caleçon à l’effigie de Superman. Prochaine audience le 30 mai au palais de Justice.

De l’humour, il en faut donc beaucoup. Beaucoup beaucoup beaucoup. Hier, j’étais chez mon cher dentiste. Au moment de fixer l’heure de la prochaine séance de torture, il sort son téliPhone, et lance une application que je ne connaissais pas (honte à moi): Beirut Electricity. Histoire de voir si «mercredi prochain 15h45» tombera ou non dans la mauvaise tranche. Ce scandale – parmi tant d’autres – mériterait bien de menotter quelques ministres et ex-ministres. Mais bon, s’attaquer à Superman est un défi plus noble, convenons-en.

En fait, en me baladant du côté d’Adlieh, j’ai enfin compris pourquoi notre cher système judiciaire semble s’enorgueillir de marcher à côté de ses rangers. Il suffit pour cela de regarder le nom du quartier sur les murs.

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lundi, 27 février 2012

Beyrouth sur écoute (à Bruxelles et Paris)

Et voilà. Trois ans sont passés depuis Jours tranquilles à Beyrouth et notre petite virée en Europe pour la promo du livre. Mille choses se sont passées depuis, et je repars seul vers Bruxelles et Paris pour présenter un livre qui me tient tout autant à cœur: Beyrouth sur écoute. Voici en avant-première le programme complet des festivités...

Samedi 3 mars à 15h
Dimanche 4 mars à 14h

> Séances de dédicace à la Foire du livre de Bruxelles, Stand CEC (303), avec expo de 8 photos extraites du livre

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Vendredi 16 mars à 19h
> Séance de dédicace au Salon du livre de Paris, Stand PACA, allée T, Espace 27

Samedi 17 mars à 15h30
> Séance de dédicace à la librairie de l'Institut du monde arabe à Paris, en compagnie de Mazen Kerbaj qui sera lui aussi à Paris, pour son livre Cette histoire se passe

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Le reste du monde attendra.

mardi, 13 décembre 2011

Beirut Prints s'affiche

liban,beyrouth,beirut prints,affiches,postersAllez, un peu de pub ne peut pas faire de mal. Surtout pour Beirut Prints, ce projet né dans la foulée de Beyrouth sur écoute. Vous avez peut-être déjà remarqué les stands dans plusieurs librairies de Beyrouth, présentant une première série d’affiches (58x88cm) consacrées à la capitale libanaise, histoire de montrer autre chose que la guerre, la violence, les mezzés et les couchers de soleil sur Raouché. Pour cette première étape, Beirut Prints a réuni le travail de sept photographes, mais en a beaucoup d’autres sous le coude. Et question images, il y en a vraiment pour tous les goûts. La deuxième étape arrive très prochainement, avec l'édition de tirages photo professionnels numérotés.

Ça ferait de beaux cadeaux de Noël, non? Et pour les lecteurs de ce blog vivant à l’étranger, il y a toujours la possibilité de les commander online, ici et . :-)

jeudi, 08 décembre 2011

George et l'or

Mai dernier, quelque chose comme ça. Je retrouve George à une table du Demo. Le grand échalas arrive, cheveux dénoués. Nous discutons photo. Sur l’écran de son cellulaire, il me montre une série qu’il aimerait approfondir, explorer, exposer. Je suis sidéré par le garçon, par son atypique douceur. Du haut d’une vingtaine gentiment entamée, il sait où il va. Sa démarche est là.

Hier soir. Rendez-vous au Art Lounge, à la Quarantaine. George Zouein expose son exploration du sujet. Quatre tirages d’un mètre cinquante. C’est peu et beaucoup à la fois. Il me dit «Commence par celle-là, à droite.» J’obéis. Arrivé à la troisième, je m’arrête. Je me dis «La voilà». C’est à peine si je regarde deux minutes la quatrième, celle que l’on ne voit pas en entrant. Je retourne en arrière. A deux mètres, juste en face du cadre, un canapé m’appelle. Je m’installe et je bloque. Je bloque de très longues minutes. Et je découvre le secret de cette image, la lettre qu’il manque à son prénom. George arrive près de moi. La salle est un peu bruyante, on s’entend mal.

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– «Tu as vu?
– Quoi?
– Là, le ‘S’.
– Oui... c’est vrai...
– C’est comme un escalier vers je ne sais pas quoi. C’est de l’or que tu as là.
– Oui, tu veux que je te la présente?
– Hein? Je te dis que c’est de l’or, une image pareille!
– Ah, c’est gentil, ça me touche. C’est juste que la fille s’appelle...»

Je reste là encore quelques minutes à regarder chaque détail, à me laisser aspirer. Puis je m’en vais. En espérant moi aussi (re)trouver mon or le plus vite possible. Une mélodie dans la tête.
podcast

lundi, 26 septembre 2011

Cherchez l'intrus

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dimanche, 11 septembre 2011

La Grande brasserie, vaisseau fantôme

liban,beyrouth,grande brasserie du levantC'était au printemps 2010. Un jour, des étudiants de l'Alba et de l'Université libanaise (Delphine et Kassim si mes souvenirs sont bons, à tout seigneur tout honneur) reviennent d'un reportage et me disent: "Vous ne connaissez pas la Grande brasserie du Levant?" Et bien non, je ne connaissais pas. J'étais pourtant passé devant des dizaines de fois sans y faire attention. Comme pour de nombreux autres endroits atypiques qui me reste encore à découvrir.

Pourtant, la façade se pose là. Immense, imposante. Le bâtiment, avec l'édifice central et les deux ailes, est un labyrinthe de salles, d'escaliers, de couloirs. Tout y est à l'abandon: la paperasse, des caisses de bières poussiéreuses, des machines encore recouvertes de cambouis. Les ténèbres règnent sur les sous-sols et les vastes salles frigorifiques. Certains recoins vous glacent les sangs. Et puis il y a le gardien des lieux, le vieux et chaleureux Boutros. Vous en apprendrez bientôt davantage sur lui.

Quelques jours seulement après que ces deux étudiants m'ont montré leurs photos, j'y suis donc allé. Faire un repérage. Et en me disant que ce serait un crime d'abattre un tel vaisseau abandonné. Le potentiel du lieu est énorme: je comprends que des promoteurs puissent se lécher les babines en regardant cette parcelle de terrain très bien située. Moi, je me dis qu'il y a là la plus belle carcasse de béton de la ville à transformer en espace culturel, d'exposition & Co.

Note pour plus tard: après la gare de Beyrouth, ça ferait un bel endroit pour lancer un bouquin, ça.

vendredi, 02 septembre 2011

Lux gremlina

liban,beyrouth,électricité,lampadaires,bassil,berry,l'orient-le jour,magazine,rania magazine,gremlinsOh, c’est vrai, cela avait un petit côté pittoresque il y a 15 ans. Ces coupures de courant, ces sautes de tension, tous ces appareils électriques qui pétaient les plombs les uns après les autres. «C’est à cause des événements, me disait-on. Ça ne va pas durer.»

Mouais.

Nous sommes donc en 2011. Plus de vingt ans après les «événements». Ce matin, Gaby Nasr allumait encore tout le monde dans son billet de L’Orient-Le Jour, avec en point de mire deux aberrations politico-tribales: Berry et Bassil. Le numéro de Magazine, lui, faisait sa Une sur les «irréconciliables» Joumblatt et Aoun. Et dire qu’il y a encore des gens pour suivre ces esprits éclairés...

Pendant que ces tristes clowns s’évertuent à faire croire qu’ils sont vraiment en charge de la chose publique, je me demande simplement comment fonctionne l’éclairage public de Beyrouth. Il arrive souvent de se retrouver, la nuit tombée, dans des rues qui ressemblent plus à des coupe-gorges qu’à autre chose (ceci dit, je préfère ça à me balader aux Halles à Paris un samedi après-midi). Mais en pleine journée, alors que le dieu soleil nous abreuve de sa pluie de photons, les lampadaires fanfaronnent. Du coup, je m’interroge: comment cela fonctionne-t-il? Les heures d’éclairage sont-elles automatisées? Y a-t-il intervention humaine, avec un employé chargé d’appuyer sur un interrupteur pour allumer ces réverbères? Vraiment, quelqu’un pourrait-il me donner un soupçon de début d’indice?

Alors, devant cette énigme que je n’arrive toujours pas à résoudre, je préfère me replonger dans la lecture de la presse libanaise. Car c’est là finalement qu’il y a toujours (enfin, pas toujours...) quelque chose d’intéressant à trouver.

Tenez, hier, par exemple. J’étais chez Tony, le papetier en bas de chez moi. Je regarde le stand des magazines et trouve le dernier numéro de Rania Magazine. Je ne connais pas le nom du (de la) rédacteur(trice) en chef, ni celui du ou de la DA, mais je voudrais les remercier du fond du cœur pour avoir retrouvé la plus attachante des héroïnes ayant bercé mon enfance: la Gremlins fille.

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Vraiment, un très grand merci.

vendredi, 22 juillet 2011

La 5e colonne

Je suis arrivé là, pas vraiment par hasard. Sur ce bout de terre qui n'en est pas vraiment un. Je pense qu'il ne devait pas être là il y a vingt ans. Peut-être, un jour, la mer s'est-elle retirée. Juste à cet endroit. Laissant alors apparaître la colonne vertébrale d'un monstre sorti du fond des âges. Là, à Beyrouth, sur ce front de mer qui tente désespérément de se donner des airs de je-ne-sais-quoi.

DSC_0036snb.jpg

En la voyant, j'ai essayé de m'imaginer la bête. Colossale. Agressive. Avec une queue interminable lui servant d'arme fatale contre ses congénères. Elle devait bien mesurer 300 mètres de long, peser des dizaines de tonnes. Peut-être venait-elle d'une autre planète. Je n'en sais rien.

Pendant une heure, j'ai tenté de comprendre ce qu'elle faisait là. Comment elle était arrivée là. Pourquoi personne n'en parlait en ville. Incroyable tout de même, cette preuve d'une vie dépassant tout ce que la Terre avait enfanté auparavant. Ici, à Beyrouth et nulle part ailleurs.
Je me suis approché, j'ai touché ces vertèbres minéralisées. Elles étaient lisses et rugueuses en même temps, devaient s'emboîter parfaitement les unes aux autres. J'imaginai les masses de cartilages et de tendons qui avaient, quelque part dans le temps, relié tout ça, animé tout ça, avec une puissance inégalée. Je n'en revenais pas de cette découverte. Je voyageai sur place, dans un silence bercé par un lointain ressac.

 

[...]

Et puis il est arrivé. Le petit bonhomme en gris que j'avais repéré en arrivant, ronquant tranquillement à l'ombre de sa cahute. «Mamnou3, mamnou3!», me lança-t-il alors que j'étais en train de prendre une dernière photo de cette monstrueuse colonne vertébrale. Mon petit rien tout gris m'explique alors que ce terrain est la propriété (privée) de Solidere et qu'il est évidemment interdit d'y venir, qui plus est équipé de cette odieuse invention numérique.

Solidere, Dahyeh, même combat. Le pays s'est transformé en gigantesque propriété privée où prendre une photo est passible de la peine de mort. Il me fait rire, ce bon monsieur Mikati, quand il déclare que la priorité des priorités est d'assurer la «prospérité de la saison touristique».

Chers touristes, vous êtes les bienvenus, évidemment. Mais mieux vaut vous prévenir: la 5e colonne veille au grain, alors contentez-vous d'acheter des cartes postales.

mardi, 28 juin 2011

Nouveaux locataires ?

« – Chou hayda? On va avoir de nouveaux voisins?, demande Laure.
– Je ne sais pas, tante. Je n'ai pas mes lunettes, mais on dirait bien un parking là-bas?, lui répond Georges.
– Un parking? Mais qu'est-ce que tu me chantes là? Tu le vois bien, c'est un immeuble, rétorque Ammo Charles.
– La, mich ma'oul ! Un immeuble ici, impossible. C'est bien le dernier endroit où on peut construire un immeuble!, l'interrompt Lutfallah.
– Mais tu ne te rends pas comptes, partout dans le quartier, c'est la même chanson. Des immeubles neufs qui poussent de partout!, s'entête Ammo Charles.
– Oui, mais pas ici!, assène Lutfallah avec aplomb.
– Je dois dire que je suis d'accord, avance Laure. Ça me paraît incongru de construire une tour au-dessus de nos têtes.
– Eh!, Regardez un peu à gauche. Vous voyez ce que je vois?, demande Georges aux autres.
– Quoi, les piliers de béton?, relance Ammo Charles.
– Oui! C'est tout de même incroyable! Un immeuble à flanc de colline, passe encore, mais un autre en plein milieu, c'est du grand n'importe quoi!
– Tu sais habibi, les proprios ont peut-être senti un bon filon: construire pour augmenter le nombre de locataires. Ça serait logique, remarque le cousin Nicolas qui arrive, sûr de lui. A leur place, j'en aurais fait autant. Il n'y a plus de surface au sol, alors il faut grimper, c'est la loi de notre nature.
– Tu ne m'enlèveras pas de l'idée que c'est totalement saugrenu, regrette Georges.
– Nous étions si bien ici, murmure Laure. Haram, quel dommage... Et puis je suis sûre que ce sont les nouveaux riches qui poussent les propriétaires à construire. Ils veulent avoir une place parmi nous, parmi les grandes familles d'Achrafieh.
– Peut-être. En tout cas, je me demande combien ça coûtera d'être tout en haut avec vue sur la mer?, s'interroge Nicolas avec malice.
– Ah la mer...» Laure se tait quelques secondes, puis reprend. «Quand je suis arrivée ici, il y a bien longtemps, je la voyais entre les pins.»


[...]

Je ne sais pas si le cousin Nicolas a raison du fond de son caveau, mais bon. Le cimetière Mar Mitr était un bel endroit, presque calme, dans la ville bourdonnante. Interdit d'y prendre des photos, peut-être à cause de toutes les «stars» qui y ont élu domicile. Mais en ce moment, le son du chantier couvre celui des cloches. Entre la peste et le choléra, difficile de choisir.

cimetiere mar mitr.jpg

mercredi, 15 juin 2011

Min ma3é ?

Le téléphone vibre. Le téléphone sonne. Sur l'écran, un numéro inconnu apparaît. Je décroche.

decline.jpg

« – Allô?
– 3allô? (difficile de rendre par écrit la nonchalance du début du mot «3allô», le son «3a» s'étalant sur deux bonnes secondes, comme une mauvaise panade)
– Oui?
– Min ma3é?
– Hein?
– Min ma3é?
– Chou, min ma3é?
– Min 3ambyehké?
– Enta min?
– La, la, la. Min ma3é?
– OK habibi. Bye bye.»

Je l'avoue: cela fait des années que ça dure et c'est une chose à laquelle je n'arrive pas à m'habituer. En gros (pour ceux qui n'ont pas saisi l'essence du petit dialogue ci-dessus), quelqu'un appelle en s'étant trompé de numéro, tombe sur un interlocuteur qu'il ne connaît pas (moi, donc) et demande à ce dernier de décliner son identité. C'est systématique. Moi, ça me gonfle. De manière fort légitime, d'ailleurs. Dire qui je suis à un étourdi du clavier que je ne connais ni d'Eve ni d'Ali et qui n'a pas la délicatesse de donner son nom, je n'y vois pas trop d'intérêt. Au mieux, un motif d'agacement.

Mais attention. Parfois, le téléphone sonne de nouveau.

« – 3allô?
– Chou baddak ba3d?
– Abou Youssef?
– La.
– Min ma3é?
– ... (silence, je cherche le bon mot pour lui signifier mon agacement)
– Chou esmak?
– Tu commences à me péter les noix, toi! Min 3ambyehké?
– Abou Youssef mawjoud?
– Mafi Abou Youssef honé. Ghalat!»

Je raccroche. Le téléphone sonne à nouveau. Le même numéro s'affiche. Je laisse sonner dans le vide. A mon corps défendant, je l'avoue, je ne m'appelle pas Abou Youssef.

[...]

Pendant ce temps-là, Abou Youssef devait certainement être en train de regarder la télé en découvrant la composition du nouveau gouvernement. En se demandant certainement «Min ma3 baladé?».

«Ghalat, habibi.» Depuis le temps, question gouvernements de branques, Abou Youssef devrait être habitué, lui.

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