samedi, 04 août 2007
Je t'aime moi non plus
Bon ben voilà. Cela fait aujourd’hui un an que nous animons – tant bien que mal – ce blog. Un peu plus de 200 posts, c’est une bonne moyenne, avec des prises de tête, des engueulades, des moments de déprime, de grandes satisfactions…
Ce blog, nous l’avons démarré dans un contexte particulier, dont tout le monde se souvient évidemment: la guerre de juillet dernier. Un an après, où en sommes-nous? Le constat n’est guère glorieux.
Hier, je réécoutais un CD enregistré vers 1998. La musique étant – tout comme les odeurs – une prodigieuse machine à remonter le temps, je me suis retrouvée à cette époque où tout était loin d’être rose mais où je n’avais pas ce sentiment de «désespérance» que nous ressentons aujourd’hui.
Je suis arrivée au Liban en 1995. Le pays du cèdre était alors une terre d’opportunités où tout semblait possible, où tout était à (re)construire, en dépit de la présence syrienne. Un comble, je sais.
Des moments difficiles, il y en a eu, et un paquet. Jusqu’à l’assassinat de Hariri en 2005, le retrait des Syriens, et l’enclenchement des attentats en série. La «révolution du Cèdre»? On n’assiste pas tous les jours à un rassemblement populaire de l’ampleur de celui du 14 mars et l’enthousiasme des manifestants faisait plaisir à voir, c’est vrai, mais je n’ai jamais réussi à y croire complètement. Et après? Ben après, je continuais à me dire que les choses pouvaient évoluer positivement, peut-être…
Et puis il y a eu la guerre de juillet. Je crois ne pas être la seule (du tout) à avoir vécu cet été fatidique comme le coup de massue en trop. Certains diront qu’elle était prévisible, d’autres qu’elle était légitime. Mais je n’ai pas envie de parler politique maintenant. Ce qui devait arriver arriva, comme dirait ma fille, tout simplement.
Ce que je sais, c’est qu’il y a eu quelque chose de brisé, que les événements depuis n’ont absolument pas contribué à réparer, loin de là. La confiance, en premier lieu. Dans ce pays, dans son avenir, dans sa faculté à tenir debout et à vivre ensemble.
En 12 ans dans ce pays, je n’ai jamais été aussi découragée parce que je ne sais plus où regarder pour trouver une petite lumière au bout du tunnel. Bon sang, qu’il faut l’aimer, ce pays, pour s’y accrocher alors que, comme l’un de nos commentateurs l’écrivait, nous pourrions tout simplement rentrer en France, petits veinards que nous sommes. Sauf que c’est ne pas tenir compte d’une donnée fondamentale: le Liban, c’est chez nous. Un jour, David racontera peut-être ce que c’est d’être étranger au Liban, encore qu’en tant que Français, il soit moins mal loti que d’autres. Mais je le trouve bien loyal (et je m’estime chanceuse) de rester ici en dépit de tout.
Qu’y a-t-il au Liban qui le rende si irrationnellement attachant et qui, dans le même temps, fasse tout pour faire fuir ceux qui y vivent?
18:50 Publié dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : liban, un an après, blog, beyrouth
jeudi, 22 février 2007
Et si ça pétait?
Ce matin en partant de chez nous, la circulation était fortement ralentie sur le grand boulevard, au niveau de l’ancien immeuble de la chaîne de télé MTV (à 300m de chez nous, en plein cœur d'Achrafieh): militaires et gendarmes quadrillaient le périmètre. Une caisse de bâtons de dynamite venait d’être trouvée et les démineurs étaient en train de faire leur boulot. Tout le monde a en tête le double attentat de la semaine passée à Aïn Aalaq (3 morts près de Bikfaya). Il y a 2 jours, une caisse identique à celle de ce matin avait été désamorcée à Bir Hassan, dans la banlieue sud. Et ce midi, la nouvelle de 2 autres caisses découvertes aujourd’hui circulaient en ville.
La question est: ces caisses sont-elles là pour être trouvées à temps? Sont-elles là pour exploser? En tout cas, elles atteignent un but dans l’une ou l’autre des hypothèses: elles entretiennent la peur, et jettent un peu plus de suspicion sur cette «main étrangère» qui n’a d’autre ambition de que foutre le bordel dans le pays.
18:25 Publié dans Attentats, Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, liban, dynamite, achrafieh
mercredi, 21 février 2007
Quoi de neuf docteur?
Il circule depuis quelques jours cette blague sur des hommes politiques libanais tout à fait identifiables...
Il y a deux leaders chrétiens au Liban: un docteur qui n’a jamais vu de malade, et un malade qui n’a jamais vu de docteur.
18:15 Publié dans Humour (noir?) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, liban, blague, geagea, aoun
jeudi, 15 février 2007
Les deux drapeaux de trop
Au Liban, le 14 février ne rime plus avec Saint-Valentin depuis deux ans. Du coup, hier, bon nombre de Libanais ont délaissé les fleuristes pour se rendre place des Martyrs, pour rendre hommage à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Quoi que l’on pense du bonhomme (ce ne fut pas vraiment un saint), il paraît normal de réclamer la mise en place du fameux tribunal pénal international chargé de juger ses assassins, que l’on soit dans la majorité ou dans l’opposition. «La vérité», le slogan qui illustre le mieux ce combat depuis 2 ans, devrait être l’affaire de tous les Libanais.
En tout cas, hier dans la manifestation, tout le monde y est allé de sa pancarte et de son drapeau. Comme sur le sit-in de l’opposition (sur le haut de la place des Martyrs), on a pu voir hier une kyrielle de fanions: blanc frappé du cèdre dans un cercle rouge pour les Forces libanaises, rouge-bleu pour le PSP de Joumblatt, blanc-bleu ciel pour le Courant du Futur du clan Hariri, rouge-blanc-or pour le PNL de Chamoun, blanc avec un cèdre stylisé pour les Kataëbs… On a même vu le grand drapeau rouge orné d’une faucille et d’un marteau du Parti communiste. Le tout noyé dans une mer de drapeaux libanais.
Au bout d’un moment, nous sommes allés faire un tour du côté du sit-in de l’opposition, après avoir montré patte blanche aux militaires qui ont bien fait leur boulot pour que les deux camps ne puissent même pas échanger un regard. Sur place, c’était désert. Près des barrières, à 50m du mur de barbelés séparant la place en deux, nous avons vu un groupe de jeunes du Hezbollah brandir… un drapeau iranien. De retour dans la manif, nous avons vu fleurir des drapeaux saoudiens. Si cet affichage non-national n’était le fruit que d’initiatives isolées, il n’en demeure pas moins qu’il est symptomatique des affinités régionales des deux camps. Finalement, depuis plusieurs décennies se rejoue la même partie d’échecs, le Liban n’étant que l’éprouvette de la région, où toutes les alliances, les enjeux et les inimitiés qui dépassent le pays se rejoignent. Ce serait bien que ça s’arrête, non?
10:55 Publié dans Hezbollah, Reportages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, liban, manifestation, hariri, drapeaux
lundi, 12 février 2007
"L'impôt citoyen" de Ségolène
Etre contre Sarkozy ne veut pas dire que l'on soit forcément de gauche et pour Ségolène par la même occasion. La visite de cette dernière au Liban nous a radicalement coupé l'envie de voter pour elle. Et ce week-end, la candidate du PS nous a donné encore une autre raison avec un détail de son programme: son "impôt citoyen", suggéré par DSK. Je ne vois pas pourquoi je devrais m'acquitter de cet impôt spécial pour les Français de l'étranger (même s'il y a de fortes chances que nous soyons sous le barème). Nous payons déjà des charges (lourdes) en France et nous n'avons aucun des avantages (allocs en tout genre...). Et elle voudrait que l'on casque encore pour que "l'on ne se désintéresse pas de la France"! Merci, c'est trop gentil de penser à nous comme ça... C'est vraiment dommage que le vote blanc ne serve à rien dans cette République.
11:35 Publié dans Elections | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, liban, ségolène, impôt citoyen
mercredi, 07 février 2007
Le petit Nicolas illustré
Il y a quelques jours, nous avons regardé – comme beaucoup de Français, en France ou ailleurs – l’émission de TF1 avec Nicolas Sarkozy. Le lendemain, je me suis amusé à lire dans la presse la réaction des éditorialistes. Certains l’ont trouvé «cool», d’autres «parfois agacé». Dans leur immense majorité, les journaux français ont écrit que le sinistre de l’Intérieur avait placé la barre haut pour ses successeurs (Le Pen, Royal…) dans le genre «monologue trop bien préparé pour être honnête». Personne n’a semblé interloqué par le maniement de la langue française par le petit Nicolas. Personne n’éliera – ou non – un candidat sur son français, certes. Mais les fautes de grammaire (une par phrase ou presque) étaient abracadabrantesques. On stigmatise souvent les journalistes et autres présentateurs télé sur leur mauvais français. Mais là, les académiciens ont dû s’arracher les cheveux. Peut-être est-ce futile de s’attacher à ce genre de détails. Peut-être pas.
21:00 Publié dans Elections, Télé & Vidéo | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrout, liban, sarkozy, TF1
mercredi, 31 janvier 2007
Barbie a du mouron à se faire

La semaine dernière (jeudi pour être exact, le jour des émeutes entre étudiants sunnites et chiites), en bons homo consommateurus, nous sommes allés au BHV, à Jnah dans la banlieue sud. Au moment de passer à la caisse, Nat m'attire l'attention sur une falaise de jouets. Cette falaise, rose, était constituée d'un empilement régulier de boîtes contenant des poupées. Des Barbies, me suis-je dit sans lire le nom de la poupée. Nat arrive et me dit: "Regarde!" La Barbie s'appelle en fait Fulla. Elle est belle, bien gaulée, elle aime la mode (sauf les maillots de bain) et est disponible en 2 versions: Outdoor et Indoor. En bref, dans la version d'intérieur, Fulla est comme Barbie: elle a des fringues sexys (mais pas trop quand même), un beau maquillage, des mèches dans les cheveux... Dans la version d'extérieur, elle porte le hijab, un grand voile noir la couvrant de la tête aux pieds. Waou! Ça, c'est de la concurrence pour la pétasse américaine!
Après une recherche rapide, j'ai trouvé l'origine de Fulla. Elle est produite depuis plus de 2 ans en Syrie par la société New Boy à Damas, après 4 ans de recherche et de développement. Et c'est un vrai carton commercial, du Maghreb au Machreq en passant par les pays du Golfe. Pour reprendre les mots du manager de New Boy, "Fulla est un personnage que parents et enfants peuvent considérer comme un membre de leur famille. Elle est honnête et ne ment jamais, elle est aimante, dévouée et elle respecte son père et sa mère. Elle est bonne avec ses amies, elle aime la lecture et adore la mode". Certains médias occidentaux l'ont appelé la Barbie musulmane, pour faire court, et pour stigmatiser le fossé entre nos civilisations. Mais Fulla est un véritable phénomène dans nos contrées. Ça donne de quoi réfléchir...
19:10 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, liban, poupée, barbie, fulla
Heuristiques libanaises
18:30 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, liban, heuristiques libanaises
mardi, 30 janvier 2007
Pas de miracle pour Bosta
Il y a quelques mois, une commission attachée au ministère de la Culture avait sélectionné Bosta, le film de Philippe Aractingi (ici en photo dans ce bus qui a fait danser tout le Liban en 2006), pour représenter le Liban à la grand messe holywoodienne des Oscars. Bosta avait coiffé sur le fil Perfect day dans le choix, pour son côté "folklorique", comme m'avait expliqué l'un des membres de ladite commission. Ici, tout le monde s'est dit que c'était jouable, que ce choix pouvait aboutir à la sélection de Bosta pour les 5 fameux "nominés". Le contexte politique aidant, l'image du pays salie par la guerre de l'été dernier... Eh bein non, Bosta n'a pas été sélectionné. L'Académie a préféré l'Algérien Indigènes ou le Mexicain Labyrinthe de Pan. Dommage...
12:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, liban, cinéma, bosta, aractingi
mardi, 23 janvier 2007
Démocratie?
Aujourd’hui, j’ai vu un visage du pays que je me refusais de voir auparavant. En tout cas, j’essayais de croire que ce genre de scène ne se produirait pas. J’ai peut-être été un peu naïf, tout simplement. Vers 12h30 à Zalka, on a assisté à une mini intifada: d’un côté, les jeunes des Forces libanaises; de l’autre, des jeunes chiites d’un village des hauteurs. Ça s’est caillassé ferme (j’ai même pris un projectile minéral contendant sur le pied), avant que l’armée ne tire d’interminables rafales de fusils automatiques pour calmer les ardeurs de ces jeunes qui ne demandaient qu’à en découdre. J’ai eu peur devant cette violence. Et que dire des barrages de pneus, empestant l’air de Beyrouth. C’est sûr, le Liban vient de cramer aujourd’hui son quota d’émission de gaz toxiques pour 2007. Le Hezbollah avait appelé à une «grève générale», à un «mouvement pacifique». On a eu droit à un avant-goût de guerre civile, avec 3 mmorts et plus de 130 blessés (dont la moitié par balles). Tout à l’heure, le petit caïd de Zghorta, bombant le torse, a annoncé que ce le mouvement serait encore plus impressionnant demain, et comme ça jour après jour tant que le gouvernement Siniora ne démissionnera pas. Bravo pour la belle leçon de démocratie, messieurs. Chapeau bas!
22:50 Publié dans Aoun & les Aounistes, Hezbollah, Reportages | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, grève générale, pneu, zalka









![[2011] La Grande brasserie du Levant](http://chroniquesbeyrouthines.20minutes-blogs.fr/album/la-grande-brasserie-du-levant/3637952539.jpg)
![[2011] Sanctuaire de ciment](http://chroniquesbeyrouthines.20minutes-blogs.fr/album/2011-sanctuaire-de-ciment/1103750217.jpg)



