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samedi, 04 août 2012

6

ans.

samedi, 04 août 2007

Je t'aime moi non plus

medium_oeilpleurelibflag.jpgBon ben voilà. Cela fait aujourd’hui un an que nous animons – tant bien que mal – ce blog. Un peu plus de 200 posts, c’est une bonne moyenne, avec des prises de tête, des engueulades, des moments de déprime, de grandes satisfactions…
Ce blog, nous l’avons démarré dans un contexte particulier, dont tout le monde se souvient évidemment: la guerre de juillet dernier. Un an après, où en sommes-nous? Le constat n’est guère glorieux.

Hier, je réécoutais un CD enregistré vers 1998. La musique étant – tout comme les odeurs – une prodigieuse machine à remonter le temps, je me suis retrouvée à cette époque où tout était loin d’être rose mais où je n’avais pas ce sentiment de «désespérance» que nous ressentons aujourd’hui.

Je suis arrivée au Liban en 1995. Le pays du cèdre était alors une terre d’opportunités où tout semblait possible, où tout était à (re)construire, en dépit de la présence syrienne. Un comble, je sais.

Des moments difficiles, il y en a eu, et un paquet. Jusqu’à l’assassinat de Hariri en 2005, le retrait des Syriens, et l’enclenchement des attentats en série. La «révolution du Cèdre»? On n’assiste pas tous les jours à un rassemblement populaire de l’ampleur de celui du 14 mars et l’enthousiasme des manifestants faisait plaisir à voir, c’est vrai, mais je n’ai jamais réussi à y croire complètement.  Et après? Ben après, je continuais à me dire que les choses pouvaient évoluer positivement, peut-être…

Et puis il y a eu la guerre de juillet. Je crois ne pas être la seule (du tout) à avoir vécu cet été fatidique comme le coup de massue en trop. Certains diront qu’elle était prévisible, d’autres qu’elle était légitime. Mais je n’ai pas envie de parler politique maintenant. Ce qui devait arriver arriva, comme dirait ma fille, tout simplement.

Ce que je sais, c’est qu’il y a eu quelque chose de brisé, que les événements depuis n’ont absolument pas contribué à réparer, loin de là. La confiance, en premier lieu. Dans ce pays, dans son avenir, dans sa faculté à tenir debout et à vivre ensemble.

En 12 ans dans ce pays, je n’ai jamais été aussi découragée parce que je ne sais plus où regarder pour trouver une petite lumière au bout du tunnel. Bon sang, qu’il faut l’aimer, ce pays, pour s’y accrocher alors que, comme l’un de nos commentateurs l’écrivait, nous pourrions tout simplement rentrer en France, petits veinards que nous sommes. Sauf que c’est ne pas tenir compte d’une donnée fondamentale: le Liban, c’est chez nous. Un jour, David racontera peut-être ce que c’est d’être étranger au Liban, encore qu’en tant que Français, il soit moins mal loti que d’autres. Mais je le trouve bien loyal (et je m’estime chanceuse) de rester ici en dépit de tout.

Qu’y a-t-il au Liban qui le rende si irrationnellement attachant et qui, dans le même temps, fasse tout pour faire fuir ceux qui y vivent?

jeudi, 22 février 2007

Et si ça pétait?

medium_tnt.jpgCe matin en partant de chez nous, la circulation était fortement ralentie sur le grand boulevard, au niveau de l’ancien immeuble de la chaîne de télé MTV (à 300m de chez nous, en plein cœur d'Achrafieh): militaires et gendarmes quadrillaient le périmètre. Une caisse de bâtons de dynamite venait d’être trouvée et les démineurs étaient en train de faire leur boulot. Tout le monde a en tête le double attentat de la semaine passée à Aïn Aalaq (3 morts près de Bikfaya). Il y a 2 jours, une caisse identique à celle de ce matin avait été désamorcée à Bir Hassan, dans la banlieue sud. Et ce midi, la nouvelle de 2 autres caisses découvertes aujourd’hui circulaient en ville.

La question est: ces caisses sont-elles là pour être trouvées à temps? Sont-elles là pour exploser? En tout cas, elles atteignent un but dans l’une ou l’autre des hypothèses: elles entretiennent la peur, et jettent un peu plus de suspicion sur cette «main étrangère» qui n’a d’autre ambition de que foutre le bordel dans le pays.

mercredi, 21 février 2007

Quoi de neuf docteur?

medium_dentier.jpgIl circule depuis quelques jours cette blague sur des hommes politiques libanais tout à fait identifiables...

Il y a deux leaders chrétiens au Liban: un docteur qui n’a jamais vu de malade, et un malade qui n’a jamais vu de docteur.

jeudi, 15 février 2007

Les deux drapeaux de trop

medium_haririroses.jpgAu Liban, le 14 février ne rime plus avec Saint-Valentin depuis deux ans. Du coup, hier, bon nombre de Libanais ont délaissé les fleuristes pour se rendre place des Martyrs, pour rendre hommage à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Quoi que l’on pense du bonhomme (ce ne fut pas vraiment un saint), il paraît normal de réclamer la mise en place du fameux tribunal pénal international chargé de juger ses assassins, que l’on soit dans la majorité ou dans l’opposition. «La vérité», le slogan qui illustre le mieux ce combat depuis 2 ans, devrait être l’affaire de tous les Libanais.

En tout cas, hier dans la manifestation, tout le monde y est allé de sa pancarte et de son drapeau. Comme sur le sit-in de l’opposition (sur le haut de la place des Martyrs), on a pu voir hier une kyrielle de fanions: blanc frappé du cèdre dans un cercle rouge pour les Forces libanaises, rouge-bleu pour le PSP de Joumblatt, blanc-bleu ciel pour le Courant du Futur du clan Hariri, rouge-blanc-or pour le PNL de Chamoun, blanc avec un cèdre stylisé pour les Kataëbs… On a même vu le grand drapeau rouge orné d’une faucille et d’un marteau du Parti communiste. Le tout noyé dans une mer de drapeaux libanais.

medium_drapiranien.jpgAu bout d’un moment, nous sommes allés faire un tour du côté du sit-in de l’opposition, après avoir montré patte blanche aux militaires qui ont bien fait leur boulot pour que les deux camps ne puissent même pas échanger un regard. Sur place, c’était désert. Près des barrières, à 50m du mur de barbelés séparant la place en deux, nous avons vu un groupe de jeunes du Hezbollah brandir… un drapeau iranien. De retour dans la manif, nous avons vu fleurir des drapeaux saoudiens. Si cet affichage non-national n’était le fruit que d’initiatives isolées, il n’en demeure pas moins qu’il est symptomatique des affinités régionales des deux camps. Finalement, depuis plusieurs décennies se rejoue la même partie d’échecs, le Liban n’étant que l’éprouvette de la région, où toutes les alliances, les enjeux et les inimitiés qui dépassent le pays se rejoignent. Ce serait bien que ça s’arrête, non?

lundi, 12 février 2007

"L'impôt citoyen" de Ségolène

medium_ATT159871.jpgEtre contre Sarkozy ne veut pas dire que l'on soit forcément de gauche et pour Ségolène par la même occasion. La visite de cette dernière au Liban nous a radicalement coupé l'envie de voter pour elle. Et ce week-end, la candidate du PS nous a donné encore une autre raison avec un détail de son programme: son "impôt citoyen", suggéré par DSK. Je ne vois pas pourquoi je devrais m'acquitter de cet impôt spécial pour les Français de l'étranger (même s'il y a de fortes chances que nous soyons sous le barème). Nous payons déjà des charges (lourdes) en France et nous n'avons aucun des avantages (allocs en tout genre...). Et elle voudrait que l'on casque encore pour que "l'on ne se désintéresse pas de la France"! Merci, c'est trop gentil de penser à nous comme ça... C'est vraiment dommage que le vote blanc ne serve à rien dans cette République.

mercredi, 07 février 2007

Le petit Nicolas illustré

medium_sarkotf1.jpgIl y a quelques jours, nous avons regardé – comme beaucoup de Français, en France ou ailleurs – l’émission de TF1 avec Nicolas Sarkozy. Le lendemain, je me suis amusé à lire dans la presse la réaction des éditorialistes. Certains l’ont trouvé «cool», d’autres «parfois agacé». Dans leur immense majorité, les journaux français ont écrit que le sinistre de l’Intérieur avait placé la barre haut pour ses successeurs (Le Pen, Royal…) dans le genre «monologue trop bien préparé pour être honnête». Personne n’a semblé interloqué par le maniement de la langue française par le petit Nicolas. Personne n’éliera – ou non – un candidat sur son français, certes. Mais les fautes de grammaire (une par phrase ou presque) étaient abracadabrantesques. On stigmatise souvent les journalistes et autres présentateurs télé sur leur mauvais français. Mais là, les académiciens ont dû s’arracher les cheveux. Peut-être est-ce futile de s’attacher à ce genre de détails. Peut-être pas.

mercredi, 31 janvier 2007

Barbie a du mouron à se faire

medium_Fulla2.gifmedium_fulla.2.jpgLa semaine dernière (jeudi pour être exact, le jour des émeutes entre étudiants sunnites et chiites), en bons homo consommateurus, nous sommes allés au BHV, à Jnah dans la banlieue sud. Au moment de passer à la caisse, Nat m'attire l'attention sur une falaise de jouets. Cette falaise, rose, était constituée d'un empilement régulier de boîtes contenant des poupées. Des Barbies, me suis-je dit sans lire le nom de la poupée. Nat arrive et me dit: "Regarde!" La Barbie s'appelle en fait Fulla. Elle est belle, bien gaulée, elle aime la mode (sauf les maillots de bain) et est disponible en 2 versions: Outdoor et Indoor. En bref, dans la version d'intérieur, Fulla est comme Barbie: elle a des fringues sexys (mais pas trop quand même), un beau maquillage, des mèches dans les cheveux... Dans la version d'extérieur, elle porte le hijab, un grand voile noir la couvrant de la tête aux pieds. Waou! Ça, c'est de la concurrence pour la pétasse américaine!

Après une recherche rapide, j'ai trouvé l'origine de Fulla. Elle est produite depuis plus de 2 ans en Syrie par la société New Boy à Damas, après 4 ans de recherche et de développement. Et c'est un vrai carton commercial, du Maghreb au Machreq en passant par les pays du Golfe. Pour reprendre les mots du manager de New Boy, "Fulla est un personnage que parents et enfants peuvent considérer comme un membre de leur famille. Elle est honnête et ne ment jamais, elle est aimante, dévouée et elle respecte son père et sa mère. Elle est bonne avec ses amies, elle aime la lecture et adore la mode". Certains médias occidentaux l'ont appelé la Barbie musulmane, pour faire court, et pour stigmatiser le fossé entre nos civilisations. Mais Fulla est un véritable phénomène dans nos contrées. Ça donne de quoi réfléchir...

Heuristiques libanaises

medium_Heuristiques.jpgJuste un petit post pour vous signaler la présence sur la Toile d'un blog libanais francophone, animé par un Libanais depuis Paris. Le bloggeur est amateur de bons mots, et n'a pas la langue dans sa poche. Alors si vous avez 2 minutes, clickez sur l'image, elle vous y emmènera illico...

mardi, 30 janvier 2007

Pas de miracle pour Bosta

medium_Bosta.jpgIl y a quelques mois, une commission attachée au ministère de la Culture avait sélectionné Bosta, le film de Philippe Aractingi (ici en photo dans ce bus qui a fait danser tout le Liban en 2006), pour représenter le Liban à la grand messe holywoodienne des Oscars. Bosta avait coiffé sur le fil Perfect day dans le choix, pour son côté "folklorique", comme m'avait expliqué l'un des membres de ladite commission. Ici, tout le monde s'est dit que c'était jouable, que ce choix pouvait aboutir à la sélection de Bosta pour les 5 fameux "nominés". Le contexte politique aidant, l'image du pays salie par la guerre de l'été dernier... Eh bein non, Bosta n'a pas été sélectionné. L'Académie a préféré l'Algérien Indigènes ou le Mexicain Labyrinthe de Pan. Dommage...

mardi, 23 janvier 2007

Démocratie?

medium_greve.jpgAujourd’hui, j’ai vu un visage du pays que je me refusais de voir auparavant. En tout cas, j’essayais de croire que ce genre de scène ne se produirait pas. J’ai peut-être été un peu naïf, tout simplement. Vers 12h30 à Zalka, on a assisté à une mini intifada: d’un côté, les jeunes des Forces libanaises; de l’autre, des jeunes chiites d’un village des hauteurs. Ça s’est caillassé ferme (j’ai même pris un projectile minéral contendant sur le pied), avant que l’armée ne tire d’interminables rafales de fusils automatiques pour calmer les ardeurs de ces jeunes qui ne demandaient qu’à en découdre. J’ai eu peur devant cette violence. Et que dire des barrages de pneus, empestant l’air de Beyrouth. C’est sûr, le Liban vient de cramer aujourd’hui son quota d’émission de gaz toxiques pour 2007. Le Hezbollah avait appelé à une «grève générale», à un «mouvement pacifique». On a eu droit à un avant-goût de guerre civile, avec 3 mmorts et plus de 130 blessés (dont la moitié par balles). Tout à l’heure, le petit caïd de Zghorta, bombant le torse, a annoncé que ce le mouvement serait encore plus impressionnant demain, et comme ça jour après jour tant que le gouvernement Siniora ne démissionnera pas. Bravo pour la belle leçon de démocratie, messieurs. Chapeau bas!

mardi, 16 janvier 2007

Alors, bilan de ces 10 ans?

medium_cake.jpgJe ne me souviens plus quel jour de la semaine c’était. Il y a 10 ans jour pour jour, le 16 janvier 1997, je prenais l’avion pour Beyrouth. Sans savoir si mon aventure allait durer 6 mois, 1 an ou 10 ans justement. En tout cas, ce jour-là, il pleuvait sur Beyrouth. L’avion de la Cyprus s’était immobilisé sur le tarmac mouillé. Je me demandais ce que j’étais en train de faire: je venais de quitter ma copine, ma famille, mes amis, tout cet environnement parisien que je ne connaissais que trop bien. J’avais 23 ans, j'avais envie de me sentir vivre. Ce 16 janvier au soir, quand je suis arrivé dans cet ancien aéroport un peu vieillot, le Liban s’est offert à moi à travers le visage souriant de Samir, que je n’avais pas vu depuis 6 ou 7 ans. Il m’a accueilli chez lui, m’a aidé dans mes premiers pas ici. Je me souviendrai toute ma vie de ces premiers mois passés au Liban, des odeurs, des gens, des saveurs… C’était surtout l’extase de la liberté.

Hier, Nat m’a posé la question fatidique: alors, bilan de ces 10 ans? Et si c’était à refaire? Mis à part deux ou trois détails, je referais la même chose, envers et contre tout.

jeudi, 11 janvier 2007

Le pourrissement: une tactique vaine

medium_cgtl.jpgAprès les manifestations gigantesques de début décembre et le sit-in au centre-ville sous les fenêtres du Grand sérail, l’opposition libanaise a donc opté pour une «escalade» qui ira crescendo. Première scène de ce second acte: la manif de la CGTL mardi matin, dans le bourbier d’Adlieh, secteur reconverti en chantier à ciel ouvert. Résultat, une fois qu’on enlevait les brouettées de travailleurs syriens, les pelletées de journalistes et les 38 tonnes de militaires, il ne restait plus grand monde. Ça sentait le petit rassemblement mal orchestré, avec des grappes de femmes à qui on a donné des fanions et des hommes venus faire nombre, histoire de. Hier, rebelote, ce coup-ci devant le ministère de l’Energie et de l’Eau. Un bide comme la veille pour la CGTL, accusée par la majorité d’être «une momie» au service du Hezbollah. Du coup, devant cet échec, l’opposition a affiché la couleur pour la deuxième scène de cette pièce de théâtre qui ne fait plus rire personne: une probable grève générale dans les ministères. Je ne vois pas trop ce que ça changera dans la masse de travail abattu par nos braves fonctionnaires.

Depuis quelques temps, je rencontre pas mal de chefs d’entreprise, dans les médias principalement… Tous me disent qu’ils bossent comme s’il ne se passait rien, qu’il faut tout faire pour continuer et tenir le coup pour 2007 (que tout le monde prévoit mauvaise) en attendant une vraie embellie pour 2008-2009. Les acteurs qui veulent continuer à faire tourner l’économie du pays (et leur business bien sûr en se tournant de plus en plus vers le Golfe, mais aussi vers le Maghreb déclaré «nouvel Eldorado officiel») se foutent éperdument des manœuvres politiciennes de la majorité et de l’opposition. Tous dans le même sac, en clair.

mardi, 09 janvier 2007

La «bravitude» des hommes politiques libanais

Définition du petit Larousse
BRAVE adj. et n. (ital. bravo, du lat. barbarus, barbare). 1. Qui ne craint pas le danger, courageux. 2. Mon brave: s’emploie par condescendance à l’égard d’un inférieur (ou présumé tel). 3. Bon et honnête. 4. Gentil, mais peu subtil. «Il est bien brave».

Définition dans le langage courant libanais
BRAVE adj. 1. S’emploie pour décrire le caractère besogneux, intelligent et honnête de quelqu’un. Par exemple, dans le cas d’un écolier: «Il est très brave dans les études, le petit Michel».

Maintenant, à vous de choisir les bonnes significations du mot «brave» dans le texte suivant…

medium_aounsiniora.jpgCes temps-ci, on ne parle plus à Beyrouth que de cette fameuse conférence de Paris III, lors de laquelle le gouvernement du brave Fouad Siniora espère ramené 4 milliers de dollars, tout en promettant de faire des réformes qu’il ne pourra probablement jamais mener à bien. C’est vrai quoi, prenons un exemple (au hasard): le ministère du Travail. Réformer cette brave et vénérable institution reviendrait à mettre au chômage les 90% de son personnel (tous des braves gens) rémunérés par ledit ministère à boire le café et à fumer des cigarettes toute la journée. Dur. Surtout quand tout ce beau monde a prêté allégeance à l’un des piliers de l’opposition. Dur et impossible. Mais tellement beau sur le papier!

Bref. Hier, le brave généralissime nous a fait une belle démonstration de son discours pour le moins bizarre: «La tutelle syrienne était superficielle et cachait une tutelle mondiale». En clair, les maux du pays viennent de Paris et Washington, clairement accusés d’être les kleenex de Siniora. Je me demande vraiment ce qui a bien pu se passer en coulisses avant son retour au pays… Qu’ont fait (ou pas fait) les Américains et les Français pour que ce brave Orange-man vire sa cuti comme ça?
Et puis dans le genre petite-phrase-magnifique, il y a celle-là, du brave monsieur Frangié (Sleimane de son petit nom): «Je suis pour le fait de savoir qui a tué Hariri. S’il s’avère que ce sont les Syriens qui sont derrière l’assassinat, je serai triste mais je resterai en bons termes ave le président syrien, Bachar el-Assad.» Faut le faire… Remarquez, après sa tirade sur l’excitation du patriarche Sfeir lors d’une manifestation féminine, on peut s’attendre à tout.

Bon, bein nous, on a une petite manifestation ce midi du côté du palais de Justice, organisée par la CGTL. Une manifestation contre les réformes économiques (hausse de la TVA…) promises par le gouvernement dans le cadre de Paris III. Le serpent se mord la queue. Aoun le militaire a même appelé à une participation massive pour une manifestation syndicale (qui a dit que la CGTL n’était pas télécommandée?). En tout cas, il semble bien qu’il ait été entendu, au moins par les étudiants car le parking de l’Université Saint-Joseph était désert ce matin. A moins que ceux-ci, qui sont certainement très braves, aient pris en masse la direction de l’aéroport (tant qu'il est encore ouvert) pour fuir ce pays dont tous les politiques veulent les dégoûter.

mardi, 02 janvier 2007

Lever de lune sur Beyrouth

Juste pour le plaisir... J'étais sur la terrasse il y a 2 minutes, et au-dessus de la montagne s'élevait la Lune. Elle était belle, brillante, pleine de sagesse dans ce ciel qui s'assombrissait peu à peu. medium_lune.jpg

1978-2006: le miroir de l’Histoire

medium_1978sharon.2.jpgmedium_1978guerilla.2.jpgmedium_1978finul.2.jpgCeux que l’Histoire intéresse (et qui ont 3 minutes devant eux pour lire ce qui suit), se «régaleront» devant ce long passage tiré du livre de Jonathan Randall, La guerre de mille ans (éd. Grasset, 1983). Ce extrait relate l’invasion israélienne de 1978. A ce moment-là, le Sud-Liban s’appelle Fatahland: les combattants palestiniens s’y sont installés militairement. Le Hezbollah, lui, n’existe pas encore (le Parti de Dieu sera largement «favorisé» par Israël pour bouter les Palestiniens du Sud-Liban juste un peu plus tard, ironie de l’histoire…). Comme les Américains avec les talibans face aux Soviétiques, les Israéliens ne tarderont pas en effet à créer leur futur cauchemar. Bon, sur ce, voici le texte…

«De temps en temps, le niveau de la violence excédait le seuil toléré jusque-là et le gouvernement américain concentrait toute son attention sur le Liban. Ainsi, en mars 1978, un commando naval palestinien, parti de la côte libanaise, échappa à la détection des radars israéliens par la faute du mauvais temps, débarqua en Israël et massacra 32 personnes. Comme toujours, lorsque les Palestiniens se livraient à de tels actes de terrorisme, il ne s’agissait pas pour les Israéliens de savoir si l’on allait exercer des représailles, mais plutôt quand et dans quelle mesure. Comme toujours aussi, les Etats-Unis furent consultés et n’élevèrent, pour autant qu’on le sache, aucune objection de principe. Trois jours plus tard, le temps s’étant amélioré, les Israéliens passèrent à l’attaque. Ils envahirent le Sud-Liban avec une armée de 30000 hommes soutenus par des blindés, de l’artillerie automotrice et une force aérienne très puissante. Cette opération, prévue depuis longtemps, dont le nom de code était «Pierre de la Sagesse», constitue la plus grande opération militaire israélienne en temps de paix. Elle surprit considérablement les Etats-Unis.
La destruction se fit sur une échelle bien connue au Vietnam. Singeant l’extraordinaire puissance de feu américaine en Indochine, les Israéliens s’efforcèrent de réduire au minimum leurs propres pertes en vies humaines – et y parvinrent. Mais ils ne purent exterminer, comme prévu, les commandos palestiniens qui avaient eu tout le temps voulu pour courir se mettre en sécurité au nord du Liban. Empilant matelas, vêtements et familles dans des taxis et des camionnettes surchargés, plus de 200000 Libanais s’enfuirent également vers le nord, loin des zones dangereuses. Ils devinrent de véritables exilés dans leur propre pays, s’installant en squatters dans les appartements inoccupés de Beyrouth où ils firent encore monter la tension générale. Les Israéliens firent néanmoins de très nombreuses victimes: presque toutes étaient des civils libanais – environ un millier, selon le CICR. Au cours de scènes d’une violence frénétique, durant lesquelles les Israéliens commirent de véritables atrocités, plus de 6000 logis furent détruits ou sévèrement endommagés, une demi-douzaine de villages pratiquement rasés. (…) Pour aggraver encore le cas des Israéliens, «Pierre de la Sagesse» fut un gâchis militaire d’une telle envergure que le gouvernement se sentit tenu de nommer une commission officielle pour enquêter sur les erreurs les plus évidentes. Les attaquants avaient totalement manqué leur effet de surprise. (…) Tactiquement, les envahisseurs commencèrent par s’arrêter à 10 kilomètres au-delà de la frontière libanaise, puis le lendemain, ils marchèrent vers le nord, en direction du Litani, tandis que les Etats-Unis se mettaient à rassembler fiévreusement la FINUL pour faire la police dans le sud du pays. Carter était furieux et bien décidé à mettre fin à cette invasion qui excédait de très loin la limite des représailles tolérées. (…) Au cours de leur invasion, les Israéliens lâchèrent des «cluster bombs units», ces bombes anti-personnel particulièrement meurtrières que les Etats-Unis avaient fréquemment utilisées en Indochine. Elles continuèrent à tuer des civils libanais et palestiniens, en 1982, lorsque d’autres armes du même genre furent employées sur une échelle beaucoup plus vaste.»

Voilà, le scénario de 1978 ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de 2006 (c’en est même franchement hallucinant). On espère de tout cœur que 2007 prouvera que les hommes apprennent parfois de leurs erreurs passées, en Israël comme ailleurs.

vendredi, 29 décembre 2006

They (will) hang him

medium_saddam2.jpg«We got him.» C’est avec ces mots que l’Etat major avait annoncé la capture de Saddam Hussein, il y a un peu plus de trois ans. Après un long procès effectué par la justice d’un pays sous occupation, l’ex-raïs a été condamné à mort et devrait être exécuté demain matin, selon les dires de ses avocats.
Si la culpabilité du bonhomme est quasi certaine dans une montagne de dossiers, on peut se demander si cette justice à la va-vite et sous tutelle fera vraiment avancer l’Irak sur la bonne voie. Partout dans le monde arabo-musulman, les voix de la sagesse exhortent les responsables politiques à mettre la pédale douce sur tout ce qui peut attiser les rancœurs entre sunnites et chiites. La probable pendaison de l’ex-meilleur ami de l’Occident ne fera qu’aggraver une situation interne plus qu’explosive. De l’Irak au Liban, il n’y a qu’un pas. Même géographiquement, vous verrez sur une carte, ce n’est vraiment pas loin. Avec la plus grande naïveté du monde, c’est vraiment à croire que certains font tout pour jeter de l’huile sur le feu.

Allez, juste pour le plaisir, on va se revoir deux jolies photos de vacances entre potes...
medium_saddamchirac.jpgmedium_Saddamrumsfeld.2.jpg

jeudi, 28 décembre 2006

Armes sans frontières

Le 6 août dernier, nous mettions ici même un post sur l’un des films les plus marquants de l’année, Lord of war (c’était avant d’avoir vu Children of men cette semaine, à conseiller de toute urgence!). Bref, ce film traite de l’absence d’états d’âme d’un vendeur d’armes international. Dans l’une des scènes, on le voit dans sa limousine en plein New York, le visage déconfit à la lecture d’un journal dans lequel on annonçait un cessez-le-feu quelque part en Afrique. Car pour les vendeurs d’armes, "cessez-le-feu" équivaut à "marché en perte de vitesse".

medium_kalach.jpgSelon le quotidien israélien Haaretz, l’Egypte de Moubarak aurait livré récemment – avec l’approbation de Tel-Aviv – 2000 Kalachnikovs et 20000 chargeurs au Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, dans l’optique de contrer matériellement le Hamas. Coïncidence, hum? Ce genre de calcul, dans le genre "équilibre de la terreur", est tout à fait humain. Et les Libanais étant des hommes comme les autres, on ne peut que redouter ces additions et autres calculs qui ne connaissent pas de frontières.

Sur ce, joyeux Noël Félix! C'est dommage qu'on ne se contente pas de faire la guerre avec des fers à repasser...

lundi, 25 décembre 2006

Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël

medium_volaille.jpgIl y a quelques jours, Nat réalisait le portrait de deux sœurs libanaises pour un journal français. Le sujet? Le Noël d'enfants du monde, raconté par les enfants pour des enfants. Un sujet sympa en somme. L'aînée des deux petites sœurs définissait Noël ainsi: la fête de l'amour et du partage. Comme c'est beau, dit comme ça.

Alors pour ne pas faire trop long, on vous souhaite un joyeux Noël, surtout aux habitants de ce beau pays qu'est le Liban. Nous, on a "consommé" de la volaille hier soir, sous toutes ses formes, mais l'apétit n'était pas au rendez-vous (peut-être à cause des manouchés avalées à 4 heures de l'après-midi...). En revanche, les gamins adorent toujours autant les orgies de cadeaux, et ça, c'est con, mais c'est tellement bon de voir pétiller des yeux d'enfants devant une petite montagne de cadeaux.

Cette année, au moment de faire ma lettre au père Noël, j'ai eu le trac. Comme j'avais conscience de vouloir la Lune, je me suis dit qu'il fallait choisir une seule chose, pour avoir un mince espoir que le bonhomme rouge veuille bien se pencher sur mon cas. J'ai donc hésité entre:
1. - Des voisins de palier normaux, sans dictateur ou armée belliqueuse
2. - Des cousins qui veuillent bien enterrer la hâche de guerre, déterrée il y a trop longtemps et jamais ensevelie vraiment
3. - Un peu de ciel bleu devant nous pour savoir si on a fait les bons choix en aimant ce putain de pays.

Voilà, je sais bien que j'ai les yeux plus gros que le ventre, mais comme notre fille cadette croit encore au père Noël, je me suis dit qu'il devait bien exister quelque part. 

jeudi, 21 décembre 2006

Bienvenue à Paranoland

Hier soir, je suis retourné sur le sit-in, place des Martyrs, pour rencontrer les manifestants chrétiens préparant Noël et pour faire quelques photos de nuit. L’ambiance, comment dire, a beaucoup changé. Plus question de kermesse familiale maintenant. Les gens sont fatigués, se les pèlent la nuit car il fait froid… Ils font cuire des marrons sur leurs petits feux de camp. La méfiance vis-à-vis d’un corps étranger comme moi est totale. Pour faire un cliché d’une crèche illuminée, six personnes assises à proximité ont refusé d’être prises en photo.
medium_sapinnuit.jpgEn repartant, j’ai voulu monter sur le Ring qui surplombe la place pour faire une photo générale, avec le grand sapin et les tentes à perte de vue. Les militaires y ont établi un cordon de sécurité. J’arrive à la limite, me poste pour faire mon image, et un jeune militaire me dit «Mamnouh, mamnouh!». En clair, interdit de prendre en photo un pauvre sapin de Noël. J’insiste, et il me dit de demander la «permission» à son chef. J’obtempère, je passe le cordon et je vais à la rencontre du chef. Amical, celui-ci me dit «pas de problème, mais vas un peu plus loin». OK, j’obtempère à nouveau. Je cale mon appareil sur la balustrade et là, quatre troufions débarquent. J’eus l’immédiat sentiment de ne plus être le bienvenu du tout. Ils me demandent, en arabe, qui je suis, ce que je fais… Puis la discussion devient tendue et politisée. Le petit chef des quatre me demande ce que je pense de la manifestation, du sit-in, si je le trouve «joli» et à mon goût, si j’aime Hassan Nasrallah, si j’aime Michel Aoun… Si je suis pour Israël, pour Fouad Siniora… Ça ne rigole plus… La discussion a duré 20 minutes (c’est long 20 minutes dans ces cas-là), je ne faisais pas le malin, ne sachant pas forcément comment «bien» répondre dans la langue de Gibran. Puis ils s’intéressent à mon appareil photo, le prennent puis me le rendent, avec un sourire pas vraiment angélique. Sur ce, je quitte les lieux, sorte de périphérique en pleine ville où aucun automobiliste ne se serait arrêté pour mes beaux yeux. Là, je ne rigolais plus du tout. Tout ça pour prendre en photo un sapin de Noël…

Cet épisode est un exemple de la tension qui règne. Ces quatre militaires, censés défendre la «patrie», étaient clairement pro-Hezbollah. Je pense, à leur accent, qu’ils étaient originaires de la Bekaa. Et il m’est paru évident que pour des hommes comme ceux-là, si un jour le choix devait se poser entre l’armée régulière et une milice partisane, le cœur pencherait immédiatement vers la milice.
Il y a 8 ans, quand le général Lahoud est devenu président de la République, beaucoup de médias vantaient l’une de ses «réussites»: avoir donné une vraie cohésion à l’armée à la tête de laquelle il était durant les années 90. Moi, ce que je vois aujourd’hui, c’est que beaucoup de jeunes Libanais veulent intégrer l’armée pour les innombrables privilèges qu’elle accorde (voitures de fonction, clubs de sport hyper luxueux, rente à vie…). Pour ça, à force de graisser les pattes, Lahoud a bien réussi son coup. Mais pour ce qui est de la vraie cohésion, celle du cœur, il repassera. L’armée libanaise, dont on a tant parlé au moment du retrait israélien cet été, est une bulle de verre prête à éclater à la moindre occasion.

Ce matin, en voiture, je me suis confronté à des «cowboys» à quatre roues. Plantée à cheval sur le boulevard remontant vers Sofil, une voiture roulait lentement. Je ne pouvais passer ni à gauche, ni à droite. Je klaxonne, et là, un jeune mec sort la tête en hurlant, le torse bombé. L’ère du nouveau farwest semble plaire à certains.
Un peu plus tard, j’accompagne Nat à son boulot, et en voiture, elle me dit qu’on en viendrait presque à regretter le calme de la tutelle syrienne, et que ce n’était peut-être pas un hasard! C’est peut-être ce que certains pontes à Damas recherchent depuis le départ de leurs troupes en avril 2005: institutionnaliser la peur et la parano. Prouver que les Libanais ne peuvent pas se diriger eux-mêmes (c’est Bachar lui-même qui l’a dit, même s’il s’est contredit récemment pour les caméras). Cela avait marché en 1976, pourquoi pas en 2006?

 
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