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lundi, 16 novembre 2009

Paradise city *

beirut rock festival 2009.jpgWelcome to the Dark Ages !

La nouvelle n’a pas fait les gros titres la semaine passée, et pour cause. Le Liban tout entier était en train de fêter la naissance tant attendue d’un gouvernement tout beau tout neuf synonyme, comme l’a titré – à raison – un éditorialiste d’Al-Akhbar, de «Bye bye June 7». C’est vrai que tout ça était… passionnant.

Mais la vraie nouvelle, ce fut ce mail, diffusé par le Centre catholique d’information. En voici la version anglophone (enfin, façon de parler):

Dear parents,

We would like to inform you the following statement by The General Information of Catholic Schools:
There will be a dangerous event in town, called "Beirut Rock Festival 2009"
in 11 - 13 - 14 November in Beirut.
No doubts that all of us likes music, however during this event some community of GOTHIC people will spread
their culture (death culture) and they will spread dark thoughts by (Anathema & To/Dye/For).
and there will be a huge risk for drugs (Ecstasy) to be distributed.
And there is a great danger that their will be ceremony of satanism.
As written on the Festival flyer: "No Cameras Allowed".
Why? aren't they afraid that people will see what is going on?
And cause of that, we please all parents do not let their children to attend this festival for their safety.

…et la non moins savoureuse version française:

Chers parents, éducateurs, responsables et jeunes, nous vous prions de faire attention !Un événement dangereux arrive en ville, Le « Beirut Rock Festival 2009 », les 11-13 et 14 novembre au Forum de Beyrouth Nous aimons tous la musique, mais lors de ce festival, certains groupes gothiques qui prônent la culture de la mort et des idées noires vont se produire (To/Dye/For, Anathema.) Grand risque de circulation de drogue (Ecstasy, Hasch etc.)Grand risque de pratiques de cultes et de rituels sataniques Il est bien écrit sur l'affiche publicitaire de ce festival "NO CAMERAS ALLOWED"Pourquoi ? Aurait-on peur de témoins?

Attention, les bûchers sont prêts. Décidément, l’Inquisition, tous bords confondus, est en marche.

______________________

* C’est à cette chanson de Guns N’ Roses que notre fille aînée a tout de suite pensé lorsque nous lui avons raconté toute l’affaire. Bein oui, notre fille n'a que 9 ans, mais elle aime le rock. Finira-t-elle tondue?

jeudi, 17 avril 2008

Autruches

763b96b094334925afc4f9e961515edb.jpgIl y a deux jours, l’une des DJ œuvrant dans la même radio que moi répondait à un appel téléphonique pour le moins incongru: le ministère de l’Information au bout du fil, non pour demander une spéciale dédicace sur une chanson de Mike Brant même s’il appelait sur le même numéro que les auditeurs, voulait savoir qui était le directeur des programmes. Y sont pas bien informés, pour un ministère de l’Information, d’autant que le personnage concerné occupe ce poste depuis une bonne dizaine d’année. Bref, là n’est pas la question.

En fait, le ministère de l’Information n’était pas content car on y avait entendu dire qu’une chanson de Yaël Naïm – artiste israélienne qui s’est récemment fait une réputation internationale pour ceux qui ne connaîtraient pas – passait sur les ondes. Bon, ils étaient pas trop sûrs, en même temps, au ministère de l’Information. C’était peut-être chez nous (peu probable vu notre programmation pourrie) ou chez notre radio-sœur, ou encore une autre. Et puis, quand? Quelle chanson? Et à qui faut-il parler déjà? C’est pas bien grave, ce ne sont que des détails. L’essentiel, c’est de nous informer que Yaël Naïm ne doit pas être entendue au Liban. Notre pauvre DJ, bien embêtée, a bafouillé une réponse quelconque et l’affaire en est resté là.

On croit rêver. Et pourtant, ça se passe comme ça dans notre belle démocratie libanaise. Une liste noire tout ce qu’il y a de plus officiel, même si elle commence à dater un peu (et c’est un euphémisme) se rappelle de temps en temps à notre bon souvenir; elle comprend des noms comme Harry Belafonte (bon, c’est pas trop grave), Louis de Funès (si, si, il y a même eu une razzia au Virgin un beau jour, pour rafler tous les Rabbi Jacob. D’ailleurs, il est listé à la fois sous le D, pour de Funès, et sous le F pour Funès, comme ça on ne peut pas le rater), Juliette Greco (et Marie-Juliette Greco aussi), Jerry Lewis, Enrico Macias (pourtant, Dieu sait qu’on l’entend celui-là), Paul Newman (d’où le retard de projection de ses films, le temps que les affiches soient retouchées afin que son nom n’y apparaisse plus), Frank Sinatra, etc., sans compter ceux qui sont interdits parce qu’ils sont «de mauvaise moralité» ou d’influence néfaste pour la jeunesse (Nine Inch Nails forever).

Tout cela pourrait faire sourire, passer pour une sorte d’aberration anachronique… si ce n’est que, comme l’affaire Yaël Naïm le montre, la culture, la liberté de penser se mesurent de plus en plus à des aunes pour le moins variables. Et la balance penche de plus en plus dans un sens unique qui n’est pas fait pour nous plaire. Parce qu’au-delà de tout ça, c’est la liberté tout court qui est en jeu au Liban. Un pays où, désormais:

  • Un film comme Persépolis a frôlé l’interdiction pure et simple pour ne pas froisser le Hezb et ses parrains.
  • Il faut obtenir du Hezbollah une carte de presse pour pouvoir prendre des photos et réaliser des interviews dans le sit-in du centre-ville, un espace pourtant public mais qu’il faut contourner depuis 18 mois lorsqu’on est en voiture et où il faut montrer patte blanche même s’il n’abrite plus grand monde à part des ouvriers syriens bien contents d’y trouver le gîte et le couvert.
  • Un groupe de noctambules se fait agresser (à coups de poignards paraît-il) à la sortie d’un bar rue Monot le week-end dernier parce qu’ils n’ont pas voulu trinquer à la santé de Hassan Nasrallah.
  • Les forces de sécurité sont obligées de livrer deux individus arrêtés près de Aley dans le Chouf, encerclés qu’ils étaient par des partisans du parti de Dieu.

Et j’en passe et des meilleures, ces exemples n’étant que quelques uns des plus récents…
Aujourd’hui, nous vivons dans un pays où une milice peut imposer sa loi – et elle le fait de plus en plus, ne nous voilons pas la face – au mépris de la loi et du droit le plus élémentaire. En fait, ce n’est pas seulement sa loi, c’est aussi son idéologie et ses principes réactionnaires. Je ne stigmatise aucunement une communauté, loin de là, et je ne souhaite pas entrer dans le débat de la légitimité du Hezbollah vis-à-vis de la politique israélienne.

Pour tout dire, je m’en fous en ce moment, de la politique israélienne, de la résistance et du reste. Je me pose – et vous pose – une question bien plus personnelle, et à mon sens, cruciale: vers quel Liban nous orientons-nous, sous couvert d’enjeux régionaux ou par simple peur des armes du Hezb? Et par extension, pouvons-nous faire quelque chose pour inverser la tendance et défendre nos libertés? Il ne s’agit pas de défendre une culture occidentale ou à l’Américaine, mais de préserver notre droit, notre capacité à avoir le choix.

Parce qu’en fin de compte, une dernière question se posera inéluctablement: le Liban qu’on nous prépare ne sera pas nécessairement celui dans lequel nous aurons envie de vivre et de voir grandir nos enfants. N’aurons-nous d’autre alternative que de le quitter ou de nous plier à des principes d’un autre temps?

dimanche, 24 février 2008

Retour à l'ordre moral?

90caa8774c2d7990413990b7ad37b3b7.jpgLa nouvelle n’a pas fait les gros titres des quotidiens ni des journaux télé. Et pourtant, les ministres arabes de l’Information viennent de pondre un document qui sent bon le retour de manivelle, le retour à la moralité bien-pensante et religieuse. Le 12 février dernier, un document d’entente – intitulé «Suggested guidelines and principles for organizing satellite TV in the Arab world» et rédigé principalement par l’Arabie saoudite et l’Egypte – a été avalisé par les ministres arabes. Officiellement, les idées présentées sont là pour réguler un peu ce qui arrive sur le petit écran des téléspectateurs arabes (dont nous faisons partie). Concrètement, il s’agit de censure et d’une réduction de liberté flagrante sur le seul espace encore «libertaire» (je mets bien des guillemets) qui s’offre aux Arabes.

Les « limites» sont les suivantes:

  • Aucune attaque envers des leaders religieux ne sera tolérée
  • Aucune image incitant à la violence ne sera tolérée
  • Aucune image altérant l’unité nationale, l’ordre public, moral, familial et religieux ne sera tolérée

Le Liban, comme tous les autres pays arabes, était représenté par son ministre de l’Information, Ghazi Aridi. Il était contre, mais a voté quand même pour (pourquoi?). Seul le Qatar s’est abstenu. Mais qui sera exactement soumis à cette censure? Uniquement les chaînes arabes? Les chaînes occidentales diffusant sur la région aussi? Est-ce la disparition de la diffusion de Groland? Pour l’instant, la seule chose quasi sûre, c’est que les chaînes contrevenantes devront payer de lourdes amendes (à qui exactement?), et dans le pire des cas verront leur licence de diffusion retirée (par qui précisément?).

Cette nouvelle charte arabe des bonnes mœurs télévisuelles a été vivement condamnée par des organisations étrangères comme Reporters sans frontières ou Article 19, et évidemment par des chaînes arabes comme Al-Jazeera. Il semblerait en tout cas qu’avec un tel processus, les Etats arabes aient envie de reprendre le contrôle de l’information dans la région, pour rétablir en partie leur propagande étatique diluée depuis l’avènement du satellite.

Dans le cas du Liban, la mise en place de cette charte est un vrai point d’interrogation. Aridi a spécifié que le Parlement libanais devrait donner son accord pour la mise en place d’un dispositif aux contours encore flous. Et qui dit Parlement, dit députés en mesure de voter. La constitution de la prochaine Assemblée revêt donc une importance capitale pour éviter un retour au Moyen-Age de l’information. Pour faire bref, si des députés réactionnaires prennent le contrôle du Parlement, il faudra vraiment faire attention à ce que l’on dit.

Et y aura-t-il une prochaine étape? Internet par exemple?

jeudi, 12 juillet 2007

Chers commentateurs

Cela fait un moment que nous nous interrogeons sur la meilleure façon de gérer les commentaires contenant des insultes (ce qui se produit rarement, heureusement et merci). Il ne s'agit pas de mettre tout le monde d'accord, ce blog est évidemment ouvert au débat mais nous vous prions de faire preuve d'un minimum de retenue et de ne pas tomber dans les injures. Sans quoi nous serions dans l'obligation (à notre grand regret) de devoir censurer les interventions dépassant la limite de la correction la plus élémentaire.

Merci de votre compréhension et merci de nous lire. 

 
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