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lundi, 07 mai 2007

Sarkozy, les chrétiens du Liban et l'extrême droite française: tout le monde il est beau, tout le monde il est content

medium_chirackermit.jpgAu Liban, le second tour de la présidentielle n’a pas particulièrement passionné les foules, avec un taux de participation assez maigre (51,35%). Sans surprise, dans notre beau pays du Levant, Nicolas a terrassé Ségolène avec 71,51% contre 28,49%. Des taux proches du XVIe arrondissement de Paris.

Dans notre quartier à forte majorité chrétienne (Forces libanaises pour être précis), les gens de la rue étaient eux aussi de farouches supporters du leader de l’UMP, héritier (selon eux) de la tradition gaulliste et donc de Chirac (erreur), et (aussi) parce qu'ils pensent que Sarko n'aiment pas trop les arabes (musulmans). Ça fait beaucoup de parenthèses tout ça... Enfin bon, finalement, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, les Libanais dans leur ensemble semblent se réjouir de l'élection du petit Nicolas. Dans les rangs de l'opposition, on se félicite surtout du départ de Chirac, jugé trop partisan en faveur de la famille Hariri au pouvoir (qui lui prête un appart sur les quais de Seine d'ailleurs...).
Chez notre libraire, il y a quelques jours, je croise une femme d’un certain âge venue récupérer son numéro de Paris Match, avec les deux «finalistes» en couverture. Le libraire me demande pour qui je vais voter, pensant que je suis (évidemment) sarkophile. D’un coup, je me suis senti en «territoire hostile»… C’est un peu comme quand, il y a 10 ans, je découvris que Le Pen était un grand homme pour une certaine partie des chrétiens aounistes, car ces derniers appliquaient au Liban l’un des slogans de l’extrême droite française: «La France aux Français» devenant «Le Liban aux Libanais». En pleine tutelle syrienne, cela avait du sens, certes… 

Je vous laisse en bonus deux liens: le premier vers l’article de Paul Khalifeh, le correspondant de RFI au Liban, sur les répercussions du départ de Chirac; le second sur l'incidence de l'âge des électeurs français intitulé "Si on retirait le droit de vote aux plus de 68 ans, Ségolène Royal serait élue".

mardi, 12 décembre 2006

«Vous êtes laïcs, pourquoi ne soutenez-vous pas Aoun?»

Tout d’abord, je vous invite à lire les 5 remarques du commentaire de FrenchEagle sur le post de Nathalie, «Le Hezb, Aoun et le pouvoir». Il a le mérite d'offrir un éclairage différent, mais qui appelle selon moi quelques corrections. S’il est très probable que le Proche-Orient est en train de vivre de grands bouleversements dont la finalité nous échappe encore, s’il est important d’essayer de voir plus loin que le bout de son nez et de raisonner avec des arguments portés vers le futur, il ne faut tout de même pas oblitérer le passé et les composantes de la société libanaise.

medium_croix.2.jpgJ’explique maintenant le titre de ce post: l’année passée, je discutais le soir de mon anniversaire, tranquillement sur notre terrasse, avec un ami aouniste (et fier de l’être). Il me disait: «Toi, tu es pour la laïcité, tu soutiens les associations qui militent pour le mariage civil. Or le général Aoun est le seul homme politique au Liban qui affiche son désir de rendre le Liban laïc. C’est dans ses propositions!» C’était tout à fait vrai. Mais sans être pessimiste, c’est simplement impossible à appliquer au système libanais. Il faudrait même une véritable apocalypse pour que ça se produise. Simplement parce que les clergés, chrétiens et musulmans, ne pourraient pas supporter cette idée, leurs finances étant totalement dépendantes de cette suprématie religieuse sur le domaine public. Au Liban, les sacrements (mariage surtout) sont de grosses usines à fric pour eux, et si l’Etat prenait ce domaine en main, les clergés courraient à la faillite. Un scénario totalement inenvisageable pour ces entreprises très prospères. Bref, la laïcité est un vœu pieux. Ça, c’est une donnée de la réalité passée et présente à prendre en compte.

Avant-hier, on essayait de se remémorer le moment où tout a basculé au Liban ces deux dernières années. Résultat: c’est le retournement de Rafic Hariri contre les Syriens, à cause de la prorogation du mandat du président de la République Emile Lahoud (qui laissera vraiment une triste empreinte dans l’Histoire du pays) par Damas. Hariri (qui je ne portais pas vraiment dans mon cœur) supportait une «cohabitation» avec Lahoud. Chaque conseil des ministres, chaque réforme (privatisations, dossier du cellulaire…) étaient bloqués par Mimile 1er. Hariri n’en pouvait plus et s’était opposé à la reconduction de son président. Il a perdu son pari face aux Syriens. Et ça a été la boule de neige que l’on connaît.

Toujours sur notre terrasse, il y a quelques mois, nous discutions avec un ami appartenant aux Forces libanaises, ex-combattant durant la guerre, et très proche du patriarche Nasrallah Sfeir. Lui avait un discours radical. En résumé, le Liban, ce sont les chrétiens de la montagne. Il parlait de l'avenir de son pays, et s'arrêtait systématiquement sur une donnée: le poids démographique des chiites dans 10 ou 20 ans. Il voyait sa communauté (les maronites) disparaître sous forme de minorité comme les coptes d'Egypte. Quand on prend les estimations et les projections démographiques, son "angoisse" se justifie. Que deviendra la pacte national dans ce cas? Que deviendront les équilibres politiques d'aujourd'hui?

Je n'ai pas la réponse. Moi, j'ai juste envie que le Liban ne se retrouve pas encore une fois victime d'enjeux qui le dépassent dans la région et de la versatilité de la politique américaine. Et tout me laisse croire que le régime syrien, "agonisant" selon certains, est en phase de grandes manœuvres à l'heure où le juge Brammertz remet son rapport d'étape à Kofi Annan (aujourd'hui même d'ailleurs...).

Suite au prochain épisode.

Demain, je vais me faire un petit reportage, genre immersion complète dans le camp des aounistes sous le ring. On verra ce que ça donne.

 
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