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mardi, 02 juin 2009

Tony de Florette & diverses histoires d’O

Quittons un peu Beyrouth deux minutes. Samedi, je suis allé du côté de Harissa (à 15km au nord de Beyrouth) pour les besoins d’un reportage sur la campagne électorale libanaise. Nous étions donc le 30 mai, dernier week-end du mois de Marie, synonyme dans cette commune du Kesrouan de jackpot pour les curés. Avec un million de touristes en un mois, les caisses du seigneur débordent. Comme une rivière de son lit, alimentée par des torrents de billets bleus.

Du coup comme j’étais dans le coin, je suis allé à un petit kilomètre de là, rejoindre Tony Chemaly, président de la municipalité conjointe de Daroun-Harissa. Un peu paumé, je l’appelle pour qu’il m’indique le chemin: «Quand tu seras près de notre église, demande à qui tu veux, tout le monde sait où j’habite», m’explique-t-il. Je réponds: «Ah oui, je vois où c’est, la petite église sur la place du village...» Objection interloquée de mon interlocuteur: «Quoi!? Mais c’est une grande église!» Euh…

Après un café, un 7Up bien frais et une interview en bonne et due forme sur la campagne dans la région, il m’invite à crapahuter sur son terrain à flanc de montagne. Le sourire aux lèvres, comme un gamin, il me montre le cratère creusé par une pelleteuse.

tony chemaly.jpg

Au fond du trou, un ouvrier y va à coups de pioche et un filet d’eau boueuse jaillit: «T’as vu ça? T’as vu ça?, me demande ce gaillard de 43 ans, heureux comme un gosse, de grosses gouttes ruisselant sur ses tempes. C’est ma source! C’est ça la vraie richesse du Liban!» En ces temps où l’argent coule à flot pour arroser les électeurs, j’ai trouvé l’image décalée et plutôt touchante.

[...]

Un peu plus tard, en redescendant vers la capitale, je me retrouve englué dans un embouteillage à la hauteur de la Quarantaine, théâtre de massacres contre les Palestiniens durant la guerre de 1975. Le long du Nahr Beyrouth – qui n’a de fleuve que le nom – se dresse la silhouette cubique du Forum, une grande salle d’exposition/concert/meeting électoral. Et là, les drapeaux orange sont de mise ce samedi: des centaines de partisans du Tayyar sont partout, jouant du klaxon (avec le fameux «tarata tata»), achetant la panoplie complète du parfait petit aouniste à des vendeurs venus d’ailleurs, le tout mollement canalisé par des militaires venus en nombre.

boatpeople CPL.jpg

D’ici le Jour J, 50000 policiers et soldats pas trop coulants seront mobilisés sur tout le territoire afin de garantir l’ordre public. Et puis pour être sûr que tout se passe bien sur les routes ce jour-là, le ministère de l’Intérieur a interdit la circulation aux 2 roues tandis qu’une équipe du ministère français de l’Intérieur est actuellement à l’œuvre devait mettre de l'huile dans le système local pour afin d’établir un plan devant garantir la fluidité de la circulation dans tout le pays, le week-end prochain (proposition de MAM et de Baroud, rejetée par le responsable libanais). Objectif idéal: zéro bouchon pour que le 7 juin soit un long fleuve tranquille…

Note pour plus tard: si les 2 roues n’ont pas le droit de circuler, éviter de commander des pizzas dimanche soir.

dimanche, 19 avril 2009

Mieux vaut une grande que 10000 petites

Ho hisse! Ho hisse! Ho hisse! Les ouvriers en ont sué hier après-midi. Mais après une heure d’efforts et avec l’aide d’une grue, ils ont accompli leur mission: suspendre une bâche géante sur la façade d’un immeuble de douze étages en construction, avenue Charles Malek. Mabrouk les gars, ça n’a pas dû être une partie de plaisir…
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Nous sommes à J-49 avant les élections législatives libanaises, soit sept petites semaines. Habituellement, en démocratie, c’est plus ou moins la période durant laquelle les débats d’idées font rage, les programmes des uns et des autres sont disséqués. Oui, bon, au Liban, on prend quelques libertés avec le concept de programme. Quel que soit le camp, on préfère s’en remettre à la figure du leader. C’est plus sûr, ça permet de ne pas trop réfléchir.

Mais en prévision du grand bazar électoral de 2009, le gouvernement dans son infinie sagesse a plafonné les dépenses de campagne, ce qui, en principe, doit limiter l’affichage sauvage qui pollue les villes d’habitude et remplit les poches des imprimeurs. Finis les portraits d’illustres inconnus façon photo passeport, qui tapissaient les murs du pays en long, en large et en travers.
Cette année donc – et tout cas pour l’instant –, Beyrouth ne ressemble pas à un album Panini à ciel ouvert et les campagnes sont limitées aux réseaux d’affichage dits «officiels». Du coup, il faut bien trouver des parades.

J’imagine bien la scène dans un obscur QG de campagne… «Eh, les chabeb, comment va-t-on faire si on ne peut pas imprimer 10000 affiches modèle réduit?», demande un vieux de la vieille n’en revenant pas que l’on révolutionne les mœurs politiques du pays. «Et bien nous n’avons qu’à imprimer une seule grande affiche de la même superficie que les 10000 petites réunies!» Applaudissements dans la salle enfumée devant la brillante proposition du directeur marketing du parti et accessoirement petit-cousin de la belle-sœur du candidat. Deal. Une chose est sûre, l’idée fera en tout cas un heureux: le propriétaire de l’immeuble choisi qui ne louera pas un tel emplacement contre trois piastres.

Voilà le résultat (probablement visible en avion par les hublots de gauche).
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Mes bons ouvriers de la veille ont donc installé cette stupéfiante affiche électorale à la gloire de Nadim Gemayel, fils de Bachir, lui-même chef de milice, président de la République assassiné par un membre du PSNS en 1982 et véritable symbole de la résistance chrétienne dans Achrafieh («Bachir vit en nous!» se plaisent à répéter les jeunes du quartier). Vingt-sept ans après, c’est donc Nadim qui se retrouve porté aux nues, lui dont le charisme est inversement proportionnel à la taille de l’affiche installée hier. Avec sa bonne bouille de nounours, il est jeune, il est tendre, sa mère Solange le lance dans le grand bain alors que rien ne laisse penser qu’il est prêt. Cette fois c’est lui, mais ça aurait pu être un autre.

«A platform is an added value, people don’t care, that’s a fact. They need leaders», résumait hier Ghassan Moukhaiber à Beit-Mery. Sur la scène chrétienne, entre Gemayel, Aoun, Geagea, Murr and Cº qui s’étripent uniquement sur les rôles de la Syrie, de l’Iran, des Etats-Unis et du Hezbollah, les vrais dossiers et ce qui pourrait ressembler à des programmes politiques restent dans les tiroirs.

Mieux vaut étaler un visage d’un «leader» sur douze étages, le retour sur investissement sera probablement plus intéressant.

 

Edit le jeudi 23 avril

Une bonne idée en entraînant toujours d'autres dans ce beau pays, le CPL d'Aoun adopte lui aussi le très grand format, après avoir teinté la sortie Nord de Beyrouth en orange via des dizaines et dizaines de panneaux (dont le "Sois belle et vote" du plus bel effet; comme quoi, on sait parler politique aux femmes dans ce pays).

IMG_0038.jpg
Le plus amusant de l'affaire reste que l'affiche ci-dessus a été placée le long de l'immeuble jouxtant celui sur lequel Nadim Gemayel figure en gros plan, l'une tournant le dos à l'autre. Je trouve le symbole assez incroyable et en tout cas très parlant.

Le problème, c'est que cet immeuble est moins haut que son voisin, et l'affiche est donc moins longue. Nadim pourra dire: «C'est moi qui ai la plus grosse, gnagnagna!»

mercredi, 21 mai 2008

Sit-in de Beyrouth : « Ils se cassent, enfin! »

Nous reviendrons prochainement sur Initiative Liban, mais vous pouvez continuer de laisser vos messages et idées ici.

900765276.jpgBon, je reviens du centre-ville. Là-bas, il y a presque autant de journalistes et d'hommes en vert de Sukleen que de protestaires: les premiers attendent que les troisièmes s'en aillent. Ça a commencé timidement avant midi, sous un soleil de plomb. Quelques tentes sont en train d'être démontées, les drapeaux décolorés par le soleil sont détachés des palissades métalliques... Ça commence seulement, il faudra certainement un peu de temps pour faire table rase totalement de cette ville dans la ville (à l'image de l'Etat dans l'Etat?): il reste toutes les commodités, les cuves d'eau... Dans les allées, on croise les commerçants qui ont continué à travailler malgré la fréquentation réduite. A la Maison du Café, une vendeuse m'a dit: «Ils se cassent, enfin! Un an et demi que ça dure, il était temps!» Ah bon?

Place des Martyrs, j'accoste un militant du CPL. Je commence à discuter, je veux le prendre en photo, et un gars débarque, engueulant mon aouniste (je connais quelques insultes en arabe, mais j'avoue ne pas avoir compris sur le coup). Interdit de parler aux journalistes, interdit de prendre des photos à moins de montrer patte blanche au service de presse du Hezb (installé sous une tente place Riad el-Solh). Je m'en vais, mon Hezbollahi fait de même, pistolet automatique à la ceinture (lui, pas moi).

Plus tôt dans la matinée, Nabih Berri a appelé à la levée du sit-in, suite à l'accord trouvé entre majorité et opposition à Doha. Qui vivra verra, mais je ne crois pas que cette accalmie soit une trève de longue durée. 

 
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