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vendredi, 13 juillet 2007

Plateau du Golan, fermes de Chebaa… l’insoluble problème

Mais que se passe-t-il en ce moment du côté du Golan? Le site d’information israélien Debka fait état de mouvements inhabituels dans ce territoire conquis par l’Etat hébreu en 1967. D’abord, la Syrie aurait rouvert au public la route Damas-Quneitra (une ville à cheval entre le Golan occupé et une zone militarisée syrienne), fermée depuis 40 ans. Les services de renseignement israéliens voient là une volonté syrienne d’«activer» cette bande frontalière en permettant à des factions soit disant pro-palestiniennes (type FPLP-CG) de s’en servir comme base d’attaque vers le territoire israélien. Cette technique longuement éprouvée par Damas au Liban et apparemment en Irak aujourd’hui, dédouane la Syrie de toute responsabilité officielle. Objectif en filigrane: ajouter une carte à son jeu pour alléger la pression de la communauté internationale alors que le conseil de sécurité de l’Onu s’apprête à la «condamner» pour les transferts d’armes illégaux.

medium_golan.jpgEt qui dit Golan, dit fermes de Chebaa. Cette zone frontalière pose un problème insoluble aux diplomaties locales et étrangères. Il y a trois jours, dans le quotidien Haaretz, un responsable israélien anonyme révélait que l’Onu aurait demandé à Israël de se retirer des fermes de Chebaa, revendiquées par le Liban. Avant-hier, Ban Ki-Moon – le secrétaire général de l’Onu – a démenti, déclarant que le tracé définitif de la frontière était encore à l’étude, et que le cartographe onusien avait encore du boulot devant lui.

Voici un essai de mise à plat de ce double problème:


Le plateau du Golan (en rouge sur la photo satellite)

  • Un peu d’histoire

L’empire ottoman, à la fin du XIXe siècle, choisit le Golan pour installer des familles de Circassiens (des réfugiés musulmans de différentes ethnies venant du Caucase), afin d’en faire un poste avancé pour contrôler les bédouins arabes rétifs à son autorité. Ce sont ces Circassiens qui ont fondé la ville actuelle de Quneitra. Près de 20 ans après la chute des Ottomans, dans les années 30, certains Circassiens espèrent utiliser le Golan pour fonder un équivalent au Foyer national juif. Mais les mandats français et britanniques sur la région en décideront autrement, enterrant les rêves autonomistes circassiens. Le Golan devient syrien.

  • Selon la Syrie

Damas réclame le retrait de l’armée israélienne du Golan, territoire conquis en seulement 2 jours lors de la guerre de 1967. Mais pas question de reprendre ce territoire par les armes. La frontière syro-israélienne est l’une des plus calmes au monde depuis 40 ans. Le retour à la souveraineté globale sur le Golan est, selon Damas, la condition sine qua non à toute discussion avec Tel-Aviv.

  • Selon Israël

Israël a conquis le plateau du Golan en 1967, et l’a officiellement annexé en 1981, en en faisant, selon son administration, sa 6e région. La situation géographique du Golan est hautement stratégique pour Tsahal: il est au croisement de la Syrie, du Liban et d’Israël,. Mais à la fin des années 90, le Premier ministre Ehud Barak propose un moratoire pour geler l’implantation de colonies sur le Golan afin de faciliter les pourparlers avec la Syrie. Pourtant, en février 2001, Ariel Sharon alors devenu Premier ministre, relance le développement des colonies dans cette région.

  • Selon l'Onu

L’Onu ne reconnaît pas l’annexion du plateau du Golan par Israël. Le Conseil de sécurité a voté les résolutions 242 et 338 sur la question (exigeant d’Israël la restitution des territoires conquis par la force), résolutions restées lettres mortes.


Les fermes de Chebaa (en vert sur la carte du Golan)

  • Selon le Liban

L’Etat libanais considère que les fermes de Chebaa (25km2) font partie intégrante de son territoire, et sont donc soumises à la résolution 425 de 1978 exigeant le retrait complet d’Israël du pays du cèdre. Le gouvernement libanais a adressé à Kofi Annan (ex-secrétaire général de l’Onu) une série de documents cadastraux et la copie de l’accord libano-syrien de 1951, prouvant le don par la Syrie de ce petit territoire au Liban. Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a même exhibé, lors de la table ronde du Dialogue national en 2006, une carte américaine confirmant la «libanité» des fermes.
Le 26 juillet 2006, Fouad Siniora propose un plan de règlement plaçant ce secteur «sous juridiction de l’Onu en attendant que la ligne frontalière soit délimitée avant son retour sous souveraineté libanaise». Le 12 août, Annan reprend la proposition Siniora dans la résolution 1701, le Liban demandant ensuite à la Syrie de reconnaître «officiellement» la «libanité» de Chebaa, ce que Damas refusera tant qu’il y aura un soldat israélien sur le sol du Golan. Le serpent se mord la queue…

  • Selon Israël

Tel-Aviv considère que les fermes de Chebaa font partie du Golan syrien occupé, et sortent donc hors du champ d’application de la résolution 425. Israël se base sur la ligne de démarcation  franco-anglaise de 1923 et sur la ligne d'armistice de 1949 qui désignent la région comme territoire syrien.

  • Selon la Syrie

La Syrie considère que les fermes de Chebaa appartiennent au Liban, sans pour autant être soumises à la résolution 425. Damas refuse pour l’instant de donner suite à la demande de l’Onu de reconnaissance écrite et officielle par la Syrie de la «libanité» de Chebaa.

  • Selon l’Onu

Kofi Annan, alors SG de l’Onu, avait jugé irrecevables les demandes libanaises. Selon lui, la résolution 425 que tout le monde évoque ne réclame pas l’évacuation par Israël de la zone des fermes de Chebaa, qui relèverait des résolutions 242 et 338 traitant directement du conflit israélo-syrien. L’Onu reconnaît les frontières de 1923 (qui incluent Chebaa sur le territoire syrien). En fait, les Nations unies travaillent actuellement sur le tracé définitif de la frontière, son cartographe officiel devant revenir prochainement dans la région.

Bref. Comme souvent, la raison de cette chamaille généralisée (qui fournit au Hezbollah un motif officiel pour poursuivre la lutte armée contre Israël) trouve sa raison première dans l’or bleu. Le Golan syrien et les fermes de Chebaa libanaises sont les véritables réservoirs d’eau de la région : entre 30 et 35% des ressources aquifères israéliennes en proviennent. C’est dire combien il est improbable qu’Israël se passe du Golan en le rendant à son propriétaire d’origine, à moins qu’un accord sur la fourniture d’eau ne fasse partie du deal. Pour Israël, il s’agit d’une question de survie.

Enjeux stratégiques et militaires, ressources en eau, cartes politiques régionales: Chebaa et Golan sont intrinsèquement liés dans les négociations syro-israéliennes au sein desquelles le Liban ne pèse pas grand chose. En clair, on n’est pas sorti de l’auberge.

 
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