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jeudi, 02 août 2007

Y'en a marre de l'image «mythique» du Liban

medium_hermann.jpgmedium_kmaro.jpgDrôle d’idée que de mettre en parallèle un(e) casque bleu de la Finul et le chanteur K-Maro. En fait, hier, nous étions à Deir Kifa, au Sud-Liban, pour faire le portrait d’une femme casque bleu du contingent français. Nous avons passé la journée là-bas, nous avons été super bien accueillis… Dans le camp 9.1 de Deir Kifa, les Français s’occupent des transmissions pour toute la Finul. Les soldats y sont plutôt peinards, même si le boulot ne manque pas. A la buvette du campement, il y avait même un boulodrome, un jeu de fléchettes, une boule à facettes avec stroboscope pour danser le samedi soir. L’adjudant(e) que nous venions voir nous a dit être très heureuse d’être là, que le Liban est «mythique» pour tous les militaires...

Et puis hier soir, fatigué, je zappais. Après avoir vu un truc sur Rommel sur Arte, je suis tombé sur un best-of de l’émission de Fogiel sur M6. J’ai regardé une séquence où MOF accueillait Jacques Higelin et K-Maro (Cyril Kamar de son vrai nom). Le jeune chanteur libanais était là pour parler «avec pudeur» de son enfance, de là où il avait grandi. Il racontait les abris, les obus, qu’il avait vécus jusqu’à l’âge de 11 ans. Fogiel entame «Vous êtes né au Liban…», Higelin enchaîne «Au Liban? Waouh!!!» Comme si tous les natifs du pays des cèdres étaient des hurluberlus extraterrestres. Et Higelin de continuer: «Moi, je suis allé chanter là-bas. Beyrouth… C’est fou, tout est détruit…» Les images d’Epinal ont la vie dure. Ça me saoûle d’entendre les mêmes ritournelles, année après année. Va-t-on nous foutre la paix un jour avec l’image «mythique» du Liban? K-Maro poursuit, en parlant de sa famille, de ses oncles, tantes et cousins restés au pays et qui vivent en se disant «Ça changera, un jour ça ira…». Le jeune chanteur ne comprenait pas l’attachement de sa famille au Liban, lui qui a essayé de les faire venir en France tout en essuyant leur refus catégorique. Il semblait trouver ce lien indéfectible complètement à côté de la plaque. Cela m’a semblé tellement minable venant de lui.

Et puis sur le plateau, il y avait aussi la fille de Daniel Auteuil, qui a placé une petite phrase à la fin: «J’y suis allée aussi au printemps 2006. Beyrouth est une ville incroyable, les filles y sont des bombes atomiques.» Enfin quelqu’un qui parlait d’un aspect positif du Liban. C’était peut-être dérisoire de s’attacher à la beauté des Levantines, mais ça rendait un peu d’humanité au propos commun.

lundi, 25 juin 2007

Attentat contre la Finul : c’est qui ce coup-ci ?

medium_finul2.jpgHier, 6 soldats du contingent espagnol de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban – j’adore l'adjectif «intérimaire», elles sont là depuis 1978!) ont sauté avec leur véhicule blindé. Une voiture piégée – ou un kamikaze, les deux thèses ont été avancées – bourrée de 50kg d’explosifs n’a laissé aucune chance à ces soldats de la paix. Ce matin, j’ai appelé le camp belge de Tebnine, où 380 casques bleus du plat pays sont stationnés. Le responsable presse me disait que les soldats sont maintenant dans l’obligation de porter un casque et un gilet pare-éclats lorsqu’ils sortent du camp. Ça paraît un peu dérisoire vu les moyens mis en œuvre par les auteurs de l’attentat. Auteurs qui n’ont toujours pas revendiqué l’attaque. Le 17 juin dernier, nous avions eu l’honneur de faire connaissance avec «la branche libanaise des brigades de Jihad Badr» lors de l’attaque à coup de Katiouchas sur le nord d’Israël. Rappelons au passage qu’un missile un peu tête en l’air s’était égaré sur le territoire libanais, non loin d’une position de la Finul. Et puis avant ça, le 20 mai, c’est le Fatah al-Islam qui se manifestait avec fracas au Nord, avec les affrontements dans le camp de Nahr el-Bared. A chaque fois qu’il se passe quelque chose au Liban en ce moment, on nous invente un nouvel adversaire, avec un nom mystico-guerrier du plus bel effet et qui permet à tous les «spécialistes» occidentaux de passer à la télé. Tout ça ne fait en réalité qu’épaissir le brouillard sur la situation libanaise, qui n’avait pourtant pas besoin d’être compliquée davantage. Alors, comment vont s’appeler nos nouveaux maquisards terroristes: «les brigades de Trucmuche», «le Front de libération de Pétaouchnoqueland»? Avis aux amateurs, si vous avez des idées, envoyez-les nous!

En attendant, les responsables de la Finul serrent les dents, et affirment que ce genre d’attentat n’est qu’une nouvelle preuve de la volonté de déstabilisation de forces étrangères au Liban. Ah bon, qui ça?

PS: Un petit mot pour Sou qui nous avait écrit le 20 juin dernier, nous disant que son copain était casque bleu et qu'elle stressait pour lui. J'avais tenté de la rassurer, mais je me suis mis le doigt dans l'œil, vraiment désolé... 

mardi, 02 janvier 2007

1978-2006: le miroir de l’Histoire

medium_1978sharon.2.jpgmedium_1978guerilla.2.jpgmedium_1978finul.2.jpgCeux que l’Histoire intéresse (et qui ont 3 minutes devant eux pour lire ce qui suit), se «régaleront» devant ce long passage tiré du livre de Jonathan Randall, La guerre de mille ans (éd. Grasset, 1983). Ce extrait relate l’invasion israélienne de 1978. A ce moment-là, le Sud-Liban s’appelle Fatahland: les combattants palestiniens s’y sont installés militairement. Le Hezbollah, lui, n’existe pas encore (le Parti de Dieu sera largement «favorisé» par Israël pour bouter les Palestiniens du Sud-Liban juste un peu plus tard, ironie de l’histoire…). Comme les Américains avec les talibans face aux Soviétiques, les Israéliens ne tarderont pas en effet à créer leur futur cauchemar. Bon, sur ce, voici le texte…

«De temps en temps, le niveau de la violence excédait le seuil toléré jusque-là et le gouvernement américain concentrait toute son attention sur le Liban. Ainsi, en mars 1978, un commando naval palestinien, parti de la côte libanaise, échappa à la détection des radars israéliens par la faute du mauvais temps, débarqua en Israël et massacra 32 personnes. Comme toujours, lorsque les Palestiniens se livraient à de tels actes de terrorisme, il ne s’agissait pas pour les Israéliens de savoir si l’on allait exercer des représailles, mais plutôt quand et dans quelle mesure. Comme toujours aussi, les Etats-Unis furent consultés et n’élevèrent, pour autant qu’on le sache, aucune objection de principe. Trois jours plus tard, le temps s’étant amélioré, les Israéliens passèrent à l’attaque. Ils envahirent le Sud-Liban avec une armée de 30000 hommes soutenus par des blindés, de l’artillerie automotrice et une force aérienne très puissante. Cette opération, prévue depuis longtemps, dont le nom de code était «Pierre de la Sagesse», constitue la plus grande opération militaire israélienne en temps de paix. Elle surprit considérablement les Etats-Unis.
La destruction se fit sur une échelle bien connue au Vietnam. Singeant l’extraordinaire puissance de feu américaine en Indochine, les Israéliens s’efforcèrent de réduire au minimum leurs propres pertes en vies humaines – et y parvinrent. Mais ils ne purent exterminer, comme prévu, les commandos palestiniens qui avaient eu tout le temps voulu pour courir se mettre en sécurité au nord du Liban. Empilant matelas, vêtements et familles dans des taxis et des camionnettes surchargés, plus de 200000 Libanais s’enfuirent également vers le nord, loin des zones dangereuses. Ils devinrent de véritables exilés dans leur propre pays, s’installant en squatters dans les appartements inoccupés de Beyrouth où ils firent encore monter la tension générale. Les Israéliens firent néanmoins de très nombreuses victimes: presque toutes étaient des civils libanais – environ un millier, selon le CICR. Au cours de scènes d’une violence frénétique, durant lesquelles les Israéliens commirent de véritables atrocités, plus de 6000 logis furent détruits ou sévèrement endommagés, une demi-douzaine de villages pratiquement rasés. (…) Pour aggraver encore le cas des Israéliens, «Pierre de la Sagesse» fut un gâchis militaire d’une telle envergure que le gouvernement se sentit tenu de nommer une commission officielle pour enquêter sur les erreurs les plus évidentes. Les attaquants avaient totalement manqué leur effet de surprise. (…) Tactiquement, les envahisseurs commencèrent par s’arrêter à 10 kilomètres au-delà de la frontière libanaise, puis le lendemain, ils marchèrent vers le nord, en direction du Litani, tandis que les Etats-Unis se mettaient à rassembler fiévreusement la FINUL pour faire la police dans le sud du pays. Carter était furieux et bien décidé à mettre fin à cette invasion qui excédait de très loin la limite des représailles tolérées. (…) Au cours de leur invasion, les Israéliens lâchèrent des «cluster bombs units», ces bombes anti-personnel particulièrement meurtrières que les Etats-Unis avaient fréquemment utilisées en Indochine. Elles continuèrent à tuer des civils libanais et palestiniens, en 1982, lorsque d’autres armes du même genre furent employées sur une échelle beaucoup plus vaste.»

Voilà, le scénario de 1978 ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de 2006 (c’en est même franchement hallucinant). On espère de tout cœur que 2007 prouvera que les hommes apprennent parfois de leurs erreurs passées, en Israël comme ailleurs.

 
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