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lundi, 05 mars 2012

Feu rouge

HEC, porte champerret,france

dimanche, 03 février 2008

Crise de banlieue

banlieues.jpgPaul Moreira, cela vous dit quelque chose? Il s’agit d’un grand reporter français qui a œuvré un bon moment sur Canal + en tant que rédacteur en chef de l’émission 90 minutes (excellente, paix à son âme), mais qui travaille désormais en indépendant, parcourant le vaste monde dans des conditions souvent difficiles, et c’est un euphémisme. Un journaliste, quoi, de ceux qui nous donnaient envie de choisir ce beau métier quand on était petit…

Bref, Moreira a des principes, qu’il défend vigoureusement: la tolérance de l’Autre, des autres, la lutte contre le racisme, contre les extrémismes, le rejet de l’information cadrée, etc. L’un de ses derniers billets, traite d’immigration, de métissage. Des questions qui, vous le savez tous, sont au cœur de problématiques sociales, ou plutôt socio-économiques, en France. Cela lui a valu une attaque en règle – souvent violente – d’individus autoproclamés «identitaires». Autrement dit, défendant leur conception de la nation française blanche, pure et compagnie.

Forcément, libano-centrée que je suis, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le Liban. Parallèle dans le sens où les mêmes causes ont les mêmes effets, dans une certaine mesure. Entendons-nous: je ne pense pas à l’immigration au Liban, mais à la rupture, et aux graves conséquences qu’elle engendre, entre les habitants d’un même pays, voire d’une même ville, sur des lignes de fracture géographiques.

Ces banlieues françaises, autrefois dortoirs pour des populations ouvrières immigrées, se sont trop souvent transformées en ghettos où les replis communautaires sont devenus une réponse à ce qui est perçu (à tort ou à raison, je ne vis plus en France depuis longtemps pour en juger) comme une exclusion socio-économique. Des ghettos où la religion fait un retour en force, où la violence, éventuellement armée, est un recours acceptable. Des lieux hors loi dans lesquels les forces de l’ordre et les autres Français n’osent parfois plus mettre les pieds. Certaines banlieues, pas toutes, évidemment, mais suffisamment pour que cela fasse peur et pour que les «identitaires» trouvent de plus en plus d’oreilles sympathiques.

Nous avons nous aussi, dans ce si petit Liban, une banlieue où les forces de l’ordre et les représentants officiels en général (je pense aux percepteurs de l’EDL, par exemple) n’osent pas trop mettre les pieds. Une banlieue perçue comme un ghetto par d’autres habitants de Beyrouth et dans laquelle une relative pauvreté (Dahiyé ne loge pas que des mendiants) côtoie le religieux. Toute une jeunesse y grandit, loin de l’autre Beyrouth, celui des boîtes de nuit, des enseignes occidentales et de l’ostentation permanente. Il était d’ailleurs étonnant, et révélateur, de constater à quel point, lorsque les tentes ont été érigées au centre-ville, les ados qui s’y balaient en scooter déglingué donnaient l’impression de prendre possession d’un lieu qui les narguait auparavant. A mon sens, il y avait un peu de vrai dans cela. Les limites de Solidere sont visibles à l’œil nu, il suffit de traverser une rue pour avoir l’impression que l’objectif a été de bâtir une vitrine sans considération pour le reste de la ville. Et a fortiori pour cette fameuse banlieue. Mais le problème va au-delà de Solidere.

Le Hezbollah a eu cette intelligence de pallier l’absence inexcusable de l’Etat qui, depuis des décennies, a négligé toute une communauté dans sa frange populaire et a ainsi nourri les ferments de la rancœur et de l’exclusion. Le religieux s'est ainsi greffé sur une problématique sociale, comme le prouve cette minorité chiite parfaitement intégrée, non politiquement mais bel et bien socialement au reste de Beyrouth.

La banlieue sud fait donc peur, évidemment pour le spectre de la puissance d'un Hezbollah qui cultive le mystère autour de ses véritables intentions; mais aussi parce qu'elle  symbolise l'inconnu, l'autre, le différent. Il suffit pour cela de constater combien les émeutes de dimanche dernier ont engendré de colère et d’inquiétudes. On ne peutu que penser au fameux "Quand la banlieue descendra sur la ville". Il suffit aussi d’écouter les débats autour de la libanité des uns et des autres. Certains accusent les partisans du Hezbollah d’être plus «persans» (comprendre iraniens) que libanais; d’autres considèrent qu’être Libanais, ce n’est pas être Arabe; d’autres encore revendiquent des racines phéniciennes. Du côté de l’opposition, on accuse parfois les partisans du 14 mars d’être «wahabites» (comprendre saoudiens) et on assure défendre le véritable Liban, celui de l’«achraf el-nas» cher à Nasrallah.
Chacun se dit plus Libanais que son voisin, tout en faisant passer des critères autres en priorité: la religion, bien sûr, mais aussi le quartier, le village, le clan, le parti. Le plus terrible, c'est que chacun se veut Libanais et ce devrait être le plus important, mais ce n’est pas le cas. Car la ligne de fracture demeure, entretenue de part et d’autre: certaines administrations tenues n’auront que des employés d’une même confession (je pense à Amal entre autres); inversement, certaines entreprises tenues par des chrétiens vireront une employée après avoir découvert qu’elle était chiite… En France, on appellerait cela de la discrimination.

Et la banlieue sud continue de fonctionner en circuit fermé ou presque, parce que l’Etat n’a pas su suffisamment tôt se préoccuper de ses habitants et que maintenant, il est trop tard, personne n’y a plus confiance en lui et le Hezbollah l'a prise en main. Là où, en France, certaines associations travaillent à briser les barrières, la société civile reste muette, à de rares exceptions près, et c’est l’incompréhension et l’antagonisme qui s’installent au Liban. Ou bien étaient-il déjà prégnants depuis longtemps, et s'expriment aujourd'hui ouvertement, comme les "identitaires" français, trouvant un terreau fertile dans une ambiance de pré-guerre (un argument récurrent chez eux, mais aussi chez nous).

Evidemment, la crise actuelle va au-delà de la question banlieue/ghetto, mais dimanche dernier a montré combien elle se cristallisait autour de Dahiyé et des zones délaissées par l’Etat au fil des ans. Le Liban ne se portera mieux que lorsque des partis quels qu’ils soient ne s’arrogeront plus le droit de tenir des quartiers entiers, que cet Etat prendra enfin soin de tous ses fils, sans distinction, et surtout que ses fils eux-mêmes se penseront Libanais avant tout. Mais cela est impossible tant que règnera cette peur et ce rejet de l'autre que l'on ne comprend pas, deux sentiments destructeurs que les politiciens entretiennent et accentuent plus que jamais.

Le salut viendra-t-il donc de la société civile, de trop rares associations comme le Mouvement social qui luttent pour aider les couples mixtes, pour l'éducation, pour le dialogue, et pour ainsi créer des ponts au-dessus de nos murs invisibles?

mardi, 09 octobre 2007

Frères d’armes

Nous venons de recevoir un mail sympa de Franco-Libanais (ou Libano-français, au choix comme vous voulez) qui ont monté un groupe, G8. Ils ont repris une chanson de Dire Straits (ma préférée de ce groupe, ça tombe bien!), et ont détourné le clip d’origine. Le sujet de Brothers in arms est malheureusement lié à l’actualité du pays, de ce pays que tant de Libanais regardent de loin. Allez, appuyez sur Play…

dimanche, 01 juillet 2007

A ma place

Me voilà de retour après un très bref séjour en France, le premier en presque six ans. Et comme toujours, en retrouvant le sol libanais, j’ai ce profond sentiment de rentrer chez moi, en dépit des 25 années passées dans l’Hexagone où chaque voyage fait office de piqûre de rappel. Il y a tout de même de quoi se poser des questions sur mon état mental…

medium_arretbus.jpgLes choses ne changent guère au royaume des fromages qui puent: la caissière qui ne répond pas à votre bonjour sous prétexte «qu’elle l’a déjà dit une fois mais qu’on ne l’a pas entendue, alors elle, quand elle a déjà dit bonjour, elle ne répète pas». Le serveur qui refuse de vous asseoir à telle table parce que «comme il est tout seul, y peut pas être partout à la fois». La vendeuse qu’un client étranger, parlant mal la langue de Molière, exaspère parce qu’il ne connaît pas les galettes de sarrasin, «en voilà encore un de bien, tiens!»… Mais, évidemment, la France ne se limite pas aux Parisiens ronchons et aux tempêtes de pluie glaciale un 25 juin au soir, loin de là. Vivant dans le bordel libanais, j’étais en admiration devant la ponctualité des transports publics, les panneaux électroniques dans les bus indiquant le nombre de minutes jusqu’au prochain arrêt, la rapidité d’Internet et le nombre des services disponibles… Tranquillement assise dans mon bus, je cogitais aux affiches vantant les mérites des nombreuses publications ayant vu le jour depuis que j’avais quitté la France en 1995, Têtu (le magazine gay) m’ayant particulièrement scotchée. On perd l’habitude d’une telle liberté dans un pays conservateur (en apparence) comme le Liban. Du coup, assise dans mon bus comme je le disais, je m’émerveillais sur la facilité apparente, ou tout du moins logistique du quotidien français. En plus, il faisait beau. Et les larmes me sont montées aux yeux car brusquement, le Liban m’a manqué viscéralement. J’ai été reçue royalement en France, par ma famille (dont je n’avais pas vu certains membres depuis 15 ans) et par les rares amis que j’ai pu voir au cours de ces trois jours. Les gestes familiers me sont revenus très vite. Ou tout du moins certains. Car il y a aussi eu cette jeune fille qui avait attendu le bus à côté de moi, en sanglotant. Personne ne lui avait parlé pendant les cinq bonnes minutes où j’étais assise auprès d’elle. L’un avait le nez plongé dans son journal (20 Minutes, justement), l’autre était absorbé par son iPod. Moi en grande sentimentale que je suis, je lui avais simplement demandé si ça allait, et elle m’avait envoyé promener. Ha, la solitude des mégalopoles…

Mais comme j’ai dû l’expliquer au moins 25 fois en quelques heures à mes proches français et inquiets, je ne me vois pas troquer ce foutu pays pour le confort de l’Occident. Parce que j’y suis à ma place, tout simplement. Je ne me cacherai pas derrière mon petit doigt: il y a quelque chose de masochiste là-dedans. En France, nous aurions les allocations, le chômage et les congés payés (congé? Ça veut dire quoi, déjà?), sans compter l’école gratuite et une sécurité relative. Notre vie n’est pas facile au Liban, loin s’en faut. Les lendemains sont incertains, les pressions permanentes et tout y est compliqué. Une amie m’a dit un jour que je me comportais comme une femme battue, mariée à un ivrogne mais qui reste avec lui parce que «quand il arrêtera de boire, ce sera merveilleux». Et qui, en attendant, continue de recevoir des baffes. Le Liban a cet effet-là sur beaucoup de monde. Mais ici, nous voyons en une année ce que d’autres peuvent passer une vie entière sans connaître: l’événement, l’Histoire qui s’écrit sous nos yeux, toutes ces choses qui vous font prendre conscience de la valeur de chaque instant vécu, de la vie quoi.

Cela dit, j’ai bien conscience que je n’en dirais peut-être pas autant si j’avais perdu quelqu’un de cher ici, comme cela a été le cas de tant de Libanais. Comme ce copain que j’ai revu en France justement. Il était arrivé en France il y a plus de 15 ans avec ses frères et sœurs. Ils avaient débarqué de l’avion  sans rien, fuyant le massacre de leur village au cours duquel leurs parents avaient été assassinés sauvagement. Aujourd’hui, ce garçon est marié à une Française, il a un petit bébé et s’est battu pour se faire une situation. Il a réussi, clairement, mais la blessure est toujours là, qui lui fait rejeter tout ce qui pourrait d’une manière ou d’une autre lui faire regretter le Liban. Le simple fait de parler positivement de son pays natal le fait réagir avec une sorte de virulence épidermique, ce que je peux comprendre.J’en ai vu arriver en France, des jeunes Libanais fuyant l’horreur de la guerre. Je n’oublierai jamais Assaad, ce jeune tombeur de 23 ans qui faisait tourner les têtes à Kleiat, dans la montagne, et croquait la vie à pleines dents. Son père l’avait expédié à Paris pendant la guerre Geagea-Aoun en 1989, lorsque les murs de leur maison s’étaient effondrés autour de la famille recroquevillée dans un cagibi. Il s’était retrouvé dans un foyer lugubre à Cachan, à jouer les manutentionnaires dans un supermarché. Il s’en est sorti, lui aussi, mais au prix de quelle détresse… Si j’avais à vivre cela, peut-être regarderais-je le Liban différemment.

Aujourd’hui, les choses sont différentes, nous n’en sommes pas au même point qu’en 1989. Mais les jeunes s’en vont encore, s’enfuient toujours vers des horizons plus dégagés. Et avec eux, c’est un pays qui se vide de sa sève. Entendre Tarek, un jeune et talentueux musicien qui jongle entre trois boulots et l’université, préparer son départ vers Amsterdam à la rentrée parce qu’il ne se voit aucun avenir au Liban, me fend le cœur. Mais là encore, je le comprends…

Pourtant, je reste. Enfin, nous restons, devrais-je dire. Heureusement, David et moi sommes sur la même longueur d’onde à ce niveau. Nous savons que partir n’est pas une solution: quand ce pays fait partie de vous, vous l’emmenez tout simplement dans vos bagages avec le manque en prime. Nous sommes toujours là parce que nous le pouvons encore donc et parce qu’il faut bien qu’il y en ait qui restent. 

 
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