Avertir le modérateur

jeudi, 21 juin 2007

Liban / Syrie : frontière-passoire et crise des camions 2

medium_mapwadi.jpgHier, les autorités syriennes ont décidé de fermer le poste-frontière d’el-Qaa sur la route qui va de la Bekaa vers Homs. Il y a quelques semaines, ils avaient déjà procédé à la fermeture de ceux d’Arida et de Daboussiya au nord du Liban le long de la côte. Du coup, depuis hier soir, il y a un afflux énorme vers Masnaa, le principal poste-frontière entre le Liban et la Syrie, placé sur la route de Damas au milieu de la Bekaa. La raison officielle de cette nouvelle fermeture: la Syrie ne veut pas de contamination. Les affrontements en cours au Liban-Nord ne lui plaisent pas.

En fait, les médias parlent beaucoup de la frontière libano-syrienne. Mais quelle aspect a-t-elle exactement cette frontière ? Première chose, elle se situe dans une chaîne de montagne (plutôt aride) sur la quasi totalité de sa longueur (l’Anti-Liban). Ensuite, et il suffit de se rendre à Damas par la route pour le voir, il existe un no man’s land entre les deux pays. Expliquons-nous. En partant du Liban, on arrive au poste-frontière de Masnaa (placé sur le territoire libanais). Là, vous tamponnez votre passeport et vous sortez du Liban. Mais vous n’entrez pas encore en Syrie. Vous reprenez votre voiture, traversez une zone tampon vierge et lunaire avant d’arriver, 7km plus loin, au poste frontière d’entrée sur le territoire syrien. Ce no man’s land (imposé par l’armée syrienne) est placé sur le territoire libanais (l’amputant donc puisque la vraie frontière ne se trouve pas à Masnaa).

medium_DSCN0198.JPG Largement plus au nord se trouve la petite région de Wadi Khaled (la protubérance en haut à gauche que vous pouvez voir sur la carte ci-dessus). Pour faire simple, c’est le coin le plus reculé du Liban, à tous les niveaux. Ses habitants n’ont eu la nationalité libanaise que très récemment, l’Etat y est totalement absent, il n’y a pas d’infrastructure, l’ambiance est pesante, les visages fermés. Comme vous pourrez le voir dans un nouvel album photos, cette région est plutôt inhospitalière. Un jour (en 2003, donc avant le retrait syrien du Liban), nous sommes allés au bout de la dernière route, la plus au nord du pays. Cette route se termine en cul-de-sac par un alignement de magasins en tôle et de taxis garés à la queue-leu-leu. Dans les derniers mètres, on découvre un petit pont enjambant le Wadi Khaled. Devant ce pont, un muret de pierres usé par le temps et les allées et venues des habitants de la région. De l’autre côté de la rivière, c’est la Syrie. Ici, pas de checkpoint, pas de tampons sur le passeport, pas de douaniers. Les femmes se trimbalent avec des bidons d’essence (beaucoup moins chère en Syrie), des hommes au visage buriné scrutent les intrus. Bref, une vraie zone de non-droit, à cheval sur deux pays.

Depuis plusieurs semaines, la Syrie refuse que les casques bleus de la Finul se déploient le long de cette frontière-passoire. Pourquoi exactement? Aujourd’hui, ce sont les postes-frontière qui ferment les uns après les autres. Pourquoi? Pour la sécurité de la Syrie? Les combattants «palestiniens» et les armes présents au Liban sont passés par cette frontière dans un sens. Officiellement donc, les Syriens ne tiennent pas à revoir chez eux les miliciens du Fatah al-Islam and Co. C’est très probable, mais il y a peu de chance que ceux-ci n’utilisent pas des chemins de traverse. Quelle autre raison alors? La dernière fois que la Syrie a fermé ses frontières avec le Liban, juste après le retrait de 2005, ça a donné ce que l’on a appelé «la crise des camions». Le long des routes, les camions de transport (fruits et légumes, denrées diverses et périssables…) sont restés bloqués des jours durant côté libanais. L’objectif: asphyxier l’économie du Liban (c’est pas moi qui fabule là, relisez les journaux de l’époque…).

Se dirige-t-on vers une «crise des camions 2 le retour»? Reste plus qu’à afficher portes closes au poste de Masnaa, le dernier ouvert entre les deux pays… Pour les camions, la frontière libano-syrienne est facile à fermer. Pour les piétons armés et les ânes, cette frontière reste malheureusement une passoire, malgré le déploiement et les rondes de l’armée libanaise depuis 2005.

mardi, 05 juin 2007

Hariri vs. Syrie: la guéguerre de propagande

medium_haririBush.jpgmedium_syria_flag.2.jpgmedium_haririBahia.jpg

Depuis quelques temps, nous assistons à une véritable guerre d'images, d'affirmations, de rumeurs en tout genre. Il y a 10 jours, la blogosphère libanaise n’avait d’yeux (ou d’oreilles) que pour l’article publié par le New Yorker le 5 mars dernier. A la publication de ce papier, on commençait à peine à parler du Fatah al-Islam. L’attentat de Aïn Alak (qui lui est attribué) remontait lui au 13 février. Le New Yorker, par la plume de Seymour M. Hersh, flinguait le clan Hariri: selon lui, la bande à Picsou aurait financé différents groupes sunnites (dont le Fatah al-Islam) pour contrer le Hezbollah chiite.

Dans le Daily Star (le quotidien anglophone de Beyrouth), l’éditorialiste Michael Young (plus que cul et chemise avec le clan Hariri) allumait à son tour le New Yorker, en écrivant ceci: «Le mensonge selon lequel le gouvernement a financé le Fatah al-Islam a été légitimé par une gaffe spectaculaire du camp Hariri, en particulier de Bahia Hariri (la sœur de Rafic Hariri). Il y a quelques mois, elle a aidé à résoudre une crise qui résultait de la présence d’islamistes dans le district de Taamir de Saïda, adjacent au camp palestinien de Aïn el-Heloué, en payant un dédommagement aux militants de Jund al-Cham pour qu’ils quittent la région. Du point de vue de Saïda, que Bahia Hariri représente au Parlement, c’est logique. Taamir était une entrave aux relations entre l’Etat et les habitants de la région d’un côté et les islamistes et les résidents du camp de l’autre. Cependant, au lieu de se disperser, un certain nombre de militants se sont rendus à Nahr al-Bared, selon des sources palestiniennes. Là, ils ont rejoint le Fatah al-Islam. Maintenant les Hariri semblent avoir financé des islamistes, alors qu’ils se sont contenté de faire ce qu’ils font habituellement face à un problème: essayer de le résoudre en l’achetant.» Drôle de fréquentation, mais malheureusement belle analyse du système Hariri.

L’opposition s’est régalée de ce genre de discours, et les rumeurs depuis 15 jours de liens entre le gouvernement mené par le clan Hariri et des islamistes du Fatah al-Islam étaient sur toutes les lèvres.

Contre-feux ce matin. Les journaux font tous leurs manchettes sur les «informations» données au compte-gouttes par des «sources sécuritaires», comme quoi la Syrie serait en train de faire passer en quantité industrielle hommes et matériel à destination des islamistes qui mettent le feu aux camps de réfugiés palestiniens. Les investigations «avanceraient à grands pas», et même l’Onu et la Ligue arabe auraient été saisies du dossier.

Bref. Le grand n’importe quoi continue. Tout le monde avance ses arguments, avec toujours autant d’aplomb et d’assurance. Que les uns ou les autres aient tort ou raison, un seul constat s’impose: il faut que le Liban change de classe politique, de fond en combles.

On peut toujours rêver.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu