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dimanche, 10 février 2008

Cf 178

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podcast

Beyrouth, Mar Mikhaël. Une petite rue plonge à partir de la rue du Fleuve. Il est midi, le soleil de février me brûle la nuque. A l’entrée, je retrouve Georges, un petit bonhomme anglophone d’une cinquantaine d’année. Sept jours sur sept, il veille là une cigarette dans une main, une tasse de café tiède dans l’autre. Il me souhaite la bienvenue. Ça fait trois jours de suite que je viens le voir…

La gare n’est pas très large, mais elle fait bien 600 mètres de long. Des bâtiments encore frais sont plantés là, sans utilité apparente. Sur la gauche, trois locomotives sont en train de cuire à petit feu, allongées sur leurs rails. Je monte à bord et me retrouve propulsé instantanément dans mes livres de chevet quand j’étais gosse. La rouille a pris le pouvoir. Jules Verne aurait apprécié l'endroit.

Un peu plus loin, sous un arbre majestueux, une autre locomotive fait la sieste. Imposante avec son chasse-neige avant, elle se demande certainement si elle reverra un jour le col enneigé du Baïdar. Peu probable. Dans l’arbre qui lui offre une ombre généreuse, une cabane en bois a été installée à trois mètres au-dessus du sol. Huckleberry Finn doit se cacher quelque part.

Je repars et quitte l’ombre. Au fond de la gare, les choses se compliquent. Les herbes folles me dépassent. Le sol, caché par cette petite forêt vierge, recèle quelques pièges: des rails me font de croche-pieds, et je m’attends à voir surgir des vipères à chacun de mes pas. Elles doivent se régaler dans ce genre d’endroits.

Je longe une série de wagons de marchandises. Certains sont pleins de feuilles mortes, d’autres de détritus, de vieilles valises abandonnées, de tas de sable… J’enjambe, je me plie, je saute. Je m’émerveille d’une manivelle, d’un marche-pied sans marche, de ces ronces qui passent par les fenêtres, d'une vieile bielle fatiguée. Viennent alors les wagons de voyageurs, avec leurs portes-bagages qui ressemblent à des toiles d’araignées, leurs bancs vandalisés, leurs portes gravées par des amoureux ou percées d'impacts de balle. Tout est là, sous mes yeux. Rien n’a bougé depuis dix ans. Depuis plus longtemps certainement d’ailleurs. Et rien ne bougera plus.

Je quitte les lieux, les yeux plein d’images. Je croise Georges, le veilleur, qui m’offre le café. Je me demande s’il sera encore là lui aussi, dans dix ans.

PS: Comme promis, vous pouvez retrouver tout cela dans un album photo, dans la colonne de gauche. En lançant le diaporama, vous pouvez mettre en lecture le petit mp3 présent sous la photo ci-dessus, ça rend pas mal. Et désolé JiPé, pas de trace du fameux train orange...

 
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