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mercredi, 19 mars 2008

Ils fuient, ils fuient les cerveaux…

9e9556371f7270419053f4f234fd05bb.jpgExtrait d’une discussion téléphonique, dimanche dernier, avec un cousin cher à notre cœur: «Y’en a plus un seul à Beyrouth, ils sont tous à Paris, même Maria, même Marwan, c’étaient les deux derniers à faire de la résistance. On n’est pas vraiment heureux d’être là, on préfèrerait tous passer nos week-ends à Batroun, mais c’est plus possible. Le Liban n’offre plus rien, à part ses clichés. Oui, il fait un temps pourri à Paris, il fait super beau à Beyrouth. Mais au moins ici, on a du boulot, on gagne du fric…» Evidemment, avec un SMIC à 300 dollars et des salaires dérisoires en début de carrière même pour les ingénieurs, il est bien compréhensible d'aller vérfier que l'herbe est effectivement plus verte ailleurs. Comment leur en vouloir?

Voici donc un thème qui me sape particulièrement le moral. On l’appellera comme on veut: fuite des cerveaux, émigration économique ou autre. Le résultat est là et l’hémorragie est de plus en plus insupportable. Les jeunes libanais qualifiés prennent des allers simples vers ailleurs. Paris, Montréal, Dubaï, New York, Abu Dhabi… Les destinations sont nombreuses et toujours plus appétissantes que l’horizon libanais. A voir ça, on se dit que la vraie résistance, ce n’est pas de savoir se servir d’un RPG et de défiler au pas tout vêtu de noir et de jaune, mais simplement de rester au Liban, de croire encore à un avenir offrant quelques perspectives pour soi-même et ses enfants. Beaucoup n’y croient plus. Aujourd’hui, je regarde mes gamines et je ne sais plus vraiment à quel camp j'appartiens. Ou peut-être fais-je semblant de ne pas savoir.

Il y a un an, un sondage était sorti au Liban: 30% des Libanais souhaitaient quitter leur pays, mais plus inquiétant encore, cette proportion atteignait 60% pour les 18-25 ans. Autre facteur d’inquiétude, selon le Centre national de recherches scientifiques du Liban: au cours des années 2006-2007, 50% des diplômés universitaires auraient quitté le pays. Il y a quelques jours, j’interviewais le recteur de la plus grande université francophone du pays (suivez mon regard): pendant l’enregistrement, nous avons abordé le sujet de la fuite des cerveaux et il alternait méthode Coué et angélisme en tentant de définir différents profils de candidats à l’exil. A la fin de l’interview, je l’embraye sur la situation du pays. Une phrase laconique pourrait résumer sa pensée: «Aujourd'hui, c’est sans espoir.»

Autre discussion, autre lieu. Samedi, un ami prof nous disait: «Le responsable de la fac dans laquelle je travaille n’accepte plus de candidatures venant de profs français, pour deux raisons. Il constate simplement: “S’ils veulent venir au Liban en ce moment, soit ils sont cons, soit ils sont mauvais. Dans les deux cas, je n’en veux pas!”.» Morbleu, il n'y va pas par quatre chemins!

A terme, le résultat promet d’être désastreux. Le pays se vide de sa substance, et le vide ne le reste jamais longtemps, c’est une loi de base de la physique. La proportion d’ignorants augmente inévitablement, et rien de mieux que l’ignorance pour paver la voie au chaos, à la médiocrité généralisée ou au totalitarisme.

 
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