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mercredi, 12 janvier 2011

Vous me conjuguerez le verbe « bloquer » à tous les temps

blocage low.jpgEn fait, ça faisait longtemps. Longtemps que la météo n'avait pas annoncé d'épais nuages noirs, de ceux qui craquent violemment, sans vraiment prévenir. La couverture nuageuse peut être dense, le climat pourri, l'atmosphère très lourde, et ce de longs mois durant, sans forcément laisser planer un vrai risque d'averse. Et puis d'un coup, patatras. Ô surprise, nos gentils parrains saoudiens et syriens (avec ça, franchement...) n'ont donc pas réussi à accorder les violons de leurs pions...

Certains poussent déjà un «ouf» de soulagement, dans les deux camps d'ailleurs mais pour des raisons bien différentes. D'un côté, un «ouf» pour dire «faut bien un jour ou l'autre qu'il y ait un vainqueur dans cette histoire, on ne peut pas continuer longtemps comme ça!». De l'autre, un «ouf» pour dire «eh les gars, sortez les pneus!». Trente-trois mois sans rien à se mettre sous la dent, ça fait long.

Le 30 novembre dernier, j'interviewais une prof de droit international de la LAU, Marie-Line Karam, qui disait entre autre:

L'initiative lancée cet été par la Syrie et l'Arabie saoudite - les parrains régionaux des deux camps libanais - peut-elle aboutir?
Aujourd'hui, tout est une question de timing. Syriens et Saoudiens sont dans l'obligation morale de trouver une issue avant la publication de l'acte d'accusation, et ils travaillent justement à régler les failles juridiques du dossier en poussant leurs alliés locaux à coopérer. Imposer la justice internationale par la force est impossible. Mais le rôle et l'existence du TSL sont très importants, celui-ci doit réussir car la justice libanaise serait bien incapable de gérer ce dossier.

Si cette initiative échoue, le Liban pourrait-il tomber dans la guerre civile?
Si le Hezbollah est ouvertement incriminé, je ne le vois pas recourir à la force sur la scène interne car il a peur pour son image. Il paie encore le prix de la semaine de mai 2008 où il a été accusé de retourner ses armes vers l'intérieur. Il pourrait en revanche paralyser le gouvernement, en faisant démissionner ses ministres. Cela ne serait pas non plus dans l'intérêt des pays arabes alors que la région est très tendue, et de l'Onu qui se retrouverait avec un conflit supplémentaire sur les bras.


La démission des ministres de l'opposition n'a pas encore été officialisée qu'elle semble acquise (un peu comme l'élection de Lahoud en 1998, c'est pas encore fait que c'est déjà officiel). Le 14 Mars veut le bras de fer, le Hezb le lui a promis depuis longtemps. Rajoutez à ça l'acte d'accusation du TSL qui devrait, selon toute probabilité, être publié avant la fin du mois. Ça vous fait un bon petit cocktail pour commencer l'année. Bein oui, les fêtes de fin d'année, c'est terminé.

Faut ranger les flonflons et les guirlandes. En janvier, c'est le pneu qui est tendance.


[...]

Tiens, je pense à une chose. La précédente grève générale, en mai 2008, s'était soldée par une semaine de feux d'artifices entre sunnites et chiites... et par la formation du gouvernement d'union nationale qui vient de tomber!

Allez, dans ce cas, je ne résiste pas à l'envie de vous offrir à nouveau l'hymne national libanais...

podcast

lundi, 12 mai 2008

Day 6

21h05

• Nabih Berri a reporté le scrutin présidentiel au 10 juin (la 20e session, non? je m'y perds moi-même). Le Liban va sûrement entré dans le Guinness Book avec ça. Y a-t-il encore quelqu'un que cette élection intéresse?
• Souhaid accuse le Hezb d'imposer ses perspectives au Liban. Ah bon? Je trouve pas, moi. C'est la démocratie à la sauce tehiné qui s'exprime, comme l'a si humblement souligné monsieur Aoun.
• Voici un bon sujet d'Al Jazeera (en anglais), sur la situation aujourd'hui à Tripoli.

 
19h10

• Les grandes vacances sont terminées (provisoirement). Les écoles rouvrent demain.
• Joumblatt rencontre l'envoyé de l'administration US: il va encore se faire traiter de collabo celui-là!
• Aoun vient de prévenir ses partisans: «Attention aux hariristes s'ils viennent dans vos régions!» (sous-entendu, «ils viendraient manger vos enfants la nuit», ou «moi aussi, je peux avoir mes milices de quartiers»).
• C'est beau la démocratie consensuelle.

 
16h14

• Le point en vitesse parce que là, ça devient risible: le Prince Talal Arslane (ben oui, pour ceux qui ne sauraient pas, Arslane est un émir druze qui se crêpe le chignon depuis des années avec Joumblat, l'heure de la revanche a donc sonné), se posant en porte-parole de l'opposition, a lancé toutes sortes d'ultimatums. En vrac, il veut récupérer le matériel militaire du PSP (qui le fait bien saliver) AVANT de le remettre lui-même à l'armée. Et ce aujourd'hui même. «Ce jour est décisif. Ou nous réussissons, ou tout s'effondre.» Et comme il avait précisé avant que «si le Chouf explose, tout le Liban explose avec lui», on imagine combien Joumblat doit avoir la pression. Accessoirement, nos amis de l'opposition, comme ils en ont l'habitude, remettent la barre un peu plus haut: après que Nasrallah a affirmé que seule l'annulation des fameuses décisions du gouvernement mettrait fin à la «désobéissance civile», Arslane (porte-parole de l'opposition pour les étourdis) vient de corriger le tir. Il faut la démission du gouvernement pour que quoi que ce soit s'arrête. Ils ont raison de continuer sur leur lancée, pourquoi s'arrêter en si bon chemin, même si cela revient à se dédire? Comme Berri vient aussi de se prononcer pour la démission de Siniora (en tant que chef d'Amal, pas que président du Parlement, c'est pratique les casquettes), il semble que la prochaine étape soit d'avoir la tête du bonhomme. Politiquement bien sûr.



• Cela clashe de nouveau à Tripoli, épisodiquement.
• Une délégation de la Ligue Arabe arrivera mercredi à Beyrouth (ouf, on est sauvés), et à l'aéroport s'il-vous-plaît. Ils y tenaient beaucoup, ils ne seraient pas venu sinon. Sans doute pour vérifier de visu que le Hezbollah sait faire de très jolis chateaux de sable.
• Depuis mercredi dernier, les combats ont fait 81 morts. Je sais, ça aurait pu être pire mais c'est déjà trop. 


15h00

• Je n'ai jamais vu aussi peu de trafic routier sur la route de Damas qu'aujourd'hui, mis à part les camions frigorifiques de Tanmia qui arrivent sur Beyrouth pour remplir les supermarchés, et les minibus qui partent vers la Syrie.
• A Chtaura, les minibus libanais arrivent donc chargés. Surtout des ouvriers syriens.
• Sur la route de Masnaa et de Majdel Anjar, je suis passé entre les gouttes, les combats avaient cessé dans la matinée.
• Quelques kilomètres plus loin donc, à Masnaa, la route est barrée 300m avant le poste frontière par un large monticule de terre. Les chauffeurs syriens attendent les pigeons (entre 120 et 150 dollars pour l'aéroport de Damas, tout de même), et les font passer à pied par une petite barrière. Les soldats de l'armée libanaise fument des cigarettes en s'abritant du soleil (ça cogne dans la Bekaa). J'te mettrais un coup de bulldozer là-dedans...
• En tout cas, les transports de marchandises entre les deux pays ne fonctionne plus. Entre l'aéroport fermé et cette frontière, tout cela ressemble de plus en plus à un blocus.345814418.jpg

 
12h11

• Seul sur une route déserte, tel un cow-boy dans le couchant, David se rend maintenant à Masnaa pour voir de quoi il en retourne, l'armée devant actuellement procéder au déblocage du coin, après les échauffourées de Aanjar et Majdel Aanjar (le village d'à-côté, habité par de sérieux énervés en termes de fondamentalisme sunnite).
• Ce matin, à Masnaa justement, le poste-frontière a été endommagé par des tirs et des grenades lancés depuis... le côté syrien. Et oui.
• Dans le Chouf, l'armée se déploie massivement alors que les notables de la Koura (un district pauvre du Nord Liban) l'appellent urgemment à venir assurer la sécurité. Ben oui, ils doivent se dire que mieux vaut prévenir que guérir, vu comment ça s'est passé ailleurs.
• Enfin, dans la rubrique people, Saad Hariri dément avoir quitté le Liban et assure qu'il restera à Beyrouth. Dans le fond, on s'en fout un peu, parce que ça ne changera pas grand chose. Les seuls qui seront embêtés seront ce couple d'aounistes résidant à Qoraytem en face de la casa Hariri, et dont ils regardaient l'attaque avec enthousiasme, comme d'autres vont au cinoche. Ce serait dommage des les priver de cette saine distraction.


9h54

• Après la mise au pas du Chouf, des heurts se produisent à Masnaa, principal point de passage à la frontière syrienne, et vers la localité voisine de Aanjar, où réside une importante communauté arménienne.  Cela va compliquer les choses pour ceux qui veulent sortir du pays par là-bas.
• A propos de ceux qui essaient de quitter le pays, les bonnes habitudes reprennent: après les 50000LL pour faire l'aller-retour entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest la semaine dernière, il faut maintenant compter 500$ minimum pour prendre un taxi Beyrouth-Damas (contre 10$ en temps normal). Encore plus fort (et plus nostalgique pour certains), vous pourrez débourser 2000$ pour faire le trajet Jounieh-Chypre par les bons soins de propriétaires de petits bateaux (qui vont sur l'eau). Au moins, vous avez l'embarras du choix.
• David part tout de suite à Naba es-Safa, petit village du Chouf où vivent chrétiens et druzes. Mais selon un habitant du coin, il va devoir s'accrocher pour trouver des chrétiens sur place parce qu'ils sont tous en train de mettre les voiles.

 
8h20

• Vous connaissez la dernière blague à Beyrouth? Non? Et bien la voici: la Ligue arabe se réunit pour trouver une solution à la crise libanaise. Je n'avais pas autant ri depuis... depuis quand?
• La nuit dernière, vu de chez nous, une activité étonnante régnait au port de Beyrouth. A part Amal, quelqu'un s'occupe-t-il du site? La Finul? Ouh la! Qu'est-ce qu'il y a comme blagues aujourd'hui...
• Bilan des derniers jours: 42 morts. Plus tous ceux de la nuit.
• Et ça, c'était Choueifat hier (sur Otv).

jeudi, 14 juin 2007

Personnalités anti-syriennes: la « liste noire » refait surface

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Oyez, oyez, bonnes gens, à qui le tour maintenant?

C’est en juin 2005 au moment des assassinats à Achrafieh du journaliste Samir Kassir et à Mazraa de l’ex-patron du Parti communiste libanais, Georges Haoui, que l’idée d’une liste noire syrienne est apparue (largement suggérée par l’Administration Bush). Cette liste comportait une trentaine de noms de personnalités hostiles à la tutelle syrienne au Liban (en juin 2005, soit moins de 2 mois après le retrait «total» des troupes syriennes). Au Liban, les «rescapés» de la majorité comme Walid Joumblatt s’était alors largement servi de cette liste pour fustiger Damas qui, comme à son habitude, se réfugie systématiquement derrière des démentis outrés et répétés et auxquels personne n’accorde plus d’importance.

Alors quid de cette liste noire? Certains prennent ça pour de la propagande pro-américaine, d'autres – amateurs du concept de Conspiracy theory – voient là une contre-propagande envers Washington, accusé d'être derrière tous les "événements" ayant touché le Liban depuis 30 mois. Mais d’autres encore la prennent au pied de la lettre, cette fameuse liste noire. N’empêche, il y a une chose plutôt frappante: depuis plus de 2 ans, ceux qui meurent appartiennent tous à la même tendance… Coïncidence, hmm?

En tout cas, hier soir, il y a une femme qui a perdu son mari, l’un de ses fils, un second étant hospitalisé dans un état grave. Aujourd’hui, nos pensées vont à Ayda Eido.

Portraits ci-dessus, de gauche à droite: Rafic Hariri, Bassel Fleihane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tueini, Pierre Gemayel, Walid Eido.

vendredi, 08 juin 2007

Météo au Liban : 24 attentats en 33 mois

Au moment de nous coucher, vers 1h du matin, on a commencé à refaire dans nos têtes la liste des attentats qui ont frappé le Liban depuis octobre 2004 (le premier de la série étant celui perpétré contre Marwan Hamadé le 1er octobre 2004 près du Riviera, et non celui contre Hariri le 14 février 2005). Nous en avons comptabilisé 24 (on en a peut-être oublié un en cours de route, pardonnez-nous!), avec celui qui venait d’avoir lieu trois heures plus tôt à Jounieh près du Christ-Roi.

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Parmi les derniers attentats (ceux ayant eu lieu depuis le 20 mai et le début de la «crise» avec le groupe Fatah al-Islam au camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared), nous avons cherché à trouver une logique. Exercice difficile: Achrafieh, Verdun, Aley, Chiyah, Sed el-Bauchrieh, Jounieh… Le groupuscule jihadiste a affirmé il y a 15 jours qu’il s’en prendrait aux symboles chrétiens. Examinons la carte… Sur les 6 derniers attentats, 4 ont eu lieu près d’églises (Mar Mitr en face de l’ABC, à Chiyah même si ce quartier est à majorité chiite, Mar Takla à Bauchrieh) ou de forts symboles chrétiens (la statue du Christ-Roi à Jounieh). Manquerait plus que cela arrive à Bkerké, Harissa ou à la cathédrale Saint-Georges...

Avec ces 6 attentats, on peut remarquer aussi qu’ils se produisent tard dans la soirée, dans des endroits quasiment déserts à cette heure-là. L’objectif ne semble donc pas (pour l’instant) de tuer, mais de faire peur. La question est donc (comme toujours): à qui profite le crime? Qui cela arrange-t-il que le pays sombre dans la psychose? Il y a 4 options (avec pour chacune des raisons bien différentes):

  • Le groupe Fatah al-Islam ou un groupuscule «frère»
Comme promis, ils mettent le bordel, et le font volontairement sans bain de sang pour dire «vous voyez, on peut le faire, ne nous cherchez pas trop sinon ça saignera beaucoup plus…»
  • Les services de renseignements syriens
Comme d’hab, pour montrer que les Libanais ne savent pas y faire pour la sécurité sans eux. La méthode (voitures et valises piégées) est plutôt coutumière.
  • Les services de renseignements israéliens
Pour casser la saison touristique comme l’année dernière, en profitant du chaos ambiant. Pour eux, un Liban à genoux est un Liban comme il faut.
  • Le gouvernement libanais

Pour montrer que le pays est au bord du gouffre (situation dont l’opposition peut difficilement profiter aujourd’hui), et pour gagner du temps d’ici la présidentielle de l’automne. Une hypothèse certes tordue, mais...

Même si certaines de ces options peuvent paraître loufoques, il ne faut rien écarter dans ce beau pays de fous. C'est bien la seule chose qu'il y a à apprendre je crois.

mardi, 05 juin 2007

Hariri vs. Syrie: la guéguerre de propagande

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Depuis quelques temps, nous assistons à une véritable guerre d'images, d'affirmations, de rumeurs en tout genre. Il y a 10 jours, la blogosphère libanaise n’avait d’yeux (ou d’oreilles) que pour l’article publié par le New Yorker le 5 mars dernier. A la publication de ce papier, on commençait à peine à parler du Fatah al-Islam. L’attentat de Aïn Alak (qui lui est attribué) remontait lui au 13 février. Le New Yorker, par la plume de Seymour M. Hersh, flinguait le clan Hariri: selon lui, la bande à Picsou aurait financé différents groupes sunnites (dont le Fatah al-Islam) pour contrer le Hezbollah chiite.

Dans le Daily Star (le quotidien anglophone de Beyrouth), l’éditorialiste Michael Young (plus que cul et chemise avec le clan Hariri) allumait à son tour le New Yorker, en écrivant ceci: «Le mensonge selon lequel le gouvernement a financé le Fatah al-Islam a été légitimé par une gaffe spectaculaire du camp Hariri, en particulier de Bahia Hariri (la sœur de Rafic Hariri). Il y a quelques mois, elle a aidé à résoudre une crise qui résultait de la présence d’islamistes dans le district de Taamir de Saïda, adjacent au camp palestinien de Aïn el-Heloué, en payant un dédommagement aux militants de Jund al-Cham pour qu’ils quittent la région. Du point de vue de Saïda, que Bahia Hariri représente au Parlement, c’est logique. Taamir était une entrave aux relations entre l’Etat et les habitants de la région d’un côté et les islamistes et les résidents du camp de l’autre. Cependant, au lieu de se disperser, un certain nombre de militants se sont rendus à Nahr al-Bared, selon des sources palestiniennes. Là, ils ont rejoint le Fatah al-Islam. Maintenant les Hariri semblent avoir financé des islamistes, alors qu’ils se sont contenté de faire ce qu’ils font habituellement face à un problème: essayer de le résoudre en l’achetant.» Drôle de fréquentation, mais malheureusement belle analyse du système Hariri.

L’opposition s’est régalée de ce genre de discours, et les rumeurs depuis 15 jours de liens entre le gouvernement mené par le clan Hariri et des islamistes du Fatah al-Islam étaient sur toutes les lèvres.

Contre-feux ce matin. Les journaux font tous leurs manchettes sur les «informations» données au compte-gouttes par des «sources sécuritaires», comme quoi la Syrie serait en train de faire passer en quantité industrielle hommes et matériel à destination des islamistes qui mettent le feu aux camps de réfugiés palestiniens. Les investigations «avanceraient à grands pas», et même l’Onu et la Ligue arabe auraient été saisies du dossier.

Bref. Le grand n’importe quoi continue. Tout le monde avance ses arguments, avec toujours autant d’aplomb et d’assurance. Que les uns ou les autres aient tort ou raison, un seul constat s’impose: il faut que le Liban change de classe politique, de fond en combles.

On peut toujours rêver.

vendredi, 01 juin 2007

Parano à Beyrouth

Finalement, déstabiliser (voir les 2 définitions du verbe «déstabiliser» dans le post précédent) un pays est une chose très simple. Il suffit de quelques explosions et les nerfs d’une population déjà bien tendue se crispent au maximum. Chaque jour, à chaque fois qu’un bruit suspect se produit dans notre quartier ou que les sirènes des ambulances se font trop pressantes, on allume la télé, on jette un coup d’œil sur Internet pour voir si quelque chose à péter.


Il y a quelques semaines, cet état de nerfs m’a joué un mauvais tour. C’était un vendredi soir, vers 20 heures. Nous prenions l’apéro dans le salon quand tout à coup, j’ai vu une lumière blanche vive dans le ciel, filer à grande vitesse en direction de Jounieh (où se trouvent l’une des centrales électriques les plus importantes du pays). Sur le coup, je pense tout de suite à un missile. Deux secondes plus tard, le courant se coupe. Dans le noir, nous nous précipitons sur la terrasse, et je scrute l’horizon vers le nord. Là, je vois un panache de fumée. Je suis alors absolument certain que la centrale vient d’être visée. J’appelle mes beaux-parents qui habitent dans le coin pour avoir de leurs nouvelles, mais ils sont en voiture du côté de Broumana. Je leur raconte ce que je viens de voir, sûr de mon fait. Et là, le téléphone arabe a joué en moins de 2 minutes. Toute la famille est au courant: la centrale de Jounieh vient d’être attaquée! En fait, il n’en était rien. Le panache de fumée n’était que la sortie de la cheminée de l’hôpital Saint-Georges. En tout cas, tout le monde s’est bien payé ma tête durant quelques jours. Mais je ne sais toujours pas d’où provenait cette lumière…

Cet épisode résume à lui seul l’état dans lequel sont nos nerfs. La création du tribunal international, qui divise le Liban – et pour cause –, va certainement augmenter d’un cran la tension ambiante. Comme d’ici le 10 juin il y a franchement peu de chance que les parties libanaises accordent leurs violons sur la question, nous allons encore tout droit vers de nouveaux problèmes.

Gérard Majax, Garcimore et David Copperfield réunis ne pourraient-ils pas se pencher sur le cas du Liban, et nous sortir un tour de magie pour arrêter ce délire?

jeudi, 31 mai 2007

Bachar el-Assad est formidable

medium_assad2.jpgAh, comme on l’aime notre Bachar. En moins de 72 heures, son régime vient de donner de grandes leçons au monde entier. Cela a commencé par cette flamboyante victoire à l’élection présidentielle. 97% des suffrages pour un seul et unique candidat. Mais qu’ont foutu ces 3% qui n’ont pas voté pour lui? Honte à eux. Du coup, on adore que le président voisin donne des leçons de démocratie à notre petit pays alors qu'il y a quelques semaines, les milieux de l'opposition syrienne ont vécu une purge hallucinante avec entre autres la condamnation de l'intellectuel Michel Kilo.

Et puis il y a eu hier. Vers 22h (heure de Beyrouth), beaucoup regardaient la chaîne de télé Future (la seule à retransmettre en direct tout le débat au conseil de sécurité de l’Onu), attendant le décompte des voix pour le vote de la résolution 1757 concernant la création du tribunal international chargé de juger les assassins présumés du «président-martyr» Rafic Hariri (ex-grand manitou de la corruption sous la tutelle syrienne, ce n'était pas un saint, rappelons-le tout de même). A Achrafieh, des milliers de lampions posés au sol ont illuminé la nuit; au mausolée place des Martyrs, les pro-Hariri ont «fêté» le vote, et écouté Hariri Junior pleurer lors d’un discours attendu. Alors, quid du raïs syrien? Et bien notre bon Bachar a d’ores et déjà fait savoir qu’il ne coopèrerait pas avec le tribunal. Point barre. Pas question que des Syriens soient entendus hors du territoire syrien (puisque le tribunal devrait se tenir en Hollande ou à Chypre par exemple). Damas a toujours considéré que l’assassinat de Rafic Hariri devait être une affaire purement libanaise, que la communauté internationale n’avait pas à fourrer son nez dedans, ce qui ne l'empêche pas de dire qu'il n'a pas été consulté (ce qui est faux) et donc qu'il n'a pas à coopérer. De la grande logique syrienne! Alors voilà, à la sortie du vote à New York, le régime baassiste s’est fendu d’une déclaration qu’il est bon d’étudier de près: «Ce vote en faveur du tribunal pourrait déstabiliser davantage le Liban.» Prenons nos dictionnaires pour une étude de texte:

Selon le Larousse illustré
DESTABILISER v.t. Faire perdre sa stabilité à. Déstabiliser un Etat, un régime, une situation.

Selon le Bacharousse illutré
DESTABILISER (LE LIBAN) v.t. Diviser pour mieux régner, lancer des campagnes de terreur, de préférence au Liban au moyen de voitures piégées, assassinats ou manipulations de groupuscules armés. Technique mise au point par Assad père au cours de 29 ans d'occupation au Liban.

Mais attention, Damas n’a pas prévenu que le vote pourrait «déstabiliser» le Liban, mais «déstabiliser davantage». En gros, faut s’attendre à quoi, monsieur Assad? Au fait que le fameux FPLP-CG de ce brave Ahmad Jibril – que vous abritez à Damas depuis des lustres – fasse sont entrée sur la scène libanaise, en soutien au Fatah al-Islam? Merci beaucoup, il ne nous manquait plus que ça. On lit souvent que la Syrie n’est rien en ce moment, qu’elle survit grâce au soutien iranien. Pourtant, nous au Liban, on la sent encore bien vivace.

Bref. La Syrie n'est peut-être pas derrière tout ce qui se passe au Liban, mais cela ne veut pas dire qu'elle n'est derrière rien. Or Damas veut nous faire croire qu'il est blanc comme neige dans tous les dossiers concernant le Liban: l'assassinat de Hariri, les multiples attentats, l'avènement d'un mouvement soit-disant palestinien ces derniers temps... Y a-t-il encore des gens pour gober ça?

jeudi, 15 février 2007

Les deux drapeaux de trop

medium_haririroses.jpgAu Liban, le 14 février ne rime plus avec Saint-Valentin depuis deux ans. Du coup, hier, bon nombre de Libanais ont délaissé les fleuristes pour se rendre place des Martyrs, pour rendre hommage à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Quoi que l’on pense du bonhomme (ce ne fut pas vraiment un saint), il paraît normal de réclamer la mise en place du fameux tribunal pénal international chargé de juger ses assassins, que l’on soit dans la majorité ou dans l’opposition. «La vérité», le slogan qui illustre le mieux ce combat depuis 2 ans, devrait être l’affaire de tous les Libanais.

En tout cas, hier dans la manifestation, tout le monde y est allé de sa pancarte et de son drapeau. Comme sur le sit-in de l’opposition (sur le haut de la place des Martyrs), on a pu voir hier une kyrielle de fanions: blanc frappé du cèdre dans un cercle rouge pour les Forces libanaises, rouge-bleu pour le PSP de Joumblatt, blanc-bleu ciel pour le Courant du Futur du clan Hariri, rouge-blanc-or pour le PNL de Chamoun, blanc avec un cèdre stylisé pour les Kataëbs… On a même vu le grand drapeau rouge orné d’une faucille et d’un marteau du Parti communiste. Le tout noyé dans une mer de drapeaux libanais.

medium_drapiranien.jpgAu bout d’un moment, nous sommes allés faire un tour du côté du sit-in de l’opposition, après avoir montré patte blanche aux militaires qui ont bien fait leur boulot pour que les deux camps ne puissent même pas échanger un regard. Sur place, c’était désert. Près des barrières, à 50m du mur de barbelés séparant la place en deux, nous avons vu un groupe de jeunes du Hezbollah brandir… un drapeau iranien. De retour dans la manif, nous avons vu fleurir des drapeaux saoudiens. Si cet affichage non-national n’était le fruit que d’initiatives isolées, il n’en demeure pas moins qu’il est symptomatique des affinités régionales des deux camps. Finalement, depuis plusieurs décennies se rejoue la même partie d’échecs, le Liban n’étant que l’éprouvette de la région, où toutes les alliances, les enjeux et les inimitiés qui dépassent le pays se rejoignent. Ce serait bien que ça s’arrête, non?

mardi, 12 décembre 2006

«Vous êtes laïcs, pourquoi ne soutenez-vous pas Aoun?»

Tout d’abord, je vous invite à lire les 5 remarques du commentaire de FrenchEagle sur le post de Nathalie, «Le Hezb, Aoun et le pouvoir». Il a le mérite d'offrir un éclairage différent, mais qui appelle selon moi quelques corrections. S’il est très probable que le Proche-Orient est en train de vivre de grands bouleversements dont la finalité nous échappe encore, s’il est important d’essayer de voir plus loin que le bout de son nez et de raisonner avec des arguments portés vers le futur, il ne faut tout de même pas oblitérer le passé et les composantes de la société libanaise.

medium_croix.2.jpgJ’explique maintenant le titre de ce post: l’année passée, je discutais le soir de mon anniversaire, tranquillement sur notre terrasse, avec un ami aouniste (et fier de l’être). Il me disait: «Toi, tu es pour la laïcité, tu soutiens les associations qui militent pour le mariage civil. Or le général Aoun est le seul homme politique au Liban qui affiche son désir de rendre le Liban laïc. C’est dans ses propositions!» C’était tout à fait vrai. Mais sans être pessimiste, c’est simplement impossible à appliquer au système libanais. Il faudrait même une véritable apocalypse pour que ça se produise. Simplement parce que les clergés, chrétiens et musulmans, ne pourraient pas supporter cette idée, leurs finances étant totalement dépendantes de cette suprématie religieuse sur le domaine public. Au Liban, les sacrements (mariage surtout) sont de grosses usines à fric pour eux, et si l’Etat prenait ce domaine en main, les clergés courraient à la faillite. Un scénario totalement inenvisageable pour ces entreprises très prospères. Bref, la laïcité est un vœu pieux. Ça, c’est une donnée de la réalité passée et présente à prendre en compte.

Avant-hier, on essayait de se remémorer le moment où tout a basculé au Liban ces deux dernières années. Résultat: c’est le retournement de Rafic Hariri contre les Syriens, à cause de la prorogation du mandat du président de la République Emile Lahoud (qui laissera vraiment une triste empreinte dans l’Histoire du pays) par Damas. Hariri (qui je ne portais pas vraiment dans mon cœur) supportait une «cohabitation» avec Lahoud. Chaque conseil des ministres, chaque réforme (privatisations, dossier du cellulaire…) étaient bloqués par Mimile 1er. Hariri n’en pouvait plus et s’était opposé à la reconduction de son président. Il a perdu son pari face aux Syriens. Et ça a été la boule de neige que l’on connaît.

Toujours sur notre terrasse, il y a quelques mois, nous discutions avec un ami appartenant aux Forces libanaises, ex-combattant durant la guerre, et très proche du patriarche Nasrallah Sfeir. Lui avait un discours radical. En résumé, le Liban, ce sont les chrétiens de la montagne. Il parlait de l'avenir de son pays, et s'arrêtait systématiquement sur une donnée: le poids démographique des chiites dans 10 ou 20 ans. Il voyait sa communauté (les maronites) disparaître sous forme de minorité comme les coptes d'Egypte. Quand on prend les estimations et les projections démographiques, son "angoisse" se justifie. Que deviendra la pacte national dans ce cas? Que deviendront les équilibres politiques d'aujourd'hui?

Je n'ai pas la réponse. Moi, j'ai juste envie que le Liban ne se retrouve pas encore une fois victime d'enjeux qui le dépassent dans la région et de la versatilité de la politique américaine. Et tout me laisse croire que le régime syrien, "agonisant" selon certains, est en phase de grandes manœuvres à l'heure où le juge Brammertz remet son rapport d'étape à Kofi Annan (aujourd'hui même d'ailleurs...).

Suite au prochain épisode.

Demain, je vais me faire un petit reportage, genre immersion complète dans le camp des aounistes sous le ring. On verra ce que ça donne.

 
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