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lundi, 24 mars 2008

Sylvester, Mel, Hassan et Imad sont dans un bateau…

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Alors qu’en cette fin d’après-midi un soleil radieux baigne Beyrouth d’une lumière dorée, des pétarades se font à nouveaux entendre dans le silence tranquille de ce lundi férié, après la fiesta de la veille en l’honneur du nabab bourru (qui a d’ailleurs menacé de ne plus apparaître à la télé si ses partisans persistaient à fêter chacune de ses apparitions sur les ondes comme la venue d’un messie armé de deux gros flingues). Les cloches couvrent par intermittence le vacarme des pétoires, dans une sorte de surenchère inconsciente mais totalement schizophrénique.

Cette année, le lundi de Pâques a coïncidé avec le 40e de l’assassinat de l’homme «aux deux victoires», puisque c’est ainsi qu’est désormais labellisé Imad Moughnieh; deux victoires, l’une lors du retrait israélien du Sud-Liban en 2000 et l’autre pour la guerre de juillet 2006. Chacun voit midi à sa porte, mais cela reste amusant de constater qu’aujourd’hui, le Hezbollah célèbre les exploits d’un homme dont il affirmait autrefois qu’il ne faisait pas partie de ses rangs. Bref.

Gros rallye populaire organisé à Rouaiss, dans la banlieue sud, par le parti de Dieu en l’honneur de son dernier martyr en date, avec à la clé retransmission en direct des festivités sur la chaîne Al-Manar. Pour l’instant, les autres stations télé poursuivent leurs programmes dans une totale indifférence, feuilleton à l’eau de rose chez l’un, télé-achat sur l’autre, émission sportive pour le troisième… Pour la peine, Al-Manar mérite d’être regardée ne serait-ce que pour l’intérêt anthropologique de la chose. Une voix de femme déclame avec une emphase presque religieuse des vers en l’honneur du bonhomme, dont les images défilent comme dans un montage PowerPoint; un cercueil qui part en contre-plongée vers des cieux divins, une main tendue vers les nuages dans un geste littéralement christique, la bonne bouille débonnaire de notre Moughnieh binational (au moins) apparaissant dans le cœur d’une rose rouge en train d’éclore, pour être remplacé par une blanche colombe. Je crois bien que c’est cette dernière image fort poétique qui me fait le plus halluciner car s’il est bien un homme que l’on peut difficilement associer à la colombe de la paix, c’est celui-là. Mais la poésie (ou la propagande) a ses raisons que décidément, la raison ne connaît pas… Entre deux plans mélodramatiques à l’extrême, sur fond d’air de cornemuse à la Braveheart (on s’attend à ce que d’un instant à l’autre, Moughnieh se relève de sa tombe – c’est le lundi de Pâques après tout – en criant un ultime «Freedoooooooooom»!), des inserts montrant les hommes en arme du Hezb exhibent la mobilisation des troupes et la puissance militaire, dissuasive sans doute, du parti. Au fait, je vais peut-être avoir l’air naïve, mais avez-vous déjà remarqué que le logo d’Al-Manar pourrait tout à fait représenter deux flingues entrecroisés? Je ne sais pas si c’est mon état d’esprit d’aujourd’hui qui m’a poussée à brusquement le voir ainsi, surtout surimposé sur cette fameuse colombe, mais là, cela m’a sauté aux yeux.

A Rouaiss, la vie a plutôt continué comme si de rien n’était: magasins ouverts, habitants faisant leurs courses… L’ambiance n’était guère à la commémoration, dont les résidents sont sans doute gavés, eux qui sont de plus en plus nombreux – comme les habitants du Sud – à renouveler leur passeport et à prendre des options de location dans les régions considérées comme plus «sûres», au cas où… Quelques femmes sont présentes, portant de nouveaux foulards avec sur une face le drapeau du Hezbollah, sur l’autre le portrait de Moughnieh au pochoir. La masse assemblée ici est formée essentiellement de jeunes hommes, souvent sur leurs scooters déglingués, certains portant les armes qu’ils actionnent allègrement sans se soucier des lois de la pesanteur, à savoir que tout projectile finit par retomber quelque part… Chaque mention d’un dirigeant israélien provoque des huées, chaque harangue un peu plus vigoureuse que les autres déclenche une nouvelle salve de tirs… de joie? de colère? d’excitation? de n’importe quoi? L’un des jeunes fêtards vide son chargeur alors qu’il se tient debout devant un bâtiment portant l’enseigne «Collège de la finesse», sans doute une piètre contrefaçon du «Collège de la sagesse»… Toujours est-il que l’association des deux, jeune excité flingue à la main et enseignement de la finesse, prête à sourire. Pas autant cependant que la nouvelle décoration locale, une pléthore de posters représentant l’héroïque Moughnieh, dont l’un particulièrement imposant figure dans l’alignement d’une affiche de film. Lequel? Je vous le donne en mille: Rambo IV. Ça ne s’invente pas.

Beaucoup redoutaient qu’à l’occasion de ce 40e, le Hezbollah mette en pratique ses menaces de vengeance à l’encontre d’Israël. Bon, la journée n’est pas terminée mais pour l’heure, la manifestation n’a pas pris l’envergure à laquelle on pouvait s’attendre. Dans un discours relativement court (une heure «seulement») et particulièrement mesuré (par rapport à d’autres propos qu’il a pu tenir) sur le plan local, Nasrallah a rendu hommage à Jésus et Mohammad, ce qui va en rassurer certains. Evidemment, sur le plan international, c’est autre chose: Hassan a émis ses critiques virulentes comme à l’accoutumée à l’égard «des groupes américano-sionistes» qui provoqueraient, selon lui, des troubles entre l’Europe et les musulmans (on peut pourtant être l’un et l’autre, que je sache) et il a surtout renouvelé ses menaces à l’égard de notre voisin du Sud. Que ses partisans se rassurent, une nouvelle guerre au Liban coûterait cher à Israël car 85% (????) des Libanais soutiendraient le parti de Dieu en cas de conflit. Et surtout, Hassouna l’affirme haut et fort, Israël sera «puni» et disparaîtra suffisamment vite pour que le public assemblé pour l’entendre (le voir, c’est une autre paire de manches) puissent assister à cet événement historique. Autrement dit, notre génération en sera témoin. Super. C’est beau la rhétorique. Et la génération suivante, celle de nos enfants, elle récoltera quoi?

Car le problème, c’est que pour Nasrallah, les Israéliens ne supporteraient pas de devoir retourner dans les abris; il a l’air de croire que les Libanais, eux, n’y verraient pas d’inconvénients, ce dont je ne suis guère convaincue. Et surtout, Hassouna semble oublier que si Israël «peut disparaître», le Liban le peut aussi. Et s’il y a bien une course que les Libanais sont capables de gagner, c’est malheureusement celle-là.

jeudi, 21 février 2008

Hezbtoire-géo

a8235e2340e9a72670629197d206229d.jpgDepuis hier au Liban, de nouvelles affiches ont commencé à fleurir. Enfin, pas partout au Liban. Dans la banlieue sud, et plus particulièrement sur ce qu’on appelle encore la «nouvelle route» de l’aéroport. Sur fond jaune sépia, un portrait stylisé à l’encre de chine: celui d’Imad Moughnieh. Sur ce long ruban d’asphalte qui coupe la banlieue sud en deux, tous les 200m, ces panneaux rappellent qui contrôle réellement la géographie des lieux. Dans ce territoire exigu, la route de l’aéroport revêt un caractère stratégique majeur. Et ces panneaux gris qui bordent cet axe font partie du giron du Hezbollah depuis plusieurs années. Déjà fin août 2006, ces mêmes supports avaient accueilli les portraits de Nasrallah célébrant sa «victoire divine». Aujourd’hui, c’est le visage du nouveau «martyr» du parti qui se propose aux voyageurs arrivant ou quittant le Liban. Cela peut peut-être paraître superficiel ou anecdotique dans le contexte actuel, mais le premier contact qu’un étranger a du Liban est un hymne à la mémoire d’un tueur. Le syndicat du tourisme libanais – s’il existe encore – devrait peut-être se bouger les fesses.

[...] 

La semaine dernière, je travaillais sur un sujet concernant la tension sunnites-chiites au Liban. J’ai alors interviewé, entre autres, Antoine Messarra, un politologue-historien, professeur à l’Université libanaise et spécialiste de la «paix civile». Il me disait, dans le texte: «Dans l’histoire du pays, chaque grande minorité – maronite, sunnite puis aujourd’hui chiite – a tenté des expériences et dominé la vie politique. La tension actuelle entre sunnites et chiites relève de la psychologie historique: les sunnites ont toujours été intégrés dans les villes et dans la gestion de la chose publique, même sous les Ottomans, alors que les chiites ont toujours été considérés comme des citoyens de deuxième catégorie et en ont nourri une vive rancœur. (…). Sunnites comme chiites ont des points communs, comme le clientélisme politique. Mais il existe aussi de grandes différences. Les chiites possèdent un levier d’intimidation essentiel avec les armes du Hezbollah. Par ailleurs, l’occupation du centre-ville de Beyrouth depuis décembre 2006 – qui n’est pas un simple sit-in mais une occupation pure et simple – démontre aussi leur volonté de maîtriser la géographie du pays. C’est valable à Beyrouth comme dans le reste du Liban, mais c’est un sujet que tout le monde évite.»

L’année passée, l’un des sujets récurrents sur le Hezbollah évoquait l’achat de terrains par le parti, un peu partout dans le pays, afin de donner une continuité géographique à certaines zones d’influence. Alors que des voix de plus en plus nombreuses parlent tout haut de partition du pays – nous y reviendrons bientôt ici-même –, ce marquage du territoire (une habitude pour toutes les composantes libanaises) n’est à mon sens que la partie visible de l’iceberg. Et avec les beaux jours qui semblent revenir (cf. le ciel bleu sur cette photo prise ce matin), cet iceberg risque bien de fondre, emportant avec lui ce qui reste de cohésion dans ce pays. A l’heure où le Kosovo fait sécession, où certains cadres de l’Autorité palestinienne se demandent s’ils ne devraient pas eux aussi déclarer leur «indépendance» et s’affranchir enfin de la mauvaise volonté israélienne, le fragile équilibre libanais ressemble de plus en plus à un château de cartes.

[...] 

Sur ce, attendons de voir la teneur du sommet communautaire islamique d'aujourd'hui, et surtout celle du prochain discours du sayyed, demain soir, à l'occasion de l'anniversaire de la mort d'Abbas Moussawi, son prédécesseur à la tête du parti. Suite aux dernières déclarations éthologiques du Perse, il va probablement faire monter les enchères.

jeudi, 14 février 2008

Anglophones farsi, francophones farlà !

drapeau_libanais.jpgLa météo a tenu toutes ses promesses aujourd’hui. Beyrouth a croulé sous les trombes d’eau, ce qui n’a pourtant pas empêché les manifestants d’affluer, les uns place des Martyrs pour la commémoration du 3e anniversaire de l’assassinat de saint Rafic, les autres à Dahiyé pour celle de l’assassinat d’Imad Moughnieh, «un homme extraordinaire» comme l’a qualifié un responsable du Hezbollah. D'un côté comme de l'autre, les manifestants ont répondu au mot d'ordre de leurs formations politiques. Rien de bien neuf de ce côté-là.

62ff9bd2a87325d94ae0fc6723c9cb59.jpgNous revenons donc de la première manifestation, trempés jusqu’aux os. Ça me fait toujours sourire de voir des jeunes – filles et garçons – du PSP et des FL danser la rumba ensemble. Signe que l’entente est possible malgré le fardeau de l’Histoire. L'un des jeunes joumblattistes, enroulé dans son drapeau rouge et bleu (ci-contre en photo), portait un badge en faveur de l'unité de l'armée. Je lui demande en arabe si je peux le prendre en photo et lui me répond en anglais. Je rebondis en anglais (j'y suis plus à l'aise), et il me sourit, tout étonné que je parle aussi cette langue (les Français ont cette affreuse réputation d'être des cancres en langues étrangères). Au moins, nous avons pu nous comprendre.

Place des Martyrs ce matin donc, beaucoup sont venus en famille, avec leurs gamins. Les vendeurs de kaaké et de kneffé ont fait des affaires. Et puis vers 13 heures, tout le monde a commencé à déguerpir. On s’est pris des seaux d’eau, on a pataugé dans la gadoue…

Plus ou moins au même moment, à l’autre bout de la ville, le Hezbollah démarrait son propre rassemblement, pour son nouveau «martyr». Les jeunes hezbollahis y défilant en rang et en tenues paramilitaires. Ceux qui s’y recueillaient ont aussi eu droit à des discours: sur écran géant pour Hassan Nasrallah qui a promis que le «combat contre Israël continuerait jusqu’à ce que la victoire soit totale», et en chair et en os pour Manouhcher Mottaki, le ministre iranien des Affaires étrangères spécialement venu pour l’occasion. Un discours en farsi. Vous me direz, quand Kouchner vient au Liban, il ne parle pas arabe non plus, mais il ne s'adresse pas une foule... Ou bien y aurait-il beaucoup de gens qui comprennent cette langue au Liban? Si c'est le cas, peut-être faudrait-il que Nathalie et moi nous y mettions!

Maintenant, on va voir ce que les prochains jours nous réservent. Déjà cet après-midi (comme hier soir), on a pu entendre des rafales de fusils automatiques. Personnellement, je préfère l'arabe, le français, l'anglais ou même le farsi au langage des armes.

mercredi, 13 février 2008

[SCOOP] Moughnieh assassiné à Damas: c'est Malko qui a fait le coup!

SAS_beyrouth_malko_imad_moughnieh.jpgLa dépêche AFP vient d'arriver, la voilà telle quelle:

Liban-Hezbollah-assassinat LEAD
Le Hezbollah annonce l'assassinat d'un de ses dirigeants, accuse Israël
BEYROUTH, 13 fév 2008 (AFP) - Le Hezbollah chiite libanais a annoncé mercredi que l'un de ses dirigeants militaires, Imad Moughnieh, a été assassiné et a accusé Israël de ce meurtre.

Selon un responsable du Hezbollah, le dirigeant a été tué dans l'explosion d'une voiture piégée à Damas mardi, mais la télévision officielle du Hezbollah Al-Manar qui a annoncé l'assassinat n'a pas précisé le lieu de l'assassinat.

"Un grand jihadiste de la résistance islamique au Liban a rejoint les grands martyrs (...) Le leader Imad Moughniyeh est mort en martyr assassiné par les Israéliens sionistes", indique le communiqué d'Al-Manar.

"Il était la cible des sionistes depuis 20 ans", selon le communiqué.

Les autorités israéliennes ont refusé de faire le moindre commentaire officiel à l'assassinat d'un des chefs militaires du Hezbollah chiite libanais, Imad Moughnieh. "Nous ne faisons pas de commentaires", a déclaré à l'AFP Mark Regev, le porte-parole du Premier ministre Ehud Olmert.

Les télévisions et les radios en israël ont interrompu leurs programmes dès l'annonce de la mort de Moughnieh en le présentant comme le "terroriste le plus dangereux au Moyen-Orient depuis trente ans".

"Le compte est réglé : Imad Moughnieh a été liquidé à Damas", a titré le site internet Ynet du quotidien Yédiot Aharonot, le plus fort tirage d'Israël.

Imad Moughniyeh, dans la clandestinité depuis la fin des années 1980, est accusé par les médias occidentaux et les Etats-Unis d'avoir dirigé la plupart des enlèvements d'otages occidentaux durant la guerre civile au Liban dans les années 1980.

Il est notamment soupçonné d'avoir été l'auteur de l'enlèvement de William Buckley, chef de l'antenne de la CIA à Beyrouth, en 1984.

Imad Moughnieh est inscrit sur la liste "des terroristes les plus dangereux" recherchés par les Etats-Unis pour le détournement d'un avion de la TWA en 1983.

Son frère Fouad Moughnieh a été assassiné en 1994 dans l'explosion d'une voiture piégée dans la banlieue sud de Beyrouth, un attentat attribué à l'époque aux services spéciaux israéliens, qui faisaient la guerre aux radicaux chiites proches du Hezbollah alors qu'Israël occupait le Liban sud.

Imad Moughnieh est recherché par Interpol pour sa participation présumée à un attentat contre l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA) qui avait fait 85 morts et près de 300 blessés en juillet 1994 à Buenos Aires.

A Damas, la télévision d'Etat syrienne a indiqué, citant une source au ministère de l'Intérieur, qu'une voiture avait explosé mardi soir dans le quartier résidentiel de Kafar Soussé dans la capitale syrienne, faisant un mort.

Elle n'a donné aucune autre précision notamment sur la nature de l'explosion ou l'identité de la victime.

Les autres médias officiels syriens n'ont pas fait état de l'explosion.

Selon des témoins, l'arrière de la voiture, une Mitsubishi Pajero grise métallique, a été entièrement soufflée par l'explosion qui s'est produite vers 23HOO locales (09H00 GMT) dans ce quartier résidentiel nouvellement construit. La voiture était stationnée dans un parking au milieu des immeubles.

 

Je n'aime pas me réjouir de la mort d'un homme, mais celle-là ne me fera pas pleurer. En tout cas, c'est Gérard de Villiers qui va pouvoir pondre un nouveau SAS sur le Liban, puisque son Altesse Malko Linge se battait déjà contre lui dans le précédent Rouge Liban. En tout cas, c'est facile d'accuser Israël, mais le monsieur traînait tellement de casseroles que n'importe qui a pu faire le coup, même le cousin de la tante de mon beau-frère...

 
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