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vendredi, 07 mars 2008

Subject: Prévisions LIBAN

374f36ad6a9c7d1782efcdb651fc3ba8.jpgC'est souvent comme ça en temps de crise, mais j'ai parfois l'impression de mettre des œillères pour éviter de voir que le panorama s'assombrit dangereusement. Et puis comme je bosse pour des médias étrangers, je leur envoie de temps en temps des mails pour les tenir au courant de la situation et de la «probabilité» que le Liban refasse les gros titres. J’intitule ces mails «Prévisions LIBAN». Alors, systématiquement, j'ôte mes œillères, regarde à droite et à gauche, et je fais le bilan. Je viens de le faire il y a 10 minutes, et ça donne ça:

  • Après les ambassades arabes, c'est l'ambassade américaine qui vient de prévenir ses ressortissants d'adopter un profil bas, de rester chez eux, voire de quitter le pays si c'est possible, car la situation locale et régionale sent le soufre. Elle avait fait de même début juillet 2006, juste avant la guerre.
  • Selon un quotidien libanais, il y aurait une mobilisation générale de réservistes au sein de l'armée syrienne (peut-être du vent, mais on ne sait jamais).
  • Une autre info (démentie par la Finul): il y aurait eu une incursion israélienne hier en territoire libanais jusqu'au Wazzani.
  • La tuerie à Jérusalem serait due, selon Al-Manar (info reprise par tous les médias ensuite) à une brigade nommée d'après le membre du Hezbollah assassiné à Damas, Imad Moughnieh. Certains avancent même que le Hezbollah serait lié directement l'attentat, en soutien au Hamas.
  • Les discours, que ce soit du côté du Hezbollah (Nasrallah a prévenu qu'il pourrait passer à l'action après le 40e de la mort de Moughnieh, soit le 24 mars) ou d'Israël, se radicalisent. La situation actuelle rappelle grandement le mois de juin 2006: Israël met le paquet sur Gaza, et les problématiques libanaises et palestiniennes se retrouvent à nouveau mêlées.

Bref, il n'y a rien de réjouissant. Wait and see donc, mais je préfère quand même vous tenir au courant de la température locale et des nuages noirs qui s'accumulent sur le Liban (même s'il fait très beau avec un bon 25ºC, mais c'est toujours par beau temps que les conflits commencent!).

[...] 

Vous me direz, ça fait beaucoup de verbes au conditionnel et de supputations (j’adore ce mot, presque autant que croquemitaine). N’empêche, vu d’ici, rien n’incite à la légèreté et à danser la lambada. Et c’est sans compter sur les déclarations de nos politiques – tous bords confondus – ajoutant de l’huile sur le feu quotidiennement, sur les Etats arabes qui se crêpent le chignon avant le sommet de Damas, sur notre foutue élection présidentielle reportée à la Saint-Glinglin, sur...

Au Liban, finalement, il existe trois sortes de personnes: les pessimistes qui voient la guerre partout, les optimistes béats (également appelés non-voyants) et les pragmatiques qui se disent que si ça dérape, il y aura toujours moyen de s’adapter.

mercredi, 17 octobre 2007

Washington et les interférences syriennes et iraniennes

medium_ackerman_netanyahu.jpgNos amis Américains sont parfois horripilants. Hier, sur Naharnet, je tombe sur un papier intitulé «La chambre des représentants propose une résolution condamnant la Syrie, l’Iran et leurs alliés libanais». L’idée est d’accuser Damas et Téhéran d’interférences dans les affaires internes libanaises, surtout en vue de l’élection présidentielle. OK, soit. Damas et Téhéran ne sont pas en train de rester les bras croisés. Les interférences, ces deux capitales connaissent bien le procédé, c’est vrai. Mais dans le genre «interférences aux quatre coins du monde», Washington se pose aussi en champion. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

Et puis à bien y regarder, cette nouvelle publiée sur Naharnet est finalement bien intéressante. C’est donc une sous-commission de la chambre de représentants américains qui a proposé cette résolution: la sous-commission aux affaires étrangères pour le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, présidée par un Démocrate, Gary Ackerman (ci-dessus en photo avec son copain Benjamin). Ackerman? Inconnu au bataillon en ce qui me concerne. Après 10 secondes de recherche sur Google, il s’avère qu'Ackerman fait aussi partie du Conseil international des parlementaires juifs, d’ailleurs élu à la présidence de cette organisation lors du sommet de janvier 2006 à Jerusalem. Sans hurler au lobbying, il y a là ce que l’on appelle sobrement un «conflit d’intérêts». Pas étonnant qu’Ackerman rédige une résolution contre Damas et Téhéran. Faut-il vraiment accorder un quelconque crédit aux délires de l'Administration américaine? Est-ce vraiment dans le seul intérêt du Liban que ce genre de sous-commission dépense l'argent du contribuable du Minnesota et d'ailleurs?

Tous ces gens «bien intentionnés» pourraient peut-être nous laisser un poil tranquilles...

dimanche, 07 octobre 2007

Liban / Israël : le joint commun

medium_cannabis_liban.jpgmedium_cannabis_israel.jpgL’année 2007 restera un grand cru pour les producteurs de cannabis au Liban. Plus de 7000 hectares de plantations, des revenus estimés environ à 225 millions de dollars à la revente à l’étranger (le kilo se vendant entre 1000 et 1500 dollars selon la qualité). Les cultivateurs de la Bekaa ont profité d’une année chaotique pour planter et récolter, les forces de l’ordre ayant autre chose à faire (Nahr el-Bared et tout le tralala). Il existe bien une officine chargée d’éradiquer les plantations clandestines, mais l’armée n’était pas en mesure d’assurer la sécurité des équipes d’inspection. Les paysans de la Bekaa se sont donc engouffrés dans la brèche cette année, qui selon eux, est la meilleure depuis les années 80. Les cultures de substitution voulues par l’Onu au début des années 90 n’ont jamais pu remplacer économiquement la culture de la marijuana. Au-delà des jugements pro ou anti drogues douces, la survie de centaines de familles en dépend.

Dans le commerce qui va commencer (la cueillette et la transformation sont en cours), une partie de la production va rester au Liban, une partie va partir vers l’Europe (ça fera un peu de concurrence au shit marocain, et ça fait toujours classe pour un bobo de dire qu’il fume du pollen libanais). Et une partie passera également la frontière au sud. La jeunesse dorée de Tel-Aviv (qui a tant de points communs avec celle de Beyrouth) pourra donc fumer un produit 100% «made in Lebanon». Le petit joint qui rapproche les peuples?

vendredi, 13 juillet 2007

Plateau du Golan, fermes de Chebaa… l’insoluble problème

Mais que se passe-t-il en ce moment du côté du Golan? Le site d’information israélien Debka fait état de mouvements inhabituels dans ce territoire conquis par l’Etat hébreu en 1967. D’abord, la Syrie aurait rouvert au public la route Damas-Quneitra (une ville à cheval entre le Golan occupé et une zone militarisée syrienne), fermée depuis 40 ans. Les services de renseignement israéliens voient là une volonté syrienne d’«activer» cette bande frontalière en permettant à des factions soit disant pro-palestiniennes (type FPLP-CG) de s’en servir comme base d’attaque vers le territoire israélien. Cette technique longuement éprouvée par Damas au Liban et apparemment en Irak aujourd’hui, dédouane la Syrie de toute responsabilité officielle. Objectif en filigrane: ajouter une carte à son jeu pour alléger la pression de la communauté internationale alors que le conseil de sécurité de l’Onu s’apprête à la «condamner» pour les transferts d’armes illégaux.

medium_golan.jpgEt qui dit Golan, dit fermes de Chebaa. Cette zone frontalière pose un problème insoluble aux diplomaties locales et étrangères. Il y a trois jours, dans le quotidien Haaretz, un responsable israélien anonyme révélait que l’Onu aurait demandé à Israël de se retirer des fermes de Chebaa, revendiquées par le Liban. Avant-hier, Ban Ki-Moon – le secrétaire général de l’Onu – a démenti, déclarant que le tracé définitif de la frontière était encore à l’étude, et que le cartographe onusien avait encore du boulot devant lui.

Voici un essai de mise à plat de ce double problème:


Le plateau du Golan (en rouge sur la photo satellite)

  • Un peu d’histoire

L’empire ottoman, à la fin du XIXe siècle, choisit le Golan pour installer des familles de Circassiens (des réfugiés musulmans de différentes ethnies venant du Caucase), afin d’en faire un poste avancé pour contrôler les bédouins arabes rétifs à son autorité. Ce sont ces Circassiens qui ont fondé la ville actuelle de Quneitra. Près de 20 ans après la chute des Ottomans, dans les années 30, certains Circassiens espèrent utiliser le Golan pour fonder un équivalent au Foyer national juif. Mais les mandats français et britanniques sur la région en décideront autrement, enterrant les rêves autonomistes circassiens. Le Golan devient syrien.

  • Selon la Syrie

Damas réclame le retrait de l’armée israélienne du Golan, territoire conquis en seulement 2 jours lors de la guerre de 1967. Mais pas question de reprendre ce territoire par les armes. La frontière syro-israélienne est l’une des plus calmes au monde depuis 40 ans. Le retour à la souveraineté globale sur le Golan est, selon Damas, la condition sine qua non à toute discussion avec Tel-Aviv.

  • Selon Israël

Israël a conquis le plateau du Golan en 1967, et l’a officiellement annexé en 1981, en en faisant, selon son administration, sa 6e région. La situation géographique du Golan est hautement stratégique pour Tsahal: il est au croisement de la Syrie, du Liban et d’Israël,. Mais à la fin des années 90, le Premier ministre Ehud Barak propose un moratoire pour geler l’implantation de colonies sur le Golan afin de faciliter les pourparlers avec la Syrie. Pourtant, en février 2001, Ariel Sharon alors devenu Premier ministre, relance le développement des colonies dans cette région.

  • Selon l'Onu

L’Onu ne reconnaît pas l’annexion du plateau du Golan par Israël. Le Conseil de sécurité a voté les résolutions 242 et 338 sur la question (exigeant d’Israël la restitution des territoires conquis par la force), résolutions restées lettres mortes.


Les fermes de Chebaa (en vert sur la carte du Golan)

  • Selon le Liban

L’Etat libanais considère que les fermes de Chebaa (25km2) font partie intégrante de son territoire, et sont donc soumises à la résolution 425 de 1978 exigeant le retrait complet d’Israël du pays du cèdre. Le gouvernement libanais a adressé à Kofi Annan (ex-secrétaire général de l’Onu) une série de documents cadastraux et la copie de l’accord libano-syrien de 1951, prouvant le don par la Syrie de ce petit territoire au Liban. Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a même exhibé, lors de la table ronde du Dialogue national en 2006, une carte américaine confirmant la «libanité» des fermes.
Le 26 juillet 2006, Fouad Siniora propose un plan de règlement plaçant ce secteur «sous juridiction de l’Onu en attendant que la ligne frontalière soit délimitée avant son retour sous souveraineté libanaise». Le 12 août, Annan reprend la proposition Siniora dans la résolution 1701, le Liban demandant ensuite à la Syrie de reconnaître «officiellement» la «libanité» de Chebaa, ce que Damas refusera tant qu’il y aura un soldat israélien sur le sol du Golan. Le serpent se mord la queue…

  • Selon Israël

Tel-Aviv considère que les fermes de Chebaa font partie du Golan syrien occupé, et sortent donc hors du champ d’application de la résolution 425. Israël se base sur la ligne de démarcation  franco-anglaise de 1923 et sur la ligne d'armistice de 1949 qui désignent la région comme territoire syrien.

  • Selon la Syrie

La Syrie considère que les fermes de Chebaa appartiennent au Liban, sans pour autant être soumises à la résolution 425. Damas refuse pour l’instant de donner suite à la demande de l’Onu de reconnaissance écrite et officielle par la Syrie de la «libanité» de Chebaa.

  • Selon l’Onu

Kofi Annan, alors SG de l’Onu, avait jugé irrecevables les demandes libanaises. Selon lui, la résolution 425 que tout le monde évoque ne réclame pas l’évacuation par Israël de la zone des fermes de Chebaa, qui relèverait des résolutions 242 et 338 traitant directement du conflit israélo-syrien. L’Onu reconnaît les frontières de 1923 (qui incluent Chebaa sur le territoire syrien). En fait, les Nations unies travaillent actuellement sur le tracé définitif de la frontière, son cartographe officiel devant revenir prochainement dans la région.

Bref. Comme souvent, la raison de cette chamaille généralisée (qui fournit au Hezbollah un motif officiel pour poursuivre la lutte armée contre Israël) trouve sa raison première dans l’or bleu. Le Golan syrien et les fermes de Chebaa libanaises sont les véritables réservoirs d’eau de la région : entre 30 et 35% des ressources aquifères israéliennes en proviennent. C’est dire combien il est improbable qu’Israël se passe du Golan en le rendant à son propriétaire d’origine, à moins qu’un accord sur la fourniture d’eau ne fasse partie du deal. Pour Israël, il s’agit d’une question de survie.

Enjeux stratégiques et militaires, ressources en eau, cartes politiques régionales: Chebaa et Golan sont intrinsèquement liés dans les négociations syro-israéliennes au sein desquelles le Liban ne pèse pas grand chose. En clair, on n’est pas sorti de l’auberge.

samedi, 23 juin 2007

Vivre avec Israël à ses portes est-il possible ?

medium_jaffa1.jpgmedium_jaffa2.jpgJe note depuis quelque temps, dans les commentaires de ce blog et dans ceux des autres, la volonté de certains internautes libanais de se tourner vers Israël plutôt que vers son environnement arabe. Dans l’Histoire récente, il y a eu quelques tentatives, principalement côté chrétien, comme avec Béchir Gemayel fin 70–début 80.

Mais aujourd’hui, Israël est perçu comme le diable dans la région. Les raisons sont nombreuses, et plus que compréhensibles. Les guerres (1948, 1967, 1973, 1982…), les occupations diverses et violentes (Gaza, Cisjordanie, Sud-Liban) sont autant de facteurs qui interdisent à la rue arabe de voir Israël pour ce qu’il est, et pour ce que cette terre a été avant 1948.

Je lis aussi ça et là des articles sur «le malheur arabe» depuis 1948 et la création de l’Etat d’Israël. Si cette notion de «malheur arabe» est un peu simpliste et réductrice, la date de 1948 est indéniablement à marquer d’une pierre blanche. Elle est synonyme de déportation et d’expropriation pour les Palestiniens, et de déstabilisation en chaîne pour les pays voisins.

Alors, vivre avec Israël est-il possible? Je me souviens d’une discussion que j’ai eue il y a quelques années avec le grand-père de Nathalie. Le genre patriarche, self made man et bourgeois. Il avait commencé son périple d’homme d’affaires en introduisant la télévision au Moyen-Orient. Un grand bonhomme quoi. Il me racontait donc que dans les années 40, il prenait sa grosse américaine et faisait la route Beyrouth-Jaffa pour faire des affaires (ci-dessus en photos, Jaffa dans les années 40). Il n’était pas le seul à faire ça, loin de là, et traitait avec juifs, musulmans et chrétiens en très bonne intelligence. Le commerce entre le jeune Liban et la Palestine était florissant, la voie de chemin de fer qui file le long de la côte levantine en est une preuve aujourd’hui en ruines. A cette époque, soit moins de 10 ans avant la Nakba («catastrophe» en arabe), les Palestiniens qui venaient à Beyrouth n’étaient pas des réfugiés mais des touristes lamba. Le patriarche me disait qu’il ne reverrait jamais plus Jérusalem et Jaffa. Il est mort il y a 4 ans.

Aujourd’hui, parler d’Israël est presque synonyme de traîtrise. Ce pays a fait beaucoup de tort au Liban ces 30 dernières années. Les générations actuelles – ici ou dans les Territoires – ne connaissent que ça, et c’est bien normal. Mais je me demande si les générations suivantes apprendront quelque chose de l’Histoire (avec un grand H) et si, un jour, mes petits-enfants pourront prendre le train à Lattaquieh jusqu’à Tel-Aviv, en faisant une halte à Beyrouth pour fumer un narguileh chez leur geddo.

mardi, 19 juin 2007

Liban > Palestiniens < Israël : vers un été prudent…

medium_Liban-Palestine.jpg«La plus grave violation de la 1701 depuis l'été dernier», selon Geir Pedersen, le coordinateur de l'ONU. «La plus grave violation de la ligne bleue depuis la guerre en 2006», déplore Ban Ki Moon. «Ferme condamnation» de la France.

Le tir de roquettes dimanche contre Kiryat Chmona en Israël n'a pas fini de faire des vagues. L'opération a été revendiquée par l'un de ces groupes totalement inconnus qui surgissent toujours à point nommé pour jeter encore un petit plus peu d'huile sur un feu qui n’en a décidément pas besoin. Ils surgissent ou  adoptent un nom aux consonances mystico-guerrières le temps d'une unique apparition (ce qui est largement suffisant). On a eu ainsi au Liban «les brigades Al-Ahrar», «les brigades du Saint Jihad», etc.

En ce qui concerne nos Katiyouchas de dimanche, il s'agissait donc de «la branche libanaise du Jihad Badr», dont on est bien contents de savoir qu'ils ont une branche libanaise étant donné qu'on ne sait absolument pas d'où, eux, viennent.

Mais là n'est pas l'essentiel. La question qui est sur toutes les lèvres ou presque est bien de savoir si le même scénario que celui de l'été dernier va se répéter en 2007, avec quelques semaines d'avance. Un copain me disait hier être persuadé du contraire et que les tensions se maintiendraient probablement jusqu'à l'élection présidentielle de l'automne sans plus de dégradation. J’aimerais le croire mais son optimisme (angélisme?) n'est guère partagé par la majorité des Libanais dont la capacité à voir la vie en rose a été sérieusement douchée un certain 12 juillet 2006. Le survol répété de Baalbeck par l'aviation israélienne hier n'a évidemment pas aidé. Je ne suis pas convaincue d’une nouvelle guerre avec Israël, mais le Liban a le chic pour se trouver de nouveaux ennuis et faire dans la diversité.

C’est donc à un été «prudent» qu’il faut s’attendre, dans le meilleur des cas. Plusieurs grands établissements scolaires ont déjà fermé leurs portes et c’est via une note qu’hier, le Grand Lycée franco-libanais nous a averti de la fin des cours vendredi prochain, soit une semaine plus tôt que prévu. Notre fille aura donc eu une dizaine de jours de classe en juin. Ce qui lui fait dire, avec toute la candeur de ses 6 ans, que «finalement, elle aime bien – un  peu – la guerre, comme ça elle est toujours en vacances».
Elle risque de déchanter au cours de ces trois mois de congé au cours desquels elle va probablement s’ennuyer. Le lycée a annulé toutes ses activités d’été, la plupart des colonies de vacances n’ouvriront pas leurs portes et la grande majorité de ses copains vont s’envoler vers des cieux plus souriants, au moins provisoirement. Ce qui en dit long sur l’état d’esprit général.
S’ennuyer, ce n’est grave, c’est bon pour l’imaginaire et c’est surtout mieux que d’être terrifié par des bombardements et des attentats. On n’en demande pas davantage.

dimanche, 17 juin 2007

Katyushas are back !

La contamination (suite)… Après les manifs, puis les tirs «intra-muros», voici revenu le temps des tirs de roquettes. Cet après-midi, plusieurs Katiouchas ont atteint deux villes israéliennes proches de la frontière libanaise. Une roquette un peu paumée aurait même atterri près d’une position de la Finul à Houla au Sud-Liban. Côté libanais comme israélien, la thèse d’un tir du Hezbollah a été écartée illico: les responsables seraient des Palestiniens. Oui, mais lesquels?

Comme nous le disions hier, on ne se demandait plus s’il y aurait une étincelle pour mettre le feu à l’été libanais, mais plutôt quelle forme elle prendrait. Et bien voilà une suite de réponses tout ce qu’il y a de plus satisfaisante. Nos si chers voisins du Sud vont-ils rester les bras croisés? Ce n’est pas vraiment dans leurs habitudes. D'ailleurs, ils se sont empressés de bombarder Chebaa...

Ce nouvel épisode va encore compliquer le travail de ceux qui cherchent à expliquer qui fait quoi dans notre belle région. Mais avec la double attaque d’aujourd’hui, les décideurs (libanais, israéliens et communauté internationale) vont être bien emmerdés pour trouver les auteurs et diriger leur politique en fonction. Qui a tiré aujourd’hui? Le Hamas, le Fatah, Jund el-Cham, un groupuscule X manœuvré par la Syrie ou autre? Personne ne le sait vraiment (attention aux raccourcis sibyllins que l’on va nous servir à la télé!).Avec tout ça, on se demande vraiment comment l’armée libanaise va s’en tirer. Car une «responsabilité» palestinienne ne signifierait pas que le Liban soit à l’abri d’éventuelles représailles israéliennes. Les Israéliens partent du principe que c’est aux Libanais, et donc à leur armée, de tenir les Palestiniens qui sont sur leur territoire, ce qui avait justifié – dès avant la guerre de 1975 – plusieurs bombardements sur le Liban comme celui sur l’aéroport de Beyrouth à la fin des années 60 au cours duquel de nombreux avions de la MEA avaient été décimés.

Mais entre les camps palestiniens (Nahr el-Bared évidemment, mais aussi Aïn el-Helwé…), les bases de groupuscules pro-syriens en effervescence depuis une semaine dans la Bekaa, les attaques aux checkpoints, la sécurité des civils dans le pays, les attentats possibles contre des personnalités… l’armée libanaise ne manquait pas de travail ces jours-ci, le tout mal équipée et fragilisée par les dissensions politiques internes. Il ne lui manquerait plus qu’un nouveau front, au Sud. C’est à croire que «quelqu’un» s’acharne pour l’affaiblir davantage et la faire imploser une nouvelle fois. Et l’Histoire a déjà montré à quel point les retombées de son effondrement seraient catastrophiques.

Il est de plus évident que le Liban ne peut pas se permettre ce genre de folie, à cause des Palestiniens, «stockés» dans des camps depuis près de 60 ans. La seule solution, tout le monde la connaît: les Palestiniens doivent avoir un Etat à eux, et pas une structure coupée en deux, quadrillée par des routes réservées aux seuls colons, avec une administration où les fonctionnaires sont payés chaque mois… Cette solution, tout le monde, absolument tout le monde, la connaît. Y aura-t-il des gens avec suffisamment de couilles pour la mettre un jour en application?

vendredi, 08 juin 2007

Pro-Libanais = anti-quoi?

C'est rigolo comme certains traits communs peuvent être dégagés de l'argumentaire de chacun de nos chers voisins et surtout de leurs partisans, dès lors que l'on déclare simplement vouloir défendre le Liban.

Ainsi, nous sommes forcément anti-quelquechose. Tirer à boulets rouges comme nous l'avons fait cet été sur la politique israélienne au Liban et - tenter - d'expliquer quelles pouvaient être les motivations du Hezbollah nous a valu d'être taxés d'antisémites, anti-juifs, anti-occidentaux. Et ça, c'est lorsque nous ne sommes pas des partisans actifs du terrorisme. Mais nous passons d'un coup d'un seul dans le camp adverse lorsque nous critiquons la politique syrienne vis-à-vis du Liban, ce qui nous vaut de devenir pro-amércains et donne surtout lieu à quelques perles du genre: "Vous n'êtes pas syriens, vous n'êtes pas des journalistes neutres donc vous êtes antisyriens". Celui-là, c'est pour les plus guignolesques, mais aussi plus tristement "en tant que syrienne, je représente le mal incarné à vos yeux." Autant de raccourcis éloignés de notre réalité (il y a belle lurette que nous ne mettons plus dans un même sac un peuple et ses gouvernants, quel que soit le pays) et qui passent surtout à côté de notre idée première: être tout simplement pro-Libanais. Apparemment, demander la définition de frontières (arrrgh!), l'échanges d'ambassadeurs (horreur!) le respect de la souveraineté d'un territoire (sacrilège), la libération de prisonniers injustement détenus (blasphème!), c'est forcément être anti-quelque chose ou anti-quelqu'un.

Ensuite, et ça j'adore, c'est le recours à l'Histoire et là encore, les convergences sont amusantes: tout comme les Israéliens, ou du moins certains, se servent de la Bible pour justifier l'occupation de terres palestiniennes, soit un argument datant d'il y a 3000 ans, d'autres rappellent que les Libanais ont été Syriens à une époque (ce qui énervera sans doute ceux parmi les Libanais qui se revendiquent Phéniciens, ce qui me fait aussi rire jaune). A ce jeu-là, on peut commencer à faire valoir que l'Alsace et la Lorraine étaient allemandes, les Etats-Unis apaches, sioux, cheyennes (etc.) et, tant qu'on y est, nous sommes tous africains en fait, puisque l'Afrique est le berceau de l'humanité. Mais, coucou! Nous sommes en 2007!

Les Libanais devraient certes commencer par balayer devant leurs portes, faire le ménage chez eux, laver leur linge sale en famille et toute expression qui revient à dire que nous avons aussi beaucoup à faire nous-mêmes. Mais ce serait sympa, justement, que le reste du monde nous laisse faire, Occident et Orient confondus. Mais bon, là, je vais être accusée de faire de l'anti-.... quoi en fait? 

jeudi, 07 juin 2007

Liban / Israël / Syrie : Du raffinement dans la cruauté généralisée

"La seule logique, c'est la destruction du Liban"... Voici un extrait de la petite vidéo qui suit de Georges Corm (économiste et ex-ministre des Finances anti-Hariri), concernant la guerre menée par Israël l'été dernier. Cette petite phrase peut tout autant s'appliquer, malheureusement, à notre voisin syrien. Si vous avez une douzaine de minutes devant vous, je vous conseille donc d'écouter cet extrait de l'émission "C dans l'air", mais surtout la vidéo de l'émission "Le dessous des cartes" qui, à quelques détails près, présente remarquablement bien la problématique existentielle libanaise.

Yalla, 3, 2, 1, envoyez la sauce!

samedi, 05 mai 2007

Celui qui reste, celui qui part, celui qui arrive

medium_HassanNasrallah.2.jpgmedium_Ehud_Olmert.jpgmedium_SarkozyReuters.jpgHassan Nasrallah a créé une petite surprise il y a deux jours. Lors de son dernier discours, il a reconnu «digne de respect» une initiative israélienne: celle de la commission Winograd, qui a scellé l’échec du gouvernement israélien lors de la guerre de juillet. Sans blague, il aura tout de même fallu presque 10 mois de cogitations pour arriver à cette conclusion. Bravo, mieux vaut tard que jamais…

A Tel-Aviv, des dizaines de milliers de personnes ont réclamé le départ d’Ehud Olmert. Soit, pourquoi pas, mais pour mettre qui à la place? Tzipi Livni? Benjamin Netanyahu? Ce n’est pas d’une démission ministérielle dont le Liban se délectera. C’est un peu facile. Il y aurait bien une autre solution (utopique): demander à ce que l’Etat israélien, engagé dans ce conflit, mette la main à la poche pour payer les dommages faits aux infrastructures libanaises qui n’avaient rien à voir avec celle du Hezbollah. Je ne sais pas, moi, par exemple, Israël aurait pu payer le nettoyage des côtes libanaises après la marée noire de Jiyeh (qui avait pour but de torpiller le tourisme local); Israël pourrait payer la nouvelle usine de Liban-Lait dans la Bekaa, destruction à cause de laquelle manger un yaourt au Liban est devenu un luxe… Des exemples, il y en a à la pelle. Ça, toucher au porte-monnaie, cela aurait une toute autre valeur…

Pendant ce temps, pauvres électeurs français du Liban, nous regardons les derniers jours pré-Sarkozy avec une certaine angoisse. Pour nous, la présence du nain à l’Elysée va quelque peu compliquer les choses. De là à dire qu’il ne fera peut-être plus très bon d'être français dans la région, il n’y a qu’un pas (souvenons-nous de la gaffe de Jospin dans le même genre). Le boss de l’UMP ne cache pas ses affinités, c’est certes son droit. Mais ses déclarations classant le Hezbollah dans la colonne «organisations terroristes» ne vont pas vraiment dans le bon sens, celui du dialogue. En tout cas, cela va dans le même sens que l’Administration Bush, et à contre sens de la politique de l’Union européenne. Le preux chevalier blanc de Neuilly-sur-Seine compte donner un grand coup de pied dans la politique arabe de la France. Merci, mais nous n’en avions vraiment pas besoin.

mardi, 02 janvier 2007

1978-2006: le miroir de l’Histoire

medium_1978sharon.2.jpgmedium_1978guerilla.2.jpgmedium_1978finul.2.jpgCeux que l’Histoire intéresse (et qui ont 3 minutes devant eux pour lire ce qui suit), se «régaleront» devant ce long passage tiré du livre de Jonathan Randall, La guerre de mille ans (éd. Grasset, 1983). Ce extrait relate l’invasion israélienne de 1978. A ce moment-là, le Sud-Liban s’appelle Fatahland: les combattants palestiniens s’y sont installés militairement. Le Hezbollah, lui, n’existe pas encore (le Parti de Dieu sera largement «favorisé» par Israël pour bouter les Palestiniens du Sud-Liban juste un peu plus tard, ironie de l’histoire…). Comme les Américains avec les talibans face aux Soviétiques, les Israéliens ne tarderont pas en effet à créer leur futur cauchemar. Bon, sur ce, voici le texte…

«De temps en temps, le niveau de la violence excédait le seuil toléré jusque-là et le gouvernement américain concentrait toute son attention sur le Liban. Ainsi, en mars 1978, un commando naval palestinien, parti de la côte libanaise, échappa à la détection des radars israéliens par la faute du mauvais temps, débarqua en Israël et massacra 32 personnes. Comme toujours, lorsque les Palestiniens se livraient à de tels actes de terrorisme, il ne s’agissait pas pour les Israéliens de savoir si l’on allait exercer des représailles, mais plutôt quand et dans quelle mesure. Comme toujours aussi, les Etats-Unis furent consultés et n’élevèrent, pour autant qu’on le sache, aucune objection de principe. Trois jours plus tard, le temps s’étant amélioré, les Israéliens passèrent à l’attaque. Ils envahirent le Sud-Liban avec une armée de 30000 hommes soutenus par des blindés, de l’artillerie automotrice et une force aérienne très puissante. Cette opération, prévue depuis longtemps, dont le nom de code était «Pierre de la Sagesse», constitue la plus grande opération militaire israélienne en temps de paix. Elle surprit considérablement les Etats-Unis.
La destruction se fit sur une échelle bien connue au Vietnam. Singeant l’extraordinaire puissance de feu américaine en Indochine, les Israéliens s’efforcèrent de réduire au minimum leurs propres pertes en vies humaines – et y parvinrent. Mais ils ne purent exterminer, comme prévu, les commandos palestiniens qui avaient eu tout le temps voulu pour courir se mettre en sécurité au nord du Liban. Empilant matelas, vêtements et familles dans des taxis et des camionnettes surchargés, plus de 200000 Libanais s’enfuirent également vers le nord, loin des zones dangereuses. Ils devinrent de véritables exilés dans leur propre pays, s’installant en squatters dans les appartements inoccupés de Beyrouth où ils firent encore monter la tension générale. Les Israéliens firent néanmoins de très nombreuses victimes: presque toutes étaient des civils libanais – environ un millier, selon le CICR. Au cours de scènes d’une violence frénétique, durant lesquelles les Israéliens commirent de véritables atrocités, plus de 6000 logis furent détruits ou sévèrement endommagés, une demi-douzaine de villages pratiquement rasés. (…) Pour aggraver encore le cas des Israéliens, «Pierre de la Sagesse» fut un gâchis militaire d’une telle envergure que le gouvernement se sentit tenu de nommer une commission officielle pour enquêter sur les erreurs les plus évidentes. Les attaquants avaient totalement manqué leur effet de surprise. (…) Tactiquement, les envahisseurs commencèrent par s’arrêter à 10 kilomètres au-delà de la frontière libanaise, puis le lendemain, ils marchèrent vers le nord, en direction du Litani, tandis que les Etats-Unis se mettaient à rassembler fiévreusement la FINUL pour faire la police dans le sud du pays. Carter était furieux et bien décidé à mettre fin à cette invasion qui excédait de très loin la limite des représailles tolérées. (…) Au cours de leur invasion, les Israéliens lâchèrent des «cluster bombs units», ces bombes anti-personnel particulièrement meurtrières que les Etats-Unis avaient fréquemment utilisées en Indochine. Elles continuèrent à tuer des civils libanais et palestiniens, en 1982, lorsque d’autres armes du même genre furent employées sur une échelle beaucoup plus vaste.»

Voilà, le scénario de 1978 ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de 2006 (c’en est même franchement hallucinant). On espère de tout cœur que 2007 prouvera que les hommes apprennent parfois de leurs erreurs passées, en Israël comme ailleurs.

 
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