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jeudi, 15 novembre 2007

DES de Journalisme : le tube à éprouvette du Liban

joseph chami.jpgJe viens de passer une semaine avec les étudiants de première année du DES francophone de Journalisme à l’Université libanaise. Comme je le disais dans un autre post, ce qui est chouette dans ce métier, c’est qu’il y a souvent des «premières fois». Et là, c’était ma première fois en tant que prof pour une session pratique.

Premier bilan: j’ai bien aimé me prêter au jeu. Espérons que les étudiants aient apprécié, et aient retiré quelque enseignement de ces heures passées ensemble.

Second bilan: année après année, les promotions ne sont pas forcément d’un niveau excellent (même si pour l'actuelle, la motivation de la grande majorité des étudiants est indéniable et le niveau nettement meilleur qu’il y a 8 ou 9 ans). Mais cette formation offre l’occasion de créer un mini Liban dans une classe unique. Parmi les 20 étudiants, il y a donc de tout: deux ou trois mères de famille d'âges et de milieux sociaux disparates dont une venant tous les jours de Tripoli, une militante CPL, une artiste, une fille de Nabatiyeh pour qui devenir journaliste est en soi un combat, une intello, un gars issu de l’Université islamique, deux copines «hype» (je mets des guillemets), deux étrangers intéressés par le Proche-Orient, la fille qui se croit plus maligne que les autres, celles qui restent trop en retrait… Bref, culturellement, socialement, géographiquement, politiquement et confessionnellement, il y a de tout.
Tous ces éléments représentatifs d’une bonne partie de la société libanaise vont donc cohabiter pendant deux ans. Et je trouve ça génial. A l’USJ, CPL et FL se cassent la gueule dès qu’il y a une élection estudiantine car ils n’ont rien inventé de mieux. Ici, dans cette filière esseulée, c’est le contraire: il n’y a pas de place pour le partisanisme, même s’il existe.
Pendant cette session, je leur ai fait faire l’interview de leur voisin. Un exercice fort instructif pour eux. Pour les techniques d’interview certes, mais surtout pour la connaissance de l’autre, chacun ayant ensuite lu devant tout le monde l’interview dont il avait été l’objet. Quand je vois ça, je me dis qu’il y a de l’espoir, que les gens dans ce pays peuvent se parler et s'intéresser à l'autre dès qu’ils sont plongés dans un environnement neutre comme l’est celui du DES. Il faudrait peut-être prendre tous les Libanais, en faire des groupes de 20 personnes et les laisser se rencontrer loin des passions. Ça pourrait peut-être donner quelque chose. Enfin, une fois le calcul fait, ça ferait au bas mot 175000 groupes à gérer…

Pour finir, le dernier jour, nous avons invité au DES Joseph Chami (en haut en photo), journaliste reconverti en «chroniqueur historique» comme il se définit lui-même. Les étudiants l’ont bombardé de questions sur la présidentielle, sur l’histoire du Liban, sur la presse… Je pense que l’échange a été vraiment profond et intéressant. Joseph vient de m’appeler, inquiet, pour savoir si sa présence avait été utile pour ces journalistes en devenir. Lui m’a dit que cette matinée a été une «révélation», qu’il avait peut-être plus appris aujourd’hui qu’eux… Moi, dans mon coin, j’étais heureux de voir se rencontrer ces deux générations, de voir les étudiants avides de savoir et d’explications, et de voir ce grand monsieur repartir en se posant des questions. C’était bien.

mercredi, 19 septembre 2007

Le tir aux pigeons continue: Antoine Ghanem a été assassiné

Et voilà, nous allons encore recommencer avec nos cartes morbides...

medium_attentats200709818.jpgmedium_antoine_ghanem.jpgJ'étais en train d'écrire un papier sur la présidentielle pour Le Soir, et une bombe a sauté à Sin el-Fil. Premier bilan: 4 puis 6 puis 9 morts et 20 blessés. Dans les premières minutes, on a parlé de 2 députés de la majorité tués, il n'y a pour l'instant qu'un de confirmé, l'avocat Antoine Ghanem. Il ne reste que 6 jours avant l'élection présidentielle, et la majorité parlementaire ne tient plus qu'à un fil numériquement. Le procédé méticuleux d'élimination me fait vomir...

Une heure plus tôt, je discutais avec Joseph Chami, journaliste, historien et auteur d'une belle série de bouquins sur les différentes présidences libanaises. Selon lui, le nom du prochain président n'a aucune importance, car le prochain président, quel qu'il soit, ne pourra rien faire. «Il faut repenser le Liban, qui est un non-Etat boîteux. Une fédération est peut-être la solution: chacun chez soi mais on mange ensemble tous les soirs. Vu les conditions actuelles, le futur sera fait soit de cassures soit de conflits armés. Ça va se durcir jusqu’à l’extrême.» Il a vu juste le bougre.

Toujours est-il que la disparition de Ghanem est une véritable bombe et un message (de qui?) à ceux qui tentaient de trouver des solutions pour rabibocher majorité et opposition. Chami me disait d'ailleurs: «Il faut compter avec la volonté de X de ne pas laisser se faire l’élection normalement.» Il a bien dit «X», sans préciser qui – même si les soupçons se tournent toujours dans la même direction.

Si je fais bien mes comptes, le score du match des assassinats est de 8-0 en défaveur des anti-syriens (Hariri, Fleihane, Kassir, Haoui, Tueini, Gemayel, Eido et maintenant Ghanem). Bizarre, c'est toujours dans le même camp qu'on se fait dessouder.

En tout cas, on file tout droit dans le gouffre, ma bonne dame... 

 
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