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mercredi, 17 mars 2010

Qui es-tu Biroundilou?

auteur mystère.jpgNon, ce post n’a pas vocation à être d’une quelconque qualité littéraire, ce serait même le contraire. Il vient simplement d’une constatation: traduire des textes de l’arabe vers le français est parfois bien compliqué surtout quand les noms propres sont de la partie. Il existe bien sûr de grandes différences entre les deux alphabets. Des lettres existent dans une langue et pas dans l’autre, des phonèmes également. Il y a quelques années, je jouais chaque lundi matin à un petit jeu avec un vieux journaliste libanais: nous prenions les pages Sport de je-ne-sais-quel quotidien arabophone et nous essayions de deviner les noms de clubs de foot ou de sportifs connus. Par exemple, le son [o] n’existant pas vraiment en arabe, le match entre Bourdou et Mounakou m’avait bien fait rire. Il m’en fallait peu… Mais parfois, c’est un vrai casse-tête, ne prêtant absolument pas à la poilade et demandant une sacrée gymnastique linguistique. Il n’y a pas très longtemps, je relisais la traduction d’un texte décrivant les activités d’une association culturelle libanaise (re)baptisée Cassanado. Il fallait lire Xanadu. Bon courage!

Je vous propose donc de poursuivre ce post en remplaçant les sons français par leurs équivalents libanais: le [v] devenant [f], le [o] ou le [u] devenant [ou], le [p] se transformant en [b], le [gu] en [j]… et ainsi de suite. C’est pour cela, par exemple, que l’on dit «Bâris» en arabe en parlant de Paris.

Il n’y a bas loungtemps de cela, le 11 janfier dernier, l’assouciatioun Fe’l Amr a lancé une cambagne de sounsibilisatioun sour les dangers blanant ou-dessous de la lange arabe. L’oubjectif de ces bouristes: dire ‘stoub’ à tous ces jounes troufant souber cool la noufelle trinité «Hi, kifak, ça ba!». La dissouloutioun de l’arabe barlé au Liban et l’outilisatioun des langes étrangères dans la fie de tous les jours leur fait beur. Et je coumbrounds bien cela… Quand on voit le résoultat sur l’anjlais et de français barlé ici, la boulyphounie beut être une richesse mais sourtout un jrand défi pour les jardiens du temble.

Mais cette sitouatioun réserbe éfidemment des cas coucasses. Brincibalement afec les noums broubres. En cette année littéraire (Beyrouth est, je fous le rabbelle, la Cabitale moundiale dou lifre), je m’amouse – façoun de barler – à definer les batrounymes d’outeurs, counnous ou noun. Betit détail en bassant: certains brénoums comme «Jean» defiennent «Jeanne» ou «John» seloun les tradoucteurs. Ainsi, j’ai bu croiser Antoun Chekouf, Batrik Boifre Darfour, Oulibier Girmain-Thoumasse, Jeanne-Marie Goustafe Lekliziou, John Mountaldou… Mais je crois bien que ceux qui m’ount bosé le blous de broublèmes reste ceux d’outeurs germanouphounes ou italouphounes. Et un en barticoulier: Biroundilou. Boun courage!

mercredi, 26 mars 2008

Transmissions

062fdba9c06d0af8d67f664d931eac41.gifMême les arabophones vous le diront, l’arabe n’est pas une langue simple. Que ce soit les Libanais ayant passé leur vie au pays, et dont l’arabe était rarement la matière de prédilection (quand il n’était tout simplement pas leur bête noire), ou ceux – Libanais expatriés ou étrangers – qui s’y sont frottés de manière volontaire, tous vous le diront: apprendre cette langue, sublime au demeurant, est véritablement galère. Il y a pire bien sûr (essayez le chinois pour voir), mais pour nous autres résidents du Liban, expatriés ou binationaux, appréhender le langage utilisé quotidiennement ici est une nécessité absolue pour, c’est un poncif, intégrer réellement la culture du pays.

Née d’un couple mixte et faisant fréquemment de longs séjours au pays du cèdre dans ma tendre jeunesse, j’ai longtemps regretté de ne pas parler l’arabe, ou du moins le libanais. Pour que mon entourage libanais ne puisse plus dire de bêtises devant moi sans que j’y comprenne quoi que ce soit évidemment, mais aussi parce que je me sentais déchue d’une partie de mon identité. J’ai grandi au son des «Tu es née au Liban, ta maman est Libanaise et tu ne parles pas l’arabe?!!» outrés, quand je venais passer mes vacances ici ou que mes grands-parents maternels venaient nous rendre visite en France. Je retirais une impression d’indignité de ne pas maîtriser cette part de mon patrimoine culturel, de mon héritage. Ma mère avait bel et bien essayé de nous apprendre les rudiments de la langue, mais tous ceux qui vivent dans un environnement étranger, en particulier les couples dont l’un des membres n’est pas arabophone, vous le confirmeront: ça ne marche tout simplement pas. Au-delà des «kifak, kifik?» et autres chansonnettes apprises phonétiquement, c’était le néant total. L’effort est trop grand pour parents et enfants, l’obstacle trop complexe, surtout pour cette génération de Libanais pour lesquels le français venait aussi naturellement à la bouche et à l’esprit que l’arabe. Mais ce constat ne change rien à l’affaire: il me manquait quelque chose de fondamental pour pouvoir véritablement assumer ma double ascendance, moi qui à trois ans répétais à l’envi que non, je n’étais pas Française, j’étais Franco-libanaise car j’étais née «chez les Arabes».

Je vais vous faire une confidence: la frustration était telle qu’au lycée, je griffonnais des arabesques assorties de points de-ci de-là, imaginant que du moment que je dessinais de droite à gauche, mes camarades de classe allaient effectivement croire que j’écrivais l’arabe. Pathétique, je sais, mais révélateur…

Du coup, c’est à la fac que j’ai rattrapé mon retard, au cours de quatre laborieuses années universitaires (que je ne regrette pas). Et 15 ans plus tard, alors que je vis ici, les mêmes questionnements se présentent. C’est drôle, la reproduction des comportements. J’ai épousé un Français qui voue le même attachement à ce drôle de pays que mon père et qui, s’il se débrouille quand c’est nécessaire, ne considère cependant pas l’arabe comme une seconde langue. Du coup, c’est bel et bien le français que nous parlons à la maison. Dans quelle mesure reproduisons-nous les mêmes schémas que nos aînés? Ma petite fille de 4 ans m’affirmait hier avec un aplomb sans faille que puisqu’elle vivait au Liban, elle était Libanaise. Elle ne comprend pas grand-chose à la langue de ce pays mais, tout comme sa sœur, elle veut apprendre. Le paradoxe des paradoxes, c’est qu’il faudrait encore qu’on lui en laisse le loisir. Automatiquement, parce que son père est Français, l’école a placé notre aînée en cours d’«arabe langue vivante», comprenez une classe d’appoint pour enfants d’expatriés appelés à changer de pays d’ici deux à trois ans. Elle y apprend des comptines, des chansons, toujours par cœur, et n’a guère progressé en deux ans. Nous avons demandé à ce qu’elle repasse en classe d’arabe normal, mais nous avons été prévenus qu’elle allait rencontrer des difficultés. Nous en avons bien conscience, le défi est de taille, mais comment faire un autre choix? Ces enfants vivent ici, se sentent davantage Libanaises que Françaises (elles connaissent mieux Koulouna que la Marseillaise), mais elles resteront éternellement étrangères si elles ne parlent pas la langue de leur pays. D’autres couples mixtes y parviennent (bon, d’accord, le père est parfaitement arabophone et c’est souvent à coups de cours particuliers aussi onéreux que déplaisants pour les enfants), alors il faudra bien que nous réussissions. Je ne leur souhaiterais jamais le sentiment d’étrangeté, d’exclusion, de non-appartenance que j’ai pu connaître. Et cela fait partie du devoir de transmission, non?

PS: La calligraphie ci-dessus est l'œuvre de Hassan Massoudy, véritable maître en la matière. 

 
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