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mercredi, 06 mai 2015

C'est l'heure de partir sur Euphor

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Demain midi, je serai dans ma navette. Sur le départ. Vers de nouvelles aventures. La libanaise s'arrête là. J'ai fait le calcul: 18 années(-lumière), 3 mois et 22 jours. C'est déjà pas mal.

J'ai souvent pensé à ce dernier post. Depuis longtemps même. A la meilleure façon de refermer ces chroniques entamées il y a presque 9 ans à quatre mains, avec Nathalie, en pleine guerre de cet explosif mois de juillet 2006. Par une simple chanson. Par une simple photo. Par un unique mot...

Par un petit discours de ce genre...

"I have things to do. I've put this off far too long. I regret to announce this is the end, I'm going now. I bid you all a very fond farewell. Goodbye."

 

Aujourd'hui, je regarde autour de moi. Mon appartement est vide, ma tête pleine de souvenirs. J'ai eu le temps de m'en fabriquer des brouettes entières. Les virées au Sud-Liban, les déjeuners improvisés au bord d'une rivière dans le Hermel avant la construction de ces restaurants aux sonos assourdissantes, ces balades doucement interminables sur les routes en lacets de Yammouné ou du Akkar, les cheveux au vent (quand j'en avais encore) dans une Vitara toujours partante, les pique-niques sur les crêtes de Sannine... Tant de choses que les trop nombreux aspirants tyrans de ce pays tentent de nous interdire, une à une. C'est comme ça, et je sais que je n'ai aucune prise sur la suite des évènements. J'ai depuis longtemps l'impression que ces maigres 10452km2 ne cessent de rétrécir au lavage. On essore et blanchit trop de choses sur cette terre, même les kilomètres carrés.

Il y a une dizaine jours, je suis passé à l'improviste à la soirée d'un copain. Il y avait là une trentaine de personnes et je ne connaissais aucun visage. Ça m'a fait du bien de voir du sang neuf, de ne croiser aucune connaissance dans cette ville où tout le monde se connaît, de voir ces gens fraîchement débarqués à Beyrouth pour certains, parfois animés par cette même envie qui m'habitait en 1997. Chacun son tour. Et peut-être que l'un d'entre eux prendra l'avion en 2033 en se disant lui aussi qu'il est temps de prendre la tangente, que l'histoire est terminée. Faut savoir ne pas faire l'année de trop, comme ces vieux sportifs qui hésitent à raccrocher les crampons.

J'ai vu trop de gens que j'aime partir avec un dégoût viscéral pour ce qu'est devenu notre tout petit Liban (certes métastasé jusqu'au trognon), pour ne pas faire comme eux. Je vois trop de gens faire semblant de croire encore au mythe du pays de lait et de miel et rester, pour ne pas faire comme eux. Je veux simplement garder de la tendresse pour ce pays. C'est même essentiel. Comme me le disait un ami cher qui part cette année (lui aussi donc, faut bien avouer qu'il y a un phénomène de débandade généralisée depuis deux ans), c'est un peu comme avec une ex: quelque part, c'est dommage de couper les ponts complètement quand on s'est aimé, c'est bien aussi de rester copains et de se revoir de temps en temps.

J'ai déjà tout dit, tout écrit, tout ce que je pouvais raconter sur ce pays et sur ces gens, ici ou ailleurs. Je ne vais pas me répéter. J'ai simplement eu la chance de vivre à Beyrouth une partie de ma vie, toute ma vie d'adulte en fait, par choix, d'y devenir homme, d'y aimer des gens, d'y avoir noué de belles amitiés, d'y avoir vu naître et grandir mes deux (jolies) filles, d'y avoir expérimenté l'élasticité du temps, d'y avoir écrit des livres, d'y avoir pris des milliers de photographies (à mes risques et périls, hmm...), d'y avoir apprivoisé tant bien que mal la lumière et les histoires. C'est tout ce que je veux garder.

Je n'ai pas tellement envie de dresser ici un bilan exhaustif, mais je sais aussi que j'ai appris beaucoup de choses durant ces longues années libanaises, bien loin de toutes considérations géopolitiques journalo-bellico-régionales: que l'odeur du maquis libanais est exactement la même que celle du maquis de la Corse de mon enfance, que frites + hommos = tuerie, que la religion est la plus incommensurable connerie inventée par l'homme, que l'armée est la deuxième plus incommensurable connerie inventée par l'homme, que la compassion n'est pas un puits sans fond, que le prix de mes erreurs m'a permis d'évaluer mes petites réussites, que l'herbe de la Bekaa est des plus savoureuses, que quémander un permis de séjour chaque année apprend ce que veut dire "être étranger", que le Liban aurait vraiment dû être une île, qu'il est possible de s'apprendre soi-même dans un pays comme celui-ci car vous y êtes sans filet, que c'est un leurre de se croire quelqu'un ici plutôt que d'être anonyme autre part, que les Libanais peuvent d'une minute à l'autre vous émerveiller et vous donner des envies de meurtre (et vice-versa), que l'on peut s'y inventer et se réinventer en permanence du moment que l'on sache dire "merde" aux conventions sociales (et ceci est loin d'être un détail), que la Nature a horreur du vide et que la médiocrité a bien saisi le concept, que le bordel ambiant a tout de même un côté très jouissif, qu'il n'y a pas de honte à pleurer, à sécher ses larmes et à pleurer à nouveau en pensant aux belles choses du passé, que je n'ai pas connu sensation plus sensuelle que celle de mes mains sur la glaise de Samir, et surtout, surtout, que Goldorak ne s'appelle pas vraiment Goldorak.

Bonne chance à ceux qui restent, donc. Et merci à tou(te)s d'avoir transformé ces 18 années en aventure(s). Le Liban est à vous, essayez d'en prendre bien soin, et de sauver ce qui reste à sauver.
Moi, j'ai la tête et le cœur ailleurs.

Dans mes étoiles.

 

PS: maintenant, c'est par ici que ça se passe :-)

 

mercredi, 12 novembre 2014

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur The Beirut Book* (*sans jamais oser le demander)

the beirut book,david hury,tamyras,beyrouth,liban,livreThe Beirut Book est sorti officiellement il y a 10 jours lors du Salon du livre de Beyrouth. Le bébé se porte bien, le papa est heureux et toute la petite famille aussi. Ne reste plus qu'à lui souhaiter une belle et longue carrière... et plein de rejetons consacrés à d'autres villes... D'ici là, le projet de The Beirut Book continue et trouvera son épilogue, je l'espère, en 2015... Un épilogue dont nous reparlerons ici et qui promet d'être vraiment marquant.

Publié par la maison d'édition beyrouthine Tamyras en collaboration avec Beirut Prints, The Beirut Book est disponible sur Internet. Pour toutes les informations sur le livre, suivez ce lien vers le site de Beirut Prints (ou cliquez sur l'image ci-dessus). Vous trouverez une description du projet, des reproductions de 28 doubles pages, des liens vers la couverture médiatique du livre, et un lien direct vers la page du site AntoineOnLine pour se faire livrer l'ouvrage partout dans le monde.

Bonne lecture...

samedi, 01 novembre 2014

The Beirut Book | J-1 avant la signature

the beirut book,liban,typographie arabe,chiffre 6,beirut prints,beyrouth,david hury,tamyrasJour J-1 avant la séance de signature de The Beirut Book au Salon du livre de Beyrouth, le dimanche 2 novembre à 18h30. Le grand jour, c'est donc demain! Toutes les infos sont ici, suivez le lien...

vendredi, 31 octobre 2014

The Beirut Book | J-2 avant la signature

the beirut book,liban,typographie arabe,chiffre 6,beirut prints,beyrouth,david hury,tamyrasJour J-2 avant la séance de signature de The Beirut Book au Salon du livre de Beyrouth, le dimanche 2 novembre à 18h30. Plus que 2 jours avant le grand jour donc! Toutes les infos sont ici, suivez le lien...

jeudi, 30 octobre 2014

The Beirut Book | J-3 avant la signature

the beirut book,liban,typographie arabe,chiffre 6,beirut prints,beyrouth,david hury,tamyrasJour J-3 avant la séance de signature de The Beirut Book au Salon du livre de Beyrouth, le dimanche 2 novembre à 18h30. Plus que 3 jours avant le grand jour donc! Toutes les infos sont ici, suivez le lien...

mercredi, 29 octobre 2014

The Beirut Book | J-4 avant la signature

the beirut book,liban,typographie arabe,chiffre 6,beirut prints,beyrouth,david hury,tamyrasJour J-4 avant la séance de signature de The Beirut Book au Salon du livre de Beyrouth, le dimanche 2 novembre à 18h30. Plus que 4 jours avant le grand jour donc! Toutes les infos sont ici, suivez le lien...

mardi, 28 octobre 2014

The Beirut Book | J-5 avant la signature

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lundi, 27 octobre 2014

The Beirut Book | J-6 avant la signature

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dimanche, 26 octobre 2014

The Beirut Book | J-7 avant la signature

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samedi, 25 octobre 2014

The Beirut Book | J-8 avant la signature

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vendredi, 24 octobre 2014

The Beirut Book | J-9 avant la signature

the beirut book,liban,typographie arabe,chiffre 10,beirutprints,beyrouth,liban,david hury,tamyrasJour J-9 avant la séance de signature de The Beirut Book au Salon du livre de Beyrouth, le dimanche 2 novembre à 18h30. Plus que 9 jours avant le grand jour donc! Toutes les infos sont ici, suivez le lien...

jeudi, 23 octobre 2014

The Beirut Book | J-10 avant la signature

the beirut book,libre,beirutprints,beyrouth,liban,david hury,tamyras, On va commencer aujourd'hui le compte à rebours avant la séance de signature de The Beirut Book au Salon du livre de Beyrouth, le dimanche 2 novembre à 18h30. Plus que 10 jours avant le grand jour donc! Toutes les infos sont ici, suivez le lien...

samedi, 18 octobre 2014

The Beirut Book | Meet the people

the beirut book, livre, david hury, tania hadjithomas mehanna, tamyras, beirut prints, livre, beyrouth, libanJ- 15 avant le lancement de The Beirut Book. Les dés sont jetés, il ne reste plus qu'à attendre que les rotatives recrachent leurs tonnes de papier et d'encre. C'est l'heure pour moi de rendre à César ce qui appartient à César. Car un livre ne se fait pas seul. Bien sûr, il y a l'auteur (celui qui fait la grimace, juste là sur la gauche). Mais sans une équipe de personnes compétentes et passionnées, un auteur – si motivé soit-il – peut se casser les dents, s'arracher les cheveux, se bouffer les ongles, se... C'est pourquoi j'ai tenu à associer leurs noms à mon travail.

Cliquez sur les portraits ci-dessous et vous en saurez davantage. 

 

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mercredi, 01 octobre 2014

The Beirut Book | Sortie en vue...

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Un p'tit quatrième pour la route... Le Salon du livre de Beyrouth ouvrira ses portes dans un mois. Soit le temps qui me sépare de la publication de The Beirut Book aux éditions Tamyras. Le projet est né durant l'été 2013. J'étais en train d'écouter U2. Je ne sais plus quel album. Et Where The Streets Have No Name est passée sur ma chaîne. Je me suis dit que cette chanson aurait pu être écrite pour Beyrouth. J'en ai fait une phrase, en reprenant le design du collectif Beirut Prints. Puis je me suis dit que je pourrais décliner l'idée. J'ai ainsi pioché dans les chansons, les films ou les livres que j'aimais. Je me suis amusé, j'en ai pondu une vingtaine. Je les ai montrées autour de moi, l'idée a plu... Est arrivé le Salon du livre 2013. Sur les conseils d'une "storytelleuse" de talent, Mariam Semaan, j'y ai organisé une petite activité interactive. Pendant 10 jours, les visiteurs – passants lambda, auteurs, officiels, gosses... – ont pris un malin plaisir à recouvrir mon mur de leurs phrases. Avec comme seul impératif: qu'il y ait le mot Beyrouth. 

A quelques mètres de mon stand, il y avait celui de Tania, de la maison d'édition libanaise Tamyras. L'évidence s'est imposée. Il fallait faire vivre tous ces témoignages. L'idée de The Beirut Book a germé comme ça.

Un peu despote sur les bords, j'ai conçu le livre tout seul comme un grand à partir du printemps dernier, puis en m'entourant de gens ayant des compétences qui me dépassent. La designer Céline Khairallah pour les phrases en arabe et pour la typo créée spécialement pour le livre, la chanteuse Eileen Khatchadourian pour les phrases en arménien, Layal Mroué, Michel Daniel, Paul Hadostian et Yasmeen Kharrat pour les différentes corrections, Yasmeen toujours pour mes traductions... 

Le livre – parti à l'imprimerie avant-hier – regroupe donc près de 300 phrases mettant en scène Beyrouth, sur fond bleu, du bleu profond et fatigué des plaques en fer que l'on croise aux carrefours des rues de Beyrouth. Un design simple et direct complété de quelques photos dans lesquelles des phrases ont été incrustées. Comme celle-là. 

A toi Beyrouth, à qui mon cœur...

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jeudi, 16 janvier 2014

C’est l’histoire d’un mec

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D'abord, un petit peu de musique.

podcast

Cette histoire (très courte) commence une après-midi de juin 1997. Sur le parking du CCF. A l’époque où ce que l’on appelle aujourd’hui l’Institut français (et pendant quelques années la Mission culturelle) était un endroit sympa et vivant. CCF forever. Avant le 11 septembre, avant le portique de sécurité et ses insupportables secondes classes qui se prennent pour des colonels, avant la construction de la chancellerie, avant l’installation de cette pelouse où l’on n’a pas le droit de s’installer pour lire un bouquin… A l’époque où il faisait bon se retrouver au Café des lettres, où il faisait bon jouer à la pétanque sur la petite langue de terre en contrebas de la terrasse puis écouter les histoires de Mike, le tenancier limite mafieux du café, tout en sirotant un petit jaune. A l’époque où l’on se moquait des nœuds-papillon (là, il n’y en a pas beaucoup qui comprendront l’allusion…). Bref, il y a longtemps.

Sur ce grand parking de terre battue, près de ma jolie Coccinelle blanche, je rejoins un copain en pleine discussion avec trois autres gus. L’un d’eux s’appelle Pascal. Ou Thierry. Ou Xavier, j’ai la mémoire qui flanche, je ne me souviens plus très bien. Mais cet homme de 45 ans environ parlait de son pot de départ, le week-end suivant. Après 17 ans passés à Beyrouth.

Moi, cela faisait moins de 6 mois que j’étais là J’étais arrivé le 16 janvier. «17 ans, la vache! Il est fou ce gars…». 17 ans. Cela me paraissait de la science-fiction. Je ne savais pas encore si je resterais 6 mois ou 1 an. Ou un peu plus. Il faisait très chaud en ce début d’été. Mon premier été à Beyrouth. Je venais tout juste de fêter mes 24 ans dans le grand appartement de mon pote Enzo à Qoreytem où je me réfugierai quelques mois plus tard de peur de me faire arrêter suite à une sombre histoire. Jeune journaliste, je découvrais Beyrouth en me disant que je serai bien prétentieux de proposer mes services à des journaux français en tant que correspondant alors que je ne connaissais pas bien le terrain. Jeune homme, je venais de me faire plaquer à distance par ma copine restée à Paris. Pascal-Thierry-Xavier expliquait qu’il fallait choisir le bon moment pour tourner la page et (re)partir à l’aventure. Je l’écoutais parler de ses 17 années libanaises comme si tout s’était passé en un clin d’œil.

Je ne le comprends vraiment que maintenant.
Repartir à l'aventure. Pourquoi pas. Vers San Francisco, Kiev ou Buenos Aires.

jeudi, 17 janvier 2013

16 ans et je l'aime encore

vendredi, 19 octobre 2012

Achrafieh pleure ce soir

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Ce soir, pas besoin de gouttes de pluie pour simuler les larmes. A 14h48, gros boom. Colonne de fumée noire qui monte dans le ciel d'Achrafieh. Attentat. Voiture piégée. Bombe. Morts et blessés. Parmi eux le chef des renseignements des FSI, Wissam al-Hassan. J'espère que nous n'aurons pas à refaire de cartes comme celle-ci. Mais j'ai des doutes. De gros doutes.

Ce matin, je discutais avec un copain, on parlait Syrie, Liban et tout le tralala. Ça faisait plusieurs semaines que je m'étonnais que le Liban n'ait pas connu d'épisodes plus violents que les heurts du printemps à Tripoli. Bein voilà, c'est fait. Samaha est en prison, les autres lâches en liberté; Al-Hassan au paradis aux côtés de Wissam Eid. Je me demande ce qu'ils se racontent tous les deux.

mardi, 09 octobre 2012

Aziz, light!

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lundi, 24 septembre 2012

Error 404

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lundi, 03 septembre 2012

Clopin-clopant

liban,beyrouth,tabac,cigarettes,loi,interdictionDans cette histoire, tout le monde a raison.

Mes filles se tuent à me le répéter depuis des années: fumer, c’est pas bon pour la santé. Je le sais, et pourtant j’aime ça. Et ce n’est pas le seul vice auquel je m’adonne que la morale réprouve. Je m’arrêterai peut-être un jour, contraint et forcé. Peut-être pas. Je sais que ça noircit les poumons, que ça bouche les artères, que ça abîme la peau... Dans le fond, mes filles ont entièrement raison.

Depuis ce matin donc, une loi est entrée en vigueur au Liban, prohibant la cigarette des lieux publics fermés. 90 dollars d’amende à tout contrevenant! Au début, j’ai cru à une mauvaise blague, mais c’est finalement très très sérieux. Exit la clope des ministères, des bureaux, des restaurants et des bars. Il y a de cela une éternité, quand je suis arrivé dans ce beau pays, je trouvais ça chouette de pouvoir fumer partout. Enfin presque. Le gars au rayon charcuterie avec la clope au bec au supermarché, je trouvais ça moyen moyen. Mais cela ne me dérangeait pas de fumer à l’agence de ma banque: un cendrier trônait même sur le comptoir et cette bonne Laudi fumait comme un pompier quand elle me retirait un dollar pour chaque chèque déposé. Un dollar, ce qui était aussi, à l’époque, le prix d’un paquet de cigarettes. C’est à dire rien du tout. Surtout comparé à certains pays européens. Bref, c’était la liberté totale, et j’aimais ça.

Et puis avec le temps, certains restaurants ont prévu des jours non-fumeurs. Certaines entreprises ont interdit la cigarette. Même ma banque bien aimée s’est fendue d’un signe interdiction de fumer. Franchement, j’ai trouvé ça plutôt bien.

Et puis voilà que cette fichue loi est tombée.

Depuis ce matin, ça s’excite sur les réseaux sociaux. Les «contre» hurlent au scandale! Il y a les libertaires, réfractaires à tout recul sur leurs libertés individuelles, les patrons de restaurants pas contents qui se disent que cela va faire fuir la clientèle... Ceci dit, ils n’ont pas tort sur ce coup-là: interdire le narguilé dans un restaurant libanais, c’est comme dire que Fairuz chante comme une casserole, que les Libanais sont des Arabes et non les descendants des Phéniciens. Ça dépasse la simple provocation, c’est une déclaration de guerre. Les volutes de tabac font partie de la culture locale. Y toucher, c’est toucher à l’identité libanaise, au mode de vie insouciant qui caractérise souvent ce peuple. Un peuple habitué aussi à ce que les lois ne soient pas appliquées dans son pays clopin-clopant. Un commentateur ce matin se disait, avec un cynisme plein de vérité, que dans cette histoire, ce sont les patrons de restaurants de la banlieue sud qui allaient se frotter les mains puisque l’Etat n’a pas son mot à dire là-bas. Plus généralement, les «contre» se disent qu’il y a des problèmes bien plus importants à régler en priorité. Dans le fond, les «contre» ont entièrement raison.

Et puis les «pour» – non-fumeurs mais pas seulement – se félicitent d’une telle décision, raillant les «contre», argumentant que toute loi est bonne à prendre, surtout en matière de santé publique, même si, effectivement, l’Etat devrait avoir d’autres chats à fouetter. Les «pour» vont pouvoir (si la loi est appliquée bien sûr, ce qui est un gros ‘si’) respirer l’air frais des climatiseurs dans les salles de restaurant. Je l’avoue, je suis comme eux: ça me casse toujours les pieds quand une grosse bedaine est en train de tirer sur son Cohiba juste à côté de moi, même si la petite clope entre le dessert et le café va me manquer. Dans le fond, les «pour» ont entièrement raison.

J’écris ces lignes sur ma terrasse, en regardant la mer droit devant moi et la montagne sur ma droite. Un épais nuage de pollution recouvre la ville. Cela fait des années que mes scrupules se sont envolés concernant la cigarette: à voir ce que mes poumons inspirent à chaque fois qu’ils se gonflent, je me dis que cette interdiction ne servira à rien. Le gouvernement devrait plutôt plancher sur la réduction du trafic urbain, sur l’interdiction de ces bus dont on ne devine même plus la couleur d’origine tant ils polluent, sur la remise en état des centrales électriques à gaz et qui fonctionnent au mazout, sur, sur, sur... Plutôt que de vouloir entrer dans la cour des pays dits civilisés par la petite porte. Je me souviens du premier séjour que j’ai passé à Paris après l’entrée en vigueur d’une loi similaire. Je devais retrouver un copain bossant à TV5. Sur cette avenue des beaux quartiers dans le XVIIe arrondissement, les fumeurs tiraient sur leur tige, en grappes devant l’entrée de l’immeuble. Le trottoir était jonché de mégots, c’était à vomir. En y repensant, je me dis que la loi libanaise ne sera donc jamais appliquée. Nous n’avons pas la chance d’avoir des trottoirs à Beyrouth. Dans le fond, je me dis que j’ai entièrement raison.

 

[...]

Je vous laisse avec un humoriste interdit (lui aussi) qui parle de la cigarette. Tiens, je me demande si deux interdictions font une permission...

 
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