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jeudi, 17 avril 2008

Autruches

763b96b094334925afc4f9e961515edb.jpgIl y a deux jours, l’une des DJ œuvrant dans la même radio que moi répondait à un appel téléphonique pour le moins incongru: le ministère de l’Information au bout du fil, non pour demander une spéciale dédicace sur une chanson de Mike Brant même s’il appelait sur le même numéro que les auditeurs, voulait savoir qui était le directeur des programmes. Y sont pas bien informés, pour un ministère de l’Information, d’autant que le personnage concerné occupe ce poste depuis une bonne dizaine d’année. Bref, là n’est pas la question.

En fait, le ministère de l’Information n’était pas content car on y avait entendu dire qu’une chanson de Yaël Naïm – artiste israélienne qui s’est récemment fait une réputation internationale pour ceux qui ne connaîtraient pas – passait sur les ondes. Bon, ils étaient pas trop sûrs, en même temps, au ministère de l’Information. C’était peut-être chez nous (peu probable vu notre programmation pourrie) ou chez notre radio-sœur, ou encore une autre. Et puis, quand? Quelle chanson? Et à qui faut-il parler déjà? C’est pas bien grave, ce ne sont que des détails. L’essentiel, c’est de nous informer que Yaël Naïm ne doit pas être entendue au Liban. Notre pauvre DJ, bien embêtée, a bafouillé une réponse quelconque et l’affaire en est resté là.

On croit rêver. Et pourtant, ça se passe comme ça dans notre belle démocratie libanaise. Une liste noire tout ce qu’il y a de plus officiel, même si elle commence à dater un peu (et c’est un euphémisme) se rappelle de temps en temps à notre bon souvenir; elle comprend des noms comme Harry Belafonte (bon, c’est pas trop grave), Louis de Funès (si, si, il y a même eu une razzia au Virgin un beau jour, pour rafler tous les Rabbi Jacob. D’ailleurs, il est listé à la fois sous le D, pour de Funès, et sous le F pour Funès, comme ça on ne peut pas le rater), Juliette Greco (et Marie-Juliette Greco aussi), Jerry Lewis, Enrico Macias (pourtant, Dieu sait qu’on l’entend celui-là), Paul Newman (d’où le retard de projection de ses films, le temps que les affiches soient retouchées afin que son nom n’y apparaisse plus), Frank Sinatra, etc., sans compter ceux qui sont interdits parce qu’ils sont «de mauvaise moralité» ou d’influence néfaste pour la jeunesse (Nine Inch Nails forever).

Tout cela pourrait faire sourire, passer pour une sorte d’aberration anachronique… si ce n’est que, comme l’affaire Yaël Naïm le montre, la culture, la liberté de penser se mesurent de plus en plus à des aunes pour le moins variables. Et la balance penche de plus en plus dans un sens unique qui n’est pas fait pour nous plaire. Parce qu’au-delà de tout ça, c’est la liberté tout court qui est en jeu au Liban. Un pays où, désormais:

  • Un film comme Persépolis a frôlé l’interdiction pure et simple pour ne pas froisser le Hezb et ses parrains.
  • Il faut obtenir du Hezbollah une carte de presse pour pouvoir prendre des photos et réaliser des interviews dans le sit-in du centre-ville, un espace pourtant public mais qu’il faut contourner depuis 18 mois lorsqu’on est en voiture et où il faut montrer patte blanche même s’il n’abrite plus grand monde à part des ouvriers syriens bien contents d’y trouver le gîte et le couvert.
  • Un groupe de noctambules se fait agresser (à coups de poignards paraît-il) à la sortie d’un bar rue Monot le week-end dernier parce qu’ils n’ont pas voulu trinquer à la santé de Hassan Nasrallah.
  • Les forces de sécurité sont obligées de livrer deux individus arrêtés près de Aley dans le Chouf, encerclés qu’ils étaient par des partisans du parti de Dieu.

Et j’en passe et des meilleures, ces exemples n’étant que quelques uns des plus récents…
Aujourd’hui, nous vivons dans un pays où une milice peut imposer sa loi – et elle le fait de plus en plus, ne nous voilons pas la face – au mépris de la loi et du droit le plus élémentaire. En fait, ce n’est pas seulement sa loi, c’est aussi son idéologie et ses principes réactionnaires. Je ne stigmatise aucunement une communauté, loin de là, et je ne souhaite pas entrer dans le débat de la légitimité du Hezbollah vis-à-vis de la politique israélienne.

Pour tout dire, je m’en fous en ce moment, de la politique israélienne, de la résistance et du reste. Je me pose – et vous pose – une question bien plus personnelle, et à mon sens, cruciale: vers quel Liban nous orientons-nous, sous couvert d’enjeux régionaux ou par simple peur des armes du Hezb? Et par extension, pouvons-nous faire quelque chose pour inverser la tendance et défendre nos libertés? Il ne s’agit pas de défendre une culture occidentale ou à l’Américaine, mais de préserver notre droit, notre capacité à avoir le choix.

Parce qu’en fin de compte, une dernière question se posera inéluctablement: le Liban qu’on nous prépare ne sera pas nécessairement celui dans lequel nous aurons envie de vivre et de voir grandir nos enfants. N’aurons-nous d’autre alternative que de le quitter ou de nous plier à des principes d’un autre temps?

jeudi, 14 juin 2007

Personnalités anti-syriennes: la « liste noire » refait surface

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Oyez, oyez, bonnes gens, à qui le tour maintenant?

C’est en juin 2005 au moment des assassinats à Achrafieh du journaliste Samir Kassir et à Mazraa de l’ex-patron du Parti communiste libanais, Georges Haoui, que l’idée d’une liste noire syrienne est apparue (largement suggérée par l’Administration Bush). Cette liste comportait une trentaine de noms de personnalités hostiles à la tutelle syrienne au Liban (en juin 2005, soit moins de 2 mois après le retrait «total» des troupes syriennes). Au Liban, les «rescapés» de la majorité comme Walid Joumblatt s’était alors largement servi de cette liste pour fustiger Damas qui, comme à son habitude, se réfugie systématiquement derrière des démentis outrés et répétés et auxquels personne n’accorde plus d’importance.

Alors quid de cette liste noire? Certains prennent ça pour de la propagande pro-américaine, d'autres – amateurs du concept de Conspiracy theory – voient là une contre-propagande envers Washington, accusé d'être derrière tous les "événements" ayant touché le Liban depuis 30 mois. Mais d’autres encore la prennent au pied de la lettre, cette fameuse liste noire. N’empêche, il y a une chose plutôt frappante: depuis plus de 2 ans, ceux qui meurent appartiennent tous à la même tendance… Coïncidence, hmm?

En tout cas, hier soir, il y a une femme qui a perdu son mari, l’un de ses fils, un second étant hospitalisé dans un état grave. Aujourd’hui, nos pensées vont à Ayda Eido.

Portraits ci-dessus, de gauche à droite: Rafic Hariri, Bassel Fleihane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tueini, Pierre Gemayel, Walid Eido.

 
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