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lundi, 21 mai 2012

No war

beyrouth,no war,place des martyrs, manifestation

D'autres photos ici pour ceux que ça chante... 10 jours après les heurts sanglants de Tripoli, c'est au tour de Beyrouth. Comme me le disait un petit vieux ce matin, "j'ai une impression de déjà-vu. Tout le monde garde en mémoire le 13 avril 1975 pour le début de la guerre civile. Mais pour moi, c'est l'assassinat du député sunnite Maarouf Saad, le 26 février 1975, qui a tout déclenché. Ça ressemble bizarrement à aujourd'hui". J'espère qu'il a tort, le pépé.

dimanche, 13 mars 2011

A 12h39, il fallait regarder dans le ciel

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Il faisait beau ce matin. Après les trois jours de tempête cette semaine, c'était plutôt le bienvenu.

Le 14 Mars voulait réunir un million de personnes. Je ne sais pas si la barre symbolique a été atteinte, mais il y avait beaucoup de monde. Alors oui, le 14 Mars bouge encore...

Installer des milliers de chaises pour un rassemblement populaire, ça me paraît toujours bizarre. Faire la révolution en étant assis, ce n'est pas évident.

Certains ont tout de même trouvé un endroit pour s'allonger: perchés en haut des lampadaires. Je ne l'aurais pas fait avec le vent qu'il y avait (je ne le ferais pas tout court, en fait).

Les années précédentes, les photographes se ruaient sur la statue des Martyrs sur laquelle les manifestants grimpaient en grappes, drapeau à la main. Cette fois, ils n'en ont pas eu le loisir: l'estrade pour les orateurs était installée à son pied. Tout un symbole pour une révolution populaire confisquée depuis trop longtemps par des chefs de clan.

Je ne sais pas s'il y avait beaucoup de druzes dans la foule. Mais j'ai vu un drapeau PSP.

Côté drapeaux justement, il y avait beaucoup de drapeaux saoudiens. Faudra pas se plaindre si on voit des drapeaux iraniens dans la manif promise par les cocos d'en face pour soutenir le futur gouvernement Mikati. Paraît d'ailleurs que l'on va nous refaire le coup de 2005. Le record d'affluence du 28 février avait été battu le 8 mars; celui du 8 mars battu le 14 mars... Ils sont joueurs.

En attendant, nous n'avons toujours pas de gouvernement. Je me demande qui, des évêques maronites retranchés à Bkerké pour élire un nouveau patriarche ou de Mikati, accouchera en premier.

Côté pancartes et slogans, c'était vraiment très très pauvre. Rien à voir avec 2005.

Aujourd'hui, tout le monde avait envie de se faire prendre en photo. Ça changeait du 12 janvier dernier.

Les vendeurs de kneffés (pas bonnes du tout) ont fait fortune aujourd'hui.

En face du siège des Kataeb à Saïfi, un grand arbre servait de parasol à ceux qui arrivaient du port. Jolie déco dans les branches (second degré).

Ce que j'adore le plus dans les manifs comme celle-là, ce sont les chauffeurs de salle. Ils reprennent invariablement la même formule, en remerciant les participants de leur présence, en citant les villes et villages. Dans la foule, chaque groupe géographique donne de la voix quand le nom de son bled arrive. On se croirait au 111e anniversaire de Bilbo.

Allez, tiens, un petit diaporama de la journée.

En 2005, la «révolution du cèdre» avait été raillée à cause des tantes d'Achrafieh qui étaient descendues avec leurs bonnes, de leurs sacs Gucci et tutti quanti. Cette année, il y en avait aussi...

Premier orateur de premier plan à prendre la parole, Geagea a été acclamé par toute la foule, y compris les sunnites (c'est toujours savoureux à voir). Mais moins de 10 minutes après la fin de son discours, la très grande majorité des partisans des Forces libanaises quittaient les lieux, repartant vers Tabaris et le cœur d'Achrafieh. Ils n'ont pas attendu les autres tribuns, et surtout Hariri, qui a parlé en dernier. Genre rien-à-péter.

Toutes les avenues menant au centre-ville étaient remplies de voitures et autres bus garés n'importe comment. Des familles entières étaient là depuis très tôt le matin, venant du sud, du nord ou de la montagne. Ils ont dû s'amuser pour repartir...

Avec le séisme au Japon et la crise libyenne, la manif du jour va passer à la trappe dans de nombreux journaux quotidiens étrangers. Dommage...

Finalement, l'instant le plus captivant de la journée a eu lieu au moment du discours de Boutros Harb. Mais pas du côté de l'estrade, désolé Boutros. D'un coup, à 12h39, des doigts se sont levés par dizaines pour montrer quelque chose dans le ciel. Et plus personne n'écoutait le bla-bla du politicien. Tout le monde s'extasiait sur ça... Et il y avait de quoi.

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dimanche, 14 février 2010

Les sous-doués à la faCULTé

Aujourd'hui, 14 février, c'était donc la Saint-Rafic. Voici ce que ça donnait au ras des paquerettes...


Et voici la même scène, en vue aérienne (faut lire le texte ci-dessous pour comprendre).

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«On s’attendait à bien pire!» La dame, les cheveux en bataille et d’une drôle de couleur orangée, scrute mon cou, intriguée par mon tatouage. Moi, je regarde sa petite affichette: «What have you done with my vote?». Imprimée en blanc sur fond rouge. L’affichette est petite mais, m’assure la brave dame, «il y a beaucoup de citoyens qui en ont». «Par petits groupes», précise l’homme qui l’accompagne, prudemment. En tout, nous n’en avons vu que deux, des petits groupes, restés à proximité de la rue Gemmayzé, pas trop loin de Chez Paul qui, comme à chaque manif place des Martyrs, fait le plein.
L’affichette tranche dans la mer bleue qui s’étend sur la place. Enfin, «mer», gardons le sens des proportions. «Lac» serait sans doute plus approprié. «Flaque»? Quand même pas. Mais pas non plus les «centaines de milliers de personnes» décrites dans la presse francophone libanaise (suivez mon regard). A vue de nez, 50 à 100 000. Ce n’est que mon humble avis, mais en tout cas, pas de raz-de-marée à l’horizon.
Le 5e anniversaire de Saint Milliardaire n’a pas rameuté les foules escomptées, tout en évitant le flop total. Côté proportions, cela ressemblait à la macédoine que nous avions préparée pour le déjeuner: imaginez la photo ci-dessus comme une vue aérienne – oui, les fayots ont la part belle – et le tour est joué. Les partisans du Futur étaient donc au rendez-vous, avec une grosse poignée de FL, une pincée de Kataëb et quelques irrédentistes PSP. Certains ont sorti pour l’occasion des drapeaux bien kitch avec tête de mort, ce qui a fait dire à l’une de nos gamines: «C’est le drapeau de la mort!»

Les rotatives ont dû chauffer ferme ce week-end: casquettes, drapeaux et affiches ont été fabriqués et distribués en masse, non en l’honneur du Liban mais à l’effigie de Hariri Senior et Junior. Une masse de papier qui a fini en tas sur le bas-côté des routes. Tout un symbole. Autre symbole, ou non-symbole: les affiches réclamant haut et fort «La vérité» étaient aux abonnés absents. Comme le panneau digital affichant le décompte des jours depuis le 14 février 2005 à Qantari a lui aussi été arrêté, faut croire que «la vérité» n’est plus vraiment une priorité, si elle l’a jamais été.
Pendant quelques heures, nous avons eu droit à un festival de chanteurs à la mode et à un chauffeur de salle tout droit issu d’une chaîne de télé, petits cartons à la main comme dans «Questions pour un champion». Un orchestre bien comme il faut a remplacé les jolies improvisations du public qui donnaient un air de fête aux manifs des années précédentes. Ce qui avait été et aurait dû rester un mouvement populaire fut vite récupéré par Hariri Inc., pour aboutir à cette apothéose de 2010: un meeting de parti qui ne dit pas son nom. Du grand mauvais spectacle pour un ersatz de grande cause nationale. Une tribune pour politicard dont la bégayante personnalité doit être en mal de culte. La démocratie – le mot qui ne veut décidément rien dire – libanaise made in 2010.

Ladite démocratie continue d’être réclamée par ces politiques défendant la liberté de croire, de penser, de s’exprimer. Mais pas trop quand même. Il y a des choses, même intelligentes, à ne pas dire aux pourfendeurs de l’oppression et de l’obscurantisme. J’en prends pour preuve le «scandale» – terme utilisé fort à propos par la presse francophone libanaise (suivez mon regard) – de la semaine dernière, lors d’un colloque à l’Université antonine parrainé par la présidence du Conseil (alias Hariri Junior, qui comme tout bon responsable libanais, confond sa fonction et son auguste personne). Dans son allocution d’ouverture, la vice-présidente de l’université pour les affaires culturelles (on va dire la VPUPAC, pour faire simple) a jugé bon de citer une étude publiée dans la revue The Leadership Quarterly. Pour résumer, l’étude en question explique que dans un pays aussi corrompu que le Liban, Hariri Senior avait lui aussi eu recours à la corruption (je tombe des nues), mais à sa décharge, l’avait au moins fait de façon productive, efficace, bien souvent dans l’intérêt de la nation et dans tous les cas moins que certains de ses prédécesseurs.

Une citation maladroite mais somme toute, pas de quoi fouetter un chat, vous en conviendrez: qui au Liban pourrait encore nier que la corruption ronge le pays à tous les échelons de l’Etat depuis des lustres? Il serait sans doute temps de reconnaître les faits et d’en tirer les leçons, et c’est apparemment dans ce sens que la VPUPAC interpellait son public. Quel meilleur cadre qu’une université pour ouvrir ce genre de débats? Et quand bien même cela aurait été plus grave, «de l'indélicatesse poussée jusqu'à ses derniers retranchements, un comportement sans doute délibéré et prémédité, reflétant une absence totale d'éthique universitaire et académique, voire même une certaine malhonnêteté intellectuelle» comme un média francophone libanais (suivez mon… oui, bon, ça va) grand défenseur de la «résistance culturelle», décrit l’affaire, la réaction des premiers concernés n’en demeure pas moins aberrante: retrait outragé de la salle, kyrielle de communiqués dénonçant ce «manque de professionnalisme et d’attitude scientifique», arrêt du patronage et donc du colloque, exigence que des sanctions soient prises contre l’indélicate intervenante. Modernité, sens du dialogue et intelligence dans toute leur splendeur.

Il me semble que nos hérauts de la démocratie auraient eu tout à gagner en répondant posément à ce qu’ils ont perçu comme une accusation, en fournissant une contre-argumentation «scientifique» plutôt que de monter sur leurs grands chevaux et jouer les vierges effarouchées. Cela leur aurait au moins permis de montrer qu’ils valent effectivement mieux que les censeurs de l’autre bord, ce qui n’est décidément pas le cas.
Mais sans doute ne faut-il pas trop en demander à nos chers politiciens. Ni à nos chers médias et chers compatriotes d’ailleurs. On a les politiques qu’on mérite: personne, dans le public de ce 14 février, n’a rien eu à redire au fait qu’un grand portrait du souverain saoudien ait été accroché à la façade du Virgin Megastore, place des Martyrs. Entre Bachar, Hafez, Ruhollah, Abdallah et les autres, Saad est à bonne école, et peut donc se permettre de boycotter les facs.

jeudi, 14 février 2008

Anglophones farsi, francophones farlà !

drapeau_libanais.jpgLa météo a tenu toutes ses promesses aujourd’hui. Beyrouth a croulé sous les trombes d’eau, ce qui n’a pourtant pas empêché les manifestants d’affluer, les uns place des Martyrs pour la commémoration du 3e anniversaire de l’assassinat de saint Rafic, les autres à Dahiyé pour celle de l’assassinat d’Imad Moughnieh, «un homme extraordinaire» comme l’a qualifié un responsable du Hezbollah. D'un côté comme de l'autre, les manifestants ont répondu au mot d'ordre de leurs formations politiques. Rien de bien neuf de ce côté-là.

62ff9bd2a87325d94ae0fc6723c9cb59.jpgNous revenons donc de la première manifestation, trempés jusqu’aux os. Ça me fait toujours sourire de voir des jeunes – filles et garçons – du PSP et des FL danser la rumba ensemble. Signe que l’entente est possible malgré le fardeau de l’Histoire. L'un des jeunes joumblattistes, enroulé dans son drapeau rouge et bleu (ci-contre en photo), portait un badge en faveur de l'unité de l'armée. Je lui demande en arabe si je peux le prendre en photo et lui me répond en anglais. Je rebondis en anglais (j'y suis plus à l'aise), et il me sourit, tout étonné que je parle aussi cette langue (les Français ont cette affreuse réputation d'être des cancres en langues étrangères). Au moins, nous avons pu nous comprendre.

Place des Martyrs ce matin donc, beaucoup sont venus en famille, avec leurs gamins. Les vendeurs de kaaké et de kneffé ont fait des affaires. Et puis vers 13 heures, tout le monde a commencé à déguerpir. On s’est pris des seaux d’eau, on a pataugé dans la gadoue…

Plus ou moins au même moment, à l’autre bout de la ville, le Hezbollah démarrait son propre rassemblement, pour son nouveau «martyr». Les jeunes hezbollahis y défilant en rang et en tenues paramilitaires. Ceux qui s’y recueillaient ont aussi eu droit à des discours: sur écran géant pour Hassan Nasrallah qui a promis que le «combat contre Israël continuerait jusqu’à ce que la victoire soit totale», et en chair et en os pour Manouhcher Mottaki, le ministre iranien des Affaires étrangères spécialement venu pour l’occasion. Un discours en farsi. Vous me direz, quand Kouchner vient au Liban, il ne parle pas arabe non plus, mais il ne s'adresse pas une foule... Ou bien y aurait-il beaucoup de gens qui comprennent cette langue au Liban? Si c'est le cas, peut-être faudrait-il que Nathalie et moi nous y mettions!

Maintenant, on va voir ce que les prochains jours nous réservent. Déjà cet après-midi (comme hier soir), on a pu entendre des rafales de fusils automatiques. Personnellement, je préfère l'arabe, le français, l'anglais ou même le farsi au langage des armes.

jeudi, 15 février 2007

Les deux drapeaux de trop

medium_haririroses.jpgAu Liban, le 14 février ne rime plus avec Saint-Valentin depuis deux ans. Du coup, hier, bon nombre de Libanais ont délaissé les fleuristes pour se rendre place des Martyrs, pour rendre hommage à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Quoi que l’on pense du bonhomme (ce ne fut pas vraiment un saint), il paraît normal de réclamer la mise en place du fameux tribunal pénal international chargé de juger ses assassins, que l’on soit dans la majorité ou dans l’opposition. «La vérité», le slogan qui illustre le mieux ce combat depuis 2 ans, devrait être l’affaire de tous les Libanais.

En tout cas, hier dans la manifestation, tout le monde y est allé de sa pancarte et de son drapeau. Comme sur le sit-in de l’opposition (sur le haut de la place des Martyrs), on a pu voir hier une kyrielle de fanions: blanc frappé du cèdre dans un cercle rouge pour les Forces libanaises, rouge-bleu pour le PSP de Joumblatt, blanc-bleu ciel pour le Courant du Futur du clan Hariri, rouge-blanc-or pour le PNL de Chamoun, blanc avec un cèdre stylisé pour les Kataëbs… On a même vu le grand drapeau rouge orné d’une faucille et d’un marteau du Parti communiste. Le tout noyé dans une mer de drapeaux libanais.

medium_drapiranien.jpgAu bout d’un moment, nous sommes allés faire un tour du côté du sit-in de l’opposition, après avoir montré patte blanche aux militaires qui ont bien fait leur boulot pour que les deux camps ne puissent même pas échanger un regard. Sur place, c’était désert. Près des barrières, à 50m du mur de barbelés séparant la place en deux, nous avons vu un groupe de jeunes du Hezbollah brandir… un drapeau iranien. De retour dans la manif, nous avons vu fleurir des drapeaux saoudiens. Si cet affichage non-national n’était le fruit que d’initiatives isolées, il n’en demeure pas moins qu’il est symptomatique des affinités régionales des deux camps. Finalement, depuis plusieurs décennies se rejoue la même partie d’échecs, le Liban n’étant que l’éprouvette de la région, où toutes les alliances, les enjeux et les inimitiés qui dépassent le pays se rejoignent. Ce serait bien que ça s’arrête, non?

lundi, 11 décembre 2006

Le Hezb, Aoun et le pouvoir

medium_aoun.jpgPuisque David a décidé de mettre les pieds dans le plat (sacré mais guère sucré) du Généralissime, je vais en remettre une couche.

En effet, le Hezbollah est en position de force pour les raisons mentionnées dans le post précédent, mais aussi par la possession d'un arsenal pour le moins conséquent. Cet arsenal compte dans l'absolu, non parce qu'il pourrait servir contre des Libanais, mais parce qu'il donne au Hezb les moyens d'imposer ses choix de politique étrangère au pays. L'exemple le plus frappant en a été donné cet été, alors que Nasrallah s'était lui-même engagé à "ne rien faire qui puisse mettre en péril la saison touristique" tellement attendue par une économie à bout de souffle. Certes, tout au long de cette guerre, nous avons nous-mêmes défendu le droit du Hezb à riposter face à une agression barbare et disproportionnée. Nous l'avons fait non parce que c'était le Hezbollah, mais parce que l'essentiel était alors de défendre le pays. J'estime toutefois que cela ne dédouane pas le Hezbollah de sa responsabilité vis-à-vis d'un gouvernement dans lequel il avait des ministres.

Le Hezbollah est par ailleurs en position de force en raison de sa popularité et de la loyauté de ses partisans. Pas plus tard que samedi, Hussein Hajj Hassan, député du Parti, me disait bien en face qu'il "ne demandait pas le pouvoir parce qu'il l'avait déjà" (sic). Il demandait la participation de toutes les parties afin qu'aucun  des camps ne puisse prendre de décision sans l'accord de l'autre. Un détail cependant: dans ces conditions, quel est le rôle du Parlement qui est justement supposé jouer le rôle de levier contre le gouvernement?

Bref, sur le principe, pareil consensus serait idéal (bien que difficilement applicable dans la pratique). Mais il faut le replacer dans le contexte. Le Hezbollah ne s'en réfère clairement pas au gouvernement lorsqu'il prend des décisions (on l'a vu cet été), un refus au niveau du conseil des ministres ne l'arrêterait pas. La finalité consiste donc à bloquer certains processus. Lesquels, devrait-on demander? De plus, ce droit de blocage, il en dispose déjà dans les faits, via:

1. un président du Parlement qui lui est acquis et qui dispose de cette prérogative hallucinante de pouvoir non seulement fixer l'ordre du jour de l'Assemblée mais aussi de refuser de la réunir, comme il le fait actuellement concernant le projet de tribunal international (mais ce n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres).

2. un président de la République qui peut bloquer tout projet de loi  ne lui convenant pas (idem pour le tribunal international). L'exemple des cohabitations Mitterrand/Chirac en France, un peu du même ordre, a été probant en termes d'inefficacité! 

Concrètement, l'opposition maîtrise déjà deux pôles de pouvoir sur trois. On est donc en droit de se demander ce qu'une minorité de blocage au gouvernement changera, si ce n'est contrôler l'ensemble des acteurs institutionnels! Il n'y aurait pas "partage des pouvoirs" comme annoncé, mais mainmise totale.

On peut aussi s'interroger sur le bien-fondé du recours à la rue sous prétexte que le gouvernement n'est pas représentatif de la majorité. Beaucoup font un parallèle avec une hypothétique crise de ce genre en France. Que je sache, dans un pays démocratique, lorsque une opposition n'est pas satisfaite, elle attend la prochaine échéance électorale pour sanctionner le gouvernement (cela s'appelle l'alternance, non?).

Bien sûr, ces considérations ancrées dans le respect du droit et des lois sont nettement moins séduisantes que des idéaux de liberté, d'union nationale (et même d'amour, selon le nº2 du Hezb, Naïm Kassem). Mais ce n'est pas - seulement - avec de belles idées et des principes charmants mais nébuleux que l'on bâtit dans la solidité. Cela s'appelle du populisme. Le procédé des manifestations de masse constitue un précédent, une "jurisprudence", dangereux. Et si Aoun fait référence au mouvement populaire de l'Ukraine, il oublie de mentionner qu'un an plus tard, le nouveau pouvoir s'est effondré, faute de réelles bases politiques.

Pour revenir au père Michel, je rappellerai aussi qu'il n'a pas le monopole de la résistance. Je n'ai strictement aucune affection pour les Forces Libanaises, mais il me semble que Geagea et ses partisans ont aussi payé leur tribut au combat pour la liberté du pays. Eux aussi ont été battus, exilés, emprisonnés. Sans doute ont-ils  beaucoup de choses à se reprocher aussi, mais la méthode Aoun a-t-elle été  irréprochable? Et, ironiquement, pendant la guerre civile, la "résistance" qui désigne aujourd'hui le Hezbollah, concernait alors les Forces Libanaises. Ces FL de Bachir Gemayel avec lesquelles Michel Aoun s'entendait si bien qu'il avait lui-même aidé à préparer un plan de coup d'Etat afin de faire accéder Bachir à la présidence... Et comme JiPé le fait remarquer dans un de ses commentaires, les prisonniers libanais en Syrie sont oubliés...

Enfin, et cela je le dis pour moi, je trouve positivement indécent de la part de Aoun de récupérer l'assassinat de Gebran Tueini dans son discours d'hier, pour accuser le gouvernement d'incompétence. Un Gebran Tueini qui l'avait soutenu inconditionnellement en 1989, qui avait été profondément blessé par son revirement de 2005 et qui n'aurait pas apprécié d'être ainsi manipulé. Que je sache, il y a bel et bien un camp dans lequel les gens sont tués, et un autre où l'on donne des leçons. Ce camp compte des gens comme Frangié qui a tout de même déclaré un jour: "Je peux me passer de mes enfants mais pas de la Syrie." Et ce n'est pas parce que Aoun a "pardonné" comme il dit, que cela les blanchit. 

Pour le "Skoto" de l'aéroport, certains ont trouvé cela drôle. Cela l'est peut-être en effet. Mais pour sa première parole publique sur le sol libanais après un exil de 15 ans, je trouve cela pathétique.

Une dernière chose: je me demande quand même comment Aoun, en tant que héraut de la lutte pour la souveraineté libanaise, vit le fait que "l'envoyé spécial du secrétaire général de la Ligue arabe ait été informé à Damas que le chef du Hezbollah accepte les propositions que la Ligue arabe lui a soumises."

Michel Aoun ou les incohérences d'un "saint"

Là, je vais pas me faire de copains, mais au moins, j'augmenterai le trafic de ce blog! 

Personnellement, je ne suis ni pro-Aoun, ni pro-FL. Ni pro-Hezb, ni pro-Hariri. Je fais plutôt partie de la minorité silencieuse. Manif après manif, je regarde autour de moi, j'interroge les gens. Comme hier, où la place des Martyrs était orange tant les aounistes se sont appropriés les lieux. Dans mon rôle, quand je pose des questions aux gens, je suis là pour les faire parler, pas pour débattre. Mais cela fait pas mal de temps que j'en ai marre de les écouter me servir inlassablement les mêmes discours...

medium_DSCN4074.2.JPGSi, pour moi, la sincérité du Hezbollah n'est pas vraiment à mettre en doute, l'intégrité des orangistes pose question (ouhlala, ça, ça va pas plaire!!!). Le Hezbollah, lui, n'a finalement rien à gagner dans son bras de fer avec le gouvernement. Il représente déjà la communauté la plus nombreuse du pays, et il a deux alliés bien placés: le président de la République et celui du Parlement. Ces deux personnages, comme on le voit actuellement avec la question du Tribunal international, ont le pouvoir de ne pas signer les lois pour le premier, et de ne pas convoquer les députés pour ratifier un texte pour le second. Bref, tout va plutôt bien pour le Hezb, et il ne dépend de personne. Il réclame le tiers de blocage au gouvernement, alors qu'il a déjà  toutes les cartes en main pour bloquer toute décision gouvernementale. C'est juste l'habillage qui change...

Le généralissime orangiste, en revanche, est en pleine dépendance, et il le sait. L'objectif de l'Amer Michel (comme l'a surnommé un billettiste de L'Orient-Le Jour) est simple, unique: devenir président. Comme le disait récemment un homme politique à Nat, "on ne va tout de même pas remplacer un débile par un obsédé." Dans sa quête du pouvoir, Aoun a donc choisi son camp (où il n'a pas de vraie concurrence pour la présidence), et a choisi ses alliés. Aujourd'hui, il campe sur un discours genre "tous pourris" en parlant des membres de l'actuelle majorité parlementaire. Ce en quoi il n'a pas tout à fait tort, plusieurs des piliers du 14 Mars étant d'anciens bénéficiaires de la tutelle syrienne. Mais jouer les vierges effarouchées alors qu'il pose aujourd'hui aux côtés de Berri (mister corruption himself), Murr Senior (l'ex-VRP de la Syrie), Frangié... ça, franchement, faut arrêter de se foutre de la gueule du monde. Et ça ne semble gêner personne! Et puis il fustige la majorité parlementaire, alors que celle-ci est née de la loi électorale voulue par ses "amis" d'aujourd'hui et écrite par les squatteurs de Damas.

Bref, devant tant d'incohérences de la part du boss, je reste systématiquement bouche bée face à l'aveuglement des partisans du jus d'orange en chef. Ils le prennent pour un saint d'une intégrité totale. Moi, je me demande ce qui s'est passé avant son retour triomphal au Liban en mai 2005. Quand il sortait de son placard doré en France, c'était pour aller à Washington faire la bise aux faucons, pour lever des fonds en Australie... Qu'est-ce qui l'a retourné?

Juste pour l'anecdote, je me souviens du jour de son retour à Beyrouth, le 7 mai. Cela faisait 15 ans que tout le monde attendait ça. Un vrai événement, et donc une vraie effervescence. A l'aéroport, il décide de tenir sa première conférence de presse. Dans la grande salle, les journalistes font du bruit, les photographes veulent avoir la meilleure place. Le brouhaha énerve Aoun, il tape du poing sur la table et crie sur un ton péremptoire à l'attention des fauteurs de bruit: "Skoto!", ce qui est très facilemement traduisible par "Taisez-vous!". Gloups, le ton était donné. Quand on chasse le naturel... Ils sont trop rares les exemples où un militaire a réussi en politique.

Aujourd'hui, saint Michel réclame le départ de Siniora, qu'il accuse de "s'accrocher au pouvoir". C'est assez drôle venant de lui quand on se rappelle sa triste déconfiture sur l'échiquier libanais à la fin des années 80. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes chrétiens le suivent dans son délire. Il y a 16 ans, d'autres croyaient en lui (jusqu'à se faire botter le cul par les CRS quand ils occupaient l'ambassade du Liban à Paris...), mais beaucoup d'aounistes de la première heure en sont revenus... Ce serait pas mal de leur donner la parole, à ceux-là. Ce serait riche d'enseignements.

mardi, 05 décembre 2006

Le Liban sous haute tension

medium_cercueilAmal.jpgAujourd'hui, Beyrouth, dans son cœur et dans sa banlieue, a vécu au rythme des chants funèbres et des slogans politiques. La communauté chiite, Amal en tête, a organisé des funérailles géantes pour le jeune Ahmad, tué dimanche dans des conditions encore tout à fait troubles. Mais une chose est sûre: la tension monte très dangereusement entre sunnites et chiites (sans parler des factions chrétiennes qui se regardent en chiens de faïence).

Hier soir, je demandais simplement à Nat si les gens, le 13 avril 1975, avaient réalisé, sur le moment, qu'ils étaient en train de vivre un jour qui allait rester dans les livres d'Histoire. Probablement que non, car il fallait bien trouver une date précise pour le début de cette guerre, comme ce fut le cas avec l'assassinat de l'archiduc pour la Première guerre mondiale. Ce dimanche 3 décembre 2006, jour de la mort d'Ahmad, fera-t-il date dans l'Histoire macabre de ce beau pays?

 
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