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mardi, 03 juin 2008

The lost world

1129325701.jpgLe Sarcosuchus Imperator est l’un des dinosaures les plus impressionnants qui soient: cet ancêtre du crocodile mesurait 12 mètres et pesait 9 tonnes. A l’époque du crétacé, c’était une véritable bête de guerre (la grosse bébête ci-dessus). Rien ne lui faisait peur et, adepte de la vie en eaux troubles, il croquait ses rivaux à la pelle.

Plusieurs millions d’années plus tôt, au jurassique, vivait le Stégosaure, un animal cuirassé, bardé de plaques hérissées sur le dos (sans autre utilité que de faire peur). Le genre de dinosaure sympa et consensuel qui ne mangeait que des feuilles. Lent et maladroit, il était très vulnérable face aux prédateurs du cru. Malgré sa grande taille (9m de long, 4 de hauteur et 2 tonnes) et en raison du volume de son cerveau (pas plus gros qu’une noix), il ne faisait de l’ombre à personne.

Cent dix millions d’années plus tard, ces deux espèces vont enfin se rencontrer. Ce face-à-face «historique» aura lieu samedi prochain, sur les rives orientales de la Méditerranée. Du côté de Baabda, pour être précis. Le Sarcosuchus UMPerator, paraît-il accompagné du Diplodocus Hollandosaure, du Galliminus Bayrouchus et de la Gastonia Buffetosaure, est donc attendu. A l’ombre d’un grand cèdre (c’est pour la carte postale car les cèdres se comptent sur les doigts de la main au Liban), le Sarcosuchus UMPerator – toutes griffes et tous crocs dehors à son état naturel – a promis de venir saluer le Stégosaure Sleimanus. Que vont-ils se dire (en langage de dinosaures, faut-il le préciser)? Personne ne le sait. Le Stégosaure Sleimanus ne compte pas faire de conférence de presse commune avec le Sarcosuchus UMPerator. En fait, notre Stégosaure traîne une réputation de dinosaure un peu timide et sans grand charisme. Car, bien qu’équipé de plaques colorées sur son dos, il ne fait peur à personne (rappelons que c’est un herbivore sympatoche).

Et puis dans sa contrée planent de trop nombreuses menaces pour qu’il ose agiter sa lourde queue garnie de piquants: il y a le Tyrannosaure Washingtonus, le Triceratops Damascus, le Spinosaure Persus, le Ptérosaure Israélus, le Pachycephalosaure Bédouinus et les très nombreux Velociraptors Palestinus qui ne demandent qu’à mettre leur grain de sel dans le royaume du Stégosaure Sleimanus. Du coup, la rencontre de samedi ne revêt que peu d’intérêt: le Sarcosuchus UMPerator vient marquer un territoire qui, depuis l’envoi en éclaireur du Kouchnerophysis l’an dernier, est devenu le terrain de chasse d’autres prédateurs. A l’ombre du grand cèdre, il ne se passera donc rien.
Le seul spectacle dont nous pourrons tirer une quelconque joie consistera certainement en une nuée de Microraptors Journalistus qui suivent par instinct de conservation toutes les migrations – et elles sont nombreuses – du Sarcosuchus UMPerator.

[...]

Devinette Comment s’appelle la femelle du Sarcosuchus UMPerator?

dimanche, 25 mai 2008

Michel Sleimane ou le charme discret du funambule

1233524357.jpgAlors voilà. Nous devrions être les heureux propriétaires d’un président tout neuf, d'ici la fin de ce dimanche 25 mai 2008. Enfin, tout neuf, façon de parler, le modèle que l’on devrait récupérer à quelques milliers de kilomètres au compteur.
Depuis le retour de nos pontes de Doha, la joie et l’allégresse se lisaient sur tous les visages des colleurs d’affiches (et des imprimeurs aussi). Les murs de Beyrouth sont recouverts de portraits, englués par dizaines. C’est beau, ça fait un peu déco urbaine nouvelle tendance. Ça sent aussi à plein nez le culte de la personnalité. Mais ne jugeons pas l’homme (ou le militaire, pardon) alors qu’il n'a pas encore franchi les grilles de Baabda. Le plus dur reste à faire pour lui:
• Ne pas décevoir les attentes d’une population lassée par 18 mois de guéguerre institutionnelle.
• Faire des risettes à toutes les délégations étrangères attendues à Beyrouth: les Iraniens (les mentors de son ami Hassan), les Syriens (ceux qui l’ont placé à la tête de l’armée en 1998) et les Américains (les mentors de l’actuelle majorité) en premier lieu.
• Commencer la semaine prochaine par des consultations pour le poste de Premier ministre (pas le plus dur), mais surtout pour la constitution du gouvernement. Aoun a déjà affiché ses préférences, avec des portefeuilles comme ceux de la Justice ou des Finances (ben voyons). Et les autres de devraient pas tarder à faire leur lettre au père Noël également. Ce matin, Geagea a profité de cette journée de «fête» pour accuser Aoun d’avoir sacrifié les intérêts des chrétiens au profit du Hezbollah. La semaine prochaine s’annonce rock n’roll.

En conclusion: souhaitons lui bonne chance pour le job le plus ingrat à pourvoir dans ce pays.

[…]

Hasard du calendrier (?!), le 25 mai, c’est aussi l’anniversaire de la libération du Sud par le Hezbollah en l'an 2000. Une belle occasion pour célébrer l’omnipotence spatio-temporelle du sayyed.


mercredi, 06 février 2008

Haro sur l’armée

Nous n’avons pas de sympathies particulières pour l’armée en général (jeu de mot accidentel) et pour Sleimane en particulier, comme les habitués de ces pages doivent déjà le savoir. Pourtant, depuis ce triste dimanche d’émeutes, je bouillonne intérieurement face à ce qui ressemble de plus en plus à une entreprise de sape organisée et qui nourrit en moi de profondes inquiétudes.
Car il est une chose qu’il faut reconnaître et saluer: la grande Muette fait depuis quelques temps figure de rempart face à un trop possible chaos généralisé. Son implosion dans les années 70 avait accéléré et aggravé la guerre civile, ses membres – et son matériel – s’éparpillant entre milices et groupuscules divers. Aussi est-il indispensable que pareille catastrophe ne se reproduise pas aujourd’hui.

L’armée est, à plus d’un titre, investie de cette mission fondamentale qu’est la sauvegarde de l’ordre public. D’abord parce qu’elle demeure le seul «espace» où, dans une certaine mesure, le soldat chiite est à la même enseigne que le sunnite, le druze que le maronite, etc. L’uniforme a ceci qu’il uniformise, et en la matière, c’est plutôt une bonne chose. S’y côtoient quotidiennement, et dans les mêmes conditions de vie, des populations qui partout ailleurs ou presque, s’excluent mutuellement.
Ensuite parce qu’elle est désormais la seule institution nationale qui fonctionne, alors que gouvernement, parlement, présidence et ministères sont paralysés ou presque.

Pour cette même raison, elle est malheureusement devenue le dernier symbole du Liban en tant qu’Etat, la dernière trace opérationnelle d’un pays à la dérive, qui n’a plus de réelle existence institutionnelle par ailleurs.

Toujours dans le même ordre d’idée, l’armée doit se protéger car le citoyen libanais lambda n’a plus d’autre institution en laquelle placer sa confiance et surtout sa fierté. A mon sens, l’opération Nahr el Bared n’a pas été la victoire éclatante qu’on nous a présentée. Pas avec tant de morts, de destructions et de temps. Mais c’est une victoire quand même, et qui a eu le mérite de redorer le blason d’une troupe qui en avait bien besoin. Auprès des Libanais, mais aussi de l’étranger. L’essentiel, c’est que la population s’est identifiée à cette armée, s’est rassemblée autour d’elle et y a trouvé une source de fierté nationale bien trop rare par les temps qui courent.

Enfin, et c’est le plus important bien que cela ait été dit et redit, parce que son commandant a su préserver une forme de neutralité vis-à-vis des tiraillements (ô doux euphémisme) politiques.

Il y a donc quelque chose de foncièrement choquant à voir cette fameuse armée faire l’objet d’ultimatums, de chantage et d’accusations diverses et variées.

L’opposition lui reproche sa gestion des émeutes du «dimanche noir», lui fait porter la responsabilité du «martyr» (terme galvaudé s’il en est) des manifestants. Les uns exigent une enquête dans les plus brefs délais, les autres estiment que ladite enquête est insuffisante. Un parti surarmé comme le Hezbollah – qui s’est arrogé la décision de guerre, qui menace depuis des mois de recourir à la rue tout en faisant étalage de sa parfaite maîtrise de cette terrible rue (maîtrise dont la preuve n’a pas été faite en ce dimanche de triste mémoire, alors que les émeutes se produisaient pourtant sur son turf) – pose ses conditions et menace la dernière institution publique qui tienne encore debout. Cherchez l’erreur, quand même… L’illégitimité demande des comptes à la légitimité (rien à voir avec un gouvernement illégitime dans ce cas), avec une impudence hallucinante. On aurait aimé constater pareille diligence en d’autres occasions tout aussi violentes.

Et puis, évidemment, les manifestants étaient pacifiques, doux comme des agneaux, bien intentionnés, les malheureux.
Bon, on comprend la portée politique de l’affaire; quiconque aurait voulu couper l’herbe présidentielle sous les pieds de Sleimane ne s’y serait pas pris autrement. La candidature de l’autre Michel semble désormais cuite, voire carbonisée…

Mais ce qui me fait bondir, ce sont les déclarations du député Hajj Hassan qui vont bien au-delà de la politique en évoquant ouvertement l’initiative de gradés obéissant à des autorités autres que militaires, comprenez le 14 Mars, Israël, les Etats-Unis, le roi du Pongui-Pongui, les extra-terrestres… Cela peut être possible, l’histoire libanaise a déjà prouvé que l’appartenance au corps militaire ne protégeait pas des tentations de ce genre, voire plus si affinités. Mais le choix du moment, la manière et l’origine de ces propos en font un mouvement politique grave. Certes, le député professe respect et amitié pour l’armée (à laquelle le Hezb avait toutefois défini des «lignes rouges» lors de Nahr el-Bared, un précédent révélateur), mais dans la foulée, il lui adresse une magistrale insulte en remettant en question sa cohésion, sa hiérarchie et l’autorité de son commandement.

Pareil discours est dangereux, sciemment ou non, ce n’est même pas le problème: il peut ébranler la fragile confiance populaire dont je parlais plus tôt en nourrissant les suspicions; il sous-entend que l’armée est incompétente, incapable de gérer ses propres troupes (alors, le dossier de la sécurité nationale, n’en parlons pas); il implique qu’au Liban, il ne reste plus rien qui n’ait été divisé, brisé, scindé entre ces deux camps qui s’appliquent consciencieusement à saucissonner le pays dans les têtes si ce n’est dans les faits. Plus de référent, le dernière repère national s’est ainsi évaporé. Réglons cela dans la rue, alors.
Parce que, et c’est pour moi le plus grave, ces militaires arrêtés sont d’ores et déjà des boucs émissaires (ben oui, quoi, franchement, ils auraient dû tendre l’autre joue), mais ils feront aussi figure d’exemple. Aux prochaines émeutes, l’armée osera-t-elle faire preuve de force, voire utiliser ses arnes si cela s’avèrait nécessaire? Cette «leçon», les militaires ne seront pas les seuls à l’avoir retenue. Les civils aussi, ceux d’Aïn el-Remmaneh par exemple, qui, s’ils croient ne plus pouvoir compter sur l’armée pour jouer les tampons en cas de besoin, décideront de se protéger eux-mêmes. A tort ou à raison. Si l’armée est émasculée, les civils de l’autre bord ne resteront pas les bras croisés.

Vous connaissez une meilleure recette pour une guerre civile, vous?

mardi, 22 janvier 2008

Coup de pied au cul(te de la personnalité)

Ça doit être un phénomène propre aux pays du Tiers Monde. Au Liban, les portraits de figures politico-féodales et autres martyrs font partie du paysage urbain. Il y a les morts bien sûr, de Béchir Gemayel à l’imam Moussa Sadr en passant par cette bonne vieille trogne d’Elie Hobeika (dans son cas, la résurgence est saisonnière puisque l’on «fête» en ce moment le 6e anniversaire de son dégommage). Et il y a les vivants aussi. L’emplacement géographique de ces portraits délimite d’ailleurs bien les territoires: Hassan Nasrallah est champion toutes catégories du culte de la personnalité (que l’on soit à Dahiyé, Baalbeck ou Tyr), suivi d’un peloton constitué de Michel Aoun (champion du monde à Baabda-Aley), Samir Geagea (mister Univers à Nasra ou Bcharré), et Rafic Hariri (tycoon-martyr à Qoreytem et Saïda). Le pauvre Nabih Berry est un cas un peu particulier, lui qui pose si bien devant les objectifs, puisqu’il doit se trouver quelques mètres carrés au soleil là où Nasrallah daigne lui accorder un peu d’espace. Et puis il y en a un autre, un peu à part: c’est le président de la République.

En 1998, au moment de son arrivée à la tête de «l’Etat», Emile Lahoud avait annoncé haut et fort la couleur: pas de culte de la personnalité pour lui. Ô grand jamais! Son portrait officiel n’ornerait que les bureaux des administrations. Résultat: pendant des années, nous avons eu droit à son sympathique faciès à chaque coin de rue, en uniforme avec l’air sérieux, ou en costard blanc-beurk avec sourire Ultrabrite et bronzage ATCL. Il était partout. Mention spéciale à deux affiches: la première, gigantesque, plantée à Adonis en 2004 avec comme slogan «L’homme de la décision» (warf warf), la seconde à la sortie de Tripoli, le plaçant tel Dieu le père bien entouré de Bachar et de son cher papa, feu Hafez (tiens, ça sonne étrangement «feu Hafez»…). Il s’était certainement laissé griser par l’ivresse du pouvoir (qu’il n’avait pas). Cela fait maintenant deux mois qu’il est au placard, que le Liban est donc sans président. Les portraits de Mimile 1er ont disparu des murs de Beyrouth et d’ailleurs. Les fonctionnaires libanais ont l’air un peu désorientés face à ce cadre photo désespérément vide mais toujours planté au mur. En revanche, dans les rues, cela a fait un peu de pollution visuelle en moins.

827933ad4e54fe34c958d4a4aac88453.jpgMais au Liban, il ne faut pas se réjouir trop vite! Depuis quelques temps, tout ce qui ressemble à un pan plus ou moins vertical voit fleurir de nouvelles affiches. Et voilà! Monsieur S. n’est pas encore président que son portrait s’étale déjà un peu partout. En version sérieuse exclusivement, avec son regard profond tourné vers l'horizon, sa casquette militaire vissée sur le crâne et le logo d’une armée qu’il n’a pas encore quittée. Et ça me tape sur les nerfs.

Notre chère république a, sans le vouloir (?), institué une 18e confession: la congrégation de la sainte armée libanaise. Je reconnais plus que volontiers le mérite de cette institution qui constitue aujourd’hui le dernier rempart face à un possible chaos civil. Mais de là à accepter l’idée que Sleimane représente désormais la seule et unique solution politique pour le pays, il y a un pas que je me refuse à franchir. Le matraquage visuel qui nous est aujourd’hui imposé traduit une telle instrumentalisation de l’image de l’armée qu’en fin de compte, cette nouvelle pollution visuelle suscite en moi un rejet épidermique de ces hommes que l’on célèbre systématiquement comme les nouveaux messies, à grands coups d’affiches, de banderoles, de posters…

Toutes les huiles du pays (qui aiment tant voir leurs bobines placardées) nous ont donc présenté (à tour de rôle mais jamais simultanément, ce serait trop simple) ce candidat virtuel qui n'a jamais officiellement fait acte de candidature, comme la panacée à tous les maux du pays. Comme si son omniprésence sur nos murs suffisait à s’abstenir de mettre sur pied un programme politique, économique et social, et dispensait le peuple de réfléchir plus loin (y compris à une alternative). Cette «stratégie» est d’ailleurs valable pour tous, de quelque bord que soit l’objet de ce culte de papier. Et c’est toujours la même question qui revient: où est la démocratie dans tout cela? Oui, oui, on sait, la démocratie consensuelle à la libanaise suit ses propres règles, et on n’est pas à une aberration près.

Bref, l’essentiel est sans doute ailleurs: mandat après mandat, l’ego de nos Abraracourcix locaux est flatté tous les 100m sur la voie publique. Vous me direz, cela fait bien longtemps que celle-ci n’appartient plus au public mais aux afficheurs. Mais ceci est une autre histoire.

mercredi, 12 décembre 2007

Les 12 décembre sont meurtriers

attentat_jean_hajj.jpgEn langage diplomatique, cela s’appelle un message. A 7h du matin, une bombe explose près du palais présidentiel, à quelques encablures du ministère de la Défense. Quelques minutes après l’attentat, la rumeur commence à circuler: un militaire de haut rang ferait partie des victimes. Tout le monde pense à Sleimane… Vers 7h45, la cible est définie: c'est le futur successeur de Michel Sleimane à la tête de l’armée si ce dernier accédait à la présidence (ce qui n’est plus du tout joué d’avance en ce moment). Le général el-Hajj avait été en charge des opérations lors de la crise de Nahr el-Bared cet été. Le message s'adresse donc clairement à Sleimane, et à l'institution militaire dans son ensemble.

Ce matin, un commerçant de mon quartier me dit: «Avec ce qu’a dit Chareh hier [les alliés de la Syrie au Liban n’ont jamais été aussi puissants] et l’attentat de ce matin, faut pas chercher bien loin le rapport…» Faut-il se laisser aller à cette facilité intellectuelle en ce moment? En tout cas, les déflagrations reprennent cette veille de fêtes de fin d'année: hier soir, une grenade a explosé entre Chiyah et Aïn el-Remmaneh, sans faire de victime.

Aujourd’hui mercredi 12 décembre, une partie de la population libanaise (en tout cas les gens de notre quartier) allait célébrer le deuxième anniversaire de la mort de Gébran Tueini, assassiné par très loin de l'attentat de ce matin, en 2005. Certains écrivent des bouquins titrés «Les mois d’avril sont meurtriers», on peut rajouter «les 12 décembre».

vendredi, 30 novembre 2007

Michel Sleimane ou le chaos : le Liban a-t-il besoin d’une cure de chehabisme ?

fouad_chehab.jpgmichel_aoun.jpgemile_lahoud.jpgmichel_sleimane.jpgChaque semaine, le Liban se découvre un nouveau présidentiable en pole position. Ce fut Michel Eddé il y a 10 jours, c’est au tour de Michel Sleimane depuis mardi. Le vote prévu aujourd'hui a été reporté au 7 décembre, le temps d'un probable petit tour de passe-passe constitutionnel.

Michel Sleimane, un général de 59 ans, occupe pour l’instant la tête de l’armée libanaise. Il en est le chef depuis décembre 1998, un mois après le parachutage par Damas de Lahoud à Baabda. Parmi les premières mesures de Lahoud, la nomination de proches de régime syrien de Hafez el-Assad comme Jamil Sayyed à la Sûreté générale. Ou Michel Sleimane, beau-frère du porte-parole de l’époque du boss syrien. Sleimane est donc lui aussi un héritage – même discret – de la tutelle syrienne.

Depuis le siège du camp palestinien de Nahr el-Bared, l’armée est revenue en force dans le cœur des Libanais qui ont pleuré leurs «martyrs». Début septembre (soit 3 semaines avant le premier tour de la présidentielle), cette victoire – longue à se dessiner – a largement servi le prestige du chef. Tout le monde a crié alors en chœur: Sleimane superstar!

Depuis, dans la course présidentielle, son nom a toujours été en filigrane, même si d’autres occupaient le terrain médiatique avec leurs gros sabots. Il jouit donc d’une excellente image et a réussi à garder l’armée libanaise au-dessus de la mélasse politicienne du coin. Du coup, depuis avant-hier, toutes les discussions tournent autour d’un dilemme: peut-on amender ce qui reste de la Constitution libanaise pour permettre au général (Sleimane, pas Aoun!) de devenir président. Le 14 Mars – à part le père Boutros et le docteur Geagea – n’y voit finalement pas trop d’inconvénient. L’opposition, elle, apparaît divisée sur la question (Aoun semble pour du bout des lèvres, le Hezbollah n’en veut pas pour l'instant). Les politiques discutent d'un nom, d'un homme, mais quel sera son programme? (question naïve, certes)

Il y a quelques mois, un journaliste libanais chevronné me disait que le Liban aurait besoin d’un «président à la Chehab». Un président fort et impartial, même ex-général en chef de l’armée. Fouad Chehab était arrivé au pouvoir après la crise de 1958 (crise durant laquelle le président Chamoun demanda l’intervention de l’armée américaine). Chehab était un militaire et voulait le rester. Mais devant l’instabilité du pays, il accepta la présidence, contre son gré. Devenu président, il avait eu cette phrase: «La révolution n’a ni gagnant, ni perdant» (le prochain président dit de consensus pourra la resservir!). Je ne vais pas me lancer ici dans l’historique de son mandat. En bref, il réussit son pari (une doctrine qui porte son nom, le «chehabisme»): remettre de l’ordre dans le pays, moderniser l’administration, imposer des plans de réforme, faire reculer le poids de la féodalité… il a même balayé une tentative de coup d’Etat de la part de ces bons vieux farceurs du PSNS. Puis il laissa sa place à Hélou en 1964.

Le Liban de 2007 a-t-il besoin d’une petite cure de chehabisme comme en 1958? Sur le papier, certainement, car il y a un gros ménage à faire à tous les étages de l’Etat. Mais Sleimane, s’il est élu, pourra-t-il faire quoi que ce soit contre le féodalisme, la corruption ou simplement démêler le casse-tête économique de l’année à venir? Pourquoi donc ces «hommes providentiels», ces «hommes forts», doivent-ils toujours venir de l’armée et non de la société civile? Entre Chehab, Aoun, Lahoud et Sleimane, le Liban n’est-il finalement qu’une histoire de généraux? Tout comme Ghassan Tueini qui ne veut plus voir de militaire à Baabda, j’espère que non.

 
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