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vendredi, 15 avril 2011

Pomme C Pomme V impossible

Très court extrait du dossier spécial (12 pages) sur les révoltes dans le monde arabe, paru ce matin dans le quotidien Le Soir. Vous pouvez le télécharger en intégralité ici, ça vaut le coup.

mark mansour.jpgLes politiciens libanais continuent à longueur d'interview de réclamer la paternité du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe. Selon eux, les révoltes actuelles sont les filles de la «révolution du cèdre» du printemps 2005 qui avait vu la population libanaise obtenir – pacifiquement – le départ de l'armée syrienne, après 30 ans de tutelle. Six ans plus tard, les soldats syriens ne sont plus là, mais Damas dispose toujours de ses relais, puissants, à Beyrouth.

Vu de la capitale libanaise, les révoltes en cours dans le monde arabe laissent perplexes: impossible d'en faire un copier-coller. Car ici, il n'y aurait pas un Ben Ali ou un Moubarak à chasser du pouvoir pour faire une «vraie» révolution, mais une bonne vingtaine. Tous chefs de partis politiques ou chefs de clans, ceux-ci décident de la direction à suivre pour toute leur communauté. Et les revirements à 180º ne leur font pas peur, leurs ouailles suivant aveuglément: l'intérêt de leur communauté prime, l'intérêt national passant au second plan.

Pas étonnant donc de trouver toute une frange de la jeunesse libanaise sans grande illusion. Mark Mansour en fait partie. Graphiste de 31 ans, il reste cloué à Beyrouth pour prendre soin de ses parents vieillissants. Sans quoi il serait parti. «Moi, je n'ai aucun engagement politique, explique-t-il. Les politiciens libanais, d'un bord comme de l'autre, sont tous pareils. Ils veulent le pouvoir, pas le bien du Liban. Alors quand je vois ce qui se passe en Tunisie, je suis heureux pour les Tunisiens. Idem pour les Egyptiens. Et puis un nouveau régime au Caire, moins favorable à Israël, poussera peut-être Tel Aviv à changer de comportement dans la région.»

Depuis trois semaines, évidemment, l'actualité de la grande sœur – la Syrie – retient l'attention. Là aussi, Mark espère du changement, pensant qu'un nouveau régime, plus modéré, pourrait modifier la donne dans la région et dans son pays: «Ça compliquerait la tache du Hezbollah pour faire transiter ses armes depuis l'Iran. Moi, je suis pour la paix, j'ai envie de vivre libre, sans que la personne en face de moi – quelle qu'elle soit – ait un pistolet sur la table pour me parler.»

[...]

Lors de l'interview, nous avons abordé un gros paquet de sujets: les révoltes arabes bien sûr, mais aussi la politique libanaise, la laïcité... Voici juste une petite phrase qui n'avait pas sa place dans le papier, mais qui m'a bien fait rire. Mark: «Au Liban, je n'existe pas en tant qu'agnostique. Un jour, on m'a posé cette drôle de question: "Vous êtes agnostique? Alors où priez-vous?"» Y'a du boulot.

dimanche, 24 février 2008

Retour à l'ordre moral?

90caa8774c2d7990413990b7ad37b3b7.jpgLa nouvelle n’a pas fait les gros titres des quotidiens ni des journaux télé. Et pourtant, les ministres arabes de l’Information viennent de pondre un document qui sent bon le retour de manivelle, le retour à la moralité bien-pensante et religieuse. Le 12 février dernier, un document d’entente – intitulé «Suggested guidelines and principles for organizing satellite TV in the Arab world» et rédigé principalement par l’Arabie saoudite et l’Egypte – a été avalisé par les ministres arabes. Officiellement, les idées présentées sont là pour réguler un peu ce qui arrive sur le petit écran des téléspectateurs arabes (dont nous faisons partie). Concrètement, il s’agit de censure et d’une réduction de liberté flagrante sur le seul espace encore «libertaire» (je mets bien des guillemets) qui s’offre aux Arabes.

Les « limites» sont les suivantes:

  • Aucune attaque envers des leaders religieux ne sera tolérée
  • Aucune image incitant à la violence ne sera tolérée
  • Aucune image altérant l’unité nationale, l’ordre public, moral, familial et religieux ne sera tolérée

Le Liban, comme tous les autres pays arabes, était représenté par son ministre de l’Information, Ghazi Aridi. Il était contre, mais a voté quand même pour (pourquoi?). Seul le Qatar s’est abstenu. Mais qui sera exactement soumis à cette censure? Uniquement les chaînes arabes? Les chaînes occidentales diffusant sur la région aussi? Est-ce la disparition de la diffusion de Groland? Pour l’instant, la seule chose quasi sûre, c’est que les chaînes contrevenantes devront payer de lourdes amendes (à qui exactement?), et dans le pire des cas verront leur licence de diffusion retirée (par qui précisément?).

Cette nouvelle charte arabe des bonnes mœurs télévisuelles a été vivement condamnée par des organisations étrangères comme Reporters sans frontières ou Article 19, et évidemment par des chaînes arabes comme Al-Jazeera. Il semblerait en tout cas qu’avec un tel processus, les Etats arabes aient envie de reprendre le contrôle de l’information dans la région, pour rétablir en partie leur propagande étatique diluée depuis l’avènement du satellite.

Dans le cas du Liban, la mise en place de cette charte est un vrai point d’interrogation. Aridi a spécifié que le Parlement libanais devrait donner son accord pour la mise en place d’un dispositif aux contours encore flous. Et qui dit Parlement, dit députés en mesure de voter. La constitution de la prochaine Assemblée revêt donc une importance capitale pour éviter un retour au Moyen-Age de l’information. Pour faire bref, si des députés réactionnaires prennent le contrôle du Parlement, il faudra vraiment faire attention à ce que l’on dit.

Et y aura-t-il une prochaine étape? Internet par exemple?

 
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