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dimanche, 23 décembre 2007

Lettre (et avertissement) au père Noël

Bonjour monsieur Noël,

Il paraît que vous allez passer par Beyrouth la nuit prochaine. Avant d'arriver dans l'espace aérien libanais dans votre beau traineau, assurez-vous qu'il n'y a pas d'avions israéliens violant les cieux levantins. On n'est jamais trop prudent. Une fois que vous aurez pu atterrir sur le territoire libanais, n'oubliez pas de montrer patte blanche au service de l'immigration (pour bien faire, évitez de passer par Bethléem avant le Liban, ça fait mauvais genre d'avoir un visa de notre voisin). Enfin, ne mégotez pas avec les mesures de sécurité. Les gens importants – et vous en faites partie, cela ne fait nul doute – sont des cibles de choix dans notre beau pays. Bon, maintenant, on peut passer à la liste de cadeaux que j'aimerais vous faire parvenir. Alors voilà, je voudrais...

  • Un président de la République, mais vous savez, un de ceux qui servent à quelque chose, parce que cela fait presque 20 ans qu’on n’en a pas vu la couleur
  • Des milliards de neurones tout neufs à distribuer généreusement à nos ténors politiques (je sais déjà qui aura double portion)
  • Des stérilets inamovibles pour les épouses d’hommes politiques, afin que les lignées féodales s’éteignent et laissent la place à des gens neufs
  • Quelques heures d’électricité quotidiennes supplémentaires
  • Des tarifs de cellulaire moins exorbitants (et une connexion Internet potable aussi)
  • Des agents de la circulation qui fluidifient les bouchons au lieu de les créer
  • Un pays pour nos locataires palestiniens qui, je vous le rappelle, mettent depuis 60 ans ce souhait sur leur liste au père Noël
  • Des voisins sympas et bienveillants (je sais, je mets ça chaque année, mais j’ai l’impression que vous faites la sourde oreille, désolé d’insister lourdement)
  • Du chawarma poulet de chez Makhlouf (à Dora) gratuit pour tout le monde et à vie
  • Des trottoirs où se balader avec une poussette ne ressemble pas au Camel Trophee

Je vais m’arrêter là, même si j’ai encore plein de choses à demander, mais je ne voudrais pas paraître trop gourmand. J’en garde sous le coude pour l’année prochaine.

Allez, je vous laisse, khawaja, vous avez du boulot devant vous pour me préparer tout ça. Bon vol, et ne prenez pas froid demain soir. Je vous attends de pied ferme, mon pépère.

lundi, 25 décembre 2006

Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël, Noël

medium_volaille.jpgIl y a quelques jours, Nat réalisait le portrait de deux sœurs libanaises pour un journal français. Le sujet? Le Noël d'enfants du monde, raconté par les enfants pour des enfants. Un sujet sympa en somme. L'aînée des deux petites sœurs définissait Noël ainsi: la fête de l'amour et du partage. Comme c'est beau, dit comme ça.

Alors pour ne pas faire trop long, on vous souhaite un joyeux Noël, surtout aux habitants de ce beau pays qu'est le Liban. Nous, on a "consommé" de la volaille hier soir, sous toutes ses formes, mais l'apétit n'était pas au rendez-vous (peut-être à cause des manouchés avalées à 4 heures de l'après-midi...). En revanche, les gamins adorent toujours autant les orgies de cadeaux, et ça, c'est con, mais c'est tellement bon de voir pétiller des yeux d'enfants devant une petite montagne de cadeaux.

Cette année, au moment de faire ma lettre au père Noël, j'ai eu le trac. Comme j'avais conscience de vouloir la Lune, je me suis dit qu'il fallait choisir une seule chose, pour avoir un mince espoir que le bonhomme rouge veuille bien se pencher sur mon cas. J'ai donc hésité entre:
1. - Des voisins de palier normaux, sans dictateur ou armée belliqueuse
2. - Des cousins qui veuillent bien enterrer la hâche de guerre, déterrée il y a trop longtemps et jamais ensevelie vraiment
3. - Un peu de ciel bleu devant nous pour savoir si on a fait les bons choix en aimant ce putain de pays.

Voilà, je sais bien que j'ai les yeux plus gros que le ventre, mais comme notre fille cadette croit encore au père Noël, je me suis dit qu'il devait bien exister quelque part. 

jeudi, 21 décembre 2006

Bienvenue à Paranoland

Hier soir, je suis retourné sur le sit-in, place des Martyrs, pour rencontrer les manifestants chrétiens préparant Noël et pour faire quelques photos de nuit. L’ambiance, comment dire, a beaucoup changé. Plus question de kermesse familiale maintenant. Les gens sont fatigués, se les pèlent la nuit car il fait froid… Ils font cuire des marrons sur leurs petits feux de camp. La méfiance vis-à-vis d’un corps étranger comme moi est totale. Pour faire un cliché d’une crèche illuminée, six personnes assises à proximité ont refusé d’être prises en photo.
medium_sapinnuit.jpgEn repartant, j’ai voulu monter sur le Ring qui surplombe la place pour faire une photo générale, avec le grand sapin et les tentes à perte de vue. Les militaires y ont établi un cordon de sécurité. J’arrive à la limite, me poste pour faire mon image, et un jeune militaire me dit «Mamnouh, mamnouh!». En clair, interdit de prendre en photo un pauvre sapin de Noël. J’insiste, et il me dit de demander la «permission» à son chef. J’obtempère, je passe le cordon et je vais à la rencontre du chef. Amical, celui-ci me dit «pas de problème, mais vas un peu plus loin». OK, j’obtempère à nouveau. Je cale mon appareil sur la balustrade et là, quatre troufions débarquent. J’eus l’immédiat sentiment de ne plus être le bienvenu du tout. Ils me demandent, en arabe, qui je suis, ce que je fais… Puis la discussion devient tendue et politisée. Le petit chef des quatre me demande ce que je pense de la manifestation, du sit-in, si je le trouve «joli» et à mon goût, si j’aime Hassan Nasrallah, si j’aime Michel Aoun… Si je suis pour Israël, pour Fouad Siniora… Ça ne rigole plus… La discussion a duré 20 minutes (c’est long 20 minutes dans ces cas-là), je ne faisais pas le malin, ne sachant pas forcément comment «bien» répondre dans la langue de Gibran. Puis ils s’intéressent à mon appareil photo, le prennent puis me le rendent, avec un sourire pas vraiment angélique. Sur ce, je quitte les lieux, sorte de périphérique en pleine ville où aucun automobiliste ne se serait arrêté pour mes beaux yeux. Là, je ne rigolais plus du tout. Tout ça pour prendre en photo un sapin de Noël…

Cet épisode est un exemple de la tension qui règne. Ces quatre militaires, censés défendre la «patrie», étaient clairement pro-Hezbollah. Je pense, à leur accent, qu’ils étaient originaires de la Bekaa. Et il m’est paru évident que pour des hommes comme ceux-là, si un jour le choix devait se poser entre l’armée régulière et une milice partisane, le cœur pencherait immédiatement vers la milice.
Il y a 8 ans, quand le général Lahoud est devenu président de la République, beaucoup de médias vantaient l’une de ses «réussites»: avoir donné une vraie cohésion à l’armée à la tête de laquelle il était durant les années 90. Moi, ce que je vois aujourd’hui, c’est que beaucoup de jeunes Libanais veulent intégrer l’armée pour les innombrables privilèges qu’elle accorde (voitures de fonction, clubs de sport hyper luxueux, rente à vie…). Pour ça, à force de graisser les pattes, Lahoud a bien réussi son coup. Mais pour ce qui est de la vraie cohésion, celle du cœur, il repassera. L’armée libanaise, dont on a tant parlé au moment du retrait israélien cet été, est une bulle de verre prête à éclater à la moindre occasion.

Ce matin, en voiture, je me suis confronté à des «cowboys» à quatre roues. Plantée à cheval sur le boulevard remontant vers Sofil, une voiture roulait lentement. Je ne pouvais passer ni à gauche, ni à droite. Je klaxonne, et là, un jeune mec sort la tête en hurlant, le torse bombé. L’ère du nouveau farwest semble plaire à certains.
Un peu plus tard, j’accompagne Nat à son boulot, et en voiture, elle me dit qu’on en viendrait presque à regretter le calme de la tutelle syrienne, et que ce n’était peut-être pas un hasard! C’est peut-être ce que certains pontes à Damas recherchent depuis le départ de leurs troupes en avril 2005: institutionnaliser la peur et la parano. Prouver que les Libanais ne peuvent pas se diriger eux-mêmes (c’est Bachar lui-même qui l’a dit, même s’il s’est contredit récemment pour les caméras). Cela avait marché en 1976, pourquoi pas en 2006?

mercredi, 20 décembre 2006

«Fais ce qu’il te dit, c’est un Hezbollah»

medium_sapinPSNS.jpgCe matin, je suis parti faire un petit reportage sur les préparatifs de Noël sur le sit-in du Centre-ville. Je commence à le connaître par cœur celui-là… Je rencontre alors un cadre du CPL du général Aoun. On va l’appeler ici, disons… Tony. Sympa, Tony m’explique comment ça se passe, ce qu’ils prévoient pour le réveillon, la fête, la messe de minuit à la cathédrale Saint-Georges des maronites, la possible venue de leur gourou… Bref. Il me fait la visite des tentes et des différents sapins. Je prends des photos, normal (mention spéciale au sapin du PSNS, avec ses décorations rouges reprenant le logo du drapeau!). Là, un petit gars à lunettes noires et veste de treillis arrive et me demande ma carte de presse. Je lui sors ma carte, mais elle ne convient pas. Il veut celle délivrée spécialement pour les journalistes. Je ne l’ai pas, n’étant pas au courant qu’il en fallait une, alors que ce n’est pas la première fois que je viens bosser là. Il insiste. Là, Tony me dit qu’il va m’aider et me dit de le suivre. En marchant, il me dit «Fais ce qu’il te dit, c’est un Hezbollah». Je montre mon étonnement. Et Tony poursuit: «Ils sont méfiants. Depuis quelques jours, ils veulent que tous les journalistes passent par eux, même sur la place des Martyrs gérée par nous, les aounistes. Ils sont prudents avec les journalistes étrangers, car il y a eu des reportages faits par des Suédois et des Anglais qui sont passés sur les télés et les journaux israéliens. Nous, on s’en fout, mais pas eux.» Je lui demande alors comment ça se passe avec «eux», ceux du Hezbollah. «Bien, répond-il en faisant la moue. On a trouvé 10 points communs (le fameux document signé par Aoun et Nasrallah), mais il y a quand même beaucoup de différences…» Ah bon?

medium_carteHezb.2.jpgArrivé à l’autre bout de la place Riad el-Solh (celle contrôlée par le Hezb), je donne ma carte à un autre gars, posté à une guérite de parking. Il part avec, vers une tente anodine, et revient, me donnant, avec un grand sourire, un laisser-passer pour la journée (photo ci-contre à droite). Question accréditation, on est loin des Nations unies, mais bon.

Comme lors du Hezbollahtour au Hezbollahland dans la banlieue sud juste après les bombardements de juillet dernier, il vaut mieux toujours montrer patte blanche avec «eux». C'est comme ça que ça marche.

 
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