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mercredi, 25 juillet 2007

Les Syriens aiment tellement le Liban...

medium_occupationsyrie.jpgAh, ils nous manquaient presque… Mais rassurons-nous, ils ne seraient pas vraiment partis. Ils, ce sont nos amis syriens qui, selon le Wall Street Journal, occuperaient encore 458km2 du territoire libanais (soit 4,38% du pays). L’article de Bret Stephens (publié hier) détaille la zone frontalière dans la Bekaa. Au menu: un camp du FPLP-CG vers Qoussaya (pas très loin de l'ancien QG de l'armée-sœur à Rayak), des unités d’élite de l’armée syrienne du côté de Deir el-Aachayer, des barrages dans le secteur de Maaraboun, et des batteries de défense aérienne dans la vallée de Birak el-Rassass (là, j’ai pas trouvé sur la carte, si quelqu’un sait où ça se trouve, qu’il se manifeste…). Ces informations ont été données par le Comité international pour l’application de la résolution 1559, une ONG américaine ayant le statut d’observateur à l’Onu.

On comprend mieux pourquoi notre formidable Bachar el-Assad refuse catégoriquement, depuis des mois, que les Casques bleus de l’Onu étendent leur mission à la frontière libano-syrienne pour contrôler – entre autres – le trafic d’armes. Ça ferait désordre de tomber sur un barrage de bidasses syriens au Liban alors que l’armée de notre pays frère est censée avoir plié bagages en avril 2005.

vendredi, 01 juin 2007

Liban / Syrie: un peu d'histoire

medium_assadACTARUS.jpgCela fait bien longtemps que je n'ai rien écrit moi-même sur ce blog, mais la polémique qu'a engendré notre post sur Bachar el-Assad et le monceau d'imprécisions, de contrevérités et parfois d'âneries pures et simples que nous avons pu recevoir, me pousse aujourd'hui à faire encore une fois – c'est rébarbatif, je sais - un petit retour historique sur les relations libano-syriennes.
Après tout, je l'avais bien fait il y a quelques mois pour expliquer notre perception de la guerre Hezbollah/Israël cet été. Y a pas de raison...

Première chose: la nature du régime syrien. Hafaz el-Assad (qualifié de Bismarck du Moyen-Orient pour son génie, voire son machiavélisme politique) prend le pouvoir par un putsch en novembre 1970 et fonde un régime laïque socialiste, proche dans l'esprit de celui de Saddam Hussein  (qui deviendra son principal rival dans la région). Il est en même temps le secrétaire général du parti Baas, «le parti dirigeant de la société et de l'Etat» selon sa charte. Il cumule tous les pouvoirs: exécutif, législatif, militaire, administratif et judiciaire (voyez le texte de la constitution syrienne).

Toutefois, sous couvert de laïcité, le pouvoir reste aux mains d’une seule et unique communauté, alaouite, celle de la famille Assad. Il s’agit d’une dissidence ésotérique du chiisme (ce qui explique sans doute le raccourci malheureux qu’emprunte parfois la presse occidentale), minoritaire en Syrie (10% de la population majoritairement sunnite). Un état de fait difficile à maintenir et qui menace perpétuellement le pouvoir syrien. Car Bachar est aussi alaouite, évidemment, il ne s’est pas converti au sunnisme. L’étiquette globale «musulmane» lui permet d’éviter d’entrer dans des détails qui pourraient lui valoir l’inimité d’une ou l’autre confession. Il existe d’ailleurs un principe religieux chez les Alaouites (et dans toutes les dissidences chiites en général), la «takia», qui autorise les fidèles à se proclamer ouvertement de la religion environnante dominante.

Assad, soi-disant protecteur des Palestiniens. En 1976, voici ce qu'Assad père déclare au chef de l'OLP, Yasser Arafat: «Il n'y a pas de peuple palestinien, il n'y a pas d'entité palestinienne, il y a la Syrie (...) C'est nous, responsables syriens, qui sommes les réels représentants du peuple palestinien.» Selon Kissinger lui-même, qui vouait une grande admiration à Hafez et lui a consacré des heures de discussion, «Assad ne portait pas l’OLP dans son coeur car un Etat palestinien autonome allait à l’encontre de la Grande Syrie, objectif de sa stratégie à long terme».

medium_nixasskis.jpgL’occupation du Liban. Il faut d’abord savoir que des troupes syriennes étaient déjà présentes au Liban bien avant l’entrée officielle de la Syrie en novembre 1976. En effet, la Syrie avait noyauté (c’est une de ses grandes tactiques) la formation palestinienne Saïka (qui comptait 8000 membres) et créé de toutes pièces l’ALP (Armée de Libération de la Palestine, 12000 hommes) en 1973. «En tant que Syrien, nous avons le choix d’effectuer notre service militaire soit dans les rangs de l’armée syrienne, soit dans la Saïka», explique un conscrit syrien au général Aoun (lui-même!) qui l’avait rencontré au Sud-Liban en 1970! Elie Abou Nader, Ziad et Karam Morkos font partie de ces Libanais  enlevés dans les années 80  – par la Saïka en l’occurrence – et transférés en Syrie où ils sont toujours prisonniers (quelque 600 Libanais sont détenus depuis les années 70 en Syrie, sans procès). La Saïka a aussi massacré 500 personnes dans le village de Damour le 21 janvier 1976. «N’oubliez pas ce que nous avons fait pour vous à Damour», rappellera son chef Zouheir Mohsen aux (autres?) organisations palestiniennes.Assad confirme tout cela lui-même dans son discours du 20 juillet 1976: «Nous avons décidé d’intervenir sous l’étiquette de l’ALP, Et l’ALP a commencé à pénétrer au Liban sans qu’absolument personne ne le sache (…). Nous avons fait entrer l’ALP ainsi que d’autres forces (…) il y a trois ans.»! ALP que Kissinger qualifie aussi « de branche de l’armée syrienne. »Bref, une fois au Liban officiellement (sous couvert de la Ligue Arabe, et sans consultation de l’ONU), l’armée syrienne était supposée s’en retirer dans les plus brefs délais. Pas 29 ans plus tard.
Il ne s’agissait d’ailleurs pas formellement de l’armée syrienne mais de la FAD (Force Arabe de Dissuasion) dont le commandement devait revenir au président libanais, ce qui ne fut jamais le cas. Le commandant militaire de l’époque, Ahmad el-Hajj, donna d’ailleurs sa démission, «ne supportant pas d’avoir la responsabilité d’une force qui ne lui obéissait pas.»
Cette force qui, entre autres, bombardera Beyrouth Est pendant tout l’été 1978. Ce sera la première fois qu’une armée arabe pilonnera une capitale arabe, soi-disant sœur.
Et Assad n’hésitera pas en 1977 à dire au président libanais Sarkis: «Si le stationnement de notre armée fait problème à quelques uns, son retrait fera problème pour tous.»

Je vous passe les nombreux détails pour en arriver aux fameux accords de Taëf qui, sous forme d’une nouvelle constitution, donneront des cartes supplémentaires au régime syrien. Le médiateur algérien de l’époque, Lakhdar Ibrahimi, interrogé sur la capacité des Etats arabes à garantir l’application de ces accords, admettra: «Rappelez-vous comment les troupes des pays arabes qui ont participé à la FAD se sont défilées les unes après les autres dès que la Syrie devint un peu menaçante.»Cette même Syrie qui avait un droit de veto sur le moindre amendement que les responsables libanais réunis à Taëf souhaitaient faire appliquer.Cette même Syrie qui choisira les présidents de la République libanaise (le nom était annoncé à la radio syrienne avant même que le vote n’ait eu lieu au Parlement libanais!). «Va, réunis les députés et élisez Elias Hraoui», lancera Hafez el-Assad au président de la Chambre libanaise Husseini en 1989.
Et Bachar ne fera pas mieux, déclarant: «Je suis le seul qui a le droit de choisir le président du Liban. Personne d’autre ne jouit de ce droit qu’il soit syrien ou libanais.»

Vivre avec les Syriens. Les anecdotes, plus ou moins légères, sont trop nombreuses pour qu’on en fasse le tour ici. J’ai moi-même des souvenirs fort peu agréables de ces barrages où un troufion imbu de son petit pouvoir te fait vider ton sac et garde tout ce qui lui semble intéressant (miroir, argent et même chewing-gum). Une de mes amies vivait à Tripoli, en plein fief syrien, mais étudiait à Beyrouth à l’époque. Elle se tapait quotidiennement l’aller-retour et les nombreux barrages qui vont avec. Elle a connu tant de mésaventures qu’aller en Syrie aujourd’hui lui serait insupportable, même si elle y a des amis. Comme cette fois où, avec deux copains, elle avait eu le malheur d’écouter de la musique en voiture. Le soldat s’en était rendu compte et les avait obligés à sortir de la voiture pour danser devant lui…Je ne veux pas faire de généralités. Il y a des gens bien et des cons partout. Mais comprenez bien que la présence de l’armée syrienne au Liban, même si elle en a arrangé quelques uns qui se sont remplis les poches (dont l’équipe Hariri), a été vécue comme une oppression pour la majorité des Libanais. Et dans la presse, nous sommes bien placés pour le savoir.La nature du régime libanais. Oui, la constitution libanaise repose sur des principes confessionnels. Certains ont l’air de penser que cela explique les troubles que connaît le pays depuis 30 ans. Mais il serait peut-être bon de rappeler que ce système est justement l’unique point sur lequel toutes les parties libanaises sont d’accord! Car il est adapté à un paysage religieux libanais qui, à la différence de la Syrie justement ou de la plupart des autres pays, n’est pas constitué d’une masse homogène à ce niveau. Comparer les constitutions libanaises et syriennes n’est donc absolument pas pertinent. Avant de parler d’une constitution laïque, il faudrait d’abord laïciser la société elle-même. Je le souhaiterais, personnellement, mais ce n’est apparemment pas le cas de tout le monde ici. Toujours est-il que les Libanais ont su vivre en bonne intelligence pendant des années. Ce n’est que lorsque les événements régionaux (début de la résistance palestinienne, avènement de Hafez el-Assad, puis révolution iranienne, guerre du Golfe, etc.) se sont accélérés que ce petit pays, de par sa nature fragile et sensible aux soubresauts extérieurs, s’est transformé en terrain de conflits par procuration et en soupape de sécurité.
Ce n’est pas une position enviable et nous nous posons tous les jours cette pénible question: y a-t-il un espoir, même infime, que le Liban puisse un jour s’immuniser contre ce qui se passe autour de lui? Vu sa position géographique et ses composantes sociologiques, c’est malheureusement peu probable…

En conclusion, il y aurait encore beaucoup à dire, tout cela est extrêmement compliqué, vous l’avez compris. Alors, s’il vous plaît, pas de jugements hâtifs et de conclusions à la hache.

PS: Toutes ces informations sont sourcées, pour ceux qui les mettraient en doute.

 
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