Avertir le modérateur

jeudi, 16 avril 2009

Unescophonie

desireless.jpgIls ont dix ans à peine. Sous un soleil de plomb obscurci par de gros nuages anthracite, ils descendent de bus scolaires bien encadrés par leurs institutrices. Femmes et petites filles sont voilées, rieuses et apparemment heureuses d’être là. Les mouflets, plus turbulents que leurs petites camarades, se lancent des coups de pieds en attendant que tout le monde soit prêt, en rang. Il est 8h15.

Devant le grand bâtiment blanc très solennel de l’Unesco, la petite troupe trépigne. Une maîtresse achève le comptage des enfants et tout le monde pénètre dans l’enceinte. Le grand hall, où trône un lustre de deux tonnes kitch au possible, est aux couleurs de la cause palestinienne depuis la veille. Depuis 24h, des chants orientaux – d’une tristesse à fendre le cœur qu’ils partagent d’ailleurs avec les chants juifs – rythment la vie du personnel de l’Unesco. Une banderole portant le nom de l’organisateur – The Charitable association for Palestinian relief – est bien en évidence, agrafée en hauteur, surplombant une cohorte de photos d’actualité sur lesquelles les enfants peuvent découvrir les massacres en quadrichromie dans les territoires plus au sud. Le cortège de gamins palestiniens se presse car un autre autobus arrive, lui aussi gavé d’enfants supportant mal d’être entassés de si bonne heure.

Et puis vers 10h, tous les murs de l’immense bâtisse commencent à vibrer. C’est l’heure des répétitions pour la chorale en culottes courtes. Les premières notes me font sursauter. Y’a pas de doute! Les gamins par dizaines chantent avec enthousiasme Voyage voyage (en français dans le texte). Une programmation musicale qui ne manque pas de sel pour des êtres humains qui n’y ont pas droit, au voyage.

mercredi, 09 avril 2008

Qui veut gagner 14 millions ?

721aa157ce0d6a5393bffa24841e2402.jpgAu Liban, il devient de plus en plus difficile d’avoir une discussion touchant de près ou de loin à la politique sans que les choses ne tournent au vinaigre. Surtout si vous avez vécu à l’étranger. Surtout si vous n’avez pas «combattu», que ce soit avec des armes ou par des manifs.

Plus que jamais, le pays est victime d’une prise d’otage de sa mémoire qui, c’est dans l’ordre des choses, se répercutera inéluctablement sur son avenir. J’en ai eu une nouvelle et formidable illustration hier soir, au cours d’un dîner par ailleurs tout à fait sympathique dès lors que nous sommes passés à un autre sujet.
Je ne sais pas exactement pourquoi, la conversation a très tôt atterri (et cela ressemblait plutôt à un crash) sur la question des Palestiniens au Liban. A notre table, un jeune chrétien de 27 ans, passablement éméché (on va dire que c’est une circonstance atténuante). On va l’appeler Monsieur X. De ce que j’ai entendu, sa famille a beaucoup souffert et il est donc très remonté. Je peux comprendre.

Mais lorsqu’on ne voit d’autre solution au problème libanais que de «napalmer» les camps palestiniens, difficile de ne pas réagir; d’abord parce que dans l’absolu, je trouve cela ignoble; ensuite et surtout parce que, franchement, en admettant que ce genre de mesures radicales soit praticables (ce dont je doute), cela serait contre-productif et ne ferait qu’exacerber une violence qui nous suffit déjà telle qu’elle est. Calmement (j’ai des témoins!!!), c’est ce que j’ai tenté d’exprimer avant de me faire interrompre par un «Arrête, tu n’as pas vécu la guerre, ta famille était à l’étranger, tu ne sais pas de quoi tu parles.» Bon. J’avoue, cela m’a retourné les sangs. Mais j’ai fermé ma gueule, tout en n’en pensant pas moins.

D’abord parce qu’à 27 ans – il avait donc 9 ans quand les combats se sont terminés en 1990 – je n’ai pas le sentiment que Monsieur X soit assez âgé pour avoir vécu la guerre non plus, en tout cas pas comme ceux qui, souvent adolescents, se sont retrouvés la mitraillette à la main, embrigadés dans telle ou telle milice et confrontés à des horreurs sans nom, quel que soit leur camp.
Ensuite, parce que Monsieur X n’avait absolument aucune idée de ce que ma famille, restée au Liban, a pu subir ou non; et justement, des amis, des cousins, des oncles qui y ont laissé des plumes, j’en ai eu aussi. Comme tant de monde au Liban, d’ailleurs, il n’y a pas de palme d’honneur à ce niveau.

Enfin, parce que j’en ai plein les bottes (pour ne pas dire autre chose) de cette hiérarchie du vécu, de la légitimité. Ceux qui nous lisent depuis longtemps savent l’amour que je porte à ce pays et la douleur d’en avoir été éloignée dans ses heures les plus sombres. J’ai déjà écrit plusieurs posts là-dessus. J’ai bien conscience que d’autres, dont des proches, ont assisté, voire été victimes d’atrocités auxquelles mes petits soucis ne peuvent être comparés.  Mais la guerre, il y a eu mille et une façons de la vivre. Rester scotchée aux infos ou au téléphone, dans l’angoisse permanente et la culpabilité de ne pas «être là» en est une. Et cette guerre, j’avais à l’époque le sentiment de la vivre plus viscéralement que certains jeunes de mon âge qui, bien que restés au Liban, sortaient à Kaslik ou à Kleiat tout l’été, à Faraya tout l’hiver, comme si de rien n’était, alors que Beyrouth ou d’autres régions brûlaient. Ceux qui revenaient envers et contre tout chaque été – comme moi – ont aussi eu leur lot d’abris, de bombes, de transports divers et variés sous les obus (j’ai fait l’hélicoptère, l’hydroglisseur, le bateau, etc.) en direction de Chypre. Il faut arrêter de nier cela sous prétexte qu’il y aurait des monopoles de la souffrance. Dans tout à fait le même ordre d’idées, sur un autre post, quelqu’un attribuait aux aounistes l’apanage de la «résistance» à l’occupation syrienne.

Voici 13 ans que je vis sans interruption au Liban – je suis donc arrivée dix ans avant le départ officiel des troupes syriennes – mais aujourd’hui, encore, on me jette à la face que je n’ai pas la même légitimité, y compris d’opinion, que ceux qui sont restés là ou qui appartiennent à tel ou tel camp. Entre les lignes, il faut comprendre que je ne suis pas vraiment Libanaise, et que je ne le serai jamais. Cela me blesse profondément. C’est absurde, injuste et encore une fois contre-productif.
Parce que, c’est quand même drôle, ils sont nombreux à soi-disant souhaiter le retour au bercail des 14 millions de Libanais disséminés dans la diaspora. Ha, toutes ces voix feraient peser la balance électorale et démographique, c’est sûr! Mais parmi eux, beaucoup «n’auront pas vécu la guerre», «n’auront pas résisté à l’occupation» et donc, en fin de compte, ne seront pas vraiment Libanais… Si c’est ce type d’accueil qui leur est réservé, je leur conseille vivement de rester là où ils sont.

vendredi, 22 juin 2007

Fin de l'épisode Nahr el-Bared : Dites 33

medium_nahrbared.jpg33 jours de guerre l'été dernier contre Israël, 33 jours de guerre contre le Fatah al-Islam, le Liban s'abonne au chiffre 33... Selon le ministre de la Défense, les combats sont donc terminés dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared. Soit (ou enfin, c'est au choix). Mais il va y avoir du boulot derrière. Que va-t-il arriver aux réfugiés? Que vont faire les miliciens encore vivants? Que vont dire nos chers hommes politiques? Une seule chose est sûre: même si le conflit a trainé en longueur, l'armée libanaise a perdu 74 hommes et gagné la reconnaissance de presque tout un peuple. C'est déjà ça.

mardi, 19 juin 2007

Liban > Palestiniens < Israël : vers un été prudent…

medium_Liban-Palestine.jpg«La plus grave violation de la 1701 depuis l'été dernier», selon Geir Pedersen, le coordinateur de l'ONU. «La plus grave violation de la ligne bleue depuis la guerre en 2006», déplore Ban Ki Moon. «Ferme condamnation» de la France.

Le tir de roquettes dimanche contre Kiryat Chmona en Israël n'a pas fini de faire des vagues. L'opération a été revendiquée par l'un de ces groupes totalement inconnus qui surgissent toujours à point nommé pour jeter encore un petit plus peu d'huile sur un feu qui n’en a décidément pas besoin. Ils surgissent ou  adoptent un nom aux consonances mystico-guerrières le temps d'une unique apparition (ce qui est largement suffisant). On a eu ainsi au Liban «les brigades Al-Ahrar», «les brigades du Saint Jihad», etc.

En ce qui concerne nos Katiyouchas de dimanche, il s'agissait donc de «la branche libanaise du Jihad Badr», dont on est bien contents de savoir qu'ils ont une branche libanaise étant donné qu'on ne sait absolument pas d'où, eux, viennent.

Mais là n'est pas l'essentiel. La question qui est sur toutes les lèvres ou presque est bien de savoir si le même scénario que celui de l'été dernier va se répéter en 2007, avec quelques semaines d'avance. Un copain me disait hier être persuadé du contraire et que les tensions se maintiendraient probablement jusqu'à l'élection présidentielle de l'automne sans plus de dégradation. J’aimerais le croire mais son optimisme (angélisme?) n'est guère partagé par la majorité des Libanais dont la capacité à voir la vie en rose a été sérieusement douchée un certain 12 juillet 2006. Le survol répété de Baalbeck par l'aviation israélienne hier n'a évidemment pas aidé. Je ne suis pas convaincue d’une nouvelle guerre avec Israël, mais le Liban a le chic pour se trouver de nouveaux ennuis et faire dans la diversité.

C’est donc à un été «prudent» qu’il faut s’attendre, dans le meilleur des cas. Plusieurs grands établissements scolaires ont déjà fermé leurs portes et c’est via une note qu’hier, le Grand Lycée franco-libanais nous a averti de la fin des cours vendredi prochain, soit une semaine plus tôt que prévu. Notre fille aura donc eu une dizaine de jours de classe en juin. Ce qui lui fait dire, avec toute la candeur de ses 6 ans, que «finalement, elle aime bien – un  peu – la guerre, comme ça elle est toujours en vacances».
Elle risque de déchanter au cours de ces trois mois de congé au cours desquels elle va probablement s’ennuyer. Le lycée a annulé toutes ses activités d’été, la plupart des colonies de vacances n’ouvriront pas leurs portes et la grande majorité de ses copains vont s’envoler vers des cieux plus souriants, au moins provisoirement. Ce qui en dit long sur l’état d’esprit général.
S’ennuyer, ce n’est grave, c’est bon pour l’imaginaire et c’est surtout mieux que d’être terrifié par des bombardements et des attentats. On n’en demande pas davantage.

dimanche, 17 juin 2007

Katyushas are back !

La contamination (suite)… Après les manifs, puis les tirs «intra-muros», voici revenu le temps des tirs de roquettes. Cet après-midi, plusieurs Katiouchas ont atteint deux villes israéliennes proches de la frontière libanaise. Une roquette un peu paumée aurait même atterri près d’une position de la Finul à Houla au Sud-Liban. Côté libanais comme israélien, la thèse d’un tir du Hezbollah a été écartée illico: les responsables seraient des Palestiniens. Oui, mais lesquels?

Comme nous le disions hier, on ne se demandait plus s’il y aurait une étincelle pour mettre le feu à l’été libanais, mais plutôt quelle forme elle prendrait. Et bien voilà une suite de réponses tout ce qu’il y a de plus satisfaisante. Nos si chers voisins du Sud vont-ils rester les bras croisés? Ce n’est pas vraiment dans leurs habitudes. D'ailleurs, ils se sont empressés de bombarder Chebaa...

Ce nouvel épisode va encore compliquer le travail de ceux qui cherchent à expliquer qui fait quoi dans notre belle région. Mais avec la double attaque d’aujourd’hui, les décideurs (libanais, israéliens et communauté internationale) vont être bien emmerdés pour trouver les auteurs et diriger leur politique en fonction. Qui a tiré aujourd’hui? Le Hamas, le Fatah, Jund el-Cham, un groupuscule X manœuvré par la Syrie ou autre? Personne ne le sait vraiment (attention aux raccourcis sibyllins que l’on va nous servir à la télé!).Avec tout ça, on se demande vraiment comment l’armée libanaise va s’en tirer. Car une «responsabilité» palestinienne ne signifierait pas que le Liban soit à l’abri d’éventuelles représailles israéliennes. Les Israéliens partent du principe que c’est aux Libanais, et donc à leur armée, de tenir les Palestiniens qui sont sur leur territoire, ce qui avait justifié – dès avant la guerre de 1975 – plusieurs bombardements sur le Liban comme celui sur l’aéroport de Beyrouth à la fin des années 60 au cours duquel de nombreux avions de la MEA avaient été décimés.

Mais entre les camps palestiniens (Nahr el-Bared évidemment, mais aussi Aïn el-Helwé…), les bases de groupuscules pro-syriens en effervescence depuis une semaine dans la Bekaa, les attaques aux checkpoints, la sécurité des civils dans le pays, les attentats possibles contre des personnalités… l’armée libanaise ne manquait pas de travail ces jours-ci, le tout mal équipée et fragilisée par les dissensions politiques internes. Il ne lui manquerait plus qu’un nouveau front, au Sud. C’est à croire que «quelqu’un» s’acharne pour l’affaiblir davantage et la faire imploser une nouvelle fois. Et l’Histoire a déjà montré à quel point les retombées de son effondrement seraient catastrophiques.

Il est de plus évident que le Liban ne peut pas se permettre ce genre de folie, à cause des Palestiniens, «stockés» dans des camps depuis près de 60 ans. La seule solution, tout le monde la connaît: les Palestiniens doivent avoir un Etat à eux, et pas une structure coupée en deux, quadrillée par des routes réservées aux seuls colons, avec une administration où les fonctionnaires sont payés chaque mois… Cette solution, tout le monde, absolument tout le monde, la connaît. Y aura-t-il des gens avec suffisamment de couilles pour la mettre un jour en application?

samedi, 16 juin 2007

Hamas-Fatah : la contamination

medium_hamas-fatah.jpgDans notre beau pays, qui n'a décidément pas besoin de ça, il se produit actuellement quelque chose que je n'avais pas envisagé, bêtement, mais qui risque de compliquer encore ce rubik’s cube infernal.
Hier soir, Abou Ahmad el-Fadh, le représentant politique du Hamas, est sorti indemne d’une attaque à la grenade dans le camp palestinien de Aïn el-Héloué, près de Saïda. Indemne, certes, mais attaqué quand même…
Et oui. On aurait dû s’y attendre. La guerre civile qui commence à dire son nom à Gaza contamine d’ores et déjà les camps palestiniens du Liban dont les habitants se considèrent, à juste titre (?), concernés par ce qui se passe dans les territoires.
Hier toujours, un peu plus tôt, l’AFP rapportait que quelque 10000 Palestiniens ont manifesté au Liban-Sud, dans le camp de Rachidiyé, en soutien au Fatah et contre Ismaïl Haniyeh, l’ex-Premier ministre issu du Hamas.
«Nous mettons en garde les meurtriers (du Hamas). Nous riposterons si l’on porte atteinte aux cadres du Fatah à Gaza», a affirmé le secrétaire général du Fatah au Liban, Sultan Abou el-Aynaïn, qui haranguait la foule. Des manifestations de moindre envergure ont aussi eu lieu dans les camps de Aïn el-Héloué et de Miyé Miyé.

Mais de la manif et du discours enflammé au crêpage de chignon à coups de pistolet voire de mitraillette, il n’y a qu’un pas dans cette douce région. Ce soir, les partisans du Fatah et du Hamas se tiraient dessus dans le camp de Beddawi, au Nord Liban. Tout près de Nahr el Bared où l’armée continue son bras de fer contre les voitures télécommandées bidouillées, les poignées de porte explosives et les moutons piégés de Fatah al-Islam… Et où elle était fière de planter le drapeau libanais au-dessus de quelques immeubles «nettoyés». Ce qui, à mon humble avis, ne va pas plaire du côté palestinien. Hamas comme Fatah.

Cela faisait longtemps que David et moi nous inquiétions de ce qui pourrait se passer dans les camps palestiniens du Liban. Nous nous demandions même quand cette carte, ô combien délicate mais efficace, serait jouée. Il faut croire que l’heure a sonné il y a un mois et que l’effet domino est en plein essor. Il n’y a désormais aucune raison pour que cela s’arrête et je n’ai même plus envie de chercher une chute rigolote à ce post. Cela viendra bien tout seul, des camps, de Syrie ou d’Israël, et cela n’aura probablement rien de drôle.

PS: Une petite pensée pour Gilles qui vit à Ramallah des heures difficiles en ce moment... 

jeudi, 07 juin 2007

Liban / Israël / Syrie : Du raffinement dans la cruauté généralisée

"La seule logique, c'est la destruction du Liban"... Voici un extrait de la petite vidéo qui suit de Georges Corm (économiste et ex-ministre des Finances anti-Hariri), concernant la guerre menée par Israël l'été dernier. Cette petite phrase peut tout autant s'appliquer, malheureusement, à notre voisin syrien. Si vous avez une douzaine de minutes devant vous, je vous conseille donc d'écouter cet extrait de l'émission "C dans l'air", mais surtout la vidéo de l'émission "Le dessous des cartes" qui, à quelques détails près, présente remarquablement bien la problématique existentielle libanaise.

Yalla, 3, 2, 1, envoyez la sauce!

mercredi, 23 mai 2007

Et de trois!

21h10 Un troisième attentat vient d'avoir lieu à Aley (en région druze), sur les hauteurs de Beyrouth. Comme ça, chrétiens, sunnites et druzes auront morflé.

21h30 Les combats viennent de reprendre à Nahr el-Bared. Il fait nuit, c'était plus que prévisible.

Ce soir Des avions israéliens survolent le nord du Liban, des Palestiniens du camp de Saïda (Aïn el-Helwé) disent vouloir combattre aux côtés du Fatah al-Islam.

Bref Tout va bien. On y va tout droit à la guerre civile. 

Nahr el-Bared, ses réfugiés qui fuient l'enfer et ses miliciens prêts à tout

Ce matin, on a pris la direction du nord, vers Tripoli. Avec comme terminus le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared, assiégé par l’armée libanaise depuis dimanche.

medium_DSCN4960.jpgSur place, c’est la cohue. Les civils fuient, entassés dans des minibus. A l’entrée du camp, on croise le cadavre d’un combattant du Fatah al-Islam boursouflé et grouillant de vers, puis un vieillard courbé qui erre parmi les détritus. Nous sommes étonnés de pénétrer si facilement dans le camp. En fait, nous sommes arrivés avant la horde des envoyés spéciaux que les rédactions étrangères ont envoyé ce matin, et nous sommes simplement passés entre les mailles du filet.

Nat rencontre alors Youssef, un Palestinien travaillant pour l’UNWRA, qui nous servira de guide. D’abord méfiant, il est touché par le fait que nous ayons transporté en voiture une vieille dame qui n’arrivait plus à marcher. Dans le dédale de ruelles, on rencontre des hommes, les derniers restés. Certains sont en armes, d’autres non. Tous racontent les horreurs des trois derniers jours, leur haine pour l’armée libanaise qui a bombardé aveuglément les maisons, tuant les enfants. Plusieurs vont même jusqu’à trouver Ariel Sharon plus clément.

Et puis on tombe sur des combattants du Fatah al-Islam, visiblement irrités par notre présence et par le fait que Nat leur adresse la parole alors qu’elle n’est pas voilée. Blasphème. A leur accent, on dirait des Lybiens. Certainement pas Libanais ou Palestiniens. En tout cas, pas question de les photographier.

Vers 13h, on croise Sofia, une consœur de la télé, voilée de la tête aux pieds pour l’occasion. Cela fait 24h qu’elle est là, elle attend l’équipe de TF1 bloquée à l’extérieur.

On ressort du camp à 13h30. Là, journalistes, caméramen et photographes attendent que les militaires libanais les laissent passer. En vain. L’un des militaires, les yeux fatigués, nous dit qu’on a eu de la chance de ne pas être allé de l’autre côté du camp où les combats les plus violents ont eu lieu. Il raconte avoir vu les miliciens se servir d’enfants comme boucliers humains. L’image d’un petit, le haut du crâne arraché, ne le quitte pas. «Vous auriez-vous ça, vous ne voudriez plus être journalistes!», nous lance-t-il.

Sur la route du retour, dans les faubourgs de Tripoli, une fusillade éclate. En pleine ville. La tension monte, on file. Sur l’autoroute traçant vers Beyrouth, on croise un long convoi de blindés de l’armée libanaise. On se dit qu’une fois le camp de Nahr el-Bared vidé des civils, les Libanais vont canarder sec les miliciens restés dedans.

Je sais pas quoi dire. On aime notre métier, et on a parfois de la chance (?) d’être là au bon endroit au bon moment. En fait, on ne sait plus trop faire la part des choses entre notre "inconscience" (on en menait pas large à certains moments) et notre envie de savoir, de voir, de raconter.

N.B.: Cliquez sur la photo ci-dessus, elle vous emmènera vers l’album photos de la journée (ATTENTION: certaines photos peuvent choquer).

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu