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lundi, 21 mai 2012

No war

beyrouth,no war,place des martyrs, manifestation

D'autres photos ici pour ceux que ça chante... 10 jours après les heurts sanglants de Tripoli, c'est au tour de Beyrouth. Comme me le disait un petit vieux ce matin, "j'ai une impression de déjà-vu. Tout le monde garde en mémoire le 13 avril 1975 pour le début de la guerre civile. Mais pour moi, c'est l'assassinat du député sunnite Maarouf Saad, le 26 février 1975, qui a tout déclenché. Ça ressemble bizarrement à aujourd'hui". J'espère qu'il a tort, le pépé.

dimanche, 13 mars 2011

A 12h39, il fallait regarder dans le ciel

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Il faisait beau ce matin. Après les trois jours de tempête cette semaine, c'était plutôt le bienvenu.

Le 14 Mars voulait réunir un million de personnes. Je ne sais pas si la barre symbolique a été atteinte, mais il y avait beaucoup de monde. Alors oui, le 14 Mars bouge encore...

Installer des milliers de chaises pour un rassemblement populaire, ça me paraît toujours bizarre. Faire la révolution en étant assis, ce n'est pas évident.

Certains ont tout de même trouvé un endroit pour s'allonger: perchés en haut des lampadaires. Je ne l'aurais pas fait avec le vent qu'il y avait (je ne le ferais pas tout court, en fait).

Les années précédentes, les photographes se ruaient sur la statue des Martyrs sur laquelle les manifestants grimpaient en grappes, drapeau à la main. Cette fois, ils n'en ont pas eu le loisir: l'estrade pour les orateurs était installée à son pied. Tout un symbole pour une révolution populaire confisquée depuis trop longtemps par des chefs de clan.

Je ne sais pas s'il y avait beaucoup de druzes dans la foule. Mais j'ai vu un drapeau PSP.

Côté drapeaux justement, il y avait beaucoup de drapeaux saoudiens. Faudra pas se plaindre si on voit des drapeaux iraniens dans la manif promise par les cocos d'en face pour soutenir le futur gouvernement Mikati. Paraît d'ailleurs que l'on va nous refaire le coup de 2005. Le record d'affluence du 28 février avait été battu le 8 mars; celui du 8 mars battu le 14 mars... Ils sont joueurs.

En attendant, nous n'avons toujours pas de gouvernement. Je me demande qui, des évêques maronites retranchés à Bkerké pour élire un nouveau patriarche ou de Mikati, accouchera en premier.

Côté pancartes et slogans, c'était vraiment très très pauvre. Rien à voir avec 2005.

Aujourd'hui, tout le monde avait envie de se faire prendre en photo. Ça changeait du 12 janvier dernier.

Les vendeurs de kneffés (pas bonnes du tout) ont fait fortune aujourd'hui.

En face du siège des Kataeb à Saïfi, un grand arbre servait de parasol à ceux qui arrivaient du port. Jolie déco dans les branches (second degré).

Ce que j'adore le plus dans les manifs comme celle-là, ce sont les chauffeurs de salle. Ils reprennent invariablement la même formule, en remerciant les participants de leur présence, en citant les villes et villages. Dans la foule, chaque groupe géographique donne de la voix quand le nom de son bled arrive. On se croirait au 111e anniversaire de Bilbo.

Allez, tiens, un petit diaporama de la journée.

En 2005, la «révolution du cèdre» avait été raillée à cause des tantes d'Achrafieh qui étaient descendues avec leurs bonnes, de leurs sacs Gucci et tutti quanti. Cette année, il y en avait aussi...

Premier orateur de premier plan à prendre la parole, Geagea a été acclamé par toute la foule, y compris les sunnites (c'est toujours savoureux à voir). Mais moins de 10 minutes après la fin de son discours, la très grande majorité des partisans des Forces libanaises quittaient les lieux, repartant vers Tabaris et le cœur d'Achrafieh. Ils n'ont pas attendu les autres tribuns, et surtout Hariri, qui a parlé en dernier. Genre rien-à-péter.

Toutes les avenues menant au centre-ville étaient remplies de voitures et autres bus garés n'importe comment. Des familles entières étaient là depuis très tôt le matin, venant du sud, du nord ou de la montagne. Ils ont dû s'amuser pour repartir...

Avec le séisme au Japon et la crise libyenne, la manif du jour va passer à la trappe dans de nombreux journaux quotidiens étrangers. Dommage...

Finalement, l'instant le plus captivant de la journée a eu lieu au moment du discours de Boutros Harb. Mais pas du côté de l'estrade, désolé Boutros. D'un coup, à 12h39, des doigts se sont levés par dizaines pour montrer quelque chose dans le ciel. Et plus personne n'écoutait le bla-bla du politicien. Tout le monde s'extasiait sur ça... Et il y avait de quoi.

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mardi, 25 janvier 2011

Flatline

DSC_0026.jpgPetite, tu ne le sais pas encore, mais bien calée sur les épaules de ton père, tu viens probablement d'assister à l'enterrement de la mort de la dépouille du cadavre de ce qui restait du 14 Mars politique. Pas celui de son esprit, mais celui de son enveloppe charnelle. Oui, là, ce soir, sur la place des Martyrs, juste en face du mausolée du président-martyr.

C'est vrai, toute la journée – et même depuis hier –, les jeunes sunnites ont mis le souk partout, à Beyrouth et surtout à Tripoli. Cette foule-là, elle, existe bel et bien. Elle a montré de quoi elle était capable (du pire) et personne aujourd'hui ne sait ce qu'elle va faire. Et surtout pas son chef qui ne contrôle pas ses ouailles aussi bien que le grand manitou de l'autre camp le fait avec les siennes. Mais là, ce soir, sous tes yeux, le 14 Mars (version propre sur lui) n'a réuni qu'une poignée de sympathisants. C'est vrai, je le concède, il y avait de (presque) tout: des FL, des PNL, des Kataeb, des sunnites du Courant du Futur. Mais combien, hein? Trois cent? Quatre cent? A peine plus qu'hier en tout cas. Tu l'as vu toi-même, dans le regard des gens, le cœur n'y était plus. Ce 14 Mars-là, celui que 2005 avait vu naître comme il t'a vu naître, n'existe plus, tout simplement. Il faudrait peut-être le réinventer.

Plus tard quand tu seras grande et que l'Histoire aura été écrite par les vainqueurs, tu verras peut-être sa tête rigolote dans un livre d'histoire, mais le père Walid avait déjà planté les premiers clous dans le cercueil il y a un an et demi quand il avait pris ses distances avec ses camarades de jeu. Ça, c'est pour les druzes. Et puis les sunnites, hein, qui sont-ils exactement? Quel rapport entre ceux qui brûlaient des pneus aujourd'hui à Tripoli et qui caillassaient les voitures des journalistes, visages drapés dans leurs keffiehs ou cagoulés, et ceux de Ras Beirut? Les danseuses, comme on les appelle dans le Nord. Faut pas être triste, c'était probablement inévitable: toute cette belle famille devait tôt ou tard se disperser car ces cousins éloignés n'avaient pas grand chose à se dire.

Alors oui, je me trompe peut-être, mais c'est ce que mes yeux ont vu ce soir. Peut-être assisteras-tu, toujours bien assises sur les épaules paternelles, à la résurrection d'un 14 Mars flamboyant, le 14 février prochain ou quatre semaines plus tard pour son 6e anniversaire? Tu peux toujours y croire puisque nous vivons dans une région du monde où l'idée-même de résurrection est prise très au sérieux. Inexplicablement.

jeudi, 03 juin 2010

Dome Seaty Center

dome city center.jpgProtection du patrimoine, travail de mémoire, «plus jamais ça»… Tout le monde n’a que ça à la bouche depuis quelques mois au Liban. Et certains ne se contentent pas de taper dans une baballe devant des caméras… En avril dernier, l’association Umam – qui réalise depuis 15 ans un remarquable travail d’archivage sur la guerre – et sa consœur Feel collective ont organisé deux expositions parallèles, Missing et In a sea of oblivion. Objectif: montrer la guerre, les visages des disparus, réfléchir à cet héritage commun, ne pas oublier, comprendre… Cette double démarche s’est déroulée dans l’un des symboles du centre-ville de Beyrouth: le dôme du City Center, sorte de coquille vide de béton armé, salle de cinéma d’un complexe immobilier futuriste qui n’a jamais été achevé à cause de la guerre.

Cela fait des années que l’avenir de cette carcasse pose problème. Maintes spéculations entourent ce lieu-culte depuis des années. Et aujourd’hui plus que jamais, sa présence ressemble à une anomalie aux yeux de promoteurs à l’appétit aiguisé par cette parcelle en plein cœur de la ville. Le dôme est condamné, tout le monde le sait depuis longtemps. Alors, après l’idée d’une vitrification de l’œuf – l’un des surnoms du dôme –, arrive aujourd’hui celle du déménagement. A l’origine de cet étonnant projet, nous retrouvons Feel Collective. L’idée? Planter le dôme au large de Ramlet el-Baïda et le transformer en espace culturel que les visiteurs pourraient rejoindre en bateau. Une sorte de Moby Dick à la silhouette immobile et énigmatique qui serait là, à nous regarder au loin, comme pour nous dire «n’oubliez pas, justement!». Le projet n’a rien de fantasque et se veut respectueux de l’environnement, utilisant les flux marins pour créer l’énergie dont le lieu aurait besoin. Utopique ou non, le projet a tout ce qu’il faut pour titiller la curiosité, et faire parler de lui. S’il le dôme doit disparaître du panorama du cœur de Beyrouth, le voir à l’horizon serait un beau message.

 
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