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vendredi, 01 juin 2007

Syrie, le pouvoir alaouite

A Meline, 

Tu sais probablement mieux que moi qu’il est interdit en Syrie de mentionner la confession des responsables politiques (ce que je trouve plutôt bien). Je ne pourrai donc pas répondre à ta question sur le nombre de ministères attribués à des alaouites.
Je n’en vois de toute façon pas la pertinence dans un pays où le parti Baas – dont Bachar est le secrétaire général – demeure toujours «le parti dirigeant la société et l'Etat», selon le fameux article 8 de la Constitution syrienne. Sans compter le pouvoir qu’accorde au président l’état d’urgence (en vigueur depuis le coup d’Etat du Baas en 1963, tout de même). Ainsi, par exemple, et je préfère laisser parler l’avocat et président de l’organisation nationale pour la défense des droits de l’Homme en Syrie Ammar al-Qorabi, «l’article 132 de la constitution de 1973, adoptée dans le cadre de l’état d’urgence, stipule que le président de la République bénéfice de la préséance sur le Conseil Supérieur de la Justice. Il préside ainsi les pouvoirs exécutif et judiciaire, ce qui ôte toute indépendance au pouvoir judiciaire. L’état d’urgence bloque et entrave en tout 142 articles de la Constitution qui étaient autrefois du domaine des cours ordinaires. Ils relèvent désormais de la compétence de trois tribunaux d’exception dont les verdicts sont sans appel: la Cour itinérante, la Cour de sûreté de l’Etat et le tribunal militaire. Ces tribunaux tombent sous la houlette des services de sécurité.»

Le pouvoir n’est pas aux mains des ministres et des institutions mais des militaires et de ces fameux services de renseignements. Et là, les choses sont autrement plus parlantes:

  • La famille Assad a désormais des relations difficiles avec les anciens barons du régime mis à l’écart: certains des grands officiers alaouites, surnommé «le clan des Ali» (Ali Douba, Ali Haïdar, Ali Aslan), et «la vieille garde» sunnite dont Assad père avait su s’entourer comme Farouk al-Chareh et le général Hikmat Chehabi (sans parler d’Abdel Halim Khaddam, évidemment). Il ne reste, pour les sunnites, que Moustafa Tlass et surtout son fils Firas.
  • Le cercle de Bachar s’est implanté différemment, d’abord côté famille. Son frère Maher dispose d'unités armées (un bataillon de la Garde présidentielle qui assure, notamment, la défense de la capitale); Assef Chawkat, son beau-frère a réuni sous sa houlette les services secrets militaires (avec le général Hassan Khalil, aussi alouite) et les moukhabarats (les services secrets civils); Mohammed et Rami al-Makhlouf, respectivement son oncle et son cousin qui gèrent les affaires du clan: un autre cousin, Adnan el-Assad, responsable du régiment anti-char 549 de la Garde présidentielle. Ensuite côté militaire: l’homme de la Syrie au Liban, le général Ghazi Kanaan suicidé en 2005, était alaouite. Idem pour le colonel Bahjat Soleiman, à la tête de la Sûreté de l'État, le général Ibrahim Huwaiji, chef du renseignement de l’aviation militaire, le général Adnan Bader el Hassan, responsable de la sécurité politique, le général Ali Hassan (Garde Républicaine), le général Ali Habib, patron des Forces Spéciales.

Tu sais, on pourrait polémiquer des heures et je ne prétends absolument pas avoir réponse à tout, ne jamais me tromper (lis d’autres posts et tu verras), ou condamner en bloc un pays comme la Syrie. En tant que telle, la constitution syrienne me semble d’ailleurs extrêmement positive. Dommage qu’elle ne soit pas pleinement appliquée. J’aimerais, comme toi, pouvoir dire en toute bonne foi «Vive le Liban, vive la Syrie». Mais en l’état, je ne peux tout simplement pas.

 
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