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samedi, 01 décembre 2007

Sit-in à Beyrouth : la grande farce (stratégique)

sitin_hezbollah.jpgsitin_aounistes.jpgUn an déjà, comme le temps file. Un an que le centre-ville de la capitale libanaise étouffe. Le 1er décembre 2006, une gigantesque manifestation de l’opposition déferle sur Solidere pour réclamer la chute du gouvernement Siniora, alors assiégé dans le Grand Sérail. La manifestation se transforme instantanément en sit-in, avec une répartition géographique très nette: la place des Martyrs aux aounistes, la place Riad el-Solh au Hezbollah. Chacun plante sa tente, installe ses chiottes mobiles, met en place un service de livraison de sandwiches… Des quotidiens d’opposition sont même distribués gratuitement aux militants. Nous avions fait une ribambelle de reportages là-bas il y a un an (1,2,3,4,5,6,7), surtout à la veille de Noël. Depuis, les tentes se sont vidées de leurs occupants, le sit-in étant quasi désert 24h/24. Mais les tentes sont toujours là. Au cas où.

Cette occupation du terrain, en 365 jours, a précipité des centaines d’employés au chômage (2700 personnes selon Naharnet). Le centre-ville lustré par Hariri & Co, un symbole pour l’opposition, n’est plus que l’ombre de lui-même: les magasins ont fermé les uns après les autres, les restaurants aussi. Moi-même, je ne mets les pieds à Solidere que pour le boulot, finies les tours de trottinette place de l’Horloge pour les enfants.

Quand on discute avec les «sit-ineurs», ils sont convaincus du bien-fondé de leur démarche: le centre-ville n’appartient pas qu’aux riches mais à eux aussi, le gouvernement est illégitime donc une pression au pied du Grand sérail s’impose. Pourtant, ce sit-in n’a jamais atteint le moindre de ses objectifs initiaux, et piétine le droit à la propriété privée. L’occupation du centre-ville est surtout stratégique: ces places sont dans le prolongement de la route de l’aéroport, une ligne virtuelle coupant la ville en deux. Cette virtualité, en janvier dernier lors de la «grève générale», est devenue réalité durant quelques heures. Ça pourrait très bien recommencer, juste histoire de mettre la pression. Quand on tient une place forte, on ne la lâche pas.

mercredi, 07 novembre 2007

Le Liban à deux vitesses

place_des_martyrs2.jpgBeyrouth est vraiment une ville schizophrène. Une bulle dans un Liban qui ne sait pas à quelle sauce il va être mangé. En furetant sur les sites professionnels d’architectes, on peut découvrir le visage qu’aura le centre-ville de la capitale libanaise à l’horizon 2020, quand la phase 2 des projets de Solidere sera achevée. C’est propre sur le papier (pour info, vous pouvez voir ici toute une série de photos avant-après sur ce qui a déjà été réalisé). Je me souviens, en 1999, quand on voyait les premiers (et frêles) arbres plantés le long des avenues de ce centre-ville fantômatique, on se disait que cela pourrait être chouette de voir Beyrouth dix ou vingt ans plus tard. Alors oui, nous avons une belle vitrine, sans âme, qui nous sert de cœur urbain. L’absence d’âme de ces avenues à arcades dorées… le temps y ajoutera peut-être un peu de patine, encore faut-il que les Beyrouthins aient envie d’y remettre les pieds. Le problème, c’est que nous avons des dizaines de tentes (les campeurs se comptent sur les doigts de la main depuis des mois) plantées place Riad el-Solh et place des Martyrs. Ce sit-in idiot est entré dans son 12e mois. Sans aucun résultat concret à part celui d'avoir poussé certains entrepreneurs du pays à mettre la clé sous la porte et à licencier leurs employés.

Hier, je regardais donc ces simulations de Solidere 2020 (regroupées dans un nouvel album, juste là dans la colonne de gauche). D’un côté, il y a des hommes, ici et dans le Golfe, qui idéalisent ce front de mer, qui continuent d’injecter des millions de dollars dans ce rêve (qui n’appartient qu’à une caste très restreinte). D’un autre, nous avons 3 heures de coupures d’électricité par jour à Beyrouth (et Beyrouth est privilégié, ça monte à 12 heures dans certaines régions), l’approvisionnement en eau dans les immeubles est chaotique… Il y a un symbole dans cette ville: c’est la rue du Liban. Cette rue relie Tabaris à Sodeco. Cela fait presque onze ans que je la pratique quasiment tous les jours (comme de nombreux automobilistes), et son bitume est de plus en plus défoncé. Ça fait des mois qu’elle doit être réasphaltée, mais on attend toujours… La rue du Liban! Peut-être faudrait-il bâtir l'Etat avant ces tours monumentales érigées sans aucun plan d'urbanisme global, que toutes les régions payent leurs factures d'électricité...

L’avenir à moyen terme du pays se joue en ce moment, alors que l’on parle déjà d’un nouveau report de l’élection présidentielle prévue lundi prochain. Comme je suis encore assez naïf pour m'émerveiller devant un simple tour de magie avec un lapin blanc, j’espère de tout mon cœur qu’une solution miracle va surgir dans les deux semaines à venir, que les deux Liban qui se font face (pas seulement entre pro-8 et pro-14 mars) vont pouvoir se rejoindre d’une manière ou d’une autre.

Au fait, il est où Garcimore?

 
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