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vendredi, 27 décembre 2013

Trêve des confiseurs: coupure momentanée des programmes

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Beyrouth, ce sont ces petits gestes quotidiens, comme saluer Saïd en bas de chez moi alors qu'il enfourne ses manouchés, pester contre les camions de livraison du supermarché voisin, enrager 30 minutes plus tard à cause des embouteillages à l'autre bout de la ville... Et, pour d'autres, balayer les éclats de verre sur les trottoirs. 

Je me souviens que Nathalie avait noté ce détail dans son post post-attentat contre l'ABC en 2007, avec la voisine qui avait elle aussi sorti illico son balai et sa petite pelle bleue pour "effacer" les traces les plus visibles de l'attentat qui venait d'avoir lieu, le jour du 4e anniversaire de l'une de nos gamines. Et puis ce matin, en tournant le dos à la scène de l'explosion qui a emporté Mohammad Chatah à Bab Idriss, j'ai vu ce gars au restaurant L'Avenue du Parc. Refaire ce même geste anodin. Balayer les éclats de verre.

Cela faisait "presque longtemps" que le 14 Mars n'avait pas été visé de la sorte (après avoir bien encaissé entre 2004 et 2008, remember la fameuse carte). Les derniers attentats – ceux de 2013 en tout cas – ont eu lieu dans la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Un Hezbollah qui, directement pointé du doigt ce midi, a dénoncé un acte de "haine". Le truc avec les démentis du Hezb, c'est qu'on ne sait jamais vraiment s'ils sont sincères (qui sait?) ou s'ils se foutent ouvertement de notre gueule.

2013 s'achève donc sur ça. Des voitures calcinées, des marres de sang et des façades éventrées. 2014 débutera par autre chose, histoire de boucler la boucle. Le 16 janvier s'ouvrira le procès au Tribunal spécial pour le Liban. Je me demande avec la plus grande candeur s'il n'y aurait pas de lien entre ces deux histoires...

jeudi, 12 mai 2011

A l'horizon

ain el-mreisseh.jpgJe ne sais pas trop quoi regarder en ce moment. La montagne, le soir, qui brille? Les nuages qui vont et qui viennent, en attendant que l'été suffocant prenne ses quartiers? Les voitures garées en triple file en bas de chez moi? Les nouvelles neuves du dedans, de ce 12 mai 2011 qui n'aurait jamais été ce qu'il est sans le 12 mai 2008 et les tristes heures qui l'avaient précédé? Un jour, c'est la cata, le lendemain la solution est proche, pour la formation de ce magnifique gouvernement qui sauvera le monde et la galaxie tout entière.

Et puis il y a notre voisine. Notre chère voisine. Souvent encombrante, bruyante ou sournoise, qui n'en finit plus de cette crise de nerfs que beaucoup redoutent contagieuse. Une voisine en pleine ménopause qui n'arrive pas à faire le deuil de cette formidable forteresse qu'elle fut et qui a peur des semaines à venir, de voir son corps se transformer, de voir ses atours qu'elle croyait irrésistibles tomber en poussière. Alors ici, sur le même palier, il y a ceux qui s'indignent, ceux qui regardent ailleurs en se demandant s'ils pourront encore trouver des places pour Shakira et plus généralement ceux qui se demandent s'ils auront suffisamment de sous dans leur poche pour se payer 20 litres d'essence. Ceux qui sont révoltés par les cris et les pleurs de l'autre côté de la cloison, et ceux qui se disent que tant que cela reste de l'autre côté de la cloison, tout va bien... Jusqu'ici, tout va bien... C'est toujours la même ritournelle finalement.

dimanche, 03 avril 2011

Grey would be the color...

DSC_0011r2.jpgNe croyez pas que je passe la tête levée vers les cieux. Il n'y a rien à prier là-haut. Juste des choses incroyables à observer.

Je ne sais pas si le ciel était identique au-dessus de la Syrie ces derniers jours, mais le temps est en train de virer à l'orage du côté du Barada. J'espère que les paratonnerres seront suffisants.

vendredi, 07 mars 2008

Subject: Prévisions LIBAN

374f36ad6a9c7d1782efcdb651fc3ba8.jpgC'est souvent comme ça en temps de crise, mais j'ai parfois l'impression de mettre des œillères pour éviter de voir que le panorama s'assombrit dangereusement. Et puis comme je bosse pour des médias étrangers, je leur envoie de temps en temps des mails pour les tenir au courant de la situation et de la «probabilité» que le Liban refasse les gros titres. J’intitule ces mails «Prévisions LIBAN». Alors, systématiquement, j'ôte mes œillères, regarde à droite et à gauche, et je fais le bilan. Je viens de le faire il y a 10 minutes, et ça donne ça:

  • Après les ambassades arabes, c'est l'ambassade américaine qui vient de prévenir ses ressortissants d'adopter un profil bas, de rester chez eux, voire de quitter le pays si c'est possible, car la situation locale et régionale sent le soufre. Elle avait fait de même début juillet 2006, juste avant la guerre.
  • Selon un quotidien libanais, il y aurait une mobilisation générale de réservistes au sein de l'armée syrienne (peut-être du vent, mais on ne sait jamais).
  • Une autre info (démentie par la Finul): il y aurait eu une incursion israélienne hier en territoire libanais jusqu'au Wazzani.
  • La tuerie à Jérusalem serait due, selon Al-Manar (info reprise par tous les médias ensuite) à une brigade nommée d'après le membre du Hezbollah assassiné à Damas, Imad Moughnieh. Certains avancent même que le Hezbollah serait lié directement l'attentat, en soutien au Hamas.
  • Les discours, que ce soit du côté du Hezbollah (Nasrallah a prévenu qu'il pourrait passer à l'action après le 40e de la mort de Moughnieh, soit le 24 mars) ou d'Israël, se radicalisent. La situation actuelle rappelle grandement le mois de juin 2006: Israël met le paquet sur Gaza, et les problématiques libanaises et palestiniennes se retrouvent à nouveau mêlées.

Bref, il n'y a rien de réjouissant. Wait and see donc, mais je préfère quand même vous tenir au courant de la température locale et des nuages noirs qui s'accumulent sur le Liban (même s'il fait très beau avec un bon 25ºC, mais c'est toujours par beau temps que les conflits commencent!).

[...] 

Vous me direz, ça fait beaucoup de verbes au conditionnel et de supputations (j’adore ce mot, presque autant que croquemitaine). N’empêche, vu d’ici, rien n’incite à la légèreté et à danser la lambada. Et c’est sans compter sur les déclarations de nos politiques – tous bords confondus – ajoutant de l’huile sur le feu quotidiennement, sur les Etats arabes qui se crêpent le chignon avant le sommet de Damas, sur notre foutue élection présidentielle reportée à la Saint-Glinglin, sur...

Au Liban, finalement, il existe trois sortes de personnes: les pessimistes qui voient la guerre partout, les optimistes béats (également appelés non-voyants) et les pragmatiques qui se disent que si ça dérape, il y aura toujours moyen de s’adapter.

mercredi, 13 février 2008

[SCOOP] Moughnieh assassiné à Damas: c'est Malko qui a fait le coup!

SAS_beyrouth_malko_imad_moughnieh.jpgLa dépêche AFP vient d'arriver, la voilà telle quelle:

Liban-Hezbollah-assassinat LEAD
Le Hezbollah annonce l'assassinat d'un de ses dirigeants, accuse Israël
BEYROUTH, 13 fév 2008 (AFP) - Le Hezbollah chiite libanais a annoncé mercredi que l'un de ses dirigeants militaires, Imad Moughnieh, a été assassiné et a accusé Israël de ce meurtre.

Selon un responsable du Hezbollah, le dirigeant a été tué dans l'explosion d'une voiture piégée à Damas mardi, mais la télévision officielle du Hezbollah Al-Manar qui a annoncé l'assassinat n'a pas précisé le lieu de l'assassinat.

"Un grand jihadiste de la résistance islamique au Liban a rejoint les grands martyrs (...) Le leader Imad Moughniyeh est mort en martyr assassiné par les Israéliens sionistes", indique le communiqué d'Al-Manar.

"Il était la cible des sionistes depuis 20 ans", selon le communiqué.

Les autorités israéliennes ont refusé de faire le moindre commentaire officiel à l'assassinat d'un des chefs militaires du Hezbollah chiite libanais, Imad Moughnieh. "Nous ne faisons pas de commentaires", a déclaré à l'AFP Mark Regev, le porte-parole du Premier ministre Ehud Olmert.

Les télévisions et les radios en israël ont interrompu leurs programmes dès l'annonce de la mort de Moughnieh en le présentant comme le "terroriste le plus dangereux au Moyen-Orient depuis trente ans".

"Le compte est réglé : Imad Moughnieh a été liquidé à Damas", a titré le site internet Ynet du quotidien Yédiot Aharonot, le plus fort tirage d'Israël.

Imad Moughniyeh, dans la clandestinité depuis la fin des années 1980, est accusé par les médias occidentaux et les Etats-Unis d'avoir dirigé la plupart des enlèvements d'otages occidentaux durant la guerre civile au Liban dans les années 1980.

Il est notamment soupçonné d'avoir été l'auteur de l'enlèvement de William Buckley, chef de l'antenne de la CIA à Beyrouth, en 1984.

Imad Moughnieh est inscrit sur la liste "des terroristes les plus dangereux" recherchés par les Etats-Unis pour le détournement d'un avion de la TWA en 1983.

Son frère Fouad Moughnieh a été assassiné en 1994 dans l'explosion d'une voiture piégée dans la banlieue sud de Beyrouth, un attentat attribué à l'époque aux services spéciaux israéliens, qui faisaient la guerre aux radicaux chiites proches du Hezbollah alors qu'Israël occupait le Liban sud.

Imad Moughnieh est recherché par Interpol pour sa participation présumée à un attentat contre l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA) qui avait fait 85 morts et près de 300 blessés en juillet 1994 à Buenos Aires.

A Damas, la télévision d'Etat syrienne a indiqué, citant une source au ministère de l'Intérieur, qu'une voiture avait explosé mardi soir dans le quartier résidentiel de Kafar Soussé dans la capitale syrienne, faisant un mort.

Elle n'a donné aucune autre précision notamment sur la nature de l'explosion ou l'identité de la victime.

Les autres médias officiels syriens n'ont pas fait état de l'explosion.

Selon des témoins, l'arrière de la voiture, une Mitsubishi Pajero grise métallique, a été entièrement soufflée par l'explosion qui s'est produite vers 23HOO locales (09H00 GMT) dans ce quartier résidentiel nouvellement construit. La voiture était stationnée dans un parking au milieu des immeubles.

 

Je n'aime pas me réjouir de la mort d'un homme, mais celle-là ne me fera pas pleurer. En tout cas, c'est Gérard de Villiers qui va pouvoir pondre un nouveau SAS sur le Liban, puisque son Altesse Malko Linge se battait déjà contre lui dans le précédent Rouge Liban. En tout cas, c'est facile d'accuser Israël, mais le monsieur traînait tellement de casseroles que n'importe qui a pu faire le coup, même le cousin de la tante de mon beau-frère...

lundi, 12 novembre 2007

Un petit tour et puis s'en va

Et hop, Kouchner débarque à Beyrouth ce soir pour une énième visite en quelques mois. Pour reprendre l’image d’un éditorialiste d’al-Hayat, « quand le docteur [c ‘est le cas de le dire] est tellement assidu au chevet d’un malade, c’est que ce patient est dans un état grave. » Qui saurait le nier aujourd’hui ?

J’avais envie de titrer ce post « Bruits de bottes », mais devant le ballet diplomatique déployé au et autour du Liban, celui-ci m’a paru plus approprié.

Ce qui n’enlève rien au vacarme belliqueux qui retentit de plus en plus fort chez nous. Certains espèrent que nous sommes en présence de joueurs de poker, qui feront monter les enchères à coups de bluff retentissants jusqu’à l’ultime instant où ils abattront leurs cartes. Est-ce ce que signifie le discours enflammé de Hassan Nasrallah d’hier ? Ou les envolées absolutistes de Walid Joumblatt les jours précédents ?

Toujours est-il que le ton monte de part et d’autre et que sur le terrain, les tensions s’exacerbent entre partisans des deux camps. Les interventions plus ou moins bien intentionnées, plus ou moins bienvenues d’un Sarkozy qui a fait de la crise libanaise une occasion de renouer les liens entre la France et les Etats-Unis, d’un Bush qui, en fin de mandat, compte bien afficher au moins une « réussite » à son palmarès moyen-oriental, d’un Poutine qui soutient la Syrie quand ça l’arrange puis fait pression sur elle quand ça ne l’arrange plus, d’un Ahmadinejad qui a décidé que le Liban serait le fer de lance de son combat contre le Grand Satan, d’un Assad (et sa clique) qui est plus que jamais décidé à faire traîner les choses dans l’espoir que le vent tourne et remette son régime au cœur de la scène politique régionale, d’un Erdogan tiraillé entre son alliance avec Israël qui l’a mis dans un drôle de pétrin en survolant son territoire pour effectuer un mystérieux raid en Syrie, et sa voisine la Syrie justement, et c’est toujours mieux de bien s’entendre avec ses voisins, d’un Olmert qui n’a pas digéré le camouflet militaro-politique de l’été dernier et qui doit faire avec une population inquiète de l’ostentatoire remilitarisation du Hezbollah, d’un roi Abdallah décidé à prouver à Bachar qu’il n’est pas un "sous-homme" – la preuve, il a rencontré le pape Benoît XVI – et d’un Benoît XVI, justement, qui « s’inquiète » pour la communauté chrétienne du Liban… Même les Chypriotes se sont mis de la partie.

Hafez el-Assad doit se retourner dans sa tombe lui qui, depuis 1975, avait toujours tout fait pour empêcher l’internationalisation de la question libanaise. C’est raté.

Tout ce petit monde s’active autour d’un pays – le nôtre – pour tenter de dissuader son peuple – nous – de se suicider. C’est quand même un comble !

Toujours est-il que nous nous retrouvons avec tout un tas des ballerines diplomatiques dont le pas souvent disgracieux, rarement léger, ne risque pas de mettre les bruits de bottes en sourdine. Parce qu’au Liban, certains considèrent que les bruits de bottes, c’est festif.

Hier, en ce beau dimanche pluvieux et gris, alors que je travaillais péniblement sur un article complètement déconnecté des questions du moment (la pub, que du bonheur…), des pétarades m’ont fait sursauter pour la même raison que la veille, je m’étais précipitée au balcon en entendant des hurlements dans la rue : la crainte que l’étincelle qui allait mettre le feu aux poudres se soit produite et que les Libanais aient décidé d’en venir aux mains (enfin, façon de parler, parce que mes chers compatriotes se serviraient sans doute d’outils plus… définitifs que leurs poings). Mais non. Dans le dernier cas, il s’agissait d’une dispute de quartier particulièrement violente. Dans le premier, il s’agissait de tirs de joie des partisans du Hezbollah, suite au virulent discours de leur sayyed. Mais cela en dit long sur l’état d’anxiété permanente dans lequel nous vivons (et dire que je me plaignais des coupures d’électricité…).

Nous vivons actuellement sur une bombe à retardement. Certains jettent de l’huile sur le feu, partant du principe que la meilleure des défenses, c’est l’attaque ; d’autres s’arment parce qu’ils estiment qu’il vaut mieux prévenir que guérir et qu’ils doivent pouvoir se protéger ; d’autres encore fichent le camp, leur faculté d’espérer ayant été usée jusqu’à la corde; les derniers s’accrochent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que le constat d’échec serait trop terrible. Ou parce qu’ ils estiment que de toute façon, le Liban en a vu d’autres, et eux avec.

Personnellement, je crois que jamais le Liban tel que nous le connaissons n’a été autant en danger. Qu’importe les camps, les médiations, les interférences étrangères.

La responsabilité de ce qui arrivera incombera en premier lieu aux Libanais qui n’auront pas su faire passer leur pays et sa paix avant leur culte idolâtre d’un quelconque leader et avant les rancunes et incompréhensions que, certes, on ne leur a pas laissé le loisir de régler au cours des 15 années d’occupation syrienne, mais qu’eux-mêmes n’auront bien souvent pas appris à dépasser tout seuls.

Je reste convaincue qu’il se trouve au Liban une majorité silencieuse qui rejette ces bruits de bottes. Mais bon sang, il est des cas où décidément, le silence n’est pas d’or.

mercredi, 17 octobre 2007

Washington et les interférences syriennes et iraniennes

medium_ackerman_netanyahu.jpgNos amis Américains sont parfois horripilants. Hier, sur Naharnet, je tombe sur un papier intitulé «La chambre des représentants propose une résolution condamnant la Syrie, l’Iran et leurs alliés libanais». L’idée est d’accuser Damas et Téhéran d’interférences dans les affaires internes libanaises, surtout en vue de l’élection présidentielle. OK, soit. Damas et Téhéran ne sont pas en train de rester les bras croisés. Les interférences, ces deux capitales connaissent bien le procédé, c’est vrai. Mais dans le genre «interférences aux quatre coins du monde», Washington se pose aussi en champion. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

Et puis à bien y regarder, cette nouvelle publiée sur Naharnet est finalement bien intéressante. C’est donc une sous-commission de la chambre de représentants américains qui a proposé cette résolution: la sous-commission aux affaires étrangères pour le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, présidée par un Démocrate, Gary Ackerman (ci-dessus en photo avec son copain Benjamin). Ackerman? Inconnu au bataillon en ce qui me concerne. Après 10 secondes de recherche sur Google, il s’avère qu'Ackerman fait aussi partie du Conseil international des parlementaires juifs, d’ailleurs élu à la présidence de cette organisation lors du sommet de janvier 2006 à Jerusalem. Sans hurler au lobbying, il y a là ce que l’on appelle sobrement un «conflit d’intérêts». Pas étonnant qu’Ackerman rédige une résolution contre Damas et Téhéran. Faut-il vraiment accorder un quelconque crédit aux délires de l'Administration américaine? Est-ce vraiment dans le seul intérêt du Liban que ce genre de sous-commission dépense l'argent du contribuable du Minnesota et d'ailleurs?

Tous ces gens «bien intentionnés» pourraient peut-être nous laisser un poil tranquilles...

vendredi, 13 juillet 2007

Plateau du Golan, fermes de Chebaa… l’insoluble problème

Mais que se passe-t-il en ce moment du côté du Golan? Le site d’information israélien Debka fait état de mouvements inhabituels dans ce territoire conquis par l’Etat hébreu en 1967. D’abord, la Syrie aurait rouvert au public la route Damas-Quneitra (une ville à cheval entre le Golan occupé et une zone militarisée syrienne), fermée depuis 40 ans. Les services de renseignement israéliens voient là une volonté syrienne d’«activer» cette bande frontalière en permettant à des factions soit disant pro-palestiniennes (type FPLP-CG) de s’en servir comme base d’attaque vers le territoire israélien. Cette technique longuement éprouvée par Damas au Liban et apparemment en Irak aujourd’hui, dédouane la Syrie de toute responsabilité officielle. Objectif en filigrane: ajouter une carte à son jeu pour alléger la pression de la communauté internationale alors que le conseil de sécurité de l’Onu s’apprête à la «condamner» pour les transferts d’armes illégaux.

medium_golan.jpgEt qui dit Golan, dit fermes de Chebaa. Cette zone frontalière pose un problème insoluble aux diplomaties locales et étrangères. Il y a trois jours, dans le quotidien Haaretz, un responsable israélien anonyme révélait que l’Onu aurait demandé à Israël de se retirer des fermes de Chebaa, revendiquées par le Liban. Avant-hier, Ban Ki-Moon – le secrétaire général de l’Onu – a démenti, déclarant que le tracé définitif de la frontière était encore à l’étude, et que le cartographe onusien avait encore du boulot devant lui.

Voici un essai de mise à plat de ce double problème:


Le plateau du Golan (en rouge sur la photo satellite)

  • Un peu d’histoire

L’empire ottoman, à la fin du XIXe siècle, choisit le Golan pour installer des familles de Circassiens (des réfugiés musulmans de différentes ethnies venant du Caucase), afin d’en faire un poste avancé pour contrôler les bédouins arabes rétifs à son autorité. Ce sont ces Circassiens qui ont fondé la ville actuelle de Quneitra. Près de 20 ans après la chute des Ottomans, dans les années 30, certains Circassiens espèrent utiliser le Golan pour fonder un équivalent au Foyer national juif. Mais les mandats français et britanniques sur la région en décideront autrement, enterrant les rêves autonomistes circassiens. Le Golan devient syrien.

  • Selon la Syrie

Damas réclame le retrait de l’armée israélienne du Golan, territoire conquis en seulement 2 jours lors de la guerre de 1967. Mais pas question de reprendre ce territoire par les armes. La frontière syro-israélienne est l’une des plus calmes au monde depuis 40 ans. Le retour à la souveraineté globale sur le Golan est, selon Damas, la condition sine qua non à toute discussion avec Tel-Aviv.

  • Selon Israël

Israël a conquis le plateau du Golan en 1967, et l’a officiellement annexé en 1981, en en faisant, selon son administration, sa 6e région. La situation géographique du Golan est hautement stratégique pour Tsahal: il est au croisement de la Syrie, du Liban et d’Israël,. Mais à la fin des années 90, le Premier ministre Ehud Barak propose un moratoire pour geler l’implantation de colonies sur le Golan afin de faciliter les pourparlers avec la Syrie. Pourtant, en février 2001, Ariel Sharon alors devenu Premier ministre, relance le développement des colonies dans cette région.

  • Selon l'Onu

L’Onu ne reconnaît pas l’annexion du plateau du Golan par Israël. Le Conseil de sécurité a voté les résolutions 242 et 338 sur la question (exigeant d’Israël la restitution des territoires conquis par la force), résolutions restées lettres mortes.


Les fermes de Chebaa (en vert sur la carte du Golan)

  • Selon le Liban

L’Etat libanais considère que les fermes de Chebaa (25km2) font partie intégrante de son territoire, et sont donc soumises à la résolution 425 de 1978 exigeant le retrait complet d’Israël du pays du cèdre. Le gouvernement libanais a adressé à Kofi Annan (ex-secrétaire général de l’Onu) une série de documents cadastraux et la copie de l’accord libano-syrien de 1951, prouvant le don par la Syrie de ce petit territoire au Liban. Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a même exhibé, lors de la table ronde du Dialogue national en 2006, une carte américaine confirmant la «libanité» des fermes.
Le 26 juillet 2006, Fouad Siniora propose un plan de règlement plaçant ce secteur «sous juridiction de l’Onu en attendant que la ligne frontalière soit délimitée avant son retour sous souveraineté libanaise». Le 12 août, Annan reprend la proposition Siniora dans la résolution 1701, le Liban demandant ensuite à la Syrie de reconnaître «officiellement» la «libanité» de Chebaa, ce que Damas refusera tant qu’il y aura un soldat israélien sur le sol du Golan. Le serpent se mord la queue…

  • Selon Israël

Tel-Aviv considère que les fermes de Chebaa font partie du Golan syrien occupé, et sortent donc hors du champ d’application de la résolution 425. Israël se base sur la ligne de démarcation  franco-anglaise de 1923 et sur la ligne d'armistice de 1949 qui désignent la région comme territoire syrien.

  • Selon la Syrie

La Syrie considère que les fermes de Chebaa appartiennent au Liban, sans pour autant être soumises à la résolution 425. Damas refuse pour l’instant de donner suite à la demande de l’Onu de reconnaissance écrite et officielle par la Syrie de la «libanité» de Chebaa.

  • Selon l’Onu

Kofi Annan, alors SG de l’Onu, avait jugé irrecevables les demandes libanaises. Selon lui, la résolution 425 que tout le monde évoque ne réclame pas l’évacuation par Israël de la zone des fermes de Chebaa, qui relèverait des résolutions 242 et 338 traitant directement du conflit israélo-syrien. L’Onu reconnaît les frontières de 1923 (qui incluent Chebaa sur le territoire syrien). En fait, les Nations unies travaillent actuellement sur le tracé définitif de la frontière, son cartographe officiel devant revenir prochainement dans la région.

Bref. Comme souvent, la raison de cette chamaille généralisée (qui fournit au Hezbollah un motif officiel pour poursuivre la lutte armée contre Israël) trouve sa raison première dans l’or bleu. Le Golan syrien et les fermes de Chebaa libanaises sont les véritables réservoirs d’eau de la région : entre 30 et 35% des ressources aquifères israéliennes en proviennent. C’est dire combien il est improbable qu’Israël se passe du Golan en le rendant à son propriétaire d’origine, à moins qu’un accord sur la fourniture d’eau ne fasse partie du deal. Pour Israël, il s’agit d’une question de survie.

Enjeux stratégiques et militaires, ressources en eau, cartes politiques régionales: Chebaa et Golan sont intrinsèquement liés dans les négociations syro-israéliennes au sein desquelles le Liban ne pèse pas grand chose. En clair, on n’est pas sorti de l’auberge.

samedi, 23 juin 2007

Ça veut dire quoi « Al-Qaïda au Liban » ?

medium_assadechec.jpgElias el-Murr serait-il allé un peu vite en besogne après la déclaration de victoire de jeudi soir sur la LBC? Un petit peu certainement, car hier et aujourd'hui, ça pétaradait encore beaucoup dans le camp de réfugiés de Nahr el-Bared. J’espère que Murr n’est pas en train de faire la même erreur que Bush en Irak, c’est-à-dire déclarer la fin d'une guerre alors que l’après-guerre sera encore plus sanglant.

Notre cher ministre de la Défense (et accessoirement gendre du président de la République) a tout de suite tempéré: «Il existe des cellules terroristes d’Al-Qaïda au Liban, il y a des risques de nouveaux attentats.» Ah, Al-Qaïda… Je me demande vraiment si un beau jour l’opinion publique (et moi par la même occasion) saura exactement ce qu’est cet épouvantail que les médias nous présentent depuis 2001, voire avant.  Ça veut dire quoi, appartenir à Al-Qaïda, au juste? Si quelqu’un a une réponse qui tient debout, je suis preneur.

Avant que cette menace islamiste n’apparaisse sur fond d’Internationale terroriste, les choses étaient plus simples. Sans faire du SAS à la Gérard de Villiers, il était de coutume de dire que tous les services secrets étrangers étaient à Beyrouth, plaque tournante du Proche-Orient, et y faisaient la pluie et le beau temps: CIA, Mossad, DGSE, moukhabarat syriens, KGB… Ça avait plus de gueule. Au moins, les choses étaient plus claires.

En fait, je crois que les choses n’ont pas vraiment changé, mais elles sont moins voyantes. Le Liban, petit paradis terrestre potentiel, a toujours accueilli ces petits chimistes de la géopolitique. C’est certainement encore le cas, ils font leurs petites expériences en grandeur nature sur le sol libanais, qu’ils viennent de Damas, Washington ou Tel-Aviv. Pourquoi? Est-ce que les services secrets libanais sont aussi influents sur ces territoires étrangers? Il serait peut-être temps de commencer à le faire pour que ces «amis du Liban» voient combien c’est pénible de se faire parasiter, décennie après décennie.

Mais c'est vrai qu'il est probable que les "membres d'Al-Qaïda", fatigués par le bourbier irakien, prennent des petites vacances au LIban histoire de recharger leurs batteries. Les vacances, c'est sympa, mais faut pas non plus perdre la main...

PS: Clickez sur la caricature, vous irez sur le blog Jeha's nail d'où j'ai pris cette image... 

jeudi, 21 juin 2007

Waël, Najwa & Co: l'argent n'a pas d'odeur, mais il a des voix

medium_najwa.jpgmedium_Wael.jpgmedium_mayhariri.jpg
L’argent n’a pas d’odeur, mais il a des voix. Sept, en l’occurrence, celles de Waël Kfoury, Najwa Karam, Melhem Zein, Farès Karam, Assi el-Hallani, May Hariri et Hoda Haddad.
Ces starlettes et starlets (je ne vois pas de masculin à starlette, donc…) libanais en mal de revenus, suite à la raréfaction, voire l’annulation, des divers festivals, concerts, mariages qui constituaient le gros de leur gagne-pain (la vente de disques ne leur rapporte pas grand chose, le jackpot c’est la scène), se sont trouvés une nouvelle source de gains financiers: le public syrien. Ces étoiles, dont la belle gueule de certains est placardée de long en large à travers le pays pour vanter les attraits d’une célèbre marque de soda, de la variété libanaise et arabe en général, n’ont rien trouvé de mieux que de pousser la chansonnette en l’honneur de ce cher Bachar, déclenchant au passage une vague de protestations sur leur sol natal, dont ils n’ont apparemment cure. Le Liban, ce n’est pas rentable en ce moment. Moi, je n’en reviens toujours pas, tant le contenu des chansons est ahurissant, en particulier quand on le replace dans le contexte libanais actuel. Sur base de quelques extraits, jugez plutôt (et excusez la qualité sans doute pas optimale de ma traduction):

Côté Najwa Karam (la fierté de Zahlé, vous savez, cette petite ville chrétienne de la Békaa qui a été bombardée par l’armée syrienne en 1981) "Bachar el-Kaed/ Bachar le leader"
Nous voulons garder, nous voulons nous battre pour l’esprit baassiste
Nous nous en remettons à Bachar le leader
Notre drapeau est la Syrie
Il nous porte de victoire en victoire
Nous voulons la stabilité et nous soutenons Bachar
(etc.)


Côté Waël Kfoury (le beau gosse lui aussi originaire de Zahlé) "Ya Souriyya/ O Syrie"
O Syrie, parfume d’encens les portes de chacune de tes maisonsNous et ton peuple sommes devenus des cœurs  assez grands pour ton fils Bachar (je sais, en français, ça sonne bizarre tout ça)(etc.)


Côté Hoda Haddad

Le jour de la réélection (de Bachar, ndw) nous sommes venus la joie au cœur
Nous chantons haut et fort que ton règne dure toujours, très cher
Quoi qu’il arrive, nous n’avons que toi Bachar


Côté Farès Karam
Toi seul fils du lion (Assad) peut protéger la maison
Le peuple entier vient te bénir
Et vient te  donner son sang O Bachar
Père de Bassel, nous avons appris à te donner jusqu’au sang
Et nous te disons que tu es notre chef, notre père, notre mère

Etc, etc, etc… C’est d’autant plus rigolo que quelqu’un comme Melhem Zein a accédé à la célébrité grâce à Superstar, l’équivalent arabe de la Nouvelle Star, diffusé sur le Hariri channel, Future TV. Souvenez-vous, il n’avait pas gagné et avait accusé la chaîne de discrimination parce qu’il était chiite. Sa défaite avait déclenché un semblant d’émeutes chez les groupies en colère, devant le siège de la télé… Ils doivent être contents maintenant chez Future!

Bref, pour ceux qui ne me croiraient pas, il y a en bas de ce post deux extraits en écoute sur lesquels vous entendrez aussi le jingle de Rotana, le géant de la musique arabe appartenant à son excellence le prince et magnat Walid Ben Talal. La grande majorité de ces chanteurs sont produits par Rotana, chez qui on n’a pas l’habitude de laisser les poulains, en particulier les plus adulés des masses arabes, pousser la chansonnette sans donner d’avis. Alors, a-t-on voulu réaliser un coup commercial et surtout médiatique, réussi il faut bien le dire, ou s’agit-il d’autres intérêts touchant aux investissements de Ben Talal en Syrie? Ceci explique peut-être cela, je n’en sais rien.Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il y a de quoi tirer son chapeau à Bachar. Avoir des «stars» libanaises qui lui cirent les pompes en musique de la sorte, dans ce contexte, ce n’était pas gagné. Ça doit lui faire chaud au cœur. Et puis, cela explique sans doute pourquoi tant de Syriens sont convaincus que le Liban doit effectivement rentrer dans leur giron.Je sais enfin qu’il y a quelque chose de positivement indécent dans ce comportement. Des célébrités libanaises chantant «la joie dans leur cœur» et leur «victoire», leur amour «filial» pour un régime étranger à l’heure où pas grand monde n’a envie de faire la fête au Liban et où la fracture identitaire semble presque insurmontable. Ça ferait bizarre de voir leurs équivalents français comme Obispo ou Pagny se prosterner de la sorte devant Angela Merkel, par exemple.

Bon, vous me direz, tout cela passera aux oubliettes d’ici quelques mois et cela n’a pas grande importance, dans le fond. Tant mieux si nos voisins dansent au son de ces œuvres d’art, cela rapportera des sous à Ben Talal. Et qui sait, peut-être que cela rapprochera les peuples? Mais que cette belle brochette d’«artistes» ne soit pas surprise si, à l’avenir, elle se trouve parfois mal accueillie au Liban (où l’on a toutefois la mémoire courte). Mais j’en connais déjà un qui est supposé croiser Waël demain et qui compte bien lui dire ce qu’il en pense.

Pour les curieux donc, voici deux extraits audio.

Waël Kfoury "Ya Sourya"
podcast

Najwa Karam "Bachar el-Kaed"
podcast

Liban / Syrie : frontière-passoire et crise des camions 2

medium_mapwadi.jpgHier, les autorités syriennes ont décidé de fermer le poste-frontière d’el-Qaa sur la route qui va de la Bekaa vers Homs. Il y a quelques semaines, ils avaient déjà procédé à la fermeture de ceux d’Arida et de Daboussiya au nord du Liban le long de la côte. Du coup, depuis hier soir, il y a un afflux énorme vers Masnaa, le principal poste-frontière entre le Liban et la Syrie, placé sur la route de Damas au milieu de la Bekaa. La raison officielle de cette nouvelle fermeture: la Syrie ne veut pas de contamination. Les affrontements en cours au Liban-Nord ne lui plaisent pas.

En fait, les médias parlent beaucoup de la frontière libano-syrienne. Mais quelle aspect a-t-elle exactement cette frontière ? Première chose, elle se situe dans une chaîne de montagne (plutôt aride) sur la quasi totalité de sa longueur (l’Anti-Liban). Ensuite, et il suffit de se rendre à Damas par la route pour le voir, il existe un no man’s land entre les deux pays. Expliquons-nous. En partant du Liban, on arrive au poste-frontière de Masnaa (placé sur le territoire libanais). Là, vous tamponnez votre passeport et vous sortez du Liban. Mais vous n’entrez pas encore en Syrie. Vous reprenez votre voiture, traversez une zone tampon vierge et lunaire avant d’arriver, 7km plus loin, au poste frontière d’entrée sur le territoire syrien. Ce no man’s land (imposé par l’armée syrienne) est placé sur le territoire libanais (l’amputant donc puisque la vraie frontière ne se trouve pas à Masnaa).

medium_DSCN0198.JPG Largement plus au nord se trouve la petite région de Wadi Khaled (la protubérance en haut à gauche que vous pouvez voir sur la carte ci-dessus). Pour faire simple, c’est le coin le plus reculé du Liban, à tous les niveaux. Ses habitants n’ont eu la nationalité libanaise que très récemment, l’Etat y est totalement absent, il n’y a pas d’infrastructure, l’ambiance est pesante, les visages fermés. Comme vous pourrez le voir dans un nouvel album photos, cette région est plutôt inhospitalière. Un jour (en 2003, donc avant le retrait syrien du Liban), nous sommes allés au bout de la dernière route, la plus au nord du pays. Cette route se termine en cul-de-sac par un alignement de magasins en tôle et de taxis garés à la queue-leu-leu. Dans les derniers mètres, on découvre un petit pont enjambant le Wadi Khaled. Devant ce pont, un muret de pierres usé par le temps et les allées et venues des habitants de la région. De l’autre côté de la rivière, c’est la Syrie. Ici, pas de checkpoint, pas de tampons sur le passeport, pas de douaniers. Les femmes se trimbalent avec des bidons d’essence (beaucoup moins chère en Syrie), des hommes au visage buriné scrutent les intrus. Bref, une vraie zone de non-droit, à cheval sur deux pays.

Depuis plusieurs semaines, la Syrie refuse que les casques bleus de la Finul se déploient le long de cette frontière-passoire. Pourquoi exactement? Aujourd’hui, ce sont les postes-frontière qui ferment les uns après les autres. Pourquoi? Pour la sécurité de la Syrie? Les combattants «palestiniens» et les armes présents au Liban sont passés par cette frontière dans un sens. Officiellement donc, les Syriens ne tiennent pas à revoir chez eux les miliciens du Fatah al-Islam and Co. C’est très probable, mais il y a peu de chance que ceux-ci n’utilisent pas des chemins de traverse. Quelle autre raison alors? La dernière fois que la Syrie a fermé ses frontières avec le Liban, juste après le retrait de 2005, ça a donné ce que l’on a appelé «la crise des camions». Le long des routes, les camions de transport (fruits et légumes, denrées diverses et périssables…) sont restés bloqués des jours durant côté libanais. L’objectif: asphyxier l’économie du Liban (c’est pas moi qui fabule là, relisez les journaux de l’époque…).

Se dirige-t-on vers une «crise des camions 2 le retour»? Reste plus qu’à afficher portes closes au poste de Masnaa, le dernier ouvert entre les deux pays… Pour les camions, la frontière libano-syrienne est facile à fermer. Pour les piétons armés et les ânes, cette frontière reste malheureusement une passoire, malgré le déploiement et les rondes de l’armée libanaise depuis 2005.

jeudi, 14 juin 2007

Personnalités anti-syriennes: la « liste noire » refait surface

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Oyez, oyez, bonnes gens, à qui le tour maintenant?

C’est en juin 2005 au moment des assassinats à Achrafieh du journaliste Samir Kassir et à Mazraa de l’ex-patron du Parti communiste libanais, Georges Haoui, que l’idée d’une liste noire syrienne est apparue (largement suggérée par l’Administration Bush). Cette liste comportait une trentaine de noms de personnalités hostiles à la tutelle syrienne au Liban (en juin 2005, soit moins de 2 mois après le retrait «total» des troupes syriennes). Au Liban, les «rescapés» de la majorité comme Walid Joumblatt s’était alors largement servi de cette liste pour fustiger Damas qui, comme à son habitude, se réfugie systématiquement derrière des démentis outrés et répétés et auxquels personne n’accorde plus d’importance.

Alors quid de cette liste noire? Certains prennent ça pour de la propagande pro-américaine, d'autres – amateurs du concept de Conspiracy theory – voient là une contre-propagande envers Washington, accusé d'être derrière tous les "événements" ayant touché le Liban depuis 30 mois. Mais d’autres encore la prennent au pied de la lettre, cette fameuse liste noire. N’empêche, il y a une chose plutôt frappante: depuis plus de 2 ans, ceux qui meurent appartiennent tous à la même tendance… Coïncidence, hmm?

En tout cas, hier soir, il y a une femme qui a perdu son mari, l’un de ses fils, un second étant hospitalisé dans un état grave. Aujourd’hui, nos pensées vont à Ayda Eido.

Portraits ci-dessus, de gauche à droite: Rafic Hariri, Bassel Fleihane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tueini, Pierre Gemayel, Walid Eido.

vendredi, 08 juin 2007

Pro-Libanais = anti-quoi?

C'est rigolo comme certains traits communs peuvent être dégagés de l'argumentaire de chacun de nos chers voisins et surtout de leurs partisans, dès lors que l'on déclare simplement vouloir défendre le Liban.

Ainsi, nous sommes forcément anti-quelquechose. Tirer à boulets rouges comme nous l'avons fait cet été sur la politique israélienne au Liban et - tenter - d'expliquer quelles pouvaient être les motivations du Hezbollah nous a valu d'être taxés d'antisémites, anti-juifs, anti-occidentaux. Et ça, c'est lorsque nous ne sommes pas des partisans actifs du terrorisme. Mais nous passons d'un coup d'un seul dans le camp adverse lorsque nous critiquons la politique syrienne vis-à-vis du Liban, ce qui nous vaut de devenir pro-amércains et donne surtout lieu à quelques perles du genre: "Vous n'êtes pas syriens, vous n'êtes pas des journalistes neutres donc vous êtes antisyriens". Celui-là, c'est pour les plus guignolesques, mais aussi plus tristement "en tant que syrienne, je représente le mal incarné à vos yeux." Autant de raccourcis éloignés de notre réalité (il y a belle lurette que nous ne mettons plus dans un même sac un peuple et ses gouvernants, quel que soit le pays) et qui passent surtout à côté de notre idée première: être tout simplement pro-Libanais. Apparemment, demander la définition de frontières (arrrgh!), l'échanges d'ambassadeurs (horreur!) le respect de la souveraineté d'un territoire (sacrilège), la libération de prisonniers injustement détenus (blasphème!), c'est forcément être anti-quelque chose ou anti-quelqu'un.

Ensuite, et ça j'adore, c'est le recours à l'Histoire et là encore, les convergences sont amusantes: tout comme les Israéliens, ou du moins certains, se servent de la Bible pour justifier l'occupation de terres palestiniennes, soit un argument datant d'il y a 3000 ans, d'autres rappellent que les Libanais ont été Syriens à une époque (ce qui énervera sans doute ceux parmi les Libanais qui se revendiquent Phéniciens, ce qui me fait aussi rire jaune). A ce jeu-là, on peut commencer à faire valoir que l'Alsace et la Lorraine étaient allemandes, les Etats-Unis apaches, sioux, cheyennes (etc.) et, tant qu'on y est, nous sommes tous africains en fait, puisque l'Afrique est le berceau de l'humanité. Mais, coucou! Nous sommes en 2007!

Les Libanais devraient certes commencer par balayer devant leurs portes, faire le ménage chez eux, laver leur linge sale en famille et toute expression qui revient à dire que nous avons aussi beaucoup à faire nous-mêmes. Mais ce serait sympa, justement, que le reste du monde nous laisse faire, Occident et Orient confondus. Mais bon, là, je vais être accusée de faire de l'anti-.... quoi en fait? 

jeudi, 07 juin 2007

Liban / Israël / Syrie : Du raffinement dans la cruauté généralisée

"La seule logique, c'est la destruction du Liban"... Voici un extrait de la petite vidéo qui suit de Georges Corm (économiste et ex-ministre des Finances anti-Hariri), concernant la guerre menée par Israël l'été dernier. Cette petite phrase peut tout autant s'appliquer, malheureusement, à notre voisin syrien. Si vous avez une douzaine de minutes devant vous, je vous conseille donc d'écouter cet extrait de l'émission "C dans l'air", mais surtout la vidéo de l'émission "Le dessous des cartes" qui, à quelques détails près, présente remarquablement bien la problématique existentielle libanaise.

Yalla, 3, 2, 1, envoyez la sauce!

mardi, 05 juin 2007

Hariri vs. Syrie: la guéguerre de propagande

medium_haririBush.jpgmedium_syria_flag.2.jpgmedium_haririBahia.jpg

Depuis quelques temps, nous assistons à une véritable guerre d'images, d'affirmations, de rumeurs en tout genre. Il y a 10 jours, la blogosphère libanaise n’avait d’yeux (ou d’oreilles) que pour l’article publié par le New Yorker le 5 mars dernier. A la publication de ce papier, on commençait à peine à parler du Fatah al-Islam. L’attentat de Aïn Alak (qui lui est attribué) remontait lui au 13 février. Le New Yorker, par la plume de Seymour M. Hersh, flinguait le clan Hariri: selon lui, la bande à Picsou aurait financé différents groupes sunnites (dont le Fatah al-Islam) pour contrer le Hezbollah chiite.

Dans le Daily Star (le quotidien anglophone de Beyrouth), l’éditorialiste Michael Young (plus que cul et chemise avec le clan Hariri) allumait à son tour le New Yorker, en écrivant ceci: «Le mensonge selon lequel le gouvernement a financé le Fatah al-Islam a été légitimé par une gaffe spectaculaire du camp Hariri, en particulier de Bahia Hariri (la sœur de Rafic Hariri). Il y a quelques mois, elle a aidé à résoudre une crise qui résultait de la présence d’islamistes dans le district de Taamir de Saïda, adjacent au camp palestinien de Aïn el-Heloué, en payant un dédommagement aux militants de Jund al-Cham pour qu’ils quittent la région. Du point de vue de Saïda, que Bahia Hariri représente au Parlement, c’est logique. Taamir était une entrave aux relations entre l’Etat et les habitants de la région d’un côté et les islamistes et les résidents du camp de l’autre. Cependant, au lieu de se disperser, un certain nombre de militants se sont rendus à Nahr al-Bared, selon des sources palestiniennes. Là, ils ont rejoint le Fatah al-Islam. Maintenant les Hariri semblent avoir financé des islamistes, alors qu’ils se sont contenté de faire ce qu’ils font habituellement face à un problème: essayer de le résoudre en l’achetant.» Drôle de fréquentation, mais malheureusement belle analyse du système Hariri.

L’opposition s’est régalée de ce genre de discours, et les rumeurs depuis 15 jours de liens entre le gouvernement mené par le clan Hariri et des islamistes du Fatah al-Islam étaient sur toutes les lèvres.

Contre-feux ce matin. Les journaux font tous leurs manchettes sur les «informations» données au compte-gouttes par des «sources sécuritaires», comme quoi la Syrie serait en train de faire passer en quantité industrielle hommes et matériel à destination des islamistes qui mettent le feu aux camps de réfugiés palestiniens. Les investigations «avanceraient à grands pas», et même l’Onu et la Ligue arabe auraient été saisies du dossier.

Bref. Le grand n’importe quoi continue. Tout le monde avance ses arguments, avec toujours autant d’aplomb et d’assurance. Que les uns ou les autres aient tort ou raison, un seul constat s’impose: il faut que le Liban change de classe politique, de fond en combles.

On peut toujours rêver.

vendredi, 01 juin 2007

Syrie, le pouvoir alaouite

A Meline, 

Tu sais probablement mieux que moi qu’il est interdit en Syrie de mentionner la confession des responsables politiques (ce que je trouve plutôt bien). Je ne pourrai donc pas répondre à ta question sur le nombre de ministères attribués à des alaouites.
Je n’en vois de toute façon pas la pertinence dans un pays où le parti Baas – dont Bachar est le secrétaire général – demeure toujours «le parti dirigeant la société et l'Etat», selon le fameux article 8 de la Constitution syrienne. Sans compter le pouvoir qu’accorde au président l’état d’urgence (en vigueur depuis le coup d’Etat du Baas en 1963, tout de même). Ainsi, par exemple, et je préfère laisser parler l’avocat et président de l’organisation nationale pour la défense des droits de l’Homme en Syrie Ammar al-Qorabi, «l’article 132 de la constitution de 1973, adoptée dans le cadre de l’état d’urgence, stipule que le président de la République bénéfice de la préséance sur le Conseil Supérieur de la Justice. Il préside ainsi les pouvoirs exécutif et judiciaire, ce qui ôte toute indépendance au pouvoir judiciaire. L’état d’urgence bloque et entrave en tout 142 articles de la Constitution qui étaient autrefois du domaine des cours ordinaires. Ils relèvent désormais de la compétence de trois tribunaux d’exception dont les verdicts sont sans appel: la Cour itinérante, la Cour de sûreté de l’Etat et le tribunal militaire. Ces tribunaux tombent sous la houlette des services de sécurité.»

Le pouvoir n’est pas aux mains des ministres et des institutions mais des militaires et de ces fameux services de renseignements. Et là, les choses sont autrement plus parlantes:

  • La famille Assad a désormais des relations difficiles avec les anciens barons du régime mis à l’écart: certains des grands officiers alaouites, surnommé «le clan des Ali» (Ali Douba, Ali Haïdar, Ali Aslan), et «la vieille garde» sunnite dont Assad père avait su s’entourer comme Farouk al-Chareh et le général Hikmat Chehabi (sans parler d’Abdel Halim Khaddam, évidemment). Il ne reste, pour les sunnites, que Moustafa Tlass et surtout son fils Firas.
  • Le cercle de Bachar s’est implanté différemment, d’abord côté famille. Son frère Maher dispose d'unités armées (un bataillon de la Garde présidentielle qui assure, notamment, la défense de la capitale); Assef Chawkat, son beau-frère a réuni sous sa houlette les services secrets militaires (avec le général Hassan Khalil, aussi alouite) et les moukhabarats (les services secrets civils); Mohammed et Rami al-Makhlouf, respectivement son oncle et son cousin qui gèrent les affaires du clan: un autre cousin, Adnan el-Assad, responsable du régiment anti-char 549 de la Garde présidentielle. Ensuite côté militaire: l’homme de la Syrie au Liban, le général Ghazi Kanaan suicidé en 2005, était alaouite. Idem pour le colonel Bahjat Soleiman, à la tête de la Sûreté de l'État, le général Ibrahim Huwaiji, chef du renseignement de l’aviation militaire, le général Adnan Bader el Hassan, responsable de la sécurité politique, le général Ali Hassan (Garde Républicaine), le général Ali Habib, patron des Forces Spéciales.

Tu sais, on pourrait polémiquer des heures et je ne prétends absolument pas avoir réponse à tout, ne jamais me tromper (lis d’autres posts et tu verras), ou condamner en bloc un pays comme la Syrie. En tant que telle, la constitution syrienne me semble d’ailleurs extrêmement positive. Dommage qu’elle ne soit pas pleinement appliquée. J’aimerais, comme toi, pouvoir dire en toute bonne foi «Vive le Liban, vive la Syrie». Mais en l’état, je ne peux tout simplement pas.

Liban / Syrie: un peu d'histoire

medium_assadACTARUS.jpgCela fait bien longtemps que je n'ai rien écrit moi-même sur ce blog, mais la polémique qu'a engendré notre post sur Bachar el-Assad et le monceau d'imprécisions, de contrevérités et parfois d'âneries pures et simples que nous avons pu recevoir, me pousse aujourd'hui à faire encore une fois – c'est rébarbatif, je sais - un petit retour historique sur les relations libano-syriennes.
Après tout, je l'avais bien fait il y a quelques mois pour expliquer notre perception de la guerre Hezbollah/Israël cet été. Y a pas de raison...

Première chose: la nature du régime syrien. Hafaz el-Assad (qualifié de Bismarck du Moyen-Orient pour son génie, voire son machiavélisme politique) prend le pouvoir par un putsch en novembre 1970 et fonde un régime laïque socialiste, proche dans l'esprit de celui de Saddam Hussein  (qui deviendra son principal rival dans la région). Il est en même temps le secrétaire général du parti Baas, «le parti dirigeant de la société et de l'Etat» selon sa charte. Il cumule tous les pouvoirs: exécutif, législatif, militaire, administratif et judiciaire (voyez le texte de la constitution syrienne).

Toutefois, sous couvert de laïcité, le pouvoir reste aux mains d’une seule et unique communauté, alaouite, celle de la famille Assad. Il s’agit d’une dissidence ésotérique du chiisme (ce qui explique sans doute le raccourci malheureux qu’emprunte parfois la presse occidentale), minoritaire en Syrie (10% de la population majoritairement sunnite). Un état de fait difficile à maintenir et qui menace perpétuellement le pouvoir syrien. Car Bachar est aussi alaouite, évidemment, il ne s’est pas converti au sunnisme. L’étiquette globale «musulmane» lui permet d’éviter d’entrer dans des détails qui pourraient lui valoir l’inimité d’une ou l’autre confession. Il existe d’ailleurs un principe religieux chez les Alaouites (et dans toutes les dissidences chiites en général), la «takia», qui autorise les fidèles à se proclamer ouvertement de la religion environnante dominante.

Assad, soi-disant protecteur des Palestiniens. En 1976, voici ce qu'Assad père déclare au chef de l'OLP, Yasser Arafat: «Il n'y a pas de peuple palestinien, il n'y a pas d'entité palestinienne, il y a la Syrie (...) C'est nous, responsables syriens, qui sommes les réels représentants du peuple palestinien.» Selon Kissinger lui-même, qui vouait une grande admiration à Hafez et lui a consacré des heures de discussion, «Assad ne portait pas l’OLP dans son coeur car un Etat palestinien autonome allait à l’encontre de la Grande Syrie, objectif de sa stratégie à long terme».

medium_nixasskis.jpgL’occupation du Liban. Il faut d’abord savoir que des troupes syriennes étaient déjà présentes au Liban bien avant l’entrée officielle de la Syrie en novembre 1976. En effet, la Syrie avait noyauté (c’est une de ses grandes tactiques) la formation palestinienne Saïka (qui comptait 8000 membres) et créé de toutes pièces l’ALP (Armée de Libération de la Palestine, 12000 hommes) en 1973. «En tant que Syrien, nous avons le choix d’effectuer notre service militaire soit dans les rangs de l’armée syrienne, soit dans la Saïka», explique un conscrit syrien au général Aoun (lui-même!) qui l’avait rencontré au Sud-Liban en 1970! Elie Abou Nader, Ziad et Karam Morkos font partie de ces Libanais  enlevés dans les années 80  – par la Saïka en l’occurrence – et transférés en Syrie où ils sont toujours prisonniers (quelque 600 Libanais sont détenus depuis les années 70 en Syrie, sans procès). La Saïka a aussi massacré 500 personnes dans le village de Damour le 21 janvier 1976. «N’oubliez pas ce que nous avons fait pour vous à Damour», rappellera son chef Zouheir Mohsen aux (autres?) organisations palestiniennes.Assad confirme tout cela lui-même dans son discours du 20 juillet 1976: «Nous avons décidé d’intervenir sous l’étiquette de l’ALP, Et l’ALP a commencé à pénétrer au Liban sans qu’absolument personne ne le sache (…). Nous avons fait entrer l’ALP ainsi que d’autres forces (…) il y a trois ans.»! ALP que Kissinger qualifie aussi « de branche de l’armée syrienne. »Bref, une fois au Liban officiellement (sous couvert de la Ligue Arabe, et sans consultation de l’ONU), l’armée syrienne était supposée s’en retirer dans les plus brefs délais. Pas 29 ans plus tard.
Il ne s’agissait d’ailleurs pas formellement de l’armée syrienne mais de la FAD (Force Arabe de Dissuasion) dont le commandement devait revenir au président libanais, ce qui ne fut jamais le cas. Le commandant militaire de l’époque, Ahmad el-Hajj, donna d’ailleurs sa démission, «ne supportant pas d’avoir la responsabilité d’une force qui ne lui obéissait pas.»
Cette force qui, entre autres, bombardera Beyrouth Est pendant tout l’été 1978. Ce sera la première fois qu’une armée arabe pilonnera une capitale arabe, soi-disant sœur.
Et Assad n’hésitera pas en 1977 à dire au président libanais Sarkis: «Si le stationnement de notre armée fait problème à quelques uns, son retrait fera problème pour tous.»

Je vous passe les nombreux détails pour en arriver aux fameux accords de Taëf qui, sous forme d’une nouvelle constitution, donneront des cartes supplémentaires au régime syrien. Le médiateur algérien de l’époque, Lakhdar Ibrahimi, interrogé sur la capacité des Etats arabes à garantir l’application de ces accords, admettra: «Rappelez-vous comment les troupes des pays arabes qui ont participé à la FAD se sont défilées les unes après les autres dès que la Syrie devint un peu menaçante.»Cette même Syrie qui avait un droit de veto sur le moindre amendement que les responsables libanais réunis à Taëf souhaitaient faire appliquer.Cette même Syrie qui choisira les présidents de la République libanaise (le nom était annoncé à la radio syrienne avant même que le vote n’ait eu lieu au Parlement libanais!). «Va, réunis les députés et élisez Elias Hraoui», lancera Hafez el-Assad au président de la Chambre libanaise Husseini en 1989.
Et Bachar ne fera pas mieux, déclarant: «Je suis le seul qui a le droit de choisir le président du Liban. Personne d’autre ne jouit de ce droit qu’il soit syrien ou libanais.»

Vivre avec les Syriens. Les anecdotes, plus ou moins légères, sont trop nombreuses pour qu’on en fasse le tour ici. J’ai moi-même des souvenirs fort peu agréables de ces barrages où un troufion imbu de son petit pouvoir te fait vider ton sac et garde tout ce qui lui semble intéressant (miroir, argent et même chewing-gum). Une de mes amies vivait à Tripoli, en plein fief syrien, mais étudiait à Beyrouth à l’époque. Elle se tapait quotidiennement l’aller-retour et les nombreux barrages qui vont avec. Elle a connu tant de mésaventures qu’aller en Syrie aujourd’hui lui serait insupportable, même si elle y a des amis. Comme cette fois où, avec deux copains, elle avait eu le malheur d’écouter de la musique en voiture. Le soldat s’en était rendu compte et les avait obligés à sortir de la voiture pour danser devant lui…Je ne veux pas faire de généralités. Il y a des gens bien et des cons partout. Mais comprenez bien que la présence de l’armée syrienne au Liban, même si elle en a arrangé quelques uns qui se sont remplis les poches (dont l’équipe Hariri), a été vécue comme une oppression pour la majorité des Libanais. Et dans la presse, nous sommes bien placés pour le savoir.La nature du régime libanais. Oui, la constitution libanaise repose sur des principes confessionnels. Certains ont l’air de penser que cela explique les troubles que connaît le pays depuis 30 ans. Mais il serait peut-être bon de rappeler que ce système est justement l’unique point sur lequel toutes les parties libanaises sont d’accord! Car il est adapté à un paysage religieux libanais qui, à la différence de la Syrie justement ou de la plupart des autres pays, n’est pas constitué d’une masse homogène à ce niveau. Comparer les constitutions libanaises et syriennes n’est donc absolument pas pertinent. Avant de parler d’une constitution laïque, il faudrait d’abord laïciser la société elle-même. Je le souhaiterais, personnellement, mais ce n’est apparemment pas le cas de tout le monde ici. Toujours est-il que les Libanais ont su vivre en bonne intelligence pendant des années. Ce n’est que lorsque les événements régionaux (début de la résistance palestinienne, avènement de Hafez el-Assad, puis révolution iranienne, guerre du Golfe, etc.) se sont accélérés que ce petit pays, de par sa nature fragile et sensible aux soubresauts extérieurs, s’est transformé en terrain de conflits par procuration et en soupape de sécurité.
Ce n’est pas une position enviable et nous nous posons tous les jours cette pénible question: y a-t-il un espoir, même infime, que le Liban puisse un jour s’immuniser contre ce qui se passe autour de lui? Vu sa position géographique et ses composantes sociologiques, c’est malheureusement peu probable…

En conclusion, il y aurait encore beaucoup à dire, tout cela est extrêmement compliqué, vous l’avez compris. Alors, s’il vous plaît, pas de jugements hâtifs et de conclusions à la hache.

PS: Toutes ces informations sont sourcées, pour ceux qui les mettraient en doute.

jeudi, 31 mai 2007

Bachar el-Assad est formidable

medium_assad2.jpgAh, comme on l’aime notre Bachar. En moins de 72 heures, son régime vient de donner de grandes leçons au monde entier. Cela a commencé par cette flamboyante victoire à l’élection présidentielle. 97% des suffrages pour un seul et unique candidat. Mais qu’ont foutu ces 3% qui n’ont pas voté pour lui? Honte à eux. Du coup, on adore que le président voisin donne des leçons de démocratie à notre petit pays alors qu'il y a quelques semaines, les milieux de l'opposition syrienne ont vécu une purge hallucinante avec entre autres la condamnation de l'intellectuel Michel Kilo.

Et puis il y a eu hier. Vers 22h (heure de Beyrouth), beaucoup regardaient la chaîne de télé Future (la seule à retransmettre en direct tout le débat au conseil de sécurité de l’Onu), attendant le décompte des voix pour le vote de la résolution 1757 concernant la création du tribunal international chargé de juger les assassins présumés du «président-martyr» Rafic Hariri (ex-grand manitou de la corruption sous la tutelle syrienne, ce n'était pas un saint, rappelons-le tout de même). A Achrafieh, des milliers de lampions posés au sol ont illuminé la nuit; au mausolée place des Martyrs, les pro-Hariri ont «fêté» le vote, et écouté Hariri Junior pleurer lors d’un discours attendu. Alors, quid du raïs syrien? Et bien notre bon Bachar a d’ores et déjà fait savoir qu’il ne coopèrerait pas avec le tribunal. Point barre. Pas question que des Syriens soient entendus hors du territoire syrien (puisque le tribunal devrait se tenir en Hollande ou à Chypre par exemple). Damas a toujours considéré que l’assassinat de Rafic Hariri devait être une affaire purement libanaise, que la communauté internationale n’avait pas à fourrer son nez dedans, ce qui ne l'empêche pas de dire qu'il n'a pas été consulté (ce qui est faux) et donc qu'il n'a pas à coopérer. De la grande logique syrienne! Alors voilà, à la sortie du vote à New York, le régime baassiste s’est fendu d’une déclaration qu’il est bon d’étudier de près: «Ce vote en faveur du tribunal pourrait déstabiliser davantage le Liban.» Prenons nos dictionnaires pour une étude de texte:

Selon le Larousse illustré
DESTABILISER v.t. Faire perdre sa stabilité à. Déstabiliser un Etat, un régime, une situation.

Selon le Bacharousse illutré
DESTABILISER (LE LIBAN) v.t. Diviser pour mieux régner, lancer des campagnes de terreur, de préférence au Liban au moyen de voitures piégées, assassinats ou manipulations de groupuscules armés. Technique mise au point par Assad père au cours de 29 ans d'occupation au Liban.

Mais attention, Damas n’a pas prévenu que le vote pourrait «déstabiliser» le Liban, mais «déstabiliser davantage». En gros, faut s’attendre à quoi, monsieur Assad? Au fait que le fameux FPLP-CG de ce brave Ahmad Jibril – que vous abritez à Damas depuis des lustres – fasse sont entrée sur la scène libanaise, en soutien au Fatah al-Islam? Merci beaucoup, il ne nous manquait plus que ça. On lit souvent que la Syrie n’est rien en ce moment, qu’elle survit grâce au soutien iranien. Pourtant, nous au Liban, on la sent encore bien vivace.

Bref. La Syrie n'est peut-être pas derrière tout ce qui se passe au Liban, mais cela ne veut pas dire qu'elle n'est derrière rien. Or Damas veut nous faire croire qu'il est blanc comme neige dans tous les dossiers concernant le Liban: l'assassinat de Hariri, les multiples attentats, l'avènement d'un mouvement soit-disant palestinien ces derniers temps... Y a-t-il encore des gens pour gober ça?

mardi, 12 décembre 2006

«Vous êtes laïcs, pourquoi ne soutenez-vous pas Aoun?»

Tout d’abord, je vous invite à lire les 5 remarques du commentaire de FrenchEagle sur le post de Nathalie, «Le Hezb, Aoun et le pouvoir». Il a le mérite d'offrir un éclairage différent, mais qui appelle selon moi quelques corrections. S’il est très probable que le Proche-Orient est en train de vivre de grands bouleversements dont la finalité nous échappe encore, s’il est important d’essayer de voir plus loin que le bout de son nez et de raisonner avec des arguments portés vers le futur, il ne faut tout de même pas oblitérer le passé et les composantes de la société libanaise.

medium_croix.2.jpgJ’explique maintenant le titre de ce post: l’année passée, je discutais le soir de mon anniversaire, tranquillement sur notre terrasse, avec un ami aouniste (et fier de l’être). Il me disait: «Toi, tu es pour la laïcité, tu soutiens les associations qui militent pour le mariage civil. Or le général Aoun est le seul homme politique au Liban qui affiche son désir de rendre le Liban laïc. C’est dans ses propositions!» C’était tout à fait vrai. Mais sans être pessimiste, c’est simplement impossible à appliquer au système libanais. Il faudrait même une véritable apocalypse pour que ça se produise. Simplement parce que les clergés, chrétiens et musulmans, ne pourraient pas supporter cette idée, leurs finances étant totalement dépendantes de cette suprématie religieuse sur le domaine public. Au Liban, les sacrements (mariage surtout) sont de grosses usines à fric pour eux, et si l’Etat prenait ce domaine en main, les clergés courraient à la faillite. Un scénario totalement inenvisageable pour ces entreprises très prospères. Bref, la laïcité est un vœu pieux. Ça, c’est une donnée de la réalité passée et présente à prendre en compte.

Avant-hier, on essayait de se remémorer le moment où tout a basculé au Liban ces deux dernières années. Résultat: c’est le retournement de Rafic Hariri contre les Syriens, à cause de la prorogation du mandat du président de la République Emile Lahoud (qui laissera vraiment une triste empreinte dans l’Histoire du pays) par Damas. Hariri (qui je ne portais pas vraiment dans mon cœur) supportait une «cohabitation» avec Lahoud. Chaque conseil des ministres, chaque réforme (privatisations, dossier du cellulaire…) étaient bloqués par Mimile 1er. Hariri n’en pouvait plus et s’était opposé à la reconduction de son président. Il a perdu son pari face aux Syriens. Et ça a été la boule de neige que l’on connaît.

Toujours sur notre terrasse, il y a quelques mois, nous discutions avec un ami appartenant aux Forces libanaises, ex-combattant durant la guerre, et très proche du patriarche Nasrallah Sfeir. Lui avait un discours radical. En résumé, le Liban, ce sont les chrétiens de la montagne. Il parlait de l'avenir de son pays, et s'arrêtait systématiquement sur une donnée: le poids démographique des chiites dans 10 ou 20 ans. Il voyait sa communauté (les maronites) disparaître sous forme de minorité comme les coptes d'Egypte. Quand on prend les estimations et les projections démographiques, son "angoisse" se justifie. Que deviendra la pacte national dans ce cas? Que deviendront les équilibres politiques d'aujourd'hui?

Je n'ai pas la réponse. Moi, j'ai juste envie que le Liban ne se retrouve pas encore une fois victime d'enjeux qui le dépassent dans la région et de la versatilité de la politique américaine. Et tout me laisse croire que le régime syrien, "agonisant" selon certains, est en phase de grandes manœuvres à l'heure où le juge Brammertz remet son rapport d'étape à Kofi Annan (aujourd'hui même d'ailleurs...).

Suite au prochain épisode.

Demain, je vais me faire un petit reportage, genre immersion complète dans le camp des aounistes sous le ring. On verra ce que ça donne.

 
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