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lundi, 09 février 2009

Allah ma3k

Tout ou presque a déjà été écrit sur les chauffeurs de taxi libanais. Sur leur bagou, leur hochement de tête dédaigneux quand votre destination ne leur revient pas, leur gentillesse aussi (parfois), leur sens souvent bizarre de l’itinéraire en ligne droite… Lorsqu'ils se lancent dans une conversation qui tourne régulièrement au monologue, il faut savoir faire le tri entre leurs vérités et leurs baratins. L'expérience a un caractère presque folklorique et elle est souvent drôle.

Hier, je devais me rendre à Hamra. Je me suis pointé sur le boulevard près de chez moi pour alpaguer l'un de ces bolides à plaque rouge, et le premier d’entre eux fut le bon…

Bonnet vissé sur la tête, sourire ancré sur le visage, rides taillées au cutter autour des yeux, un vieux chauffeur me lance le fatidique «Tla3».

taxi beyrouth.jpg

Extraits de la conversation avec mon chauffeur du jour, à 20km/h dans une vieille Mercedes 200, quelque peu cabossée.

«Vous allez à Hamra? Ah, Hamra! Quand j’étais jeune, nous y allions pour voir les filles en mini jupes… Aujourd’hui, c’est bien difficile d’en voir. C’était quelque chose, Hamra! Moi, j’ai été dans une école d’éducation française et mixte, à l’Ouest. Et de mon temps, nous ne faisions pas le sexe. Nous restions simplement amis avec les filles, et c'était très bien comme ça.»

«Au début de la guerre, en 1976, un petit Palestinien m’a tiré dessus. J’ai dû partir aux Etats-Unis pour me faire opérer. J’ai passé 20 ans en dehors du pays à travailler dans des services d’immigration, où je m’occupais de tous les Arabes voulant immigrer en Amérique du Nord. Mais quand je suis rentré au pays, les moukhabarats [syriens] m’ont arrêté à l’aéroport, m’ont fait asseoir à une table et m’ont dit: “Maintenant, tu vas nous raconter des histoires sur tous nos frères arabes que tu as vu défiler.” Heureusement, depuis, les Syriens sont partis. Nous avons retrouvé un peu de liberté d’expression.»

«Quand j’étais à Los Angeles, j’ai travaillé pour le plus grand juge de l’Etat. Il y avait une stagiaire très dynamique qui s’appelait Condie. Un jour – elle était enceinte d’une petite fille à l’époque –, elle nous a dit: “Je pars pour travailler à Washington.”»

«J’espère que cette année, le Hezbollah donnera ses armes à l’armée. Ce serait bien que toutes ces roquettes soient pour l’armée. Elle ferait bonne figure comme ça. Mais il faudrait aussi que l’armée libanaise fasse le ménage un peu chez elle. Moi, je connais trop de généraux qui boivent et qui dilapident leur argent au jeu.»

«Quel malheur ce qui arrive au Liban! Moi, j’aimerais que les juifs puissent vivre à Beyrouth comme ils le faisaient avant. Regardez, [il montre du doigt le quartier de Wadi Abou Jamil en contrebas]. Ils vivaient là, et tout se passait très bien entre nous tous. C’était ça la magie du Liban! Moi, je suis orthodoxe. Vous, vous êtes sûrement latin [le client à l’arrière glisse «Moi, je suis maronite»]. Pour moi, nous sommes tous pareils.»

«Je suis en train d’écrire un livre sur la stupidité humaine. La stupidité des hommes vient des religions. Quelle religion peut se prétendre intelligente quand elle demande de haïr, de prendre les armes et de tuer? Au Liban, les hommes sont des moutons, ils suivent bêtement ce qu’on leur dit et leurs leaders le savent et en profitent. C’est la pire des choses, de ne pas réfléchir par soi-même. Pour commencer, il faudrait bannir la religion de ce pays.»

En me lâchant au carrefour de la rue de Rome, le sexagénaire me lance: «Allah ma3k!» On ne se refait jamais totalement.

mercredi, 12 décembre 2007

« Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m... »

Témoignage d'Aurore, une habitante de Baabda, dont l'appartement se situe à 50m de l'explosion:

«La détonation a été si violente que j’ai cru que la voiture piégée était au pied de notre immeuble. Dans notre appartement, toutes les vitres ont volé en éclats, le portail de la cour a été propulsé dans notre salon, mais personne n’a été blessé. J’ai pris ma fille de 11 mois dans les bras, et nous sommes descendus dans la rue avec mon mari pour voir ce qui se passait. Un car scolaire de Louise Wegman était là, à moins de 100m de l’explosion. Tous les enfants en sont descendus, jaunes de peur de sachant pas ce qui se passait. Nous avons appelé leurs parents pour qu’ils viennent les chercher. Moi-même, j’étais en état de choc. Ma première réaction était de me dire “Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m...”. Une fois calmée, je me suis fait une raison: c’est ça le Liban.»

 
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