Avertir le modérateur

mercredi, 26 mars 2008

Transmissions

062fdba9c06d0af8d67f664d931eac41.gifMême les arabophones vous le diront, l’arabe n’est pas une langue simple. Que ce soit les Libanais ayant passé leur vie au pays, et dont l’arabe était rarement la matière de prédilection (quand il n’était tout simplement pas leur bête noire), ou ceux – Libanais expatriés ou étrangers – qui s’y sont frottés de manière volontaire, tous vous le diront: apprendre cette langue, sublime au demeurant, est véritablement galère. Il y a pire bien sûr (essayez le chinois pour voir), mais pour nous autres résidents du Liban, expatriés ou binationaux, appréhender le langage utilisé quotidiennement ici est une nécessité absolue pour, c’est un poncif, intégrer réellement la culture du pays.

Née d’un couple mixte et faisant fréquemment de longs séjours au pays du cèdre dans ma tendre jeunesse, j’ai longtemps regretté de ne pas parler l’arabe, ou du moins le libanais. Pour que mon entourage libanais ne puisse plus dire de bêtises devant moi sans que j’y comprenne quoi que ce soit évidemment, mais aussi parce que je me sentais déchue d’une partie de mon identité. J’ai grandi au son des «Tu es née au Liban, ta maman est Libanaise et tu ne parles pas l’arabe?!!» outrés, quand je venais passer mes vacances ici ou que mes grands-parents maternels venaient nous rendre visite en France. Je retirais une impression d’indignité de ne pas maîtriser cette part de mon patrimoine culturel, de mon héritage. Ma mère avait bel et bien essayé de nous apprendre les rudiments de la langue, mais tous ceux qui vivent dans un environnement étranger, en particulier les couples dont l’un des membres n’est pas arabophone, vous le confirmeront: ça ne marche tout simplement pas. Au-delà des «kifak, kifik?» et autres chansonnettes apprises phonétiquement, c’était le néant total. L’effort est trop grand pour parents et enfants, l’obstacle trop complexe, surtout pour cette génération de Libanais pour lesquels le français venait aussi naturellement à la bouche et à l’esprit que l’arabe. Mais ce constat ne change rien à l’affaire: il me manquait quelque chose de fondamental pour pouvoir véritablement assumer ma double ascendance, moi qui à trois ans répétais à l’envi que non, je n’étais pas Française, j’étais Franco-libanaise car j’étais née «chez les Arabes».

Je vais vous faire une confidence: la frustration était telle qu’au lycée, je griffonnais des arabesques assorties de points de-ci de-là, imaginant que du moment que je dessinais de droite à gauche, mes camarades de classe allaient effectivement croire que j’écrivais l’arabe. Pathétique, je sais, mais révélateur…

Du coup, c’est à la fac que j’ai rattrapé mon retard, au cours de quatre laborieuses années universitaires (que je ne regrette pas). Et 15 ans plus tard, alors que je vis ici, les mêmes questionnements se présentent. C’est drôle, la reproduction des comportements. J’ai épousé un Français qui voue le même attachement à ce drôle de pays que mon père et qui, s’il se débrouille quand c’est nécessaire, ne considère cependant pas l’arabe comme une seconde langue. Du coup, c’est bel et bien le français que nous parlons à la maison. Dans quelle mesure reproduisons-nous les mêmes schémas que nos aînés? Ma petite fille de 4 ans m’affirmait hier avec un aplomb sans faille que puisqu’elle vivait au Liban, elle était Libanaise. Elle ne comprend pas grand-chose à la langue de ce pays mais, tout comme sa sœur, elle veut apprendre. Le paradoxe des paradoxes, c’est qu’il faudrait encore qu’on lui en laisse le loisir. Automatiquement, parce que son père est Français, l’école a placé notre aînée en cours d’«arabe langue vivante», comprenez une classe d’appoint pour enfants d’expatriés appelés à changer de pays d’ici deux à trois ans. Elle y apprend des comptines, des chansons, toujours par cœur, et n’a guère progressé en deux ans. Nous avons demandé à ce qu’elle repasse en classe d’arabe normal, mais nous avons été prévenus qu’elle allait rencontrer des difficultés. Nous en avons bien conscience, le défi est de taille, mais comment faire un autre choix? Ces enfants vivent ici, se sentent davantage Libanaises que Françaises (elles connaissent mieux Koulouna que la Marseillaise), mais elles resteront éternellement étrangères si elles ne parlent pas la langue de leur pays. D’autres couples mixtes y parviennent (bon, d’accord, le père est parfaitement arabophone et c’est souvent à coups de cours particuliers aussi onéreux que déplaisants pour les enfants), alors il faudra bien que nous réussissions. Je ne leur souhaiterais jamais le sentiment d’étrangeté, d’exclusion, de non-appartenance que j’ai pu connaître. Et cela fait partie du devoir de transmission, non?

PS: La calligraphie ci-dessus est l'œuvre de Hassan Massoudy, véritable maître en la matière. 

jeudi, 13 septembre 2007

C’est l’histoire d’un mec qui galère sévère chaque année pour renouveler ses papiers de résidence au Liban et qui aimerait bien que cela cesse sans se faire aucune illusion là-dessus alors il s'arrache les cheveux qu'il n'a plus

medium_passeportlibanais.jpgVoici la situation de ma jolie petite famille selon l’administration libanaise… En gros, dans cette famille, l’épouse (et mère) est Libanaise, le mari (et père) est Français, et leurs enfants Français également (et nous sommes loin d'être les seuls dans ce cas-là au Liban!). Le sujet de ce post est donc la non transmission de la nationalité libanaise par la femme, l’épouse, la mère. Et les méandres de l'obtention du permis de séjour pour les étrangers.

J’habite au Liban depuis plus de 10 ans, et suis marié à une Libanaise depuis 8 ans. J’y paye mes impôts sur le revenu, mes taxes foncières et tout le tralala. J’ai cotisé pendant des années pour la Sécurité sociale locale (pour des prunes évidemment). Bon, c’est vrai, j’ai des choses à me reprocher: je n’ai pas payé le PV jaunâtre que j’ai pris en 1998 avec ma vieille Coccinelle...

Aux yeux de la loi libanaise, je resterai – a priori – toujours un étranger. Etre étranger au Liban (comme presque partout ailleurs) signifie une chose toute simple: renouveler chaque année son permis de séjour. Mais pour avoir un permis de séjour, il faut d’abord obtenir son permis de travail. Et donc avoir un travail salarié dans une entreprise libanaise. La douce oisiveté du chômage n’est tout simplement pas une option.

Les choses se compliquent encore dès qu’il y a des enfants. Cette bêtise de droit du sang (version patriarcale d'un autre âge) interdit à toute mère libanaise de transmettre sa nationalité à ses enfants. Même nés et scolarisés sur le sol libanais, ces derniers sont donc tout aussi étrangers que leur père, et doivent eux aussi s’acquitter des démarches administratives afin d’obtenir leur précieux sésame pour pouvoir respirer l’air levantin à plein poumon. Et il arrive que eux aussi restent en situation irrégulière comme leur père. Quelle belle famille de sans-papiers ça fait, ça! Je peux vous assurer une chose: quand j’entends parler des enfants sans-papiers en France, mes poils se hérissent face à la bêtise humaine.

Mais voilà, que se passe-t-il quand le père, cet étranger à vie, n’a plus de travail fixe? Il perd son permis de travail, et donc de résidence, et les choses se compliquent aussi pour les enfants. Kafka n’aurait pas renié une telle situation. Les nombreuses Françaises qui se marient à des Libanais, elles, n’ont pas ce problème: elles héritent du passeport de leur Roméo, et vont parfois s’inscrire à l’UFE histoire de tuer le temps en attendant que leur progéniture binationale pointe le bout de son nez.

Quelle solution s’offre alors à l’étranger, Français ou autre? Dans mon cas, cela a été l’illégalité durant 8 mois, avant de revenir dans les locaux de la Sûreté générale près du Musée national afin de régulariser ma situation. Après maints aller-retours, j’ai dû payer 1200 dollars d’amende (le tarif annuel du permis de séjour). La Sûreté m'a octroyé un délai de grâce de 2 mois pour que je trouve une solution à ma situation. D'ici octobre, je vais devoir sortir du territoire libanais (direction Chypre, 200 dollars aller/retour) et y revenir pour prendre un visa touriste (50 dollars) à l’aéroport. Retour à la case départ, comme il y a 10 ans quand j’ai débarqué ici avec ma petite valise et mon envie de croquer la vie à pleines dents. Après cela, je n’aurai plus le choix: soit je trouve un job fixe dans les 3 mois, soit je suis obligé de quitter (pour de bon?) ce beau pays car son administration me considère comme une erreur à rayer de ses listings, soit je replonge dans la clandestinité d’une manière ou d’une autre ce que je souhaiterais éviter bien évidemment. Dans le meilleur des cas donc, je trouve un boulot. Je devrai ressortir une nouvelle fois du Liban (re-direction Chypre, 200 dollars), et passer par le service de l'immigration de l'aéroport où mon nouveau permis de séjour m’attendra (encore 1200 dollars, dans le cas où mon éventuel employeur décide de me faire raquer à sa place). Ça commence à chiffrer sérieusement cette histoire... Ce visa de touriste (très provisoire) ne me donne évidemment pas le droit de travailler pour une société libanaise. Alors que je ne demande qu'une chose: c'est de travailler pour ce pays. Malheureusement, la situation économique du pays est si catastrophique qu'embaucher un Français (avec les charges que cela implique) n'est vraiment pas une priorité pour les sociétés libanaises au bord de la banqueroute.

Je ne rentrerai pas ici dans l’explication détaillée de cette situation, de l’épineuse question de l’éventuelle naturalisation des 400000 Palestiniens, de celle totalement hallucinante de quelques centaines de milliers de nouveaux électeurs inféodés en 1994, du rôle des clergés dans cette affaire… Le passeport libanais, qui se ramassait parterre il y a 25 ans, est aujourd’hui quasiment impossible à obtenir pour les hommes non-libanais. A moins de s’appeler Walid Ben Talal bien sûr. Tout dépend des wasta et de l'épaisseur du compte en banque...

Je ne me fais plus d'illusion depuis longtemps sur la possibilité pour moi d'obtenir la nationalité libanaise. Mais ne serait-il pas élégant de la part de l'administration locale de donner des permis de séjour permanents simplifiés – comme c'est la cas pour un copain installé en Argentine – pour ces étrangers qui ont choisi de suer et de travailler au Liban, d'y établir leur famille, pour ces étrangers qui donnent leur temps, leur énergie, une grande partie de leur vie, pour ce pays? Je sais une chose: depuis 10 ans, le Liban m'a apporté beaucoup de choses, et je n'ai pas été avare dans l'autre sens. Loin de là même. Mais j'ai parfois l'impression de ne pas vraiment être payé en retour. C'est démoralisant à en pleurer. Nathalie parlait il y a quelque temps de ma loyauté envers ce pays. Combien de temps cela va-t-il encore durer? A croire que l'Etat libanais fait tout pour faire fuir ceux qui fondent encore quelque espoir dans l'avenir de ce pays...

Pour finir, il paraît que, dans les tiroirs poussiéreux du Parlement libanais (vous savez, le truc qui ne sert à rien depuis des mois et qui coûte bonbon aux contribuables), un décret dormirait tranquillement depuis plusieurs années pour permettre aux mères libanaises de donner leur nationalité à leurs enfants. Ce serait un bon début, non?

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez contact la Ligue des droits de la femme au Liban.
Tél.: +961 1 817820. E-mail: llwr@terra.net.lb

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu