Avertir le modérateur

vendredi, 01 juin 2007

Parano à Beyrouth

Finalement, déstabiliser (voir les 2 définitions du verbe «déstabiliser» dans le post précédent) un pays est une chose très simple. Il suffit de quelques explosions et les nerfs d’une population déjà bien tendue se crispent au maximum. Chaque jour, à chaque fois qu’un bruit suspect se produit dans notre quartier ou que les sirènes des ambulances se font trop pressantes, on allume la télé, on jette un coup d’œil sur Internet pour voir si quelque chose à péter.


Il y a quelques semaines, cet état de nerfs m’a joué un mauvais tour. C’était un vendredi soir, vers 20 heures. Nous prenions l’apéro dans le salon quand tout à coup, j’ai vu une lumière blanche vive dans le ciel, filer à grande vitesse en direction de Jounieh (où se trouvent l’une des centrales électriques les plus importantes du pays). Sur le coup, je pense tout de suite à un missile. Deux secondes plus tard, le courant se coupe. Dans le noir, nous nous précipitons sur la terrasse, et je scrute l’horizon vers le nord. Là, je vois un panache de fumée. Je suis alors absolument certain que la centrale vient d’être visée. J’appelle mes beaux-parents qui habitent dans le coin pour avoir de leurs nouvelles, mais ils sont en voiture du côté de Broumana. Je leur raconte ce que je viens de voir, sûr de mon fait. Et là, le téléphone arabe a joué en moins de 2 minutes. Toute la famille est au courant: la centrale de Jounieh vient d’être attaquée! En fait, il n’en était rien. Le panache de fumée n’était que la sortie de la cheminée de l’hôpital Saint-Georges. En tout cas, tout le monde s’est bien payé ma tête durant quelques jours. Mais je ne sais toujours pas d’où provenait cette lumière…

Cet épisode résume à lui seul l’état dans lequel sont nos nerfs. La création du tribunal international, qui divise le Liban – et pour cause –, va certainement augmenter d’un cran la tension ambiante. Comme d’ici le 10 juin il y a franchement peu de chance que les parties libanaises accordent leurs violons sur la question, nous allons encore tout droit vers de nouveaux problèmes.

Gérard Majax, Garcimore et David Copperfield réunis ne pourraient-ils pas se pencher sur le cas du Liban, et nous sortir un tour de magie pour arrêter ce délire?

jeudi, 31 mai 2007

Bachar el-Assad est formidable

medium_assad2.jpgAh, comme on l’aime notre Bachar. En moins de 72 heures, son régime vient de donner de grandes leçons au monde entier. Cela a commencé par cette flamboyante victoire à l’élection présidentielle. 97% des suffrages pour un seul et unique candidat. Mais qu’ont foutu ces 3% qui n’ont pas voté pour lui? Honte à eux. Du coup, on adore que le président voisin donne des leçons de démocratie à notre petit pays alors qu'il y a quelques semaines, les milieux de l'opposition syrienne ont vécu une purge hallucinante avec entre autres la condamnation de l'intellectuel Michel Kilo.

Et puis il y a eu hier. Vers 22h (heure de Beyrouth), beaucoup regardaient la chaîne de télé Future (la seule à retransmettre en direct tout le débat au conseil de sécurité de l’Onu), attendant le décompte des voix pour le vote de la résolution 1757 concernant la création du tribunal international chargé de juger les assassins présumés du «président-martyr» Rafic Hariri (ex-grand manitou de la corruption sous la tutelle syrienne, ce n'était pas un saint, rappelons-le tout de même). A Achrafieh, des milliers de lampions posés au sol ont illuminé la nuit; au mausolée place des Martyrs, les pro-Hariri ont «fêté» le vote, et écouté Hariri Junior pleurer lors d’un discours attendu. Alors, quid du raïs syrien? Et bien notre bon Bachar a d’ores et déjà fait savoir qu’il ne coopèrerait pas avec le tribunal. Point barre. Pas question que des Syriens soient entendus hors du territoire syrien (puisque le tribunal devrait se tenir en Hollande ou à Chypre par exemple). Damas a toujours considéré que l’assassinat de Rafic Hariri devait être une affaire purement libanaise, que la communauté internationale n’avait pas à fourrer son nez dedans, ce qui ne l'empêche pas de dire qu'il n'a pas été consulté (ce qui est faux) et donc qu'il n'a pas à coopérer. De la grande logique syrienne! Alors voilà, à la sortie du vote à New York, le régime baassiste s’est fendu d’une déclaration qu’il est bon d’étudier de près: «Ce vote en faveur du tribunal pourrait déstabiliser davantage le Liban.» Prenons nos dictionnaires pour une étude de texte:

Selon le Larousse illustré
DESTABILISER v.t. Faire perdre sa stabilité à. Déstabiliser un Etat, un régime, une situation.

Selon le Bacharousse illutré
DESTABILISER (LE LIBAN) v.t. Diviser pour mieux régner, lancer des campagnes de terreur, de préférence au Liban au moyen de voitures piégées, assassinats ou manipulations de groupuscules armés. Technique mise au point par Assad père au cours de 29 ans d'occupation au Liban.

Mais attention, Damas n’a pas prévenu que le vote pourrait «déstabiliser» le Liban, mais «déstabiliser davantage». En gros, faut s’attendre à quoi, monsieur Assad? Au fait que le fameux FPLP-CG de ce brave Ahmad Jibril – que vous abritez à Damas depuis des lustres – fasse sont entrée sur la scène libanaise, en soutien au Fatah al-Islam? Merci beaucoup, il ne nous manquait plus que ça. On lit souvent que la Syrie n’est rien en ce moment, qu’elle survit grâce au soutien iranien. Pourtant, nous au Liban, on la sent encore bien vivace.

Bref. La Syrie n'est peut-être pas derrière tout ce qui se passe au Liban, mais cela ne veut pas dire qu'elle n'est derrière rien. Or Damas veut nous faire croire qu'il est blanc comme neige dans tous les dossiers concernant le Liban: l'assassinat de Hariri, les multiples attentats, l'avènement d'un mouvement soit-disant palestinien ces derniers temps... Y a-t-il encore des gens pour gober ça?

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu